dimanche 9 juillet 2017

La croisade albigeoise expliquée aux grands par Laurent Guyénot


Le contexte de la Réforme grégorienne


La « Réforme grégorienne » du catholicisme romain au XIe siècle ne fut pas le retour à un christianisme originel qu’elle prétendait être, mais une véritable révolution, c’est-à-dire une rupture brutale avec la tradition, dont Constantinople était jusqu’alors la garante [1]. Au même titre que la « Réforme protestante » quatre siècles plus tard, la Réforme grégorienne fut aussi une étape dans un long processus de dégradation du christianisme oriental, qui alla toujours de pair avec une influence accrue de l’Ancien Testament. Le légalisme qui transforma la curia romana en un gigantesque tribunal inquisitorial, ou encore la mercantilisation du salut, qui aboutira au commerce des indulgences, portent la marque de Yahvé. Le Dictatus Papae, écrit en 1073 de la main de Grégoire VII, alias Hildebrand, nous donne, en 27 propositions, le meilleur aperçu de l’esprit des réformateurs :
« 1. L’Église romaine a été fondée par Dieu seul. 
2. Seul le pontife romain est en droit d’être appelé universel.
3. Lui seul peut déposer ou réinstaller les évêques. […]
8. Lui seul peut faire usage des insignes impériaux.
9. Le pape est le seul dont tous les princes doivent baiser les pieds.
10. Il est le seul dont le nom soit prononcé dans les églises.
11. Son titre est unique au monde.
12. Il peut déposer les empereurs. […]
19. Il ne peut être jugé par personne. […]
22. L’Église romaine n’a jamais été dans l’erreur et ne le sera jamais, par le témoignage de l’Écriture.
23. Le pontife romain, s’il est canoniquement ordonné, est indubitablement sanctifié par les mérites de saint Pierre. […]
27. Le pape peut délier les sujets du serment de fidélité fait aux injustes. »

Sa prétention à la suprématie, la papauté romaine la fondait sur plusieurs faux document de sa fabrication, dont la Donation de Constantin, par laquelle l’empereur romain était censé avoir ordonné que l’évêque de Rome gouverne « toutes les Églises de Dieu dans le monde entier. Et le pontife qui présidera actuellement aux destinées de la très sainte Église romaine sera le plus haut, le chef de tous les prêtres dans le monde entier, et toutes choses seront réglées selon ses décisions ».
Cet hégémonisme pontifical était un défi lancé à Constantinople, et il reviendra à Urbain II, pape réformateur disciple de Grégoire VII, de commencer à mettre la menace à exécution sous couvert de la première croisade.
L’idée de guerre « sainte », c’est-à-dire déclarée par l’autorité ecclésiastique, était totalement étrangère à l’Église orthodoxe. Aux yeux des Byzantins, la guerre n’avait de légitimité que pour la préservation des frontières de l’empire (qui se désignait en grec comme un royaume, basileia). Toute expédition militaire était placée sous l’autorité exclusive de l’empereur (basileus). Non seulement l’Église orthodoxe n’a jamais appelé à une guerre contre les peuples jugés hérétiques, mais elle s’opposa toujours à l’idée de considérer comme martyrs les soldats morts au combat. Quant à l’idée que des hommes d’Église pussent combattre, comme ce fut le cas parmi les croisés occidentaux, elle horrifiait les Byzantins [2].
La notion de croisade, qui n’a de justification que dans l’Ancien Testament, est l’aboutissement logique de la réforme grégorienne : en s’imposant comme le souverain des rois, qui deviennent ses vassaux, le pape se donne le droit de leur ordonner de faire la guerre sous son commandement suprême. Ainsi l’autorité pontificale, après avoir réprimé les guerres privées en Occident au Xe siècle par le mouvement de la Paix de Dieu, sera l’inspiratrice d’une guerre totale de deux siècles en Orient. « La Paix de Dieu a trouvé son prolongement dans la croisade […], écrit Sylvain Gouguenheim, où la seule guerre autorisée est paradoxalement celle qui se déroule dans l’espace sacré par excellence, la Terre sainte [3]. » L’Église qui avait décrété que même les tournois, « foires exécrables » selon saint Bernard, étaient un péché mortel, et qu’y trouver la mort vous envoyait directement en enfer, invente la guerre sainte, qui propulse chaque soldat mourant au combat (ou même en chemin) directement au paradis.
Avant la colonisation du Levant byzantin, le but premier de Grégoire VII et de ses émules (presque tous d’origine franque) était d’imposer l’autorité papale sur l’empereur germanique. Le décret promulgué par Grégoire VII en 1075 marque le début de la querelle des Investitures :
« Nous décrétons que nul clerc ne peut recevoir l’investiture d’un évêché, d’une abbaye ou d’une église des mains de l’empereur, du roi ou de toute personne laïque, homme ou femme. »
Pour le jeune empereur Henri IV, le décret du pape était inacceptable, car il revenait à placer toute son administration entre les mains de la papauté, puisque son royaume était administré principalement par des clercs. La querelle des Investitures prit fin avec le Concordat de Worms signé par Henri V en 1122. Mais la lutte repris sous la dynastie des Hohenstaufen. Pour s’être opposé au pape Grégoire IX, Frédéric II (1194-1250) est excommunié par deux fois (1227 et 1239), et une troisième par Innocent IV au Concile de Lyon (1245). Ayant échoué à le faire assassiner, le pape appelle en dernier recours à une croisade contre Frédéric II, et parviendra, en enrôlant à sa cause Charles d’Anjou, frère de Louis IX, à exterminer complètement des Hohenstaufen [4].
Un scénario semblable se déroule simultanément à l’ouest du Rhin. En 1094, Urbain II use de son pouvoir d’excommunication contre Philippe Ier, sous la charge d’adultère (il avait répudié sa première épouse qui ne lui donnait pas d’héritier, et pris pour femme Bertrade de Montfort, précédemment mariée au comte d’Anjou). Comme l’a analysé Georges Duby dans un de ses meilleurs livres, cet épisode est à replacer dans le cadre d’un effort soutenu de la part des clercs réformateurs pour contrôler sacramentellement et juridiquement l’institution du mariage (le nouveau droit canonique interdit le mariage aux clercs, et le divorce aux laïcs), mais il s’insère surtout dans leur projet théocratique :
« Toutes les remontrances, les éclats d’indignation, les malédictions fulminées [par le pape contre le roi] prennent leur sens lorsqu’on les situe à leur vraie place, au cœur de la principale affaire politique de l’époque, la lutte ardente que menait le pouvoir spirituel pour dominer le temporel [5]. »
Cette lutte dura environ deux siècles, soit huit générations de rois capétiens. Durant cette période, la propagande pontificale est calquée sur celle du Livre des Rois : les rois vertueux sont ceux qui exécutent les projets de l’élite sacerdotale, en faisant la guerre pour leur compte. C’est ainsi que sont fabriquées les hagiographies des rois saints tels que Robert le Pieux (inventeur du bûcher pour hérétiques en 1022), qui servent par contraste à noircir les rois rebelles ayant mérité leur ticket pour l’enfer (l’excommunication).

