26 - La Première Guerre Mondiale et l'anthroposophie en France



Document exceptionnel extrait de : http://anthroposophie.doc.pagesperso-orange.fr/pdf/Irene_Diet_A_J_Sauerwein_Anthro_Fr-v3.pdf

Je me fais le relais des chapitres 18-19 et d'une note complémentaire en rapport en ce 11 novembre avec les évènements tragiques qui frappèrent toute l' Europe il y a un siècle ! Le Gouvernement mondial était en marche...

C’est seulement dans les toutes dernières années que des essais ont été faits, notamment dans les biographies de ces « pionniers de l’anthroposophie » que furent D. N. Dunlop, W. J. Stein, Ita Wegman ou L. Polzer-Hoditz grâce à Thomas Meyer et Irène Diet, pour rappeler que le destin des Sauerwein était aussi lié avec la science spirituelle de Rudolf Steiner Mais une fois encore, dans tous ces ouvrages, à l’exception logique de la biographie de Ita Wegman, c’est Jules Sauerwein qui, pour avoir largement contribué à faire connaître l’anthroposophie, a retenu le plus l’attention des auteurs.

L’année 1991 marque cependant un tournant. C’est, en effet, à cette date que la Rudolf-Steiner-Nachlassverwaltung a pris l’initiative de publier certaines déclarations de Rudolf Steiner qui jettent une lumière tout à fait neuve sur Alice Sauerwein.

   

I. La Première Guerre mondiale Anthroposophie et chauvinisme



Edouard Schuré


C’est à une vitesse et avec une violence qu’on a peine aujourd’hui à concevoir que la guerre a pris possession de la conscience collective ; l’image qu’on se faisait du monde s’est transformée « du jour au lendemain », et un sentiment de haine à l’encontre des autres peuples s’est fait jour. L’indifférence a fait place à une aversion dépassant les frontières. Cette aversion qui accompagna la guerre en tant que phénomène spirituel et psychologique mit particulièrement à mal le jeune mouvement anthroposophique né sur le sol allemand.

En France, c’est Édouard Schuré qui, en adoptant, dès les premières semaines de la guerre, une attitude des plus nationalistes, fit le tort le plus considérable au mouvement anthroposophique. Malgré les longues conversations qu’il eut à Barr, dans sa maison de campagne(261), avec Rudolf Steiner, conversations au cours desquelles ce dernier s’est efforcé, à plusieurs reprises, de répondre à ses questions concernant le génie du peuple français, il ne put jamais surmonter le nationalisme viscéral qui l’habitait.

Cet Alsacien de langue française, dont les premiers livres furent consacrés à l’histoire du lied allemand et au compositeur Richard Wagner, fut écartelé, sa vie entière, entre deux cultures, deux peuples et deux religions(262). Cette position intermédiaire, qui lui avait permis de s’intéresser un temps aux « valeurs spirituelles universelles » (Steiner), se transforma en un conflit intérieur permanent à l’origine des réactions extrêmes qui furent les siennes au cours de ces années décisives.

On se rappelle que Charles Blech, l’un de ceux qui se sont opposés avec le plus de vigueur à Rudolf Steiner et à la diffusion de l’anthroposophie en France, était également d’origine alsacienne. À n’en pas douter, le nationalisme a été l’une des causes principales des difficultés rencontrées par l’anthroposophie en France.

Mais ce n’est pas seulement en raison de son chauvinisme qu’Édouard Schuré s’est éloigné de Rudolf Steiner : au fil des ans, les « divergences artistiques et spirituelles » qui séparaient les deux hommes avaient pris une forme de plus en plus concrète. En 1910, après son retour du Congrès de Munich, où furent représentés pour la première fois l’une de ses pièces intitulée Les Enfants de Lucifer, ainsi que le drame-mystère de Rudolf Steiner, La Porte de l’initiation, il écrivit :
« Dans la représentation des Enfants de Lucifer, comme dans celle du très curieux et hautement significatif Mystère rosicrucien de Steiner, j’ai trouvé une trop grande austérité et que le ton du Temple prédominait trop sur l’accent de la vie. Il en résulte quelque chose de très noble mais d’un peu terne et languissant. Dans le drame tel que je le conçois, le monde de la passion et le monde de l’âme dominée elle-même par le monde des puissances divines seraient également représentés et parleraient avec la même énergie. (...) Telle est la conception grecque du drame et je crois que ce doit être aussi la nôtre.(263) »

Rudolf Steiner a fait allusion(264) à une disposition de l’âme tout à fait particulière d’Édouard Schuré, liée à des événements antérieurs à sa naissance, et qui, selon lui, aurait eu une influence importante sur son destin. Quelques mois avant que n’éclate cette guerre qui allait devenir, pour lui comme pour tant d’autres, une si terrible épreuve, il note dans son journal :
« Quelle dispersion de l’être. Mais je suis ainsi... Qu’y faire ? Je désire sans cesse... et parfois je jouis sans mesure. Quand je me donne, c’est sans mesure aussi et sans frein. C’est sans doute un monde d’ivresse dionysiaque, une sorte d’amour cosmique que de se répandre ainsi dans une sympathie sans retour. Mais ce n’est ni la sagesse ni la création.(265) »

Schuré n’avait assisté qu’à quelques conférences de Rudolf Steiner et n’avait pratiquement lu aucun de ses livres(266), si bien que, vers la fin de sa vie, il fut dépassé par le développement d’une anthroposophie qui allait bien au-delà de son oeuvre personnelle. L’administrateur testamentaire de Schuré, Alphonse Roux, connaissait le contenu de ses journaux intimes. Il note que Schuré commença à s’éloigner de son « maître spirituel » à partir de 1912, à la suite d’un « secret dissentiment patriotique et d’une différence d’orientation esthétique, animique et spirituelle », selon les termes mêmes de Schuré(267).

On peut dire qu’à partir de 1914, Schuré ne comprenait plus Steiner. Dans le texte d’une conférence qu’il avait prévu de donner sur le thème Le développement de la théosophie au XXe siècle, conférence qui fut finalement annulée, on trouve la remarque suivante : « Déviation de Steiner : un pangermaniste mystique.(268) »

En 1916, lorsque Schuré se sépare définitivement de Steiner, il note dans son journal : « Acte tragique mais nécessaire qui m’a coûté deux ans d’hésitations et de tourments...Cependant j’ai dû le faire pour rester libre et fidèle à la cause de la France et de l’humanité, fidèle à moi-même.(269) »

On a beaucoup écrit sur l’attitude de Schuré pendant la guerre. Pourtant, il nous semble que l’on n’a pas encore pris toute la mesure de son nationalisme fanatique, d’où certains malentendus et certaines erreurs d’interprétation concernant les événements qui se sont produits à l’époque autour de Rudolf Steiner, événements qui prennent aujourd’hui une actualité nouvelle.

Ainsi, l’historien Christoph Lindenberg, bien connu des milieux anthroposophiques, croit pouvoir écrire au sujet du conflit qui opposa Schuré à Steiner à propos de l’opuscule que ce dernier fit paraître sous le titre Pensées pendant le temps de la guerre : « La réaction d’un Édouard Schuré reprochant son chauvinisme à Rudolf Steiner était pour le moins compréhensible(270) ».

