jeudi 12 avril 2018

Fulcanelli, l'adepte du feu secret et Frère d'Héliopolis - 1ère partie


"Nul ne peut transmuter la matière s'il ne s'est transmuté lui même." Paracelse

"Qualifiée d'être un art INITIATIQUE,une science,une philosophie hermétique,avant de déboucher sur de la chimie, l'alchimie est d'abord une biologie" Cédric Mannu

Combien de centaines d'articles, de dizaines de livres d'érudits ou de profanes ont-ils été écrits sur ce personnage énigmatique derrière ce pseudonyme ? Cet étrange et singulier personnage familier d'Eugène Canseliet ou de Julien Champagne. Franck Zappa l'admirait à tel point qu'il en laissera un titre instrumental "but who was Fulcanelli?". Deux excellents ouvrages feront date dans la littérature alchimique sérieuse et traditionnelle et un troisième synopsis inachevé que détiendra un temps Eugène Canseliet avant de lui être retiré par l'auteur !
Connus comme "Le Mystère des cathédrales" puis les "Demeures philosophales" et l'inachevé, l'énigmatique synopsis : "De Finis Gloriae Mundi". Mais ne perdons jamais de vue que c'est avant tout l'Oeuvre elle-même qui doit prévaloir ! A ce jour, personne ne peut affirmer avec certitude l'identité profane du (ou des auteurs) qui se cachent derrière le pseudonyme. Une deuxième partie traitera de la fraternité d'Héliopolis à laquelle Eugène Canseliet et J.J Champagne se réclamèrent. Société invisible rattachée aux véritables Rose-Croix...


blason de Fulcanelli

Pour tenter de cheminer tel Dédale dans cette enquête identitaire ,tentons de suivre le fil d'Ariane des hypothèses reconnues les plus sérieuses par les chercheurs qui ont pignon sur rue. Débutons par celle tirée des archives de l'INA à travers cette émission fameuse "Radioscopie" entre Eugène Canseliet et Jacques Chancel datée de 1978 :



  Les Fulcanellisables ?


Jules Violle (1841-1923) ?

Albert de Lapparent (1839-1928) ?
                            
Paul Decoeur (1839-1923) ?

                               
 En 1926 parait chez un éditeur parisien, Jean Schemit, un livre d’alchimie devenu célèbre, Le Mystère des Cathédrales, suivi en 1930 par Les Demeures Philosophales. Eugène Canseliet signe la préface ; Julien Champagne réalise les illustrations des deux livres (36 et 40 planches d’une grande qualité). L’ensemble est signé Fulcanelli.

 Pour certains auteurs, Fucanelli n’existe pas. Le pseudonyme cacherait un collectif composé de Julien Champagne, l’illustrateur, Eugène Canseliet et peut-être Pierre Dujols, libraire érudit féru d’hermétisme, ami de Champagne. C’est la thèse de Geneviève Dubois et son « Fulcanelli Dévoilé » (Dervy, 1992). Cependant, de nombreux éléments contredisent cette assertion : le style de Fulcanelli, tout d’abord, n’est pas celui de Champagne (La Vie Minérale) ou de Canseliet, dont les écrits sont aujourd’hui largement diffusés. L’érudition, évidente à la lecture du Mystère et des Demeures, est fort peu compatible avec l’âge du préfacier, comme il le déclare lui-même avec beaucoup de modestie. Quant bien même, par amusement il dédicacera son premier ouvrage à Schwaller de Lubicz,par les initiales F.C.H (frère chevalier d'Héliopolis ) ! Le point le plus important reste les déclarations d’Eugène Canseliet, qui jamais n’est pris en défaut au fil des nombreuses années de son enseignement : aucun mensonge n’est avéré, ni contradiction majeure malgré des interventions en tout genre sur une large échelle de temps. Si Eugène Canseliet ne ment pas, et c’est notre conviction, de nombreux éléments biographiques sont connus, qui touchent la personnalité sociale réelle de l’adepte. Nous les collectons au fil des préfaces, des ouvrages signés Canseliet, des interviews – nombreuses ; Radioscopie, le Feu du Soleil -, des articles signés par le « maître de Savignies » (Alchimiques mémoires dans la Tourbe des Philosophes, revue Atlantis), enfin des confidences de proches ou de parents d’Eugène Canseliet.

Fulcanelli, nous dit Canseliet, est un homme considérable ayant côtoyé les plus grands esprits de son temps. Ami intime de Pierre et Marie Curie ou de Grasset d'Orcet ; il appartient au monde scientifique : dans les Alchimiques Mémoires (La Tourbe des Philosophes n°11), son préfacier nous confie : « Trois ans après la malheureuse insurrection de la Commune, Fulcanelli, jeune ingénieur qui avait participé à la défense de Paris, sous les ordres de Monsieur Viollet-le-Duc, rendit visite à son lieutenant-colonel ». En 1874, trois ans après la Commune, Fulcanelli est un jeune ingénieur. Mais quand est-il né ?
En 1919, Canseliet croise Fulcanelli chez les Lesseps, avenue Montaigne (Le Feu du Soleil, page 67). Fulcanelli lui dit alors avoir juste 80 ans, dévoilant ainsi son année de naissance, que le disciple confirmera à maintes reprises. Nous voici en présence d’un ingénieur qui, au moment des événements de la Commune en 1871, a 32 ans. Fulcanelli évoque lui-même sa formation scientifique dans les Demeures Philosophales. Ajoutons à cela qu’il s’efface totalement de la vie publique et sociale à un moment de son histoire. En effet, en octobre 1925, Canseliet précise dans son introduction au Mystère des Cathédrales : « L’Auteur de ce livre n’est plus, depuis longtemps déjà, parmi nous », ajoutant plus loin : « Fulcanelli n’est plus. Toutefois, et c’est là notre consolation, sa pensée demeure, ardente et vive, enfermée à jamais dans ces pages comme en un sanctuaire ». Pourtant, la même année, Fulcanelli corrige les épreuves du livre et, en 1929 – date le plus fréquemment retenue, certains auteurs disent 1927 - décide de retirer le manuscrit du troisième livre, Finis Gloriae Mundi (jamais paru). A cette époque, Eugène Canseliet ne voyait plus Fulcanelli, mais correspondait avec lui via Gaston Deveaux, le beau-frère de Julien Champagne. Fulcanelli disparait socialement « longtemps avant » 1925, mais qu’il vit encore une existence secrète, rencontrant le préfacier et l’illustrateur du Mystère assez régulièrement.

Voici un texte décrivant le domicile de Fulcanelli à Paris :

Heureusement, Fulcanelli ne souffrit pas de ce désavantage énorme, parce qu'il occupa toujours de spacieux locaux. Du dernier en date, nous avons donné l'idée, en esquissant la configuration des lieux. C'est là que se trouvait, tout de suite à droite, dès l'entrée dans le cabinet-bibliothèque, le meuble de style Renaissance, que j'ai brièvement décrit dans mes Prolégomènes à Trois anciens Traités d'Alchimie ; cette copie que je fis, voici bien longtemps, et qui fut luxueusement reproduite et semblablement illustrée chez Jean-Jacques Pauvert. À cette époque où florissait le Mouvement Dada, et qui allait continuer, jusqu'en 1930, le XIXe siècle ; à cette époque, par les trois grandes fenêtres de la pièce parquetée à points de Hongrie, on voyait encore les arbres du jardin tout proche. Sous les combles, il y avait une petite porte donnant accès à la terrasse qui recouvrait la cage d'escalier, et qui était entourée d'une fine balustrade en pierre blanche. On y marchait sur un épais tapis de plomb. C'était là le lieu le plus élevé, qui était à l'air libre, et où le Maître soumettait, au rayonnement des étoiles et de la lune, ses cuvettes de rosée déjà fort doucement réduite. Je revois, par la pensée, ces récipients de faïence blanche, rectangulaires, médiocrement profonds, de dimension 18x24, et qui étaient ordinairement employés pour le développement de la photographie. Eugène Canseliet, (Alchimiques Mémoires, in La Tourbe des Philosophes, n°10.)
Nous ne sommes là ni au domicile des Lesseps avenue Montaigne, ni chez Dujols, encore moins dans les chambres de la rue Rochechouart qu’occuperont Champagne et Canseliet. A l’évidence, Fulcanelli dispose d’une certaine aisance matérielle, même si son mode de vie n’en laisse rien paraître. Une aventure passionnante qui n'est pas si éloignée des préoccupations de Rudolf Steiner quand on connaissait ses liens avec Von Bernus autre spagyriste dans la tradition Paracelsienne !