« L’affaire de la Paix et de la Foi »


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L’Occitanie en 1209

La lutte de pouvoir entre papes et rois de France fut le contexte de ce qu’Innocent III nommait « l’affaire de la Paix et de la Foi », mais que nous connaissons comme la « croisade contre les albigeois [6] » (1209-1229). Cette guerre en Occitanie suit immédiatement la quatrième croisade (qui aboutit au sac de Constantinople), et est proclamée par le même pape. En les comparant on comprend mieux l’essence de la croisade et sa place dans le projet géopolitique pontifical dont elle est le volet militaire. Leur dénominateur commun est qu’elles furent menées contre des sociétés plus avancées culturellement et économiquement que leurs agresseurs, sociétés qui refusaient l’exclusivisme autoritaire du pape et toléraient, relativement, le pluralisme religieux. L’Occitanie, d’ailleurs, était sous influence byzantine, comme le montre encore son architecture [7].
Les ennemis les plus directement ciblés par Rome étaient les cathares — du grec catharos, « pur », terme en réalité rarement employé au Moyen Âge pour les désigner. Ils recrutent principalement parmi l’élite urbaine et la petite noblesse, et c’est cette implantation sociale qui préoccupe la curie romaine [8]. Bien que leurs adversaires aient tout fait pour effacer ou souiller leur mémoire, nous savons que les cathares se considèrent simplement comme « bons chrétiens ». « Déviants, certes, dissidents, au regard du dogme et de la liturgie élaborés et définis par la Grande Église, écrit Michel Roquebert ; mais chrétiens quand même, dans l’exacte mesure où il n’y avait pour eux qu’une seule révélation, celle dont le Christ était porteur, et où leur unique référence était le Nouveau Testament, complété par ce qui, dans l’Ancien, servait leurs démonstrations [9]. » Les cathares sont les fils spirituels d’une Église hétérodoxe née en Bulgarie vers 950 (c’est pourquoi on les appelle parfois « bulgares », ou « bougres » par déformation populaire), où ils sont connus comme « bogomiles ». Au XIe siècle, tandis qu’ils commencent à être inquiétés en Provence, les bogomiles jouissent en Orient de la tolérance des Byzantins orthodoxes et sont présents jusque dans les monastères de Constantinople [10]. Lorsqu’en mai 1167, l’Église cathare de Toulouse organise un concile, leur « pope » Nicétas se déplace spécialement de Constantinople. Les bogomiles se maintiendront sans difficulté en Bosnie jusqu’à l’arrivée des Turcs dans la seconde moitié du XVe siècle, puis se convertiront majoritairement à l’islam [11].
Ce qui rend les cathares particulièrement haïssables par Rome, c’est leur dualisme, hérité du courant gnostique latent dans le Nouveau Testament. Dans le discours répressif, ils sont affublés pour cela du nom de « manichéens », bien qu’on ne décèle chez eux aucune influence perse. Tous les cathares ne professent pas nécessairement un dualisme absolu, mais ils opposent Dieu et ce monde, selon les termes de l’Évangile de Jean. Naturellement, ils considèrent la hiérarchie catholique romaine comme inféodée au Prince de ce monde ; ils en trouveront la confirmation dans la croisade, d’abord, et dans l’Inquisition, ensuite.
Mais les cathares ne sont pas les seuls dissidents qui font obstacle à la suprématie religieuse dans le midi, des Pyrénées aux Alpes maritimes. Le clerc toulousain Guillaume de Puylaurens, témoin et chroniqueur de la croisade albigeoise, écrit :
« Il y avait des ariens, des manichéens, et aussi des vaudois ou lyonnais. […] Bien qu’ils fussent divisés entre eux, ils conspiraient tous à la perte des âmes contre la foi catholique [12]. »
Tous ces mouvements dénoncent la corruption de l’Église romaine et ses abus de pouvoir, et beaucoup contestent même la validité des sacrements et la théorie quasi magique de la « transsubstantiation » de l’Ostie durant la messe. Les cathares rejettent aussi, au nom de leur vision du Dieu sauveur, la doctrine de l’Enfer éternel et sa version modernisée, le Purgatoire (que refusent également les Byzantins) [13].
Ce sont donc bel et bien ses ennemis irréductibles que le pape veut éradiquer du sud de la Gaule. Car, selon le vocabulaire de l’époque, nous sommes ici encore en Gaule mais pas encore en France : le sud de la France actuelle se nomme l’Aquitaine à l’ouest du Rhône, et la Provence à l’est. Ce sont des pays étrangers, pour les habitants de la Francie et de la Bourgogne, et réciproquement. Comme au Proche-Orient, le pape peut compter sur l’efficacité de sa propagande auprès de la noblesse et de la chevalerie franque et bourguignonne. Mais comme au Proche-Orient, les croisés possèdent aussi des motivations propres que l’Église ne parvient pas toujours à canaliser. Simon de Montfort, petit seigneur d’Île-de-France ayant répondu à l’appel du pape, s’empare avec sa bénédiction du vaste vicomté de Carcassonne, puis d’autres vassalités du comte de Toulouse, et les soumet à ses « Statuts de la terre conquise » (Statuts de Pamiers, 1212), qui incluent l’obligation pour tous d’aller à la messe de rite romain le dimanche « et d’y entendre en leur entier la messe et le sermon ». Mais il outrepasse son mandat et se taille un fief plus vaste que le domaine de son roi, puis résiste aux injonctions du pape d’en restituer une partie. Surnommé « le bourreau du Languedoc » pour ses milliers d’exécutions par la corde, le fer ou le feu, et ses centaines des destructions de villages, de châteaux, de vignobles et de vergers, Simon de Montfort est la figure archétypale du croisé qui trouve dans la croisade une justification à sa démesure matérialiste. Pourtant, ce n’est pas Simon mais Arnaud Amaury, l’abbé de Cîteaux nommé chef de la croisade par Innocent III, qui prononça à Béziers cette fameuse phrase (souvent déformée) :
« Massacrez-les, car le Seigneur connaît les siens [14] ! »
Il écrira dans son rapport au pape :
« Les nôtres, n’épargnant ni le rang, ni le sexe, ni l’âge, firent périr par l’épée à peu près vingt mille personnes ; après un énorme massacre des ennemis, la cité tout entière a été pillée et brûlée. La vengeance divine l’a merveilleusement frappée [15]… »

Naissance de la France


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Philippe Auguste
(1165-1223)