Dès ses premiers travaux(271), on se rend compte que Schuré, dans sa quête d’un génie qui conduirait les peuples, se laisse guider presque exclusivement par l’idée d’une mission du peuple français, et tente ainsi de détacher la place de la France de l’ensemble, du « choeur » des individualités des peuples.

Dans une lettre au poète français Gustave Kahn(272), dans laquelle il décrit la valeur et la « force morale » des trois grandes puissances européennes (la France, l’Angleterre et l’Allemagne), il déclara dès l’année 1909 :
 « L’Allemagne exerce à cette heure une sorte d’hégémonie politique en Europe. Mécontents de cette primauté, les fougueux pangermanistes attendent impatiemment que leur race et leur patrie obtiennent l’hégémonie du monde. (...) Le rêve de domination universelle par les armes et par l’industrie est descendu du trône des Hohenzollern dans la chaire de l’Université. »

Après avoir apporté une contribution non négligeable à l’histoire de la philosophie et de la pensée, l’Allemagne aurait, toujours d’après Schuré, complètement changé d’« orientation intellectuelle » à partir de 1870, et considérerait désormais son idéalisme d’autrefois comme un « péché de jeunesse ». Ainsi, il ne serait pas difficile de reconnaître « que le génie germanique est en baisse et qu’il a perdu une bonne partie de son autorité dans le monde. » La France, pour sa part, serait l’héritière de la tradition gréco-latine, qui est celle par excellence de la civilisation.
 « Par les races nombreuses qui se combinent dans son sang, elle [la France] offre une sorte de résumé et de quintessence de l’esprit européen », et aspire à l’« universalité par l’humanité. »

Il écrivit ainsi en 1891 : « La sympathie celtique, jointe àla clarté latine et à la liberté franque est devenue, par la conscience française, le sentiment humain dans toute sa largeur et le besoin de l’universalité intellectuelle.(273) » Schuré avait pris des positions tout à fait différentes de celles de Rudolf Steiner, qui considérait qu’il fallait connaître l’évolution de l’humanité pour connaître l’essence des différents peuples et pour qui les âmes des peuples étaient soumises à l’entité christique(274).

Et lorsqu’on connaît les interrogations et les doutes de cet homme qui, sa vie durant, a souffert de se sentir sans patrie, on comprend que ces questions le touchaient de près.
Ces questions personnelles trouvèrent donc une réponse tout aussi personnelle : celle qu’il n’était pas possible de parler d’une contribution de la France à l’évolution de l’humanité dans la mesure où ce qui est universellement humain est contenu dans la qualité même du peuple français. ‒ « De l’humanité à la nationalité à travers la bestialité », comme l’a dit un jour Franz Grillparzer dans un contexte analogue(275). »

En août 1914, Schuré décrivit un état d’âme qui l’accompagna durant de longues années : « L’individu disparaît au milieu du cyclone national. Il ne se sent plus que partie intégrante de l’âme collective et lutte avec elle.(277) » Et à partir de ce moment, on trouve dans les lettres qu’il écrivit à des soldats qui se trouvaient au front, dans son journal, dans certains essais et dans les articles de journaux qu’il écrivit, des tournures bien particulières dont nous citerons ici quelques-unes.

« Ah ! cette résurrection de l’âme française sera sans doute le plus grand miracle du XXe siècle, inattendu de tous et d’elle-même (...) Elle sait que l’humanité la regarde et attend sa délivrance de sa foi et de sa constance. Dans le cyclone des peuples révoltés contre le monstre teuton il se forme parfois une éclaircie, comme l’oeil de la tempête. Alors, les peuples se dressent à l’horizon et disent :
Ne désespère pas de toi, ô France, toi qui nous a réveillés. Nous lutterons jusqu’au bout, car nous sommes tes soeurs et tu es la Jeanne d’Arc des nations !’(278) »

 Dès le mois de septembre 1914, Schuré avait écrit dans son journal : « La manière dont la guerre a éclaté a fait voir au grand jour, en un seul moment, l’âme allemande et l’âme française. La première, j’entends l’âme allemande, corrompue et empoisonnée par la Prusse(279), a éclaté comme un abcès ; la seconde, l’âme française, s’est ouverte comme une fleur. (...) La première n’était que haine, rapacité, cruauté monstrueuse et fureur aveugle. La seconde (...) s’est montrée généreuse, enthousiaste, débordante de patriotisme et d’esprit de sacrifice.
(...) Ainsi, de tous côtés, c’est le sentiment de la liberté et de la fraternité qui s’éveille dans l’âme des peuples. La France en fut l’initiatrice et l’avant-garde, il y a cent ans. (...) Elle attaquée, c’est l’indépendance de toutes les autres [nations] qui est menacée. Elle est le symbole vivant de leur liberté. Son courage en est l’oriflamme. Il n’y eut donc jamais de guerre plus idéaliste, car il s’agit, non de territoires à conquérir, mais de droits sacrés à défendre.(280) »

Tout le monde sait aujourd’hui que la Première Guerre mondiale n’était ni le fruit du hasard ni à mettre sur le compte de la responsabilité unilatérale de l’Allemagne. ‒ Dès les années 80 du XIXe siècle, la constellation de forces de 1914 entre l’Entente et la Triple Alliance avait été « prévue » par un groupe réunissant autour du prince de Galles, qui deviendra plus tard le roi Édouard VII, des personnalités britanniques influentes, ayant toutes partie liée avec certaines loges maçonniques.

Les buts territoriaux et politiques de cette guerre programmée, buts qui apparaissent à la fin du XIXe siècle sur plusieurs cartes d’Europe, correspondent bien, en effet, qu’il s’agisse du « désert » russe ou de la division de l’Allemagne, avec ce qui fut le résultat des guerres menées au XXe siècle(282), le but principal de cette politique à long terme étant l’hégémonie mondiale de l’empire anglo-américain. Pour atteindre cet objectif, on s’est servi des forces de jeunesse des peuples slaves.

Il est intéressant de noter que, comme Renate Riemeck l’a démontré dans son étude hautement intéressante, Mitteleuropa, Bilanz eines Jahrhunderts (« L’Europe du centre, bilan d’un siècle »), le combat contre le centre de l’Europe a été préparé par un rapprochement entre la France et la Russie, entre l’Est et l’Ouest(283). Ces deux pays, la France libérale et révolutionnaire d’une part, la Russie autocratique et policière d’autre part, qui, tout au long du XIXe siècle, avaient été des ennemis jurés, sont finalement parvenus à conclure une alliance en 1894 grâce à l’entremise adroite du pape Léon XIII. Cette alliance a constitué la base de l’« Entente » à laquelle s’est jointe plus tard l’Angleterre, même si ce ralliement, en raison de la liberté d’action dont disposait ce dernier pays, restait plutôt formel.
C’est seulement lorsqu’on connaît ces arrière-plans au déclenchement et au déroulement du premier conflit mondial que les combats intérieurs d’Édouard Schuré et l’attitude de Rudolf Steiner pendant la guerre deviennent compréhensibles.