Présentation tirée du site Baglis par Jean Artero et Cédric Mannu sur l'héritage d'Eugène Canseliet,disciple direct du maître !


Qui fut dont cet adepte caché sous le pseudonyme de Fulcanelli après sa disparition sociale, probablement ingénieur polytechnicien,né en 1839 et membre de l’Institut de France ? 


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Chronologie

1839 : naissance de Fulcanelli (selon Canseliet).
1877 : naissance de Julien Champagne
1881-1897 : Rodolphe Salis tient le Cabaret du Char Noir à Paris. Fulcanelli s’en souvient.
1897 : mort d’Antoine d’Abbadie, membre en 1867 de l’académie des sciences, qu’il préside en 1892.
1899 : naissance d’Eugène Canseliet
1905 : Champagne rencontre Fulcanelli (dans sa troisième préface au Mystère des Cathédrales, Canseliet évoque l’excellent artiste qui connut Fulcanelli en 1905, dix ans avant lui). Jean Artero écrit (Julien Champagne, Apôtre de la Science Hermétique, page 50) : « Dès 1906, il nous paraît que l’influence de Fulcanelli sur Julien tend à s’affirmer ».
1908 : Julien Champagne écrit La Vie Minérale, qui se termine par un « Honneur et gloire à jamais aux maîtres disparus ».
1910 : Champagne commence à travailler pour Fulcanelli (Atorène, le laboratoire alchimique, page 333).
1916 : Canseliet fait la connaissance de Fulcanelli, probablement à Marseille (France Inter, Radioscopie avec Canseliet).
1919 : Canseliet croise Fulcanelli chez les Lesseps, avenue Montaigne (Le Feu du Soleil, LFDS, page 67). Fulcanelli lui dit alors avoir juste 80 ans, dévoilant ainsi son année de naissance.
1922 : Fulcanelli n’avait pas encore reçu le « Don de Dieu » (préface à la seconde édition du MDC). Après la transmutation de Sarcelles, le maître va s’effacer (Atorène).
1923 : Fulcanelli remet trois paquets de notes scellés à la cire (LFDS page 72).
Fulcanelli élabore la pierre philosophale cette année-là (lire l’année 1929).
Mort de Paul Decoeur (le 6 mai 1923). Il est né en 1839.
Mort de Jules Violle (le 12 septembre 1923). Il est né en 1841.
Vers 1923, Mort de Charles de Lesseps (selon Walter Grosse). Il est né en 1840.
1924 : mort d’Anatole France (le 12 octobre). Fulcanelli assiste aux obsèques.
Mort de Léon Fould.
1925 : Fulcanelli corrige les épreuves du Mystère des Cathédrales (mise en forme : Eugène Canseliet). LFDS page 71. Canseliet ne voyait plus alors Fulcanelli, et correspondait avec lui via M. Devaux [Gaston Devaux, beau-frère de Julien Champagne]. En octobre, Canseliet signe la préface du Mystère des Cathédrales (parution en 1926) et écrit : « L’Auteur de ce livre n’est plus, depuis longtemps déjà, parmi nous », ajoutant plus loin : « Fulcanelli n’est plus. Toutefois, et c’est là notre consolation, sa pensée demeure, ardente et vive, enfermée à jamais dans ces pages comme en un sanctuaire ».
1926 : Mort de Pierre Dujols (né en 1862). Parution du Mystère des Cathédrales.
1929 : Fulcanelli retire le manuscrit du Finis Gloriae Mundi …/… « A cette époque, il y avait déjà six années que notre vieux Maître avait réussi l’élaboration de la pierre philosophale ». (Seconde préface aux Demeures Philosophales, et Présence de Fulcanelli, Jean Artero, pages 70 et 71). Canseliet écrit à ce propos : « Fulcanelli m’a réclamé le paquet et me l’a retiré. Sans doute y avait-il là des choses très graves. N’oubliez-pas qu’à cette époque il possédait la Pierre.» (LFDS, page 77).
« Il est dit habituellement et on écrit que Fulcanelli aurait retiré son troisième manuscrit, juste après la publication (chez Jean Schemit que j'ai connu personnellement) de la première édition en 1929 des Demeures Philosophales, et que Fulcanelli aurait disparu en 1930. » (Jacques d’Arès, prologue à un « faux » Finis Gloriae Mundi).
1932 : Mort de Julien Champagne. Eugène Canseliet affirme que Fulcanelli aurait, cette année-là, refusé de secourir Julien Champagne, alors à l’agonie, pour des raisons morales qui restent obscures.
1952
: Canseliet affirme avoir revu Fulcanelli cette année-là, en Espagne. L’adepte, à 113 ans, paraissait un homme de l’âge de son disciple – la cinquantaine. Cette anecdote est largement commentée dans l’émission de France-Inter « Radioscopie » avec Jacques Chancel.

Liens utiles

"Qui suis-je ?" Fulcanelli, Ed. Pardès, 2004.
"l'affaire Fulcanelli" de Jacques Grimault 
"En Héliopolis avec Fulcanelli : portrait d'un alchimiste du XXème siècle"-Johan Dreue
http://hermetism.free.fr/personne%20Fulcanelli.htm 
"Présence de Fulcanelli" -Jean Artero
"Le mystère des Cathédrales" et "les demeures philosophales"-Fulcanelli 
http://www.archerjulienchampagne.com/article-2593089.html 