La croisade en Albigeois, tout comme la croisade en Terre sainte, est une façon pour le pape de prendre l’initiative et le contrôle de la guerre. Il veut imposer au roi de France un « devoir d’ost » au même titre qu’un suzerain à son vassal. Philippe Auguste en a pleinement conscience et résiste fermement. Par trois fois, entre 1204 et 1208, Innocent III tente de faire de lui son homme de main :
« Confisquez les biens des comtes, des barons et des citoyens qui ne voudraient pas éliminer l’hérésie de leurs terres ou qui oseraient l’entretenir. Ne tardez pas à rattacher leur pays tout entier au domaine royal. »
Le roi ne répond pas à cette première lettre, ni à la seconde un an plus tard. « Au nom de Moïse et de Pierre, scellez cette alliance de la royauté et du sacerdoce », insiste le pape. Le roi lui répond alors : « Vous n’avez pas le droit d’agir ainsi… » Le pape, en effet, vient de proclamer par sa bulle du 10 mars 1208 la déchéance du comte de Toulouse Raymond VI, ce « ministre du diable », et l’exposition en proie de ses domaines :
« Que tous ceux qui sont liés audit comte par un serment de fidélité, d’association ou d’alliance soient déclarés par notre autorité apostolique relevés de ce serment. Qu’il soit permis à tout catholique […] non seulement de combattre le comte en personne, mais encore d’occuper et de conserver ses biens, afin que la sagesse d’un nouveau possesseur purge cette terre de l’hérésie dont par la faute du comte elle a été jusqu’ici honteusement souillée. »
Fort habilement, le pape joue sur les deux tableaux du nouveau droit canonique et de l’ancien droit féodal : la conquête du comté au nom de la croisade entraîne la mise en demeure de tous les vassaux du comte déchu de prêter serment au nouveau maître (et donc à Rome), au nom cette fois du droit féodal. C’est la déstabilisation de toute la pyramide féodale dans l’espace géopolitique nord-pyrénéen qui est en jeu [16].
Sous la pression, Philippe Auguste temporise et envoie son fils, le futur Louis VIII, en mission d’observation. Peu après la mort de son père en 1223, Louis VIII prendra la croix [17] contre le comte de Toulouse, mais mourra avant la fin de son expédition. Ce revirement du Capétien fut-il dû à l’influence de son épouse, la très catholique Blanche de Castille, qui assura ensuite la régence pour son fils Louis IX, porté sur le trône à 9 ans, et bientôt bénéficiaire du label de « saint » ? C’est en tout cas saint Louis qui récolta le fruit de l’alliance entre Rome et Paris, avec le traité de Paris (1229) par lequel Raymond VII de Toulouse livra à la couronne capétienne la moitié de ses États et, par le mariage de sa fille à un frère du roi assorti de clauses successorales, lui garantissait l’annexion du reste à plus ou moins brève échéance ; l’Occitanie deviendra définitivement française en 1271. Que l’on songe qu’avant cette date, le Royaume de France n’avait pas d’accès à la Méditerranée. Le comte de Toulouse n’était en effet vassal du roi de France que par une mince fiction juridique, et pour une partie seulement de ses domaines. Aucun comte de Toulouse ne s’était jamais rendu au couronnement d’un roi de France pour lui prêter serment. En pratique, le comte de Toulouse était maître chez lui, « un roi sans couronne ». Culturellement, l’Occitanie était davantage tournée vers l’Espagne, et Raymond VI avait renforcé l’axe Barcelone-Toulouse en épousant une sœur de Pierre II d’Aragon, tandis que son fils Raymond VII en épousait une autre (devenant le beau-frère de son propre père) [18].
La croisade ne vint pas à bout de l’hérésie, loin s’en faut. Il fallut pour cela l’Inquisition, instituée officiellement en Languedoc en 1231 par le pape Grégoire IX, et confiée au nouvel ordre des Dominicains, sous la direction de Dominique de Guzman. En 1252, par la bulle Ad extirpanda, le pape Innocent IV autorise la mise à la torture des fauteurs d’hérésie, qui sont des « assassins d’âmes mais aussi des voleurs de sacrements divins et de la foi chrétienne ». Michel Roquebert exprime une opinion largement partagée en écrivant que l’Inquisition fut « la première émergence historique d’un système de contrôle idéologique exhaustif de toute une population au moyen d’enquêtes, de délation institutionnalisée, d’interrogatoires et de constitution de fichiers de renseignements [19] ».
L’épilogue de la lutte entre le pape et le roi capétien se joua entre Philippe le Bel (1285-1314) et Boniface VIII (1294-1303). Leur conflit fut comparable en intensité à celui qui avait opposé l’empereur germanique Henri IV au pape Grégoire VII. L’enjeu immédiat était devenu financier : le pape voulait interdire aux rois de prélever des impôts sur leur propre clergé sans approbation préalable du pape. Les clercs avaient l’ordre de désobéir aux souverains qui n’observeraient pas cette règle. Philippe voulut mettre fin à ce privilège et à la puissance financière internationale qu’était devenue l’Église, et l’ordre du Temple en particulier. La lutte se termina par la séquestration et la mort du pape Boniface, remplacé par un pape français installé à Avignon (Clément V), puis la destruction de l’ordre du Temple. Les six papes d’Avignon suivants furent tous français, et leurs cardinaux le furent presque tous. Cette défaite irréversible du projet romain, lancé deux siècles et demi plus tôt, instaure un nouvel équilibre que l’État monarchique met à profit pour se développer selon des lignes séculières.
C’est pourquoi l’on estime qu’en fin de compte, c’est à la Réforme grégorienne que l’on doit l’État moderne, puisque c’est elle qui, en désacralisant la royauté, lui a permis de se séculariser. Une sécularisation qui, malheureusement, est devenue aujourd’hui la caricature d’elle-même : un État sans âme, hostile à toute religiosité.

(Article de Laurent Guyénot,médiéviste,ingénieur et essayiste.)




Notes

[1] John Meyendorff et Aristeides Papadakis, L’Orient chrétien et l’essor de la papauté, Cerf, 2001.
[2] John Meyendorff et Aristeides Papadakis, L’Orient chrétien et l’essor de la papauté, op. cit., p. 109-111 ; Jonathan Harris, Byzantium and the Crusades, op. cit., k. 671-73.
[3] Sylvain Gouguenheim, Le Moyen Âge en questions, Tallandier, Texto, 2012, p. 40.
[4] Francis Rapp, Le Saint Empire romain germanique, d’Otton le Grand à Charles Quint, Seuil, 2003. 
[5] Georges Duby, Le Chevalier, la femme et le prêtre, Fayard/Pluriel, 2012, p. 9-16.
[6] Le terme « albigeois », écrit avec une minuscule, désigne un individu adepte d’un courant religieux (principalement le catharisme). À ne pas confondre avec « Albigeois » avec une majuscule, qui désigne la vicomté d’Albi ou un habitant de la ville d’Albi. (NDLR)
[7] Félix de Verneilh-Puyraseau, L’Architecture byzantine en France (1851), Nabu Press, 2011.
[8] Jean-Louis Biget, « Hérésie, politique et société en Languedox vers 1120-1320 », dans Jacques Berlioz, dir., Le Pays cathare. Les religions médiévales et leurs expressions méridionales, Seuil, 2000, p. 17-79.
[9] Michel Roquebert, Histoire des Cathares, Perrin/Tempus, 1999, p. 24.
[10] Anne Brenon, « Le catharisme méridional : questions et problèmes », dans Jacques Berlioz, dir., Le Pays cathare. Les religions médiévales et leurs expressions méridionales, Seuil, 2000, p. 81-100 (85).
[11] Michel Roquebert, Histoire des cathares, Perrin/Tempus, 1999, p. 43-45, 59.
[12] Michel Roquebert, Histoire des cathares Perrin/Tempus, 1999, p. 51.
[13] Anne Brenon, « Le catharisme méridional : questions et problèmes », dans Jacques Berlioz, dir., Le Pays cathare. Les religions médiévales et leurs expressions méridionales, Seuil, 2000, p. 81-100 (p. 92).
[14] Michel Roquebert, Histoire des cathares, Perrin/Tempus, 1999, p. 136.
[15] Michel Roquebert, Simon de Montfort, bourreau et martyr, Perrin, 2005, p. 120.
[16] Michel Roquebert, Histoire des cathares, Perrin/Tempus, 1999, p. 113-139.
[17] Prendre la croix : s’enrôler dans une croisade. (NDLR)
[18] Michel Roquebert, Histoire des cathares, Perrin/Tempus, 1999, p. 17, 100-101, 198-199.
[19] Michel Roquebert, Histoire des Cathares Perrin/Tempus, 1999, p. 18-19.

samedi 8 juillet 2017

L'identité du Maître " M " cité par Rudolf Steiner dans le document de Barr enfin dévoilée ?