Comme nous l’avons dit, Édouard Schuré, en tant qu’Alsacien, eut à subir des épreuves d’une double nature. Aussi sûr que la guerre a été déclenchée pour des raisons bien précises, il y a tout lieu de penser que le chauvinisme et la xénophobie ont été orchestrés, et que l’Alsace-Lorraine jouait un rôle important dans la guerre psychologique. Il est consternant de voir comment cette région si importante pour l’histoire des Mystères, cette région qui a su conserver jusqu’à aujourd’hui un caractère propre, a été déchirée entre l’Allemagne et la France. Ce qui fait la particularité de l’Alsace, de cette région qui a conservé certaines influences spirituelles très anciennes, devait être détruit, ce qui eut pour conséquence naturelle que le nationalisme y fut particulièrement puissant. En ce sens, il est peut-être justifié de parler d’un phénomène historique provoqué consciemment par ceux qui étaient bien renseignés en matière d’occultisme(284).

Et ce qui s’est passé autour de Schuré et de Lévy est symptomatique de la tragédie du XXe siècle dans la mesure où des hommes sont tombés sans résistance dans le piège qui leur était tendu malgré leur lien sincère avec l’anthroposophie et Rudolf Steiner.

Le comportement de Schuré et de Lévy a été fatal au petit groupe d’anthroposophes français. Nous ignorons comment le travail anthroposophique s’est poursuivi durant les années de guerre, mais on peut supposer que peu de personnes ont su se prémunir contre le chauvinisme qui faisait rage dans leurs propres cercles. Le 30 mars 1916, neuf ans exactement avant la mort de Rudolf Steiner, les conséquences du comportement de Schuré et de Lévy dépassèrent les frontières.

Ce jour-là, Schuré avait lu les Pensées en temps de guerre destinées aux Allemands et à ceux qui ne se croient pas obligés de les haïr que Rudolf Steiner avait fait paraître en 1915, et qui auraient, d’après lui, confirmé ses craintes que Rudolf Steiner soit passé dans le camp des pangermanistes. Il écrivit aussitôt une longue lettre à Marie Steiner dans laquelle il l’accusait, en termes blessants, d’avoir voulu faire de son mari, avec un « raffinement extraordinaire », un « outil du germanisme en Alsace ». Prenant note que l’enseignement de Rudolf Steiner « était tombé d’un niveau européen et universel à un niveau teutonique », il annonça sa décision de sortir d’une société qui « poursuivait le but d’une germanisation totale »(285).

La brochure intitulée Pensées en temps de guerre a conduit certains auteurs, et parmi eux des anthroposophes, à s’interroger sur l’attitude de Rudolf Steiner durant la guerre(286). Pourtant, comme cela a été démontré récemment avec pertinence(287), ces auteurs font preuve de négligence dans la vérification des faits et d’une méconnaissance des intentions et des buts de ces écrits.

Nous tenons à souligner ici que ce n’est pas seulement se montrer injuste envers Rudolf Steiner mais aussi envers Édouard Schuré lui-même que de considérer sa réaction face à Rudolf Steiner comme « pour le moins compréhensible ». Il ne faudrait pas, en effet, sous-estimer la grandeur de cet homme qui, à quatre-vingt-un ans (!), en septembre 1922, s’est rendu à Dornach, grâce aux efforts d’Alice Bellecroix(288), pour demander pardon à Rudolf Steiner.

Peu avant sa mort, Schuré aurait confié à Camille Schneider: « L’homme connaît, outre un repentir extérieur, un repentir spirituel, fruit d’un cheminement intérieur et d’une lutte avec soi-même. C’est ce repentir qui a mûri en moi et qui m’a incité à me rendre à Dornach. À ce moment [lorsque Steiner a accepté le repentir de Schuré], Rudolf Steiner a écrit une nouvelle page de ma destinée, et ce d’une manière que je n’oublierai jamais.(289) »

Ces paroles qui, sortant de la bouche d’un vieillard, portent curieusement bien des promesses d’avenir, laissent supposer que Schuré, après sa mort, a dû faire son possible pour pouvoir, dans une prochaine incarnation, « réparer » ses erreurs.