mercredi 11 avril 2018

Les Évangiles, Leur origine et leurs contradictions - Hella Krause-Zimmer



Les Évangiles,
Leur origine et leurs contradictions
Hella Krause-Zimmer


Les contradictions dans les Évangiles peuvent irriter sans cesse le lecteur plein de bonne volonté, même lorsqu'il entreprend encore de considérer la question d'une manière qui ne soit pas tellement « intellectuelle ». Dans ses cycles de conférences consacrés aux Évangiles, et dans d'autres conférences, Rudolf Steiner donne une clef pour la compréhension de ces contradictions. On peut les relever, mais elles ne révèlent vraiment leur sens que lorsqu'elles sont réellement assimilées par l'âme.
Qu'une chose, par exemple un arbre, ne puisse être complètement décrite qu'à condition d'être appréhendée à partir de quatre points de vue différents, cela est facilement compréhensible. Que les Évangiles réalisent ainsi une description de l'oeuvre du Christ, à partir de quatre manières de voir différentes, indique qu'une justification légitime a été accomplie en cela. Mais de quel caractère font à présent preuve les quatre chemins qui s'offrent dans l'approche de cette situation de fait unique – la plus significative de l'histoire du monde – ?
Dans le cycle L'Évangile de saint Matthieu (GA123), il est signalé dès le début: L'Évangile de Jean dirige notre regard « connaissant » sur l'événement christique comme sur le « sommet de l'existence terrestre ». L'homme se sent tout petit à côté, mais il se sent en même temps apparenté à ce qui est grandiose et éternel. – Nous pouvons supposer, même si cela n'est pas encore exprimé ici au commencement, que nous sommes saisis au centre même de notre Je par cet Évangile qui nous laisse contempler la grandeur spirituel de cet événement.
L'Évangile de saint Luc nous touche d'une toute autre manière. L'intériorité la plus profonde en l'âme s'y épanouit. Un sentiment s'éveille en nous et nous ressentons que la plus haute de toutes les qualités liées au sentiment, l'amour, y règne partout. Exprimé avec d'autres mots: notre corps astral est ici directement abordé et ému. Une « sagesse sublime » rayonne de l'Évangile de saint Jean, une « puissance d'amour » de l'Évangile de saint Luc.
L'Évangile de saint Marc tonne, pour ainsi dire, dans notre direction, annonçant la splendeur et la force des puissances de l'univers, si bien que le petit être humain doit ouvrir les yeux et « pourrait alors presque s'effondrer » devant le spectacle qu'il découvre. La force de cet Évangile peut ici atteindre la moelle des os,pénétrant de toute sa puissance jusqu'au niveau du corps de vie (corps éthérique).
L'Évangile de saint Matthieu n'exerce pas une influence aussi unilatérale sur une partie déterminée de notre être. Il est l'humain en général (l'humain universel). Dès le début, il dirige le regard sur les circonstances terrestres de l'hérédité, il montre aussi « l'élément de connaissance qui autorise tous les espoirs » et « le reflet du cosmos dans le coeur de l'être humain ». Il peut carrément être lu comme un « commentaire » des trois autres Évangiles. Ce qui s'y manifeste de grandiose, l'Évangile de saint Matthieu le rend humainement apparenté. Nous en arrivons ici finalement au corps physique et à sa justification légitime, au sein duquel néanmoins, les trois autres sphères prédominent. Ainsi les descriptions proviennent-elles de quatre points de vue différents et se modifient conformément à la
manière selon laquelle elles ont été vécues, selon le cas, par chaque auteur de l'Évangile concerné. Chacun d'eux se place à un niveau qui est le sien, et il ne perçoit uniquement que ce qui ce reflète à son propre niveau,rien d'autre n'apparaît à son regard clairvoyant – car les Évangiles sont les résultats d'expériences clairvoyantes.
La dernière parole du Christ sur la croix constitue l'exemple le plus gravissime pour les quatre niveaux différents et leurs divers rapports avec les quatre membres constitutifs de la nature humaine. Cette parole,prononcée pareillement une fois dans les Évangiles de saint Matthieu et de saint Marc et qui donne l'impression d'être si difficilement compréhensible, est la suivante: «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?»

Comme Rudolf Steiner l'indique dans la dernière conférence de son cycle consacré à l'Évangile de saint Matthieu, on doit se souvenir alors que saint Matthieu est celui qui rend compte de tout ce qui dépend du Jésus-Zoroastre et de ce qui a été transposé à la douzième année dans le corps du Jésus de l'Évangile de saint Luc. Matthieu à toujours devant les yeux les composantes de l'action du Christ qui ont été apportées par le Jésus-Zoroastre – saint Matthieu qui, dès le début, tenait déjà compte de la lignée héréditaire.Au moment où cela s'est produit, le corps de « son » Jésus n'était déjà bientôt plus disponible. Celui-ci mourut peu après la scène de Jésus dans le temple à douze ans. Mais, comme le souligne Rudolf Steiner, les forces divines qui ont oeuvré à l'édification de ce corps particulier et unique, ainsi que les acquisitions qui y avaient été déposées par Zoroastre, alors qu'il y résidait, ces forces donc, se transportèrent avec lui dans le corps de l'Enfant de saint Luc. La divinité de cet autre corps physique pénétra et rehaussa la corporéité du Jésus de saint Luc qui devint ensuite le réceptacle du Christ.

L'intériorité la plus élevée de l'essence christique prit alors congé de ces forces divines présentes dans le corps physique. «C'est donc sur cette séparation, entre l'intériorité de l'essence du Christ-Jésus et cette divinité présente dans la nature physique, que l'auteur de L'Évangile de saint Matthieu tourne son regard. Et cette très ancienne parole des Mystères: « Mon Dieu, mon dieu, comme tu m'as glorifié ! », qui résonnait toujours lorsque la nature spirituelle de l'être humain sortait du corps physique pour contempler le monde spirituel, saint Matthieu la modifie ainsi, en considérant le corps physique: « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » Tu m'as quitté, tu m'abandonnes à cet instant. – Et l'auteur de l'Évangile de saint Matthieu avait principalement en vue cet instant de « l'abandon ».»
L'éthérique fait naturellement aussi partie du corps physique, ainsi que le courant de la vie formatrice, mais l'accent principal de saint Marc porte sur l'éthérique – et non pas sur le physique – . Lui, qui fit l'expérience de la force solaire du Christ, comme une puissance cosmique universelle, vit au moment de la mort du Christ-Jésus, comment les forces extérieures de l'aura solaire affluaient vers Lui et se liaient avec le corps éthérique du Crucifié. «Le corps éthérique est dans une situation identique à celle de notre corps éthérique pendant le sommeil. Comme pour nous dans l'état de sommeil, les forces extérieures se répandent avec lui dans le monde,ainsi sortirent-elles de la même manière à la mort du Christ-Jésus.
C'est pourquoi la même parole retentit dans l'Évangile de saint Marc.» (Nous pouvons comprendre par notre pensée, que ce processus eut lieu à l'instant de l'éclipse physique, lors de la crucifixion – Le Christ venu du soleil s'unit alors au sein de son corps éthérique avec l'aura solaire qui le suivait en trombe.)Saint Luc, l'Évangéliste qui se meut totalement dans l'élément psychique, a affaire avec le déploiement de l'amour de l'être du Christ, et par conséquent avec le corps astral. Ainsi ressent-il, à l'instant de la mort,l'inépuisable miséricorde du Christ se sacrifiant, dans ces paroles: « Père pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font. » «C'est une parole d'amour qui peut venir seule du corps astral, sur lequel l'auteur de l'Évangile de Luc a attiré notre attention dès le début
Saint Jean décrit finalement « le sens de l'ordre terrestre, qui repose dans le verbe solaire ». Nous n'avons pas affaire ici avec l'aura solaire, avec l'enveloppe, l'habit, mais avec le verbe lui-même qui s'insère, en y mettant del'ordre, dans l'évolution de l'humanité et instaure une nouvelle communauté qui ne repose plus sur les liens du sang, mais sur l'esprit.
Ainsi unit-il Jean avec sa propre mère. «Ce qui doit s'unir d'âme à âme, cela est arrangé par le Christ.» Une nouvelle communauté est précisément créée dans l'Évangile de saint Jean, dont l'auteur est celui qui dépeint l'essence du Je. – «En ce qui concerne le corps astral, l'homme n'a pas d'emblée l'aptitude à fonder la communauté..., c'est pourquoi Luc n'a aucune occasion de parler d'une communauté quelconque à fonder, et celui qui décrit l'essence du Je, l'auteur de l'Évangile de saint Jean, encore moins.»

La force formant la communauté, qui met en relation les êtres humains entre eux, se trouve dans le corps éthérique. Et pourtant, ce n'est pas Marc qui a en vue l'instauration d'une nouvelle communauté, mais Jean. Issue du Je, et se propageant bien au-delà du Je individuel dans le Christ, la force est trouvée pour la nouvelle communauté libre de l'avenir. Considérons plus précisément maintenant l'apparition des Évangiles. Rudolf Steiner en dit qu'elle est double: ce sont des écrits initiatiques dans le sens que les auteurs appartenaient à des traditions définies des Mystères.

Dans tous les courants des Mystères, était déjà préfigurée la vie typique du Fils de Dieu. Ainsi, «les bouddhistes racontent la vie de leur être humain divin presque exactement comme les Évangélistes le font pour le leur».
L'extraordinaire personnalité de Jésus témoigne, qu'il a été reconnu comme faisant partie de quatre courants différents des traditions des Mystères, comme celui qui correspond au type même de leur initié de la manière la plus accomplie. Les faits, qui ont été communiqués dans ses écrits, ont un sens allégorique plus élevé. Dans un tel contexte, rien d'autre n'est aussi digne d'être communiqué. La vérité de tels récits repose dans le champ de la mystique, c'est-à-dire que leur sens sera plus profond que leur apparence extérieure ne le laisse supposer.
Les auteurs racontent sur le Christ comme un myste raconte sur un initié. Il ne s'agit pas seulement d'un initié unique et particulier, et le salut dépend justement le plus qu'on le suive. Au sein du Judaïsme, les Mystères, qui existaient en dehors de la religion populaire là aussi, avaient pris une tournure qui incluait le peuple tout entier. On se ressentait alors comme un groupe lié par le sang. Ce qui était l'affaire d'un individu unique, dut ici être donné en partage au peuple entier. Ainsi le peuple entier attendait-il un messie. Par cela, la sagesse des Mystères avait pris un forme qu'«elle devait accepter si elle voulait devenir une religion universelle» (Le christianisme comme fait mystique).