Beaucoup de spéculations ont été faites pour découvrir la véritable identité de "M" ,figure majeure pour Rudolf Steiner. Selon un ordre Rosicrucien en Allemagne, les membres de celui-ci connaissent l'identité de ce «maître» sans nom.

Pourquoi est-ce si important ? Selon les enseignements de Steiner, «M» doit avoir été l'incarnation actuelle de Christian Rosenkreuz à l'époque contemporaine de Steiner. Je révèle ici le nom de cette personne afin de partager la queste de ce que j'ai trouvé. Ces découvertes sont étonnantes pour le moins. Tout d'abord, il faut dire que nous sommes aller tirer des documents publiés pour évaluer cette revendication. N'importe qui peut croiser ces déclarations et regarder les faits. En tant qu'étudiant de Rudolf Steiner, j'ai toujours été fasciné par l'identité de qui se cachait derrière l'initiale et voulait en savoir plus. Mes recherches ici ne tentent en aucun cas de diminuer le travail du Dr Steiner. Bien au contraire, c'est mon amour pour ce grand maître de l'humanité qui m'a amené à entreprendre cette tentative de clarification.


Felix Koguzki
En 1907, Rudolf Steiner a écrit un bref récit autobiographique connu sous le nom de " document de Barr ". Dans ce fameux document, Steiner mentionne sa première rencontre avec le maître "M". Depuis ce temps la spéculation a tourbillonné autour de l'identité de cette personne, et ce n'est pas étonnant. Contrairement à d'autres fondateurs rosicrucien comme Harvey Spencer Lewis ou Max Heindel, qui se sont fait des héritiers de la tradition rosicrucienne, les adeptes de l'anthroposophie croient au fait que Steiner avait rencontré C.R.C (Christian Rose-Croix) face à face ! Steiner lui-même n'a-t-il jamais identifié cette personne ? Il a écrit et parlé abondamment sur la légende de Christian Rosenkreutz, mais n'a plus jamais abordé spécifiquement le Maître "M". Nous savons seulement qu'un agent de "M" l'a rencontré et s'est lié d'amitié avec le jeune Steiner avant que leur rencontre physique ne puisse se produire. Steiner déclara : « je n'ai pas rencontré le Maître immédiatement, mais d'abord un émissaire qui a été complètement initié dans les secrets des plantes et de leurs effets, et dans leur lien avec le cosmos et la nature humaine. » 1]

En raison de l'inestimable travail d'Emil Bock, il a été déterminé avec certitude que l'identité du messager "M" était un cueilleur d'herbes souabes connu sous le nom de Felix Koguzki (1833-1909).
Ce modeste cueilleur d'herbes médicinales de Vienne joua un rôle tellement important dans la vie de Steiner qu'il fut immortalisé plus tard par Steiner dans les quatre pièces du drame-mystère comme le personnage de «Felix balde». Quelle relation Koguzki pouvait avoir avec le maître "M" ? Il y a un indice caché dans la description de lui comme étant «initié dans les secrets des plantes et leurs effets, et dans leur lien avec le cosmos et la nature humaine.» C'est important, comme vous le verrez ci-dessous. En considérant l'identité de "M", nous devons garder à l'esprit ce que Steiner a dit au sujet du timing de telles choses : « la tentation pour les gens de fanatiquement idéaliser une personne portant une telle autorité est trop grande, ce qui est la pire chose qui peut arriver- comme l'idolâtrie. » Ce silence, cependant, est essentiel si nous voulons non seulement éviter les tentations égoïstes de l'ambition et de la fierté (que nous pourrions probablement surmonter), mais surtout pour éviter l'occultation, les attaques astrales qui seraient dirigées constamment contre un individu de ce niveau. C'est pourquoi il est essentiel qu'un fait comme celui-ci ne soit pas mentionné avant une centaine d'années. 2] Steiner croyait que CRC était physiquement incarné pendant son temps [3] et que l'identité de cette personne ne pouvait être connue qu'après une centaine d'années passées, ce qui nous place précisément dans le délai duquel son identité peut être déclarée publiquement. Après avoir partagé ces pensées avec un ami, ce dernier m'a informé d'une tradition orale gardée parmi un petit cercle Pansophique encore actif en Allemagne qui connaissait le nom du frère aîné de Rudolf Steiner. Il l'a reporté à son propre initiateur, lequel a approuvé le partage de ce nom. Le moment était fin prêt. Mon ami m'a alors dit que Alois Mailander était «non seulement le frère aîné de Steiner, mais était connu comme LE frère aîné » reconnu comme le grand adepte.» 4]

Il a attiré ma curiosité alors j'ai décidé d'aller plus en avant, ne sachant pas ce que je trouverais. Il s'avère que j'ai effectivement trouvé la référence précise au fait : qu' Alois Mailander était appelé «M» en cette période.
Une indication extrêmement forte qu'il était en fait C.R.C revenu. Tout ce qui suit est issu de ma propre recherche, trouvé après que "le matériau de départ" ait été fourni par mon ami !
Alois Mailander (1843-1905) était un ouvrier d'usine, analphabète du début du XIXe siècle à Kempton. Pourtant, malgré son incapacité à lire, non seulement il a attiré l'attention dans Kempton, mais beaucoup affluaient de tout autour pour entendre ses sermons bohémiens, pour avoir été donnés sous une forme de mysticisme Sophianique chrétien. De plus, il a enseigné «des exercices de Kerning, par lesquels Mailander a pu communiquer avec les animaux» [5] Son propre mentor était un rosicrucien nommé Prestel, que nous aborderons plus tard. Une recherche facile de Wikipedia a montré que beaucoup de grands occultistes et théosophes ont fait des pèlerinages auprès de Mailander et de son cercle de Pansophistes, connu sous le nom de «Association of Promise» qu'il ouvrira plus tard à Dreieichenhain près de Francfort. 6]


Alois Mailander 

Parmi les membres les plus connus sont Gustav Meyrink, Franz Hartmann, Wilhelm Hübbe-Schleiden, Franz Gustav Gebhard, et Karl Weinfurter. Beaucoup d'influences puissantes sont venues de Mailander. Serait-il la source de la Renaissance occulte à la fin du XIXème ? Même Madame Helena Blavatsky a dit une fois de Mailander' qu'il n'y avait qu'un seul initié en Allemagne et qu'il vivait à Kempten, mais qu'il n'appartenait pas à son école.' [7] selon Willy Schroedter, cependant, Madame Blavatsky a fait partie de l'école de Mailander. [8]Steiner a effectivement déclaré que c'était Blavatsky qui a rompu avec le Maître Rosicrucien auquel elle était associée. [9] . Il faut se demander, comment est-il possible que Blavatsky ait proclamé de si hauts éloges pour le «seul initié en Allemagne» et pourtant que Steiner est resté tout à fait silencieux? C'est en dépit du fait que les amis de Steiner étudiaient avec Mailander. Ce silence en soi parle en volumes à moins que Steiner ne se réfère à Alois Mailander d'une autre manière ou par un autre nom? En fait, il semble qu'il l'ait fait -
Mailander était aussi connu comme «frère Jean» parmi les initiés du cercle Pansophique. On croyait que Jean l'évangéliste parlait à travers lui, ou plus précisément, qu'il parlait comme Jean l'évangéliste. [10] mais pourquoi est-ce si important ? Certains d'entre vous le reconnaîtront immédiatement. Les étudiants de l'anthroposophie sont bien conscients que Rudolf Steiner a enseigné que Lazare et Jean étaient la même individualité et qu'il s'est incarné continuellement à travers l'histoire. L'une des plus importantes de ses incarnations se produisit lorsque Jean s'incarna comme Christian Rosenkreutz au XIVe siècle. 11]