Notes



262 À de nombreuses reprises, Steiner a déclaré qu’il trouvait que Schuré, de par ses origines alsaciennes, ressemblait beaucoup à un Allemand, ayant développé ses croyances spirituelles à partir de la culture allemande. Ainsi, il écrivit dans la préface à la troisième édition des Grands Initiés en langue allemande, parue en juillet 1916 : « Souvent, à la lecture des Grands Initiés, les pensées me semblaient comme traduites de l’allemand. »
263 Cité d’après Jeanclaude, G., op. cit., p. 157. ‒ Schuré n’était pas non plus convaincu par les projets architecturaux de Steiner. Dans une lettre à un ami, il évoque sa réconciliation avec Steiner lors de la Semaine française, en automne de l’année 1922. C’est à cette occasion qu’il vit pour la première fois le Goethéanum. Plein d’admiration pour la grandiose idée qui était à l’origine du bâtiment, il écrit pourtant : « Quant au temple qui doit symboliser et représenter plastiquement sa philosophie, il y a beaucoup de lourdeur et de mauvais goût germanique dans les détails (...) »
(lettre de Schuré à M. Syamour du 2-10-1922, citée d’après Mercier, A., Éd. Schuré, op. cit., p. 654. ‒ L’oeuvre de Schuré ne correspondait pas non plus tout à fait aux conceptions artistiques de Rudolf Steiner, bien qu’il en ait souligné à plusieurs reprises l’importance spirituelle. Ainsi, la Russe Margarita Volochine raconte dans ses mémoires intitulées Die grüne Schlange (« Le Serpent vert ») qu’elle aurait demandé à Steiner, à l’été 1909, pourquoi il faisait . représenter ces Drames. « Je les trouve aussi peu artistiques qu’une mauvaise croûte », lui dit-elle. Ce à quoi Steiner aurait répondu : « Je suis content que vous les trouviez peu artistiques, car c’est aussi mon avis. Mais je ne peux tout de même pas faire représenter les drames naturalistes de Gerhart Hauptmann ! » (Volochine, M., Die grüne Schlange, op. cit., p. 215)
264 Schuré est né en 1841, l’année où le combat entre « les partisans de Michaël et les forces ahrimaniennes » a commencé dans le monde spirituel. Lorsqu’on connaît les particularités de ce qui précède immédiatement la naissance, on a, d’après Steiner, qui, dans cette conférence, ne faisait pas directement allusion à Schuré, « beaucoup de compréhension pour le destin intérieur et extérieur de tels êtres, pour l’état d’âme de tels êtres. » Steiner, R., conférence de Dornach du 14-10-1917, in : GA 177.
265 Cité d’après Jeanclaude, G., op. cit., p. 154.
266 Cf. Schneider, C., op. cit., p. 143.
267 Cité d’après Roux, A., In Memoriam, op. cit., p. 118.
268 Ibid.
269 Ibid., p. 119.
270 Lindenberg, Christoph, Rudolf Steiner und die geistige Aufgabe Deutschlands, in : Die Drei, 12/1989, p. 892.
271 Ainsi dans : L’Alsace et les prétentions prussiennes, Paris, 1871 ; Les Légendes d’Alsace, Paris, 1884; Les Grandes Légendes de France, Paris, 1891.
272 Lettre d’Édouard Schuré à Gustave Kahn du 1-8-1909, in : Bibliothèque Nationale, Paris, Nouv. Acq. fr. 15884, 401 et suiv.
273 Schuré, Éd., Les Grandes Légendes, op. cit., p. 189.
274 Cf. à ce sujet : Rudolf Steiner über den Nationalismus. Geisteswissenschaftliche Hinweise, textes rassemblés et commentés par Karl Heyer, Bâle, 1993, en particulier les p. 40 et suiv.
275 Repris par Rudolf Steiner dans la conférence du 11-9-1916, in : GA 272.
276 Steiner, R., conférence de Prague du 13-5-1915, in : GA 159.
277 Schuré, É., lettre à A. Roux du 20-8-1914, in : Schuré, É., Lettres à un combattant. Suivies d’extraits du « journal intime », publiées par A. Roux, Paris, 1921, p. 25.
278 Repris dans : ibid., p. 211 et suiv. ‒ « La France est la Jeanne d’Arc des nations ! » s’était exclamé É. Schuré en 1916 (in : préface à : L’Alsace française).
279 Il faut ajouter ici que l’empire allemand était tombé sous la coupe de la Prusse depuis que Bismarck faisait peser sur lui sa main de fer. Car « Bismarck pensait en Prussien et non pas en Allemand (...) Ce n’est pas l’Allemagne qui lui importait, mais la monarchie prussienne », comme Renate Riemeck l’a démontré de manière très convaincante. Cf. Riemeck, R., Mitteleuropa. Bilanz eines Jahrhunderts, Potsdam, 1990, p. 36.
280 Schuré, É., Lettres, op. cit., p. 30 et suiv.
281 Cité d’après ibid., p. 36. ‒ Les citation suivantes sont extraites de : Lévy, E., La Révélation française, avec une préface d’É. Schuré, Paris, 1921.
282 Cf. notamment Riemeck, Renate, Mitteleuropa, op. cit., et Meyer, Thomas, Ludwig Polzer-Hoditz, op. cit.
283 Riemeck, R., op. cit., p. 166 et suiv.
284 Mais la question alsacienne devait se révéler lourde de conflits au XXe siècle pour une autre raison. Dans une conférence du 19-10-1918 (in : GA 185), . Rudolf Steiner, après avoir décrit la manière d’agir des loges maçonniques modernes, déclara que la question alsacienne était un problème insoluble entre l’Europe de l’ouest, l’Europe de l’est et l’Europe du centre. Dès les années 70 du XIXe siècle, on se serait rendu compte, d’après Steiner, « que ce qui se passait là (en Alsace ‒ I. D.), créait des conditions particulières en Europe (...) À cette époque, certaines personnes savaient déjà que le problème slave naîtrait du fait qu’à l’Ouest on voudrait résoudre la question autrement qu’en Europe centrale. »(C’est moi qui souligne ‒ I. D.)285 La lettre de Schuré à Marie Steiner est reproduite dans : Marie Steiner-von Sivers. Ein Leben für die Anthroposophie, publié par H. Wiesberger, op. cit., p. 462-468.
286 Ainsi, notamment, Lindenberg, Christoph, Rudolf Steiner und diegeistige Aufgabe, op. cit.
287 Kirvelitz, Thomas / Heisterkamp, Jens / Forster, Edgar / Udert, Lothar, Rudolf Steiners Haltung im Ersten Weltkrieg. Eine Klärung vermeitlicher Irrtümer Rudolf Steiners, in : Mitteilungen aus der anthroposophischen Arbeit in Deutschland, Johanni, 1993.
288 Lettre d’Alice Bellecroix à Rudolf Steiner du 7-3-1922, cf. annexe, doc. 13.
289 Cité d’après : Schneider, C., Édouard Schuré, op. cit., p. 196. Peu avant sa mort, Schuré projetait d’écrire un livre dans lequel il aurait présenté Rudolf Steiner comme son maître spirituel. Ce livre n’a cependant jamais vu le jour. Cf. ibid., p. 100.


II. Une interview qui est entrée dans l’histoire 

 







En août 1914, Jules Sauerwein fut incorporé non loin de Marseille, dans le régiment dans lequel il avait effectué son service militaire quelques années auparavant. Sa position au Matin lui permit cependant de ne pas prendre directement part au conflit. Poursuivant ses activités de journaliste et de reporter, il profita de ses fréquents déplacements en Suisse pour rendre visite à Rudolf Steiner.

« L’époque de la guerre fut particulièrement dure pour Steiner, se rappelle-t-il en 1932. Il lui arriva ce qui arrive toujours à ceux qui disent la vérité dans un monde déchiré par la passion : il fut attaqué des deux côtés. Un grand nombre d’Allemands le considéraient comme un traître, au moment même où de nombreux Français et Anglais scandalisés, à la tête desquels on trouvait le célèbre mystique Édouard Schuré, rendaient leur carte de membre de la Société anthroposophique.(290) »
Au commencement de l’année 1917, Rudolf Steiner s’ouvrit à Jules Sauerwein sur les causes spirituelles de la guerre en des termes que le journaliste devait qualifier de « hautement actuels » lorsqu’il constata, en mars 1932, que les chefs d’État se révélaient tout aussi incapables de « trouver des remèdes aux dangers qui menaçaient » que dix-huit ans auparavant(291).

Jules Sauerwein rapporte ces propos de Rudolf Steiner : « La guerre (...) est un soulèvement, une explosion de certaines forces comprimées indûment. C’est un processus de guérison violent de l’organisme spirituel de notre planète. De même que l’organisme physique réagit à un empoisonnement à travers la fièvre ou d’autres symptômes, de même que les éruptions volcaniques sont la manifestation du feu qui couve sous la terre, la mauvaise utilisation des énergies conduit à la guerre. Les gouvernements et les peuples perdent la raison sous l’effet d’une pression qu’ils ne comprennent pas.(292) » Rudolf Steiner exposa ensuite les principes de base d’une « tripartition de l’organisme social » qui seule pourrait permettre à la société d’engager un processus de guérison qui la mettrait à l’abri de la guerre.

Comme il ressort du lien de confiance qui s’établit entre eux au cours de ces années, Jules Sauerwein était parvenu à métamorphoser la « divergence de vue » qu’il avait eue avec Rudolf Steiner quelques mois auparavant. Certains traits de caractère avaient commencé à mûrir en lui dont il ne devait jamais se départir : une modestie qui allait le protéger des tentations égoïstes et ouvrir ses sens aux observations les plus fines (Jules Sauerwein parle de « vagabondage attentif(293) ») ; une grande intuition qui allait lui permettre de saisir la manière de penser des autres hommes et des autres peuples ; et enfin une tournure d’esprit extrêmement exigeante envers elle-même. ‒ « Le plus important pour l’humanité, c’est le progrès spirituel », écrivait-t-il dans les Basler Nachrichten en 1932. Il ajoutait que le but principal de sa profession était de servir ce progrès spirituel.