En ce qui concerne l'Évangile de Matthieu, il se tient ainsi nettement dans la tradition de Mathai et se fonde par là sur la doctrine secrète des Esséniens. Environ cent ans avant le Tournant des âges, vivait le grand maître Jeschu ben Pandira. «Il avait préparé quelques-uns au moins, à l'événement qui, après l'accomplissement d'un temps déterminé – c'est-à-dire 42 générations après Abraham – au moment où le peuple hébreu serait devenu si grand, pour ainsi dire, que l'individualité de Zoroastre pourrait s'incarner.» Matthieu savait justement cela, lui qui remonte la généalogie de Jésus sur 42 générations. «C'était ainsi déjà un enseignement qui avait été délivré pendant environ cent ans et plus dans les écoles esséniennes, l'enseignement de la venue du Jésus de l'Évangile de Matthieu.»
Parmi les cinq élèves de Jeschu ben Pandira, il y avait Mathai qui implanta en particulier l'enseignement de la«préparation du sang pour le Jésus de Matthieu qui devait apparaître.» Levi, Le percepteur d'impôt prit ensuite son nom – C'est ainsi qu'il était nommé de Luc et de Marc – à l'appel
du Christ. Matthieu vint de Levi et pu achever l'oeuvre de Mathai.


 Cette «implantation dans la tradition de ce courant essénien de Jeschu ben Pandira / Matthai» peut être comprise si loin que – selon des mentions de Rudolf Steiner – un écrit subsiste encore que l'on peut considérer comme un projet de l'Évangile de saint Matthieu. Dans ce livre, les caractéristiques de la vie du Messie, qui ne se manifesterait qu'une fois, sont brossées à grands traits de manière prophétique. «Le manuscrit est conçu de telle manière que le contenu en fut repris des anciens Mystères jusqu'à lui, ainsi par exemple ce qui ce rapporte à la tentation et d'autres choses (L'ésotérisme chrétien..., GA 130).

Matthieu se trouvait à présent dans la situation de rapporter l'accomplissement, dont il avait connaissance sur le fond de cette tradition initiatique, de Celui qui était attendu. Il pouvait rendre compte de la façon dont tout cela s'est déroulé dans la vie réelle sur le plan physique. La vie de Jésus Christ correspondait aux critères qui étaient connus depuis longtemps au sein des mystères du monde. En second lieu, les Évangiles sont apparus à partir d'états de conscience spirituels différents – les trois écrits synoptiques proviennent d'une conscience imaginative, qui s'exprime en images. L'Évangile de Jean, largement dépourvu d'images, révèle au contraire que son auteur a dû parvenir aux plus hauts degrés, ceux de l'inspiration et de l'intuition.

Il résulte aussi de cela qu'on raconte dans un autre style et sur un autre contenu en partie. Les trois écrits synoptiques, comme on les nomme, s'accordent bien en de nombreux points mais ne sont pas conciliables avec l'Évangile de Jean. L'Évangile de Jean est écrit «du point de vue d'un initié, qui se tenait au sein des Mystères de l'univers et les appréhendait jusqu'au niveau de l'intuition» (L'Évangile de saint Luc, GA 114). Cet auteur possède «le verbe intérieur jusqu'au niveau de l'intuition».
En rapport avec l'Évangile de Marc, Rudolf Steiner signale que les disciples se sont effectivement enfuis au moment de l'arrestation, et n'ont donc pas participé aux événements qui ont suivi – ni aux procédures du jugement, ni à la crucifixion. Il est indiqué clairement par cela que tout rapport circonstancié des faits, au sens courant du terme, s'interrompt. En ce qui concerne les événements après leur fuite, la clairvoyance, utilisée par la suite, doit former la base de cette « ouverture à ces événements » pour tout ce qui s'est produit alors. «Il n'existe qu'un seul cheminement clairvoyant vers le Mystère du Golgotha, quoiqu'il se soit accompli sur le plan physique.»

Les disciples furent enflammés par le déclenchement de la clairvoyance, d'une part par le fait que l'impulsion du Christ avait agi sur eux tandis qu'ils côtoyaient leur maître, et d'autre part à cause de l'action de la résurrection qui s'était produite entre-temps. Par ailleurs, le Ressuscité les avait rendus dignes de son enseignement post mortem et avait ouvert leur âme au supra-sensible. «Si bien que dans une âme comme l'était celle de Pierre, après avoir reçu l'impulsion du Ressuscité, s'illumina le souvenir de tout ce qui s'était produit après la fuite.» Marc était un élève de Pierre. La flamme, l'impulsion qui vivait dans l'âme de Pierre, l'envahit, «si bien que Marc vit resplendir en sa propre âme ce qui s'était accompli au Mystère du Golgotha.» Il a composé l'Évangile de Marc, ainsi nommé. Le destin le conduisit ensuite à Alexandrie en Égypte, où il rencontra d'un côté un immense savoir judéo-théosophique philosophique, et d'un autre côté un reste de l'ancienne Gnose païenne, ce
qui lui donna la compréhension de l'origine cosmique de l'être humain. En même temps, il éprouva la chute dans la décadence et la corruption. Il éprouva combien l'humanité avait sans cesse déchu depuis les hauteurs spirituelles d'autrefois. «Il résulta de cela pour lui une si profonde compréhension que la plus grande impulsion se mit à vivre dans le supra-sensible. Et cela soutint encore ensuite son maître. Ce que Pierre lui avait donné, ce n'était pas quelque chose qui aurait pu provenir d'une révélation sensible du Mystère du Golgotha...

Je vous demande expressément d'envisager cela tout particulièrement, que le mystère du Golgotha est un événement physique sensible, dont la compréhension doit cependant être recherchée en progressant au-delà du physique,au-delà du sensible.»
Pourquoi cela a-t-il été arrangé de manière si compliquée, pourrait-on se demander ? Les disciples n'ont-ils pas pu entendre le récit des autres concernant ce qui se passait ? – puisqu'il existait de tels témoins : Marie, la Mère,et Jean-Lazare qui se tenaient sous la croix. Les trois Marie et d'autres femmes ont assisté à la crucifixion. Mais les femmes ne pouvaient devenir Évangélistes, elles n'ont pu que rapporter oralement ce qu'elles avaient vu aux disciples. Ainsi l'événement vécu par Marie-Madeleine le dimanche de la Pâques ne fut pas transmis par elle,mais par les disciples. Les dires de ces témoins oculaires, comme ceux de Joseph d'Arimathie et ceux de Nicodème et bien d'autres encore, ne pouvaient-ils donc pas parvenir aux disciples ? Possible. Et cependant on pourra ressentir et pressentir à la manière entière des récits des Évangiles, que ce qui était décisif devait être tout autre. Une conviction intérieure personnelle, une expérience personnelle. Il est évident dans les Évangiles que tous les participants à l'événement, pendant qu'il se produisait, ne pouvait pas l'appréhender et le comprendre. L'événement apportait la possibilité de cette compréhension par lui-même. Cela devait d'abord agir. La Résurrection ne pouvait être comprise ni avant, ni simultanément alors qu'elle avait lieu (comme cela se manifestait, pas même de Jean-Lazare), mais seulement après. «Car la clef pour parvenir à la compréhension du Mystère du Golgotha est le Mystère du Golgotha lui-même.»
Le 1er juillet 1909 (dans : L'Évangile de Jean dans ses rapports avec les autres Évangiles, GA 112), Rudolf Steiner considère les auteurs des Évangiles dans la perspective du Tétramorphe. On dit de Matthieu qu'il donne une description des faits selon la manière de ceux qui étaient initiés à « l'Homme-esprit ». C'est-à-dire dans le sens du Tétramorphe, dans les Mystères de l'être humain ou des êtres angéliques. «Cette initiation était chère à la sagesse égyptienne.»