Cette connexion est si importante que j'ai fourni la citation d'origine ici:

"Sie sind die Überzeugung, das durch Mailänder von Zeit zu Zeit Johannes Selbst spräche." Mailänder können den Zustand bewusst herbeiführen. Er wurde, Bruder Johannes'genannt. (voir Friedrich Eckstein als Okkultist;) Rolf Speckner). "[12]/[13]

Cette information étonnante a immédiatement rappelé le document de Barr et la rencontre de Steiner avec le Maître "M". Si Mailander était connu comme "le frère aîné" et "le frère Jean" parmi les Pansophistes, est-il possible que le Maître de Steiner était en fait Mailander? En fait, j'ai trouvé une preuve. Cependant, le dénomination "M" n'était que naturelle. Son propre initiateur Prestel l'a également appelé «P» par les Pansophistes. [14] le «M» ne montre que la continuation de cette tradition. Mais avant de fournir l'onglet final dans le cercueil examinons quelques fils curieux qui connectent Steiner et Mailander pour ceux qui veulent connaître l'histoire complète.

Tout d'abord, il y a Felix Koguzki, le messager de M. Nous savons que Koguzki était particulièrement intéressé par les écrits du mystique allemand Joseph Ennemoser. Il était médecin et mystique du sud du Tyrol et défenseur du magnétisme animal de Franz Anton Mesmer. Steiner nous dit que Ennemoser était la "plus chère lecture" de Koguzki. [15] Le fait qu'Ennemoser venait du Tyrol du Sud devenait significatif quand on apprend que Anna Mailander (la mère d'Alois Mailander) vennait de la même province [16].
Comme mentionné, Steiner décrit Koguzki comme connaissant les secrets des plantes. Cela aurait du sens parce que dans le cercle de Mailander il y avait un enseignement connu sous le nom de "Formenlehre" (Morphologie), qui était une doctrine de formes dans laquelle "chaque lettre de l'alphabet, de la plante ou de l'animal avait une certaine valeur symbolique" et a été décrite comme "Une sorte de dérivation primitive de la théosophie de Jakob Bohme" [17]. Un autre lien entre Rudolf Steiner et Alois Mailander est l'enseignement selon lequel le retour du Christ se produirait éthériquement et non physiquement. Les lettres de Mailander-Jean (habituellement dictées par lui aux adeptes) sont pleines de respect pour le Christ et parlent souvent de son retour comme étant une manifestation éthérique [18]. Cette connexion délicate continue de se renforcer lorsque nous apprenons d'au tres occultistes connus qui connaissaient intimement Steiner et Mailander en même temps. Une de ces personnes était Friedrich Eckstein. Steiner a écrit une fois à Eckstein qu'il y avait deux événements dans sa vie : «qui comptent tellement pour être les plus importantes de mon existence, et que je serais complètement différent s'ils n'y étaient pas entrés. Je dois être silencieux à ce propos , mais l'autre fait que je vous connais. Ce que vous êtes pour moi, vous le savez mieux que moi; Mais je sais que je dois vous remercier infiniment. "[19]

La clé essentielle ici est que Eckstein était en fait l'élève de Mailander. [20]/[21] nous devons poser la question est-ce que l'autre grand événement de la vie de Steiner, fût la réunion de CRC avec Mailander ? Les exercices dispensés par Mailander dans les opérations de Kerning fournissent en fait une source pour les pratiques occultes de Steiner. Mailander a prescrit des exercices en utilisant des formulations du mot IAO avec d'autres lettres de l'alphabet, appliquées dans le but d'imprégner et de transformer le corps. [22]
L'éminent théosophe et occultiste Wilhelm Hubbe-Schleiden était un autre individu connaissant à la fois Steiner et Mailander. Hubbe-Schleiden était le Président de la branche allemande de la société théosophique dont Steiner allait devenir Secrétaire général, et en 1902 remis la présidence de la branche à Steiner.
Hubbe-Schleiden plus tard se reliera avec le Pansophistes allemands, la raison étant qu'il n'avait pas fait le travail prescrit à lui par " frère Jean."


Hubbe-Schleiden
Mailander essaya plusieurs fois d'obtenir d' Hubbe-Schleiden pour effectuer les exercices mentaux nécessaires à son avancement, mais Hubbe-Schleiden ne les effectua pas comme prescrit. Cela abouti à ce que Mailander finalement lui dise: "J'ai examiné votre état corporel selon votre souhait, mais j'ai reçu un résultat complètement différent de votre point de vue ... le fait que votre travail ne soit pas un succès spirituel ou que sa force pour ce travail ait disparu n'est pas vrai et repose davantage sur Une imagination morbide. "[23]




Enfin, la découverte la plus révélatrice est l'introduction du journal du théosophe Clemens Driessen le 26 septembre 1891. Dans cette introduction, Driessen parle du progrès de Hubbe-Schleiden avec Mailander et mentionne que Hubbe-Schleiden n'était pas satisfait, mais "cela me semble aussi qu'il est en opposition avec l'approche de "M"(ailander), qui est critique envers lui, seulement en ce qui concerne les enseignements intellectuels créatifs-imaginatifs sont concernés."

Quand j'ai vu ça, j'ai été époustouflé. Voici la citation originale:

"Dies Tritt, Schein Mir, auch Darin zu Tage, dass er sich mit dem m. [ailänder] in Widerspruch setzt, zu IHM sich kritisch verhält – vielleicht allerdings Nur était Die Intellektuellen Vorstellungsbilder angeht". 24]

Ici, nous avons la preuve que Mailander était spécifiquement désigné comme «M» par les occultistes autour de lui. Mais il n'a pas seulement été appelé "M" -il a été désigné comme Jean, qui était C.R.C selon Steiner. À la lumière de tous ces faits, je suis obligé de penser que la tradition orale de mon ami est correcte et que "M" de Steiner peut très bien avoir été Alois Mailander. une centaine d'années ont passées depuis sa mort, donc je crois qu'il n'y a pas de mal à spéculer sur ces questions, et qu'après tout la révélation des Pansophistes est assez opportune. 25]

Que les roses fleurissent sur votre croix... (traduit de l'article de RICHARD CLOUD tiré du site
: http://mystica-aeterna.com/dem-m-revealed/)

( Cf à l'article 41 de ce même blog sur le Comte de St-Germain : https://steiner-anthroposophie-nwo.blogspot.fr/2015/06/59-comment-le-comte-de-st-germain-joua.html et à l'article 30 : https://steiner-anthroposophie-nwo.blogspot.fr/2015/01/51-rudolf-steiner-et-alexander-von.html)