Il considérait comme la « mission sacrée » du journalisme de « faire la vérité sur les gens et les choses et de les rendre compréhensibles à d’autres hommes au-delà des frontières politiques et spirituelles.(294) » ‒ À n’en pas douter, il s’inscrivait parfaitement dans cette démarche lorsqu’il publia à la une du Matin, le 5 octobre 1921, une interview de Rudolf Steiner dans laquelle ce dernier faisait pour la première fois la lumière sur les circonstances qui ont entouré le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Cet article intitulé Une lueur sur les origines de la guerre. Ce que contiennent les mémoires inédits en Allemagne du chef d’état-major de Moltke fit sensation dans la presse internationale, et en particulier dans la presse de langue allemande.



Helmuth Von Moltke


Helmuth von Moltke (1848-1916) était le neveu du célèbre maréchal von Moltke, l’un des fondateurs, avec Bismarck et l’empereur Guillaume Ier, de l’armée allemande moderne. Chef d’état-major de cette même armée, il fut impliqué de manière tragique dans les événements qui aboutirent à la déclaration de guerre d’août 1914. Proche de Guillaume II et des leaders politiques allemands de l’époque, il fut le témoin privilégié de l’incroyable confusion qui régnait au sein de l’état-major allemand durant ces heures fatales pour le destin du monde.

Il est probable qu’une publication à point nommé des Mémoires d’Helmut von Moltke aurait modifié la face de l’Europe et du monde(295). Si les révélations qu’ils contiennent avaient pu parvenir à la connaissance du publié avant la signature du traité de Versailles en juin 1919, il est certain que le cours des négociations en aurait été bouleversé. Elles auraient pu notamment permettre, sinon la suppression, tout au moins l’allègement du paragraphe 231 qui établissait la responsabilité unilatérale de l’Allemagne dans le déclenchement du conflit. Bien des choses se seraient passées autrement si la lumière avait pu être faite sur ce « noeud central » de l’histoire du XXe siècle, source de tant d’égarements et de tant de tragédies.

C’est à l’attention d’Eliza, son épouse, par l’intermédiaire de laquelle il avait fait la connaissance de Rudolf Steiner et de l’anthroposophie, qu’Helmuth von Moltke avait rédigé ses Mémoires.

Mais après la mort de ce dernier, un « dialogue spirituel » tout à fait inhabituel s’est engagé avec le défunt, et il est apparu alors, d’après ce qu’on a pu déduire de ses expériences d’au-delà du seuil, que ces mémoires avaient en fait un caractère testamentaire.

Ces Communications post-mortem de Moltke à sa femme n’ont été publiées pour la première fois que récemment(296). Elles ont été rendues possibles par les liens qu’entretenait Eliza von Moltke avec le monde spirituel et par les liens karmiques qui l’unissaient à son mari. Elles ont la particularité unique de révéler certains arrière-plans occultes fondamentaux de l’histoire européenne, comme de faire comprendre le développement post-mortem de l’« âme » de Moltke, sa participation au passé et à l’avenir karmique. L’histoire « personnelle » y côtoie des faits de portée mondiale, comme par exemple le lien de cette individualité avec l’esprit du peuple allemand. L’âme désincarnée de Moltke semble ne pas pouvoir se détacher de ces événements des mois de juillet et août 1914 qui lui furent si funestes.

Certaines déclarations paraissent quelque peu énigmatiques. Ainsi, on peut lire dans la toute première communication du 19 octobre 1916 (297) : 
« Mon ‘moi’ était devenu le transitaire des forces rassemblées autour de l’esprit du peuple allemand, de ces forces appelées à porter un coup d’arrêt aux progrès extérieurs. »

Puis, alors que la guerre était arrivée à son terme et que l’on commençait à négocier les traités de « paix » à Versailles :
 « Le matérialisme avait fait de l’Allemagne de 1914 une construction impossible. Et parce que c’était une construction impossible, elle avait donné naissance à la politique impossible du Kaiser et consorts, de ces personnages avec lesquels le destin me mit en contact sur le plan physique. Et ainsi, ce destin à fait que j’ai dû partir en guerre contre la politique allemande. (...) Celui qui est capable de voir que le matérialisme a dévoré des forces nobles au coeur de l’Allemagne, est également capable de voir que ce qui est arrivé devait arriver.(298) »

Les phrases les plus surprenantes sont celles qui se rapportent à la question de la responsabilité de la guerre : « Les chefs d’État de l’Entente avaient les moyens d’empêcher la guerre. Mais le peu qu’ils ont entrepris n’a pas suffi. L’Allemagne pouvait elle aussi l’empêcher; mais elle n’en avait pas le droit, car ç’aurait été un suicide. Son destin n’était pas de se suicider; mais d’être assassinée. Le ressentiment de l’Entente sera grand, car elle est contrariée d’avoir dû endosser le rôle d’exécuteur testamentaire de l’histoire du monde(299). (...)
Une victoire aurait causé la perte du peuple allemand. Elle aurait été le prélude à une ère de cupidité extrême, une ère d’adoration du veau d’or (...)(300) »

Qu’il nous soit permis de n’évoquer ici que quelques-unes des très nombreuses expériences de Moltke après sa mort. Une analyse détaillée de ces documents constituerait d’ailleurs une contribution extrêmement importante à la recherche des arrière-plans karmiques et spirituels de l’histoire du XXe siècle. On pourrait ainsi, à l’aide des observations de ce défunt « singulier » dont les liens avec l’histoire de l’humanité ont un caractère tout à fait inhabituel, créer une science historique « suprasensible ».

L’ensemble des Communications post-mortem de l’individualité de Moltke à sa femme fait apparaître que ce qu’a vécu Helmuth von Moltke le 1er août avait cessé d’avoir un caractère personnel et était devenu le reflet du destin de l’Allemagne. C’est ainsi qu’au cours des mois que durèrent les négociations du traité de Versailles l’individualité de Moltke intervint à plusieurs reprises pour demander que soient rendus publics ces mémoires destinés à l’origine à sa seule épouse. Car d’après lui, « la clarification des faits était nécessaire ». 
« Le peuple allemand ne pourra survivre que s’il connaît la vérité. (...) Lorsque la vérité concernant le déclenchement de la guerre sera connue, les Allemands avisés commenceront à se rendre compte de l’incapacité de leurs anciens ‘dirigeants’. Ils ne pourront éviter d’avoir de telles pensées. Car les pensées fausses sont, à une époque comme la nôtre, les vraies forces destructrices.(301) »

Il réitère sa demande quelques jours plus tard : « Le mensonge dans lequel nous vivons nous a conduits à la catastrophe. La vérité doit nous aider à construire ce qui vient. L’esprit ne peut agir que dans la vérité. À la fin du mois de juillet et au début du mois d’août (1914), la décision que j’avais prise avait fait de moi un être isolé, lâché par un monde politique à bout de forces (...) La vérité doit triompher, faute de quoi ce n’est pas seulement le peuple allemand qui courra à sa perte, mais l’Europe tout entière.
L’Europe de l’est devrait alors être reconstruite par l’Asie, ce qu’il faut éviter. L’Europe doit revenir à la raison et se trouver elle-même en esprit.(302) »

Dès le mois de mai 1919, Rudolf Steiner et Eliza von Moltke entreprirent de publier ces « mémoires » sous le titre : La Responsabilité de la guerre. Carnets de Moltke de novembre 1914 sur les événements du Ier août 1914. Mais certains incidents empêchèrent la publication de ces documents. Bien que la manière dont les forces adverses s’y sont prises pour empêcher cette publication soit tout à fait « symptomatique », nous ne l’analyserons pas ici plus en détail(303). ‒ « Quel manque de discernement chez tous ces gens !, écrit Rudolf Steiner à Eliza von Moltke le 28 mai 1919. Ils ne tiennent absolument pas compte des choses importantes que je leur dis. C’est comme s’ils n’étaient capables de comprendre que les choses qu’ils sont habitués à entendre depuis plus de trente ans. Des cerveaux durcis, des corps éthériques engourdis, des corps astraux vides, un ‘moi’ stupide. Voilà la signature des hommes d’aujourd’hui. (304) »

Dans un premier temps, la publication de ces documents a donc pu être empêchée. Mais dès le mois d’août 1919, Steiner exprime une nouvelle fois son « désir » de les « porter à la connaissance du monde d’une manière ou d’une autre(305) », ce qu’il ne parviendra cependant à faire que deux ans plus tard.