 Considérons cela ensemble avec ce qui a été dit précédemment, et nous avons ainsi en Matthieu, d'une part, un ancien initié dans un lieu de Mystères qui était sous l'influence de l'ésotérisme égyptien, et d'autre part ensuite au moment du Tournant des âges, quelqu'un qui se tenait en relation si étroite avec les Esséniens qu'il put devenir le successeur de Mathai. Lucas, par contre, avait atteint des initiations, lors de ses précédentes incarnations, qui le menèrent à l'esprit cosmique du Taureau. «Il était l'un de ceux qui avaient vécus autrefois principalement au sein des Mystères égyptiens.» – Ici ce sont directement les Mystères égyptiens qui furent traversés, et effectivement lors de On dit de Marc qu'il a traversé, lors d'incarnations antérieures, une initiation, «qui ressemble beaucoup à celles du Proche-Orient, oui aux initiations grecques, et si nous voulons le dire ainsi, aux initiations européo-asiatico-païennes...
Il était courant dans ces initiations précisément de ne pas trop se soucier particulièrement de la vie
antérieure de l'être humain concerné, mais d'avoir en vue le moment où la personne concernée deviendrait ce dont il est si souvent fait mention dans les Évangiles : un fils des dieux, un Fils de Dieu.» Ainsi par exemple,ses plus nobles admirateurs ont dépeint Platon comme fils d'Apollon.
Marc aussi ne s'occupe pas du tout de la vie de Jésus, mais il commence son récit au baptême. L'ancienne initiation de Marc le mena à l'esprit cosmique du Lion. Jean, qui fut initié par le christ lui-même, put donner un peu de ce qui prévaudra dans le futur le plus lointain. Il survole la situation normale pour l'époque d'alors (à laquelle s'en tient Marc) et annonce l'action du Christ dans
le futur lointain.

Que ces relations des Évangiles avec la sagesse qui est si secrète pour nous, et dont l'ésotérisme nous semble si ardu, étaient connues, l'art nous les a conservées sous la forme de témoignages innombrables. Il disposa chaque Évangéliste en le mettant en rapport avec la nature correspondante (et juste) du Tétramorphe, et il montra sans cesse que les Évangélistes se plaçaient sous l'inspiration de l'esprit (la colombe) tandis qu'ils écrivaient. Parfois ils étaient aussi dépeints comme puissamment élevés dans le monde de l'esprit.

Ainsi l'art ancien porte tout naturellement témoignage : Les Évangiles sont nés d'une conscience supérieure, ils sont les fruits d'une vision imaginative, d'une écoute spirituelle, et d'une participation intuitive aux événements qui s'y déroulent.

Das Goetheanum N°6, 6 février 1994
(Traduction Daniel Kmiecik)

Hella Krause-Zimmer est également l'auteure du livre : Christian Rose-Croix (editions Triades)


lundi 9 avril 2018

Des 4 éléments primordiaux et des Deux Lumières du point de vue de l'alchimie et de l'anthroposophie



Henri La Croix-Haute...

Des Deux Lumières

 

La planète Terre est une sphère,légèrement aplatie aux pôles,dont le rayon est de 6400 km. A sa surface,un large anneau d'une épaisseur d'environ 10kms (profondeur des océans,altitude des montagnes) est le lieu constitué de Terre,d'Eau, d'Air et de Feu où il est imparti à l'homme de vivre ; pour toute créature,il est le lieu de la vie,des combats et de la mort.

De ces quatre éléments fondamentaux (Terre,Eau,Air,Feu),l'homme dut chercher le Feu qui lui fut indiqué par les explosions volcaniques,les éclairs et la foudre des orages ; il lui fut donné d'apprendre à faire le feu et à l'entretenir : ainsi la flamme qui réchauffe fut à l'origine du foyer dans les cavernes,et sous les huttes,lieu qui sauvegarde les êtres humains,les protège des animaux sauvages et de la peur de la solitude. Ce Feu fut leur premier trésor,ils se firent la guerre afin de le ravir ou de le défendre ; il leur permit d'élargir l'aire de subsistance dans la forêt, de féconder le sol par les cendres des arbres,de purifier les cadavres,de forger les premiers outils,puis hélas ! de fabriquer des engins de mort qui crachent le feu.

Très tôt, ils remarquèrent que la flamme est lumière et ascension droite vers le ciel ; ils s'en servirent pour l'offrande envers les forces invisibles,la firent luire vers les autels,le feu des torches dans la nuit suppléant la lumière du soleil. Ainsi,ils prirent conscience que le Feu est aussi Lumière et imaginèrent l'astre du jour comme une boule de feu. Ce qui nous reste de la Tradition Primordiale permet d'évoquer cet enseignement initial,décelé dans toute religion et sous tous climats,la Prisca Sapientia à laquelle se référait Newton.

A la suite des premiers intercesseurs avec la divinité,sorciers,prêtres et philosophes,Héraclite d'Ephèse plaça le Feu en tête de leur connaissance du monde,lui donnant deux natures : Feu et Lumière,feu cosmique et feu de l'âme. Le Feu est un des principes d'explication universelle ; c'est le signe de la passion et le symbole de la purification : il brûle en enfer et brille au paradis,il est torture ou lumière...

Le Cosmos,empli de ténèbres,est pénétré de la lumière d'origine,divine,spirituelle,lueur intense et ineffable relatée par les mystiques et qui,plus tard,fut symbolisée par une auréole encadrant le visage des saints. Comment cette lumière première,"agent de la vie universelle", est-elle conciliable avec les Ténèbres ? Les Ténèbres paraissent refuser la Lumière qui s'y diffuse quand même,mais y reste sans rayonnement. La Lumière est le mode d'expression de Dieu pour diriger le monde ; nous le pressentons par l'Amour et l'Energie spirituelle.

La vie en toutes ses formes est la manifestation d'une énergie semblable à la Lumière. La nature de cette énergie est identique dans tout ce qui vit,mais diffère d'intensité selon le degré d'évolution des réceptacles ou des "vases d'élection" : une flamme placée sous un boisseau éclaire moins qu'elle ne rayonne d'un globe de cristal,le soleil caché par des nuages réchauffe moins que par un ciel d'été.

Henri Coton avait constaté que la science qui cherche à connaître,n'a enregistré aucune avancée sur l'origine de la vie et des choses,que le nombre de théories reconnues fausses par la suite est déconcertant,que l'argument du progrès matériel n'a aucune valeur en ce qui touche à la Connaissance. En résumé, quand la science scrute la lumière, son mystère apparaît sous deux formes,mouvement ou substance. En fait,il faut se rendre à l'évidence qu'il existe pour l'homme deux sortes de lumière : la Lumière créée par Dieu ou Lumière d'origine(spirituelle) et la lumière sortant d'une matière ou lumière libérée.

La Lumière ou le Feu,attribut de Dieu-Ahura-Mazda selon l'Avesta,est la première émanation de l'Esprit divin. Tout esprit offre toujours des potentialités diverses,voire opposées : création ou destruction,activité ou réaction,droiture ou déviation,énergie ou inertie. Notre monde n'existe que par la lutte permanente entre l'énergie sous ses formes multiples et l'inertie qui l'annihile ou la fait dévier. Ce ferment d'opposition a été appelé Ahriman,puis Satan et Lucifer. Il refuse de laisser pénétrer la Lumière divine en certains lieux fortifiés par l'esprit de négation : c'est la matière qui est de la non-lumière; la matière est faite de ténèbres entourées de Lumière. Au début de son Evangile,Jean déclare : La Lumière a lui dans les ténèbres,et les ténèbres ne l'ont point reçue. La matière est à la fois vide (de Lumière) et inertie(opposition à l'énergie).