For additional reading, try our previous Steiner article here:
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[1]   GA 262, Rudolf Steiner and Marie Steiner-von Sivers: Correspondence and Documents 1901-1925
[2]  The Secret Stream, Rudolf Steiner, pg 135
[3]   “Christian Rosenkreutz is incarnated again today.” IBID
[4] Mailander was the disciple of Prestel, a Rosicrucian of remarkable psychic ability. The Pansophists of Germany today claim to be the last surviving thread of the Prestel-Mailander lineage. My friend many of you know well.
[5] ‘Rosicrucian Notebook’ by Willy Schroedter pg 132. Bear in mind that if Mailander was illiterate how then did he know the Kerning exercises if not by a strong oral tradition and instruction period, or unless he provided them in his prior incarnation 100 years before.
[6] Bund der Verheisung
[7]   Friedrich Eckstein as Occultist, by Rolf Speckner, pg 10.
[8] in ‘Rosicrucian Notebook’ by Willy Schroedter pg 131-132 that Blavatsky was a member of his school.
[9] “The fact is that Blavatsky was prompted from a certain direction, and as a result of this she produced all the things which are written in Isis Unveiled. But by various machinations Blavatsky for a second time fell under outside influence, namely of eastern esoteric teachers propelled by cultural tendencies of an egoistic nature. From the beginning a biased policy lay at the basis of the things they wished to achieve through Blavatsky. It included the desire to create a kind of sphere of influence — first of a spiritual nature, but then in a more general sense — of the East over the West, by providing the West’s spirituality, or lack of it if you like, with eastern wisdom. That is how the transformation took place from the thoroughly European nature of Isis Unveiled to the thoroughly eastern nature of Blavatsky’s The Secret Doctrine.” From ‘History of the Anthroposophical Movement’ Steiner 1923 http://southerncrossreview.org/88/steiner-movement-5.html
[10]    Life and Times of Rudolf Steiner, Emil Bock, Vol. 1, pgs 202 – 211.
[11] See ‘Temple Legend’ of Rudolf Steiner, also taught by Heindel.
[12] Meyrink also mentions that he was called ‘Johannes’ Gustav Meyrink: Fledermäuse. München 1981, S. 241f u. 410
[13] You also have to consider that the I-Am activity founded by Guy Ballard, under his pseudonym Godre Ray King in the 1930’s was actually a plagiarism of ideas taught by Mailander. The real source for those I-Am statements were originally from Kerning, and several Theosophist encountered them through Mailander who taught the Kerning work. Another in carnation of John-CRC was also Saint Germaine according to Steiner, which is why Guy Ballard attributed them to Germaine, in mistaking their source, having believed they in fact came from Mailander who was the last incarnation.
[14] ‘However, we are interested in someone else who belonged to this group, one P., a Rosicrucian. He was named Prestel and had the ability to convert base metals into noble ones.’ A Rosicrucian Notebook, Willy Schreodter, pg 132 here drawing upon the letters of Meyrink.
[15]    Rudolf Steiner, GA 192
[16]    Alois Mailander, Wikipedia
[17]   Life and Times of Rudolf Steiner, Emil Bock, Vol. 1, pgs 202 – 211
[18]   IBID
[19]  Rudolf Steiner to Friedrich Eckstein. November 1890. In: Rudolf Steiner. Letters Vol. II. G.A.39. Dornach, 1987, pg 50
[20] Eckstein has also had contact with another spiritual teacher, who may have pointed him to Kerning. It is the Weaver Alois Mailänder (1844-1905), who was originally based in Kempten. Rudolf Steiner an Friedrich Eckstein. [Ende] November 1890. In: Rudolf Steiner. Briefe Bd. II. G.A.39. Dornach 1987. S. 50-51.
[21] Bock writes: “Friedrich Eckstein has often been with him.” [1] Emil Bock. Rudolf Steiner. Studies on his life and work. Stuttgart 1961, p.180-186.. ‘ In addition to Wilhelm’s long-standing or temporary pupils, Wilhelm Hübbe Schleiden (Munich), Franz Gustav Gebhard (Elberfeld), Bernhard Hubo (Hamburg), Franz Hartmann (Vienna / Kempten ), Gustav Meyrink (Prague), Günter Karl Wagner (Hanover), Paula Stryczek (Hanover), Carl Count zu Leiningen-Billigheim (Vienna). Bock writes; ‘A small group of followers had gathered around him. They were convinced that through Milan, from time to time, John himself was speaking. Milan was able to deliberate the state consciously. He was called ‘Brother John’. Since he could not write, someone had to write his letters, often his brother-in-law Nikolaus Gabele. A great part of the prominence of the Theosophical Society piloted to Kempten and became a student of this Christian seer. Helena Blavatsky had also said that in Germany today there is only one initiate and he lives in Kempten. But he does not belong to her school.’
[22] Interestingly, the founder of the OTO, Carl Kellner, also utilized these operations as Mailander was his teacher as well. It’s certain Steiner didn’t get them from Kellner, who went on to develop them and Kremmerz continued the work. Mailander appears to be a hidden source for the occult revival.
[23]   Life and Times of Rudolf Steiner, Emil Bock
[24]  See Hubbe-Schleiden’s Indian Diaries 1894/1896, page 17, wherein a footnote is inserted with the diary entry from Clements Dreissen.
[25] It must be mentioned that had I not been told Mailander was the Elder Brother I wouldn’t have known where to look. In future this group will reveal more information according to my friend. It is a matter of fact that my contact did not know of these details drawn from related materials. My own Rosicrucian informer actually knows very little of Steiner, despite knowing this amazing piece about Mailander. The Pansophists today embody a lineage of the pre-Steiner representation of this current, and consider theirs the original teaching that Blavatsky and Steiner had encountered. Still today they do not mix it with Anthroposophy, keeping the teaching in its original form in the Pansophic Order.
ENDNOTE: For further proof of Steiner’s involvement with Mailander’s Pansophic circle see the book Hypostasierung – die Logik mythischen Denkens im Werk Gustav Meyrinks nach 1907: Eine Studie zur erkenntnistheoretischen Problematik eines phantastischen Oeuvres (Hamburger Beiträge zur Germanistik) – Quoted by Helmut Zander in footnote 203 on page 840 in his informative book ‘Anthroposophie in Deutschland: Theosophische Weltanschauung Und Gesellschaftliche Praxis 1884-1945 (“Blavatsky habe sich zeitweise als Rosenkreuzerin verstanden, Hartmann und Gustav Meyrink sollen in die »rosenkreuzerischen Schulee von Johannes [i.ee. Alois] Mailänder (die Steiner gekannt habe), gegangen sein”).



samedi 1 juillet 2017

De la Politeia à sa contre-image "démocratique représentative" et le faux-esprit du temps.


"La démocratie est la victoire des 11 imbéciles sur les 10 philosophes"- Socrate

« La République de Platon est devenue proverbiale, comme exemple prétendu frappant d’une perfection imaginaire qui ne peut avoir son siège que dans le cerveau d’un penseur oisif. »
Emmanuel KANT, Critique de la raison pure,

La Respublica, c’est la « chose publique ». Cette traduction latine du titre du dialogue de Platon par Cicéron ne rend pas compte de toute la richesse du mot grec politeia. La « chose publique », la « constitution », sont des traductions qui font perdre une bonne partie de ce que pouvait suggérer politeia à un Grec du temps de Platon. Selon Bernard Suzanne, le problème est qu’aucun mot français ne couvre tout le champ défini par politeia. En effet, politeia ne désigne pas seulement l’organisation politique de la cité, sa « constitution », ou même un « régime politique » particulier, mais elle recouvre le mode de vie publique et privée, du politès (le « citoyen » vivant dans la polis), ou encore les droits et devoirs qui le constituent en tant que citoyen, par opposition par exemple aux simples esclaves. Politeia peut aussi désigner l’ensemble des citoyens constituant la cité, ou encore l’implication d’un gouvernant dans la gestion de la cité. En un mot, la politeia de Platon entendue comme République désigne aussi bien le « régime » (dans un sens très large) de « mode de vie » de chaque citoyen, dans sa vie publique comme dans sa vie privée, que le « régime » de la cité.
Cet ordre politique platonicien, fondé sur le droit et instituant le droit, est qualifié de proverbial dans cet extrait de la Critique de la raison pure.