C’est le courage et la perspicacité de Jules Sauerwein qui, en octobre 1921, ont permis d’abattre le mur de silence édifié à dessein autour de cette affaire. Le fait que ce soit un journal français qui, le premier, ait pris l’initiative de publier ces documents où sont dévoilés les arrière-plans véritables de la déclaration de guerre allemande, et qui mettent en évidence l’incompétence de l’empereur Guillaume II et de ses proches, mérite d’ailleurs d’être souligné.

Jules Sauerwein n’avait cessé d’interroger Rudolf Steiner sur les arrière-plans spirituels de la guerre, et avait fini par s’intéresser vivement au destin d’Helmut von Moltke, personnage qu’on s’ingéniait à faire passer pour faible de corps et d’esprit, et dont on disait qu’il était devenu le jouet de l’« occultiste » Rudolf Steiner.

On allait même jusqu’à prétendre qu’il aurait été l’un des artisans de la défaite allemande avant de perdre définitivement l’usage de la raison(306). Rudolf Steiner ne pouvait laisser circuler plus longtemps des rumeurs aussi peu fondées.
Voici ce qu’il écrit en exergue à la traduction allemande de l’interview qui parut à la une du Matin le 5-10-1921 accompagnée des photos du général von Moltke et de lui-même :

« [Je considère] le moment présent comme l’un de ces moments où tous ceux qui détiennent une parcelle de vérité concernant la guerre se doivent de prendre la parole. Dans les circonstances présentes, se taire serait manquer à son devoir(307) ».

Ayant toujours fait preuve d’une grande conscience professionnelle, Jules Sauerwein se faisait un devoir de donner des hommes et des événements qu’il décrivait une image aussi exacte que possible. C’est pourquoi il fait précéder cette interview qui eut lieu à Dornach le premier octobre 1921 d’une brève description de Rudolf Steiner, du Goethéanum et de l’anthroposophie. Et, comme toutes les fois qu’il eut à s’exprimer sur Rudolf Steiner, il ne manque pas cette fois encore de souligner « l’admiration sincère et l’amitié » qu’il éprouvait pour lui. ‒ Il est intéressant de noter qu’il fit précéder l’interview de Rudolf Steiner d’une description de la sculpture en bois sur laquelle ce dernier travaillait à l’époque, à savoir la figure du Christ entre Lucifer et Ahriman.

Jürgen von Grone, qui avait été un proche d’Helmuth von Moltke et de Rudolf Steiner, a tenté de découvrir pour quels motifs certaines forces ont voulu empêcher la publication des mémoires de Moltke. Il en est venu à la conclusion que ce n’est pas seulement en raison de son contenu même qu’on a voulu empêcher la publication de ce texte, mais aussi à cause des « remarques préliminaires » dont Rudolf Steiner l’avait fait précéder. Ce que certains cercles ne pouvaient accepter, c’était le fait que Rudolf Steiner y dénonçait la faillite complète de la politique de l’empire allemand(308). Les mêmes pensées étaient très clairement exprimées dans l’interview de Jules Sauerwein : « Les Mémoires de Moltke montrent [le gouvernement impérial] dans le plus profond désarroi, conduit avec une légèreté et une ignorance inconcevables. De sorte qu’on peut appliquer aux hommes responsables de ces heures tragiques la phrase que j’ai écrite dans ma préface : ‘Ce n’est pas tel ou tel de leurs actes qui a contribué à amener la catastrophe, mais l’essence même de leur personnalité’. » Il n’est pas surprenant que de tels propos aient fait l’objet de très sévères critiques. Ils ont été à l’origine d’une nouvelle campagne de diffamation à l’encontre de Rudolf Steiner, en particulier dans la presse allemande.

Pendant plusieurs jours, le Matin s’est d’ailleurs fait l’écho des réactions provoquées par l’interview dans la presse germanophone, négligeant bizarrement de rapporter les prises de position des journaux français.

Il est clair, au regard des événements tragiques qui se sont déroulés par la suite sur le sol allemand, que dans l’affaire de la publication des mémoires de Moltke, deux forces contraires se faisaient face, deux forces qui, traditionnellement, tiraillent le peuple allemand dans deux directions opposées. Ces forces sont, d’une part, celles qui combattent pour une spiritualisation christique de la vie sociale, et d’autre part celles qui, à la manière d’un double, s’engouffrent partout où ce lien avec l’esprit ne parvient pas à s’établir. Car, comme l’a répété à maintes reprises Rudolf Steiner, le peuple allemand est exposé comme aucun autre aux machinations du plus grand des « tentateurs ».

Il déclara le 22 juin 1919 : « Lorsque les Allemands parviennent à se spiritualiser, ils sont la bénédiction du monde ; lorsqu’ils n’y parviennent pas, ils deviennent sa malédiction.(309) »

Une telle affaire montre bien que l’Allemagne n’est pas en mesure de mener seule, c’est-à-dire indépendamment des autres peuples, un tel combat « intérieur ». Il faut, comme ce fut le cas avec la publication de l’interview du Matin par Sauerwein, que des forces de vérité « guérissantes » soient introduites dans le cours de l’histoire à partir de territoires qui ne soient pas uniquement allemands. Car à vrai dire, il eût été du devoir de chacun des pays belligérants de faire toute la lumière sur les événements qui ont directement conduit au déclenchement de la guerre, sans tenir compte des dirigeants allemands, lesquels considéraient cette vérité comme trop humiliante. Mais les puissances qui composaient l’Entente n’avaient pas le moins du monde intérêt à ce que soit remis en cause le principe d’une responsabilité unilatérale de l’Allemagne dans le déclenchement du conflit.

Au travers de cette action courageuse, Jules Sauerwein a donné l’exemple d’une personne pour qui la connaissance des vrais arrière-plans de la guerre tenait plus à coeur qu’un quelconque honneur national. Il rachetait, en quelque sorte, par cet acte qui dépassait les frontières et ne visait rien d’autre que le bien de l’humanité tout entière, les très graves attaques que Rudolf Steiner avait subies de la part des disciples français de l’anthroposophie.