 La Lumière emplit l'espace exceptée en quelques lieux,elle est l'énergie,la substance tandis que la matière est le koïlon,le déchet,le vide,le néant.
La gravitation est la conséquence logique de cette opposition ; elle n'est pas une attraction de la matière par la matière,elle est la conséquence de la Lumière pour pénétrer les koïlons. Il s'agit d'éliminer ces koïlons, ce que les hermétistes nomment "la séparation du pur et de l'impur",c'est-à-dire l'extraction alchimique de la substance d'avec la matière grossière et pesante qui forme les koïlons (les déchets). Ce principe de sélection naturelle est visible chez le végétal : l'arbuste faible succombe aux intempéries ; chez l'animal ou l'espèce atteinte de maladie est condamnée à disparaître ; dans l'humanité qui par le mépris orgueilleux des lois naturelles veut donner à tous le même destin; or, quand l'individu refuse de s'ouvrir à l'Esprit,il perd son énergie propre et s'agglutine à la collectivité de ceux qui lui ressemblent et le font déchoir. A cet exemple,"la gravitation ressemble à un balayage qui rassemble la poussière en petit tas et les pousse vers la boîte à ordures". Il y a erreur lourde à penser que la masse a une importance métaphysique ; au contraire, elle est entrave au rayonnement de la Lumière,de l'Esprit. Des mystiques ont pressenti le triomphe de la Lumière lorsque tous les koïlons(les déchets) seront rassemblés en une seule masse ; l'évangile de Philippe (IIe s.) cite cette précision que retiendra la Pistis-Sophia (IIIe s.) : les parcelles de divin dispersées à travers le monde doivent être réunies et arrachées à l'influence de la matière. A la multiplication actuelle des éléments diaboliques succédera leur massification dans la déchéance du Diabolos, et Dieu, qui selon Asclépius avait quitté la Terre y reviendra dans le règne de Lumière et de gloire.

Car la Lumière est vecteur de l'Esprit divin,elle émane de son Créateur et abonde vers l'objet crée (corpus),elle lui apporte vie (animus) et mouvement par sa substance,elle permet à l'âme de donner forme et recevoir l'Esprit (spiritus) à l'être animé. Le Moi spirituel n'a pas d'autre pouvoir sur ce monde car il vit dans la Lumière, appartient à la sphère spirituelle. Le médiateur entre l'Esprit et l'objet (corpus),est l'énergie (animus); or,l'énergie est dans tous les cas une forme de la Lumière.

Il faut ajouter qu'il peut y avoir corps sans qu'il y ait matière. Un corps parfait est constitué de la substance de la Lumière,animé par l'Esprit : ce corps glorieux ou subtil dont l'archétype fut apporté par Jésus-Christ, est sans koïlon, donc libéré de toute masse et de la gravitation. Le corps humain contient les mêmes éléments constitutifs mais il est infecté de la présence du koïlon, de l'esprit d'opposition (Ahriman) qui lui donne masse et soumission à la gravitation. Cette distinction fait comprendre la différence entre le commun des mortels et les mystiques ou clairvoyants, êtres qui tendent à s'affranchir du koïlon et qui par leur spiritualité s'élèvent vers la Lumière. Tous les clairvoyants qui ont perçu cette Lumière d'origine, en ont décrits l'effusion de couleurs forts vives et surnaturelles,puissantes et transparentes,impalpables, sans contours. Si le contemplatif a la volonté et reçoit la grâce de se libérer du koïlon,son corps glorieux lui permet en échappant à la gravitation d'utiliser la lévitation,la bilocation, la télépathie,la vision de l'avenir ou du passé...Mais la condition humaine n'autorise de tels efforts que rarement et momentanément. Sainte Thérèse d'Avila a insisté dans son journal sur le caractère fortuit et épuisant de ses extases en recommandant à ses moniales de les éviter tant est requise une force d'âme exceptionnelle.

Tout dans l'univers fonctionne par couple,les végétaux, les animaux,le bien et le mal, l'achevé et l'inachevé. La chimie est tributaire de cette dualité : si la chimie minérale a donné des résultats appréciables, la chimie organique ou biologique reste stérile et incapable d'expliquer "l'extinction du feu qui laisse un corps mort"; elle acquiert actuellement la capacité de déplacer les gènes, prétention d'apprenti sorcier...Dans les expériences chimiques, il n'est tenu compte que du poids des éléments sans prendre en considération la notion de chaleur,substance rayonnante,impondérable, exempte de koïlon, et de nature comparable à la Lumière. Ainsi, il y a deux chimies : la chimie de la vie dont l'agent est la Lumière d'origine et la chimie ordinaire dont l'agent est la lumière libérée et qui n'évolue que par des artifices humains.

La quintessence recèle la vie ; par la Lumière qu'elle porte elle constitue la substance alimentaire qui doit obligatoirement provenir d'un être vivant et comporter les 4 éléments de base : (oxygène,hydrogène,azote,carbone) ou transmués en sodium,potassium,calcium et magnésium. Au cas où l'on voudrait nourrir un vivant avec des corps de synthèse non-porteurs de la quintessence, on le condamnerait à mort. Exceptionnellement, certains êtres simples (algues,lychens,minéraux) ont la faculté de se nourrir directement de la quintessence sans sacrifier d'autres êtres vivants : ils réalisent l'autotrophie.

"Les images apparaissent à l'homme,mais la lumière qui est en elles est cachée" (parole de Jésus dans l'Evangile de Thomas)

 

Selon la Tradition,la première expression de la Parole divine fut la Lumière primordiale se diffusant dans l'Hylè ( matière première de notre univers,substance de la vie) et donnant forme aux 4 éléments : Feu,Terre,Air,Eau. Ces éléments, convertibles l'un en l'autre, comportent quatre qualités assemblées deux à deux : le chaud et le sec (Feu); le froid et le sec (Terre); le chaud et l'humide (Air) ; le froid et l'humide (Eau). La Lumière donne la qualité positive,le chaud ; son absence donne la qualité négative, le froid. La Lumière rayonnant dans l'hylè donne le chaud et l'humide (Air) ; si la Lumière est affaiblie, l'hylè reste froide et humide (Eau) ; en l'absence d'hylè, son rayonnement donne le chaud et le sec (Feu), son rayonnement faible donne le froid et le sec (Terre). La Terre est bien le néant, le koïlon vide de substance, d'énergie, une masse inerte et pesante, formée de déchets(...) Toute la vie, la chimie et la physique de la nature tiennent dans les mutations et les mouvements des quatre éléments. Depuis la découverte des quantas, le phénomène humain est un échange d'intéractions et réactions de particules qui sont des énergies dont certaines sont sans masse (énergie pure hors de l'espace-temps).



Le mouvement préexiste à l'espace et au temps ; sans mouvement, il n'y a ni temps ni espace. Or, le mouvement provient de la Lumière (cf lampe de Crookes). Il n'est que trois formes fondamentales de mouvement : circulaire ( qui utilise le temps), rectiligne ( qui utilise l'espace),hélicoïdal (temps et espace). Hélicoïdal est le mouvement de la croissance du végétal,du système solaire, du rayon de lumière, de l'Esprit. Un rayon de lumière libérée est une émission de substance ; le corps irradié qui absorbe la lumière modifie sa nature : ainsi la plante meurt si elle ne peut recevoir de lumière ! La lumière est absorbée par tous les corps sans exception avec plus ou moins de facilité (absorption, réflexion,réfraction,diffraction).
Dans les douze signes du zodiaque,les 4 éléments se succèdent selon un certain ordre et se transforment selon leur nature. Lorsque la résistance y est plus forte que l'activité, le signe est dit "fixe"; si l'activité l'emporte sur l'inertie, c'est le signe"cardinal" ; au cas d'égalité entre activité et résistance,le signe est appelé "double". Ces trois qualificatifs se rapportent au couple fondamental inertie-énergie.
Toute substance vivante est constituée des quatre substances (C,N,O,H) correspondant aux quatre éléments.Les quatre grandes lignées du carbone/silicium ; de l'azote/phosphore ; de l'oxygène/soufre ; et de l'hydrogène/métaux alcalins,-lignées qui constituent la substance du corps du monde,soit minéral, soit organique-,dépendent évidemment dans le zodiaque des quatre signes cardinaux : le carbone du Capricorne,l'azote du Bélier,l'hydrogène du Cancer et l'oxygène de la Balance.
On retrouve une correspondance en anthroposophie entre les quatre éthers et les 4 éléments primordiaux qui servent en médecine anthroposophique et pour comprendre aussi les humeurs corporelles d'Hippocrate repris par Aristote: la prima materia qui s'associe aux quatre qualités (sec,froid, humide et chaud) et donne ainsi forme aux 4 éléments.L'éther unique des Grecs lui apparut quadruple, sous forme d'éther de chaleur, de lumière, de son et de vie. Il expliqua leur nature, leurs liens avec le monde et leur origine.