Contrairement à Platon, Aristote ne conçoit pas l'Etat idéal mais plutôt les conditions de possibilité de l'Etat. Réalisme d'Aristote : « On doit en effet examiner non seulement le régime politique le meilleur mais encore celui qui est simplement possible ».
L'autorité politique se distingue des autres formes d'autorité (père/enfant, maître /esclave) en ce qu'elle s'exerce sur des hommes libres, des citoyens. Celui qui gouverne doit apprendre en pratiquant lui-même l'obéissance car ce sont les lois qui doivent faire autorité, des lois justes. Le but de l'État n'est pas seulement d'assurer la survie mais de vivre dans une communauté qui doit s'entendre sur l'utile, le bon et le juste. Le but de l'Etat est l'accomplissement éthique des citoyens. Or cet accomplissement consiste en une vie heureuse des hommes (eudémonisme d'Aristote, le but est le bonheur qui pour tout être réside dans la réalisation de sa nature). Mais il n'est pas de bonheur sans vertu. Le citoyen ne doit pas mener une vie mercantile (sans noblesse) ni agricole (la vertu suppose le loisir). Si l'homme et un animal politique, la politique n'est sa fin que s'il est vertueux et c'est à la vertu du gouvernement qu'on juge la valeur d'un régime. Le citoyen se définit par son droit au suffrage et sa participation à l'exercice de la puissance publique.

L'Etat se forme à partir d'une suite de communautés qui va en s'agrandissant.
Seule la polis réalise l'autarcie Existence de trois formes de communautés justes avec leur forme pervertie.

GouvernementForme justeForme pervertie
Un seul homme RoyautéTyrannie (le plus mauvais régime)
Un petit nombre (une minorité)AristocratieOligarchie
La majoritéRépublique (politeia)Démocratie (moins mauvaise)

Les gouvernements sont nécessairement bons quand ils visent l'intérêt commun. Le critère de distinction des bons et des mauvais régimes n'est pas le nombre. Tant qu'on vise le bien être général, tout va bien. Les formes perverties sont celles où on ne poursuit que l'intérêt de ceux qui commandent. Pas de préférence entre les trois formes justes mais le régime le plus stable et le plus réalisable reste la politeia. La République est en fait un mélange parfait d'oligarchie et de démocratie sans que paraissent l'une et l'autre. cf. Ethique à Nicomaque : « La communauté politique la meilleure est celle que constitue la classe moyenne (…) son apport fait pencher la balance et empêche l'apparition des excès contraires »Or, dans une politeia tout le monde gouverne. Elle suppose donc un peuple vertueux c'est-à-dire un peuple qui n'existe pas dans la pratique. Le peuple n'étant pas vertueux conduit à une malversation politique, la demokratia. La meilleure forme politique est donc bien la politeia mais son impossibilité fait qu'elle ne peut exister que sous la forme pervertie de demokratia, de sorte que monarchie et aristocratie la surpassent.

 http://sos.philosophie.free.fr/antique.htm


Pour illustrer notre propos, il faut se replonger à la fois dans une conférence donnée par Steiner en 1911 et mettre en exergue le travail d'un universitaire professeur en sciences politiques Francis Dupuis-Deri en 1999. Comme solution au précipice, la parole du Christ rapportée par Jean l'Evangéliste : une ouverture vers un monde meilleur doit être possible que Steiner appelait par une tripartition sociale pour sortir de cette impasse où les individus lobotomisés et répondant à des affects que lui inspirent des fausses représentations par la société du spectacle pour maintenir un système corrompu faussement représentatif , mais franchement schizophrène et qui mène l'Homme vers un abîme...

" Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples; 32vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira." (Jean 8:32 )



" Car c’est parce que les hommes dorment vis-à-vis des phénomènes spirituels que les esprits des ténèbres obtiennent le plus facilement ce qu’ils veulent. Ce sommeil leur permet de mettre la main sur ce qui leur échappe quand l’être humain se relie consciemment aux impulsions spirituelles agissant dans l’évolution. Bien des éléments de mensonge sont présents aujourd’hui dans le monde pour bercer les hommes d’illusions, pour les endormir, afin qu’ils ne voient pas la réalité, afin qu’ils soient détournés d’elle, afin que les esprits des ténèbres aient le champ libre vis-à-vis des humains. Dès lors que l’on abuse ceux-ci, ils sont détournés de tout ce qu’ils pourraient et devraient réellement percevoir à l’état de veille pour que l’évolution suive un déroulement fécond. Nous vivons maintenant à l’époque où les hommes doivent prendre eux-mêmes leurs affaires en mains.
Une grave nécessité s’impose ici : il faut que l’on discerne certaines choses, ce qui ne peut se faire que si l’on connaît les forces spirituelles. On peut dire qu’au XIXe siècle il s’est produit tout ce par quoi les humains peuvent être détournés de la vérité. "(...) Chaque fois qu’aujourd’hui vous entendez prononcer un jugement sur ceci ou cela qui doit se former au cours de l’évolution humaine, vous pouvez entendre de belles phrases : l’histoire enseigne ceci et cela. Regardez la littérature publiée sur notre époque, et voyez combien de fois vous rencontrerez la phrase lorsqu’à nouveau quelqu’un va énoncer une sottise sur ce qui se passera après la paix conclue. Voyez combien de fois vous lisez : c’est ce qu’enseigne l’histoire. – Puis on explique : après la guerre de Trente ans, il en était ainsi… etc. Ces vérités sont de même nature que le calcul fait par certains et qui aboutissait à dire que la guerre aujourd’hui ne pouvait pas durer plus de quatre mois. En vérité, l’histoire n’enseigne rien du tout. Car dans le sens de la science matérialiste, n’est une science que ce qui permet de quelque façon, par la répétition des faits, de déduire l’avenir de ce qui a précédé. Lorsque le chimiste fait une expérience, il sait qu’il mélange certaines substances, et que certains processus vont se dérouler ; si les mêmes substances sont à nouveau mélangées, les mêmes processus se répéteront, et une troisième fois encore. Ou bien une certaine combinaison de nuages se produit, qui provoque des éclairs, et si cette combinaison de nuages se répète, les éclairs aussi. Selon les préalables de la pensée
moderne, il ne peut exister de science qui ne soit pas édifiée sur ces répétitions. Réfléchissez bien à la chose. L’histoire ne peut donc être une science pour les humains qui pensent dans une perspective matérialiste, car dans l’histoire, jamais rien ne se répète, ce sont toujours de nouvelles combinaisons qui interviennent.
On ne peut donc jamais faire des déductions selon la méthode appliquée dans les autres sciences. L’histoire est un produit de transition. Auparavant, on décrivait des curiosités. On ne parle pas non plus d’histoire quand quelqu’un écrit ce qu’on appelle la chronique familiale. Le mot « histoire » lui-même n’est pas du tout ancien. Car le mot « historia » a une tout autre origine. Le concept d’« histoire » ne prendra un sens que lorsqu’on appréhendera les impulsions spirituelles. On peut alors parler de ce qui arrive réellement, et dans certaines limites, de ce qui se passe derrière les coulisses. Les limites se dessinent par la comparaison avec ce qui, dans le monde physique extérieur, est aussi « futur », disons la position du soleil l’été prochain, etc., mais non pas les intempéries dans leur détail. Dans le monde spirituel aussi, il arrive des choses qui sont dans le même rapport que les futures intempéries avec la future position du soleil. Mais en général, on saura quelque chose sur la marche de l’évolution humaine à partir des impulsions spirituelles uniquement. L’histoire est donc une science embryonnaire, elle n’est pas encore ce qu’elle doit être, elle le deviendra le jour où elle reliera son acquis centenaire à l’observation de la vie spirituelle qui se déroule derrière les événements extérieurs dans l’humanité. (...)
Vous aurez peut-être déjà entendu dire ce que certains proclament constamment : la démocratie doit régner dans l’ensemble du monde civilisé ; la démocratisation de l’humanité, voilà ce qui nous apportera le salut ; et pour qu’elle se répande dans le monde, il faut tout anéantir. – Oui, si les humains continuent à vivre en rassemblant sous le concept de démocratie tout ce qui leur vient à l’esprit, ils lui auront donné une forme qui rappelle la définition de l’être humain dont j’ai parlé : un homme est un être qui a deux jambes et pas de plumes, un coq plumé. Car les gens qui chantent la gloire de la démocratie aujourd’hui, en savent à peu près ce que connaît de l’homme celui à qui on présente un coq plumé. On prend les concepts pour des réalités. C’est ainsi qu’il devient possible à l’illusion de prendre la place de la réalité lorsqu’il s’agit de la vie humaine : on berce et on endort les gens à l’aide de concepts. Ils croient ensuite que leurs aspirations visent à ce que chacun puisse exprimer ce qu’il veut grâce aux différentes institutions démocratiques ; et ne s’aperçoivent pas que les structures de la démocratie sont de telle nature que toujours quelques-uns tirent les ficelles, et que les autres sont tirés. Et quelques-uns peuvent d’autant mieux tirer que tous les autres croient qu’eux-mêmes tirent également, sans être tirés. – C’est ainsi que par des concepts abstraits on peut très bien endormir les hommes, qui en viennent à croire le contraire de la réalité. Par là même, on laisse aux puissances ténébreuses le champ libre. Et lorsqu’à un moment un homme s’éveille, on le laisse de côté.