Notes


290 Cf. à ce sujet MJS, in : Basler Nachrichten du 30-3-1932.
291 Ibid., du 21-4-1932.
292 Ibid., du 30-3-1932.
293 Ibid., du 27-4-1932.
294 Ibid.
295 Cf. à ce sujet Helmuth von Moltke. 1848-1916. Dokumente zu seinem Leben und Wirken. Band 2, Briefe von Rudolf Steiner an H. und E. von Moltke, publié par Th. Meyer, Bâle, 1993, p. 319.
296 Ibid.
297 Cette communication est la première dans laquelle l’« âme » s’est exprimée à la première personne. ‒ Ce saut qualitatif très important a sans doute été dû à la visite d’Eliza von Moltke et de
Rudolf Steiner à l’Ermitage d’Arlesheim à la fin de l’automne 1917, visite à l’occasion de laquelle ce dernier attira l’attention de son amie sur l’existence de sainte Odile, déliant ainsi ‒ selon Th. Meyer ‒ la « langue » du défunt. Cf. ibid., p. 320.
298 Communication du 27 janvier 1919, in : ibid., p. 232.
299 Ibid., p. 221. (C’est moi qui souligne ‒ I. D.)
300 Communication faite autour du Ier mai 1919, in : ibid., p. 233.
301 Ibid., p. 232 et suiv.
302 Ibid., p. 239.
303 Cf. à ce sujet le chapitre : Die Verhinderung der rechtzeitigen Veröffentlichungen von Moltkes Aufzeichnungen zum Kriegsausbruch, in : Helmuth von Moltke, op. cit., vol. 1, p. 409 et suiv.
304 Lettre de Rudolf Steiner à E. von Moltke du 28-5-1919, in : ibid., vol. 2, p. 245.
305 Lettre de Rudolf Steiner à E. von Moltke du 6-8-1919, in : ibid., p. 247.
306 Sur l’image déformée de Moltke, cf. ibid., vol. 1, en particulier la préface de l’éditeur, ainsi que J. Heisterkamp, H. v. Moltkes Bild in der Geschichtsschreibung des 20. Jahrhunderts.
307 Ibid., p. 424.
308 Cf. ibid., p. 417.
309 Steiner, R., conférence de Stuttgart du 22-6-1919, in : GA 192.



III.  Interview de Rudolf Steiner par Jules Sauerwein sur les origines de la Première Guerre mondiale. Publiée dans le Matin du 5 octobre 1921

 

 




Vous savez que, s’il faut en croire vos adversaires, c’est vous qui avez fait perdre au chef d’état-major de Moltke, la tête d’abord, la bataille de la Marne ensuite.’ Telle est la question que je posai hier au célèbre occultiste et sociologue autrichien Rudolf Steiner. J’ai pour lui une admiration et une amitié qui remontent à plus de quinze ans et j’ai pris plaisir jadis à traduire en français plusieurs de ses grandes oeuvres théosophiques. Aussi, quand le hasard de mes voyages me le permet, je ne manque jamais en passant à Bâle de faire, à Dornach, une petite visite au docteur Steiner.
Je le trouvai, cette fois comme les autres, près de cet étrange et puissant édifice que ses disciples ont nommé Goethéanum, en hommage à Goethe, son précurseur dans la science spirituelle. J’ai déjà, en 1913, décrit dans le Matin, l’homme, le bâtiment, et ce site pittoresque des derniers contreforts du Jura, où chaque crête est surmontée par les ruines de quelque château fort.

Rudolf Steiner revenait d’Allemagne où il avait, soit à Stuttgart, soit à Berlin, exposé sa doctrine devant des milliers d’auditeurs enthousiastes. Ici même, il avait, dans la journée, reçu une délégation de 120 théologiens avec qui il venait de s’entretenir et dont plusieurs ont l’intention de fonder de véritables églises conformes à la discipline qu’enseigne Steiner. Il était en train de travailler à un immense groupe de bois sculpté représentant le Christ entre les deux anges déchus, Lucifer et Ahriman, une des créations les plus impressionnantes que j’aie jamais vues, qui doit se dresser au fond de la scène du Goethéanum, et, tandis que je regardais à travers la fenêtre, dans le crépuscule du soir, les petits groupes de disciples qui montaient du fond de la vallée pour la conférence prochaine, le docteur Steiner me parlait du combat que livrent contre lui ses ennemis, cléricaux et pangermanistes en Allemagne, sectaires de toutes religions dans le reste de l’Europe centrale, par toutes les armes et dans tous les milieux.

La peur de la vérité


Lorsque je lui posai à brûle-pourpoint ma question au sujet du général de Moltke, il tourna vers moi ses yeux profonds, creusés dans un visage en quelque sorte martelé par un effort de pensée, de parole et d’action qui dure depuis quarante ans.

“Ce que vous me dites ne m’étonne guère, me répondit-il. Il n’est pas d’attaques qui ne soient dirigées contre moi avec le but de me faire expulser d’Allemagne et si possible de Suisse. Ces attaques ont les origines les plus diverses, mais quand elles portent sur mes relations avec Moltke, elles ont un but précis : empêcher la publication des quelques pages sur l’origine de la guerre qu’il a écrites pour sa famille avant sa mort, et que Mme de Moltke m’avait prié de faire paraître en librairie.

Ces Mémoires devaient voir le jour dès 1919. À la veille de la date fixée, un diplomate représentant la Prusse à Stuttgart vint me trouver pour m’annoncer que cette publication était impossible et qu’on l’interdisait de Berlin. Plus tard, un général qui fut aide de camp successivement du général de Moltke, puis de Guillaume II, vint me tenir le même langage. Je protestai et voulus passer outre. Je m’adressai, sans recevoir de réponse, au comte de Brockdorff-Rantzau, alors à Versailles. Ces démarches furent inutiles, d’autant plus qu’en même temps on exerça sur Mme de Moltke des intimidations auxquelles elle ne put résister.

“Pourquoi ces craintes ? Les Mémoires de Moltke ne sont pas un acte d’accusation contre le gouvernement impérial. Elles le montrent ‒ ce qui peut-être est pire ‒ dans le plus profond désarroi ? conduit avec une légèreté et une ignorance inconcevables. De sorte qu’on peut appliquer aux hommes responsables de ces heures tragiques la phrase que j’ai écrite dans ma préface : ‘Ce n’est pas tel ou tel de leurs actes qui a amené la catastrophe, mais l’essence même de leur personnalité.’ Je pourrais ajouter : c’est aussi cet étrange système qui fait retomber le poids de résolutions suprêmes sur un seul homme, le chef d’état-major, qui se décidait pour des motifs militaires, la politique étant réduite à zéro.

“Je n’ai jamais causé de questions politiques ou militaires avec Moltke avant qu’il fût à la retraite. Après, comme il était gravement malade, je le vis souvent et il s’ouvrit tout naturellement à moi sur tous ces sujets.
“Mais je veux vous dire, parce que cela vous intéressera, ce qu’il a lui-même raconté au début de ses Mémoires inédits.