Mais qu'est-ce que l'éther ? Il est encore totalement différent de terre, eau, air et feu, mais lié à eux par des lois. R. Steiner a perçu et décrit la naissance des éléments et des éthers à partir de la chaleur de l'ancien Saturne.Ils apparaissent par couples. A chaque étape évolutive de la Terre se forme un couple nouveau : avec Saturne éther de chaleur et chaleur (feu), sur l'ancien Soleil lumière et air, sur l'ancienne Lune éther de son et eau, sur la Terre l'élément terre et l'éther de vie.Un autre lien pas des moindres qu'il met en évidence et la relation des éléments avec les quatre constituants en l'homme: corps physique/Terre ; corps éthérique/Eau ; corps psychique-astral/Air ; Moi-Esprit/Feu.

Autre lien et correspondance en anglais ( thanks to Danica Wolkiser ) :
https://kimgraaemunch.wordpress.com/2018/04/09/elemental-beings-karma-ceremonial-magic/ 

Enfin, d'après une loi pythagoricienne,le spectre entier des possibilités de ce monde serait contenu dans le chiffre quatre qui représente le multiple sacré des quatre premiers nombres : la Tétraktys ! " "Va de l'unité au quadruple et tu as le dix, la source et la racine de toutes choses" disait-il. Le texte grec traitant d'alchimie le plus ancien qu'on connaisse : le physikai kai mystica (Des choses naturelles et des choses cachées) distingue déjà,dans l'opus magnum,4 phases d'après les couleurs qu'il prend :
-l'oeuvre au noir (nigredo)
-l'oeuvre au blanc (albedo)
-l'oeuvre au jaune (citrinitas)
-l'oeuvre au rouge (rubedo)

http://www.medecine-integree.com/la-pensee-anthroposophique/

http://wn.rsarchive.org/Lectures/GA093a/English/RSP1982/19051030p01.html 

à lire : Alchimie et mystique (Taschen) D'Alexander Roob et Science de l'occulte de Rudolf Steiner ; Lumière et matière (EAR)


dimanche 11 février 2018

Rudolf Steiner,la politique occulte et la présomption de malthusianisme (écofascisme) par ses détracteurs


Est-il possible de dresser un bilan du mouvement instauré par Steiner sans se faire frapper des foudres des pro ou des anti ? Une oeuvre immense en est restée, féconde pour les uns , insipides pour d'autres. Des zones d'ombre subsistent, et qui soulèvent à présent beaucoup d'interrogations et de l'incompréhension. Ce qui jette le trouble est effectivement la porosité et la perméabilité mise en évidence entre tous les courants occultistes en Allemagne et dans toute l'Europe à cette époque charnière et les fréquentations pour le moins sulfureuses de Steiner lui-même. Prenons le cas de Karl Heise (théosophe, essayiste et membre de la communauté mazdaznan Aryana à Herrliberg) que les auteurs ont omis de signaler dans ce droit de réponse. Membre de la Société Guido Von List (occultiste, théoricien de l'armanisme intégral (forme d'aryanisme,et dont la pensée racialiste constitua l'un des socles de la pensée raciale nazie).
Ce même Karl Heise,dont Steiner n'hésitera pourtant pas à financer et signer la préface en 1918 de son ouvrage :  Entente-Freimaurerei und Weltkrieg.(1919) Dans une lettre datée de 1937,adressée à une anthroposophe Elizabeth Klein, Heise lui confia qu'il avait envoyé son ouvrage à Hitler dénonçant le rôle que jouait  une certaine élite maçonnique sur les évènements mondiaux. Comme 45% des allemands qui votèrent les pleins pouvoirs au NSDAP d'Hitler, Heise placera des espoirs déchus dans le national-socialisme trop aveuglés et soucieux de voir se redresser la nation allemande après la catastrophe économique de l'entre-deux-guerres. Le temps des faux-prophètes étaient venus....
https://de.wikipedia.org/wiki/Datei:Steiner_Vorwort_zu_Heise_1918.JPG



Beaucoup de connaisseurs de l'anthroposophie se verront choqués par les allégations portées par les auteurs de l'article en question,et les raccourcis spécieux sans que l'accusé puisse y porter un semblant de justifications. Même si la réalité des faits semble indéniable. Sans doute ces écrits seraient-ils à contextualiser par d'autres écrits et déclarations de Steiner (jusqu'à la fin de sa vie) pour atténuer en partie les accusations en question. Sujette à caution fût aussi sa proximité avec le Général en Chef des armées du Kaiser: Helmut Von Moltke. Puis les correspondances de type médiumnique qu'il entretiendra avec le défunt par l'intermédiaire de sa femme. Nombreux y verront là au final,toutes sortes de contradictions.... Pourra-t-on se réjouir qu'un jour, Peter Staudenmaier fasse la même enquête sourcée sur le rôle ambigu des officines vaticanes ou anglo-américaines via l'OPERATION PAPERCLIP qui consista à recycler et sauver de la justice, des hauts dignitaires nazis et l'ingérence de nos "démocraties- va-t-en-guerre" au nom des "Droits de l'Homme" !

https://www.cia.gov/library/center-for-the-study-of-intelligence/csi-publications/csi-studies/studies/vol-58-no-3/operation-paperclip-the-secret-intelligence-program-to-bring-nazi-scientists-to-america.html 

Les placer notamment à la tête de la Commission européenne tels Walter Hallstein (ancien juriste nazi) ou Halmar Schacht (Ministre de l'économie du IIIème reich)(1) instigateur avec l'appui des anglo-saxons de la BRI ( Banque des règlements internationaux ) à Bâle. Ou bien encore, le soutien à Mussolini lors de la 1ère Guerre Mondiale par les services secrets anglais du MI-5 pour soutenir le combat italien contre les féroces allemands ! Au contraire des écofascistes qui exigent une dépopulation malthusienne dont les régimes politiques (oligarchie,synarchie) ou financiers (néo-libéralisme) se sont toujours accommodés, Rudolf Steiner et son mouvement n'ont ni de près ni de loin, émis la moindre volonté qui irait dans ce sens absolument anti-chrétien.