Il est intéressant de voir comment, en 1910, on a écrit cette belle phrase : le grand capitalisme a réussi à faire de la démocratie l’instrument le plus merveilleux, le plus souple, le plus efficace, pour exploiter la collectivité. On s’imagine ordinairement que les gens de finances sont les adversaires de la démocratie – écrit ce même auteur – ; c’est une erreur fondamentale. Ils sont plutôt ceux qui la mènent et la favorisent. Car elle – à savoir la démocratie – constitue le paravent derrière lequel ils dissimulent leurs procédés d’exploitation, et ils ont en elle la meilleure protection contre l’éventuelle indignation du peuple. En voilà un qui s’est réveillé, et qui a vu que ce qui importe, ce n’est pas de jurer par la démocratie, mais de pénétrer les profondeurs de la réalité – non pas d’admirer les slogans, mais de voir ce qui se passe en réalité. (...) Le même auteur qui a écrit en 1910 les phrases citées, et qui donc s’est réveillé, a fait dans le même livre un calcul extrêmement désagréable. Il a en effet établi une liste de 55 hommes qui en réalité dominent et exploitent la France. Cette liste se trouve dans la « Démocratie et les financiers », de Francis Delaisi, auteur aussi du livre devenu entre temps célèbre : « La guerre qui vient ». Voilà donc un homme qui s’est réveillé devant la réalité. Son livre : « La Démocratie et les financiers » présente des impulsions qui peuvent mener à discerner ce qu’il faudrait percer à jour aujourd’hui, et réduit à néant beaucoup de choses qui engloutissent dans un brouillard les cervelles des humains. Dans ce domaine aussi, il faut se décider à regarder la réalité. Bien entendu, on n’a pas tenu compte de ce livre. Or, certaines questions y sont posées qui devraient l’être aujourd’hui dans le monde entier ; elles enseigneraient bien des vérités sur la réalité que l’on veut enterrer sous les discours déclamatoires qui parlent de démocratie, d’autocratie, et autres slogans. Vous y trouvez par exemple aussi une très belle description de la situation pénible dans laquelle se trouve en réalité le parlementaire. N’est-ce pas, les gens croient qu’un parlementaire vote selon sa conviction.
Mais si l’on connaissait tous les fils par lesquels il est relié à la réalité, on saurait alors pourquoi il dit oui dans un cas, et non dans un autre. Il faut en effet que certaines questions soient posées, et c’est ce que fait Francis Delaisi. Par exemple, parlant d’un parlementaire, il demande : de quel côté le pauvre homme doit-il se ranger ? Le peuple lui attribue trois mille francs par an d’indemnité, et les actionnaires trente mille francs ! Poser la question, c’est déjà y répondre. Le pauvre homme reçoit donc du peuple une indemnité de trois mille francs, et des actionnaires trente mille. Voilà, n’est-ce pas, une belle preuve, et l’on témoigne de beaucoup de perspicacité quand on dit : qu’il est donc bien qu’un socialiste, un homme du peuple comme Millerand ait trouvé place au Parlement ! C’est une conquête grandiose. – Mais Delaisi pose une autre question : qu’en est-il de l’indépendance de Millerand qui, en tant que représentant de plusieurs compagnies d’assurances, touche trente mille francs par an ? En voilà donc un qui s’est réveillé ; il sait très bien par quels fils les actes d’un tel homme sont liés aux différentes compagnies d’assurances. Mais de ces choses qui sont rapportées à l’état de veille sur la réalité, on ne tient aucun compte. Bien entendu, on peut faire aux gens de très beaux discours sur la démocratie des pays occidentaux. Si l’on voulait leur dire la vérité, il faudrait dire : celui-ci fait telle et telle chose, et celui-là telle autre. – Delaisi a compté 50 hommes bien définis qui ne font pas une démocratie, mais dont il dit qu’ils gouvernent et exploitent la France. Ainsi a-t-on découvert les faits réels, car dans la vie ordinaire aussi il faut que le sens des réalités s’éveille." ( La chute des esprits des ténèbres-dernier chapitre )

Eclairant n'est-ce pas le constat de Delaisi rapporté par Steiner. Plus que jamais d'actualité un siècle plus tard !



le texte complémentaire établissant le constat de Delaisi et Steiner :



Bibliographie sélective :

la chute des esprits des ténèbres ( éditions triades ) R.S
https://blogs.mediapart.fr/jolemanique/blog/241013/annie-lacroix-riz-industriels-et-banquiers-sous-loccupation
le choix de la défaite par Annie Lacroiz-Riz (https://fr.wikipedia.org/wiki/Annie_Lacroix-Riz