“À la fin de 1914, Moltke, qui était chef d’état-major général depuis 1905, se rendit à Carlsbad pour raisons de santé. Il n’a rien su jusqu’à sa mort de ce qui s’était passé au fameux conseil de Potsdam le 5 ou 6 juillet, car il ne rentra à Berlin qu’après l’ultimatum à la Serbie. Dès son arrivée, il eut, dit-il, la persuasion que la Russie allait attaquer. Il vit clairement le tragique développement que devaient prendre les choses, c’est-à-dire qu’il crut à l’intervention certaine de la France et de l’Angleterre dans le conflit mondial. Il écrivit pour l’empereur un mémorandum contenant son plan d’opérations.

Le plan de l’état-major allemand était, dans ses grandes lignes, le même depuis plus de quinze ans. Il avait été établi par von Schlieffen, le précurseur de Moltke. Vous en connaissez le principe : de grosses masses contre la France pour arriver à tout prix à un résultat rapide et, contre la Russie, une faible armée de défenses destinée à être complétée plus tard, après le succès escompté des opérations sur le front ouest.


Des gens affolés


“De Moltke n’avait modifié que sur un point ‒ important à vrai dire ‒ le plan de son prédécesseur. Tandis que Schlieffen prévoyait l’attaque simultanée par la Belgique et la Hollande, Moltke, pour permettre à l’Allemagne de respirer, en cas de blocus, avait renoncé à la Hollande.

“Quand il arriva au château, le vendredi 30 juillet, Moltke se trouva devant des gens éperdus. Il eut, dit-il, l’impression qu’il était seul à pouvoir prendre une décision. Il demanda à l’empereur de signer l’ordre de mobilisation, ordre qui, en Allemagne, équivaut strictement à la déclaration de guerre, puisqu’à dater de cet ordre, tout, y compris les premières opérations, se déroule aux heures fixées avec un inexorable automatisme. Guillaume II se contenta, pour ce jour-là, d’établir l’“état de danger de guerre”. Le lendemain samedi 31 juillet, à 4 heures de l’après-midi, il fit de nouveau appeler Moltke, et c’est pendant les six heures qui suivirent que se déroule le drame.

“Moltke trouva le kaiser en compagnie de Bethmann-Hollweg, qui tremblait littéralement sur ses jambes, du ministre de la guerre Falkenhayn, des généraux von Plesson, Linke et quelques autres. Le kaiser se prononce avec vivacité contre le plan du chef d’état-major général. Il a reçu, déclare-t-il, les meilleures nouvelles d’Angleterre.

Non seulement l’Angleterre restera neutre, ‒ c’est Georges V qui le lui annonce ‒ mais encore elle empêchera la France de prendre part à la guerre. Dans ces conditions, il est logique de jeter toute l’armée sur la Russie.

“‒ Non, répond Moltke, le plan doit être exécuté à l’ouest et à l’est, tel qu’il est conçu.


Les ‘raisons techniques’



“Les objections ne le touchent pas. Il refuse de rien modifier. Il faut, déclare-t-il, donner l’ordre de marcher sans aucun délai. Il ne croit pas aux dépêches anglaises, et comme il a déjà en main l’ordre de mobilisation que Guillaume II vient de signer, il se retire en hâte dès qu’il le peut, laissant les autres en proie à un désarroi total. Ainsi, des motifs techniques étaient en mesure de décider de l’extension de la guerre.

“Au milieu du chemin, entre le palais et l’état-major, sa voiture est rattrapée par une rapide automobile impériale. On vient le rechercher de la part de Guillaume II. Avant de retourner au château, Moltke donne à son aide de camp l’ordre de mobilisation et lui dit : ‘Faites avancer les troupes.’

“Le kaiser est plus affolé que jamais. Il montre à son chef d’état-major un télégramme du roi d’Angleterre. Il voit dans ce télégramme l’absolue certitude que le conflit sera limité à l’est, que l’Angleterre et la France seront neutres. “‘Il faut, conclut-il, donner immédiatement contre-ordre aux troupes que vous avez fait avancer’. Moltke refuse. ‘On ne peut, répondit-t-il, faire passer une armée par ces alternatives d’ordres et de contre-ordres.’

Alors, l’empereur, de sa propre autorité, donne à un aide de camp l’ordre de téléphoner aux quartiers généraux pour que l’armée allemande reste au moins à une heure de marche de la frontière française et belge.

“Moltke rentre chez lui. Il s’assied à sa table, effondré. Il déclare qu’il ne donnera pas le contre-ordre qui doit régulariser le coup de téléphone du kaiser. Justement un aide de camp le lui apporte à signer. Il refuse et le renvoie. Il demeure jusqu’à dix heures du soir dans une sorte de prostration. À dix heures, on sonne. C’est l’empereur qui, de nouveau, le fait chercher. Il se rend en hâte au château. Là, Guillaume, qui s’était déjà mis au lit, se lève en caleçon, passe une robe de chambre, et prononce un discours. Tout est changé. Il y a mal donne. Le roi d’Angleterre vient d’expliquer dans un nouveau télégramme qu’on l’a mal compris et qu’il ne prend ni en son nom ni en celui de la France un engagement quelconque. Il conclut en déclarant àMoltke : ‘Maintenant, faites ce que vous voulez.’ “C’est la guerre qui commence.

Funeste présage


“Pendant le mois d’août, je vis le général de Moltke une seule fois, le 26 août, à Coblence. Nous eûmes une conversation sur des sujets “purement humains”. La bataille de la Marne se déroula dans des conditions qui étaient de nature à frapper profondément l’imagination du général. Trois fois, aux manoeuvres, il avait fait exécuter en réduction l’avance sur Paris. Trois fois, von Kluck, qui commandait régulièrement l’aile droite, avait marché trop vite. Après chaque manoeuvre, Moltke lui disait : ‘Si, dans des opérations réelles vous allez aussi vite, nous perdrons la guerre.’ Lorsque l’armée de Kluck fut entourée, il en fut frappé comme d’un présage effrayant. Il en conclut aussitôt : ‘La guerre est perdue pour l’Allemagne.’ Le 13 septembre, lorsqu’il revint au quartier général, il fit l’impression d’un homme malade. En réalité, dès ce moment-là, ce fut Falkenhayn, qui, sans avoir le titre officiel, commanda l’armée. Quelques jours plus tard, comme Moltke gardait le lit, Guillaume II vint lui rendre visite : ‘Est-ce toujours moi, demanda-t-il à l’empereur, qui conduis les opérations ?’ ‒ ‘Je pense réellement que c’est toujours vous’, répondit Guillaume II.

“Ainsi, pendant trois semaines, l’empereur ne savait même pas qui était le véritable chef de ses troupes.

“Mais voici un nouvel exemple de l’opinion qu’on avait de Guillaume II dans son propre entourage. Un jour que de Moltke me décrivait les sentiments de profonde horreur qu’il avait éprouvés en retraversant la Belgique après la prise d’Anvers, je lui parlai pour la première fois de ce plan d’attaque par la Belgique. ‘Comment se fait-il, lui demandai-je, qu’un ministre de la guerre ait pu venir dire au Reichstag que le plan d’attaque à travers la Belgique n’existait pas ?’ ‒ ‘Ce ministre, répondit de Moltke, ne connaissait pas mon plan. Seul le chancelier était au courant.’ ‒ ‘Et le kaiser ‘?’ ‒ ‘Jamais de la vie, dit de Moltke avec force : il était trop bavard et trop indiscret. Il l’aurait raconté au monde entier.’”


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