(1) http://www.solidariteetprogres.org/bri-banque-des-reglements-internationaux.html
http://www.lemonde.fr/europe/article/2009/10/14/une-nouvelle-competence-sur-le-cv-de-benito-mussolini-agent-du-mi5_1253682_3214.html
https://www.theguardian.com/world/2009/oct/13/benito-mussolini-recruited-mi5-italy

Les travaux des universitaires Annie Lacroiz-Riz en France,ainsi que ceux d'Anthony Sutton aux USA sur la condescendance des industriels et financiers internationaux mais aussi la Curie romaine avec les régimes totalitaires devraient inciter les auteurs à  défricher de nouvelles pistes délaissées par les livres scolaires et les médias dominants... Assurément qu'en 2018, Steiner passerait selon les critères communément admis pour un réactionnaire,opportuniste, complotiste, racialiste, sectaire, ce dont le rapport parlementaire contre les sectes en 1995 n'avait pas manqué de stipuler avant d'être rectifié, estimant que les critères coercitifs requis n'étaient pas rassemblés pour une telle qualification.
http://www.assemblee-nationale.fr/rap-enq/r2468.asp

Le constat majeur que dressent au final,les auteurs , est donc qu'il y a eu  perméabilité entre les idées populistes de la fin du XIXème siècle dernier en Allemagne, avec des sociétés secrètes (dont la société théosophique fût très tôt déviée par le jésuitisme et l'impérialisme anglo-saxon selon Steiner), mêlant suprémacisme racialiste, pangermanisme mythifié par une vision Fichtéenne et Nietzschéenne et l'héritage romain décadent; le tout aboutissant à des systèmes autoritaires et liberticides d'organisation de la société.

https://www.cairn.info/revue-d-histoire-moderne-et-contemporaine-2008-3-page-11.htm 

Des collusions entre anthroposophes et nationaux-socialistes donnent à penser que des passerelles idéologiques communes trouveraient leurs fondements en partie dans les déclarations de Steiner lui-même. Dénonçant l'influence du jésuitisme, de la finance internationale rapace, de loges occultes dans la sphère politique,enfin, du Bolchévisme et le danger spirituel réel qu'il représentait. Je renvoie au lien vers l'ouvrage complet en anglais de Peter Staudenmaier pour se forger une opinion à la fin de la réponse de Staudenmaier à P.N Waage. Par expérience et une étude approfondie de l'anthroposophie depuis plus de 20 ans, ce qui met à mal la conclusion logique de ce qu'il veulent caractériser chez Steiner, ressort du fait que toute l'oeuvre anthroposophique a comme point central une christologie qui touche l'âme et le coeur comme aucune autre connaissance ésotérique chrétienne n'a pu le faire jusqu'à présent. Que des anthroposophes aient collaboré pour des raisons opportunistes ou par conviction ne doit pas illusionner le commun des mortels sur l'incompatibilité totale entre les régimes fascistes et nazis d'avec la christologie ésotérique anthroposophique-rosicrucienne que Steiner nous a légué à la postérité et notamment l'immense Mystère du Golgotha. C'est bien avant tout sur la divergence sur ce point essentiel, que Steiner se désolidarisera de la société théosophique présidée par Annie Besant à tout jamais, et je me répète d'une impossibilité idéologique totale avec le néo-paganisme des ariosophes allemands et celui d'un Julius Evola italien, faut-il le préciser !
nota bene : En France, l'amalgame étant de mise, on crût très vite déceler chez Pierre Rabhi et son mouvement Colibri , l'archétype de l'écofasciste. Je laisse aux gens de raison le soin d'examiner les ouvrages de ce courageux  éveilleur de conscience pour s'apercevoir que de la critique à la calomnie il n'y a qu'un pas que des gens stupides et d'une ignorance crasse franchissent allègrement.                                                                                                      
https://www.colibris-lemouvement.org/mouvement/pierre-rabhi/biographie 
                                                                                                                                Claude Philalethes.  

  

 Peter Staudenmaier, coécrit avec Peter Zegers-Le 9 janvier 2009 

(traduction par Jean-François Theys; sous-titres modifiés par mes soins et qui s'approchent au plus près m'apparait-il de la pensée de Steiner )

Réponse à Peter Normann Waage « Humanisme et populisme polémique »

Notre article intitulé “Anthroposophie et Ecofascisme” a suscité un débat au sein des cercles humanistes scandinaves. Des auteurs comme Peter Normann Waage sont montés au créneau pour défendre l’Anthroposophie, la présentant comme une variante inoffensive de l’Humanisme. Bien que nous soyons stimulés par ce débat, nous sommes également atterrés par le niveau de naïveté historique qu’il a mis en évidence. Car le point de vue de Waage semble révéler une façon de voir les choses qui est assez répandue parmi les gens instruits et bien intentionnés. Nous espérons que nous pourrons contribuer à donner une vision plus précise des implications politiques de l’Anthroposophie en corrigeant plusieurs idées fausses, illustrées par la réponse de ce dernier. Bien que Waage n’ait rien à dire sur le sujet principal de l’article, à savoir la collusion systématique entre le mouvement anthroposophique et l’aile “verte” du fascisme allemand, il soulève plusieurs questions qui sont au cœur de cette collusion. En effet, Waage voudrait nous faire croire que Rudolf Steiner était un anti-raciste intransigeant, qu’il était opposé à la propriété privée, qu’il rejetait le militarisme et le nationalisme, et qu’il était un farouche adversaire du nazisme. Non seulement ces affirmations sont fausses, mais elles trahissent un manque étonnant de connaissance élémentaire des œuvres de Steiner, ainsi qu’une profonde méconnaissance de l’histoire politique de l’Anthroposophie.

Germanocentrisme et peuplades européennes
Nous commencerons, tout comme Waage, par la question du nationalisme. À la fin de sa vie, Steiner a fait preuve de franchise en reconnaissant sa participation enthousiaste au mouvement pangermaniste durant sa jeunesse. Dans son Autobiographie, publiée peu de temps avant sa mort, il s’exprime au sujet de ses années viennoises, avant le tournant du siècle :
“J’ai pris alors une part active à la lutte que les Allemands ont exercée par la suite au nom de leur existence nationale. »
L’Autobiographie de Steiner fournit ainsi un exemple significatif de ses convictions nationalistes allemandes. Le paragraphe suivant évoque ses “amis de la lutte nationale”. Deux pages plus loin, il évoque l’impact qu’à eu sur lui le livre infâme de Julius Langbehn, Rembrandt. Steiner mentionne également qu’il a brièvement collaboré, comme rédacteur en chef, au Deutsche Wochenschrift, l’une des principales publications nationalistes allemandes de l’époque.
Mais il n’y a pas que l’Autobiographie de Steiner qui permette de découvrir son engagement pangermanique, car la collection de ses œuvres complètes contient plusieurs dizaines d’articles publiés dans la presse allemande nationaliste entre 1884 et 1890, avec des titres révélateurs comme “Die deutschnationale Sache in Österreich” (La cause pangermanique en Autriche). On peut y découvrir que la ligne nationaliste pure et dure que Steiner adoptait alors dans ses articles était extrémiste, même selon les normes des années 1880. Il reprochait ainsi aux partis nationalistes traditionnels d’être “non-allemands” et rejettait tout compromis avec eux. Même s’il ne s’était agit que d’une simple erreur de jeunesse, Steiner n’a jamais renié ni regretté ces écrits. Au contraire, il a réaffirmé avec force son point de vue pangermanique dans une série d’articles publiés ultérieurement, au tournant du siècle.
Ce qui est frappant dans cet aveu de Steiner concernant son engagement nationaliste, c’est que ce dernier était complètement déconnecté de la réalité. Dans l’Empire des Habsbourg, il n’y avait en effet aucune “lutte réelle pour l’existence nationale” qui aurait concernée les Allemands . Et encore moins à Vienne ! Car sous la monarchie, il n’y avait jamais eu la moindre menace sérieuse dirigée contre la domination allemande. Et certainement pas en ce qui concernait son existence nationale ! Au contraire, les Allemands de souche étaient l’élite administrative, économique et culturelle incontestée d’une grande moitié de ce vaste empire multinational. La participation de Steiner au mouvement pangermaniste reposait donc sur du chauvinisme et des préjugés ethniques.
À la lumière de l’attachement de longue date de Steiner à une forme particulièrement virulente de nationalisme, dont le but était de donner naissance à une grande Allemagne, il est peu surprenant de constater l’attitude nationaliste fanatique et méprisable qu’il adopta lors du déclenchement de la Première Guerre Mondiale. Steiner a en effet donné des dizaines de conférences durant la guerre (rassemblées dans les deux volumes Zeitgeschichtliche BetrachtungenConsidérations sur le temps de guerre, GA 173 à 174), condamnant ce qu’il appellait “l’impérialisme britannique, français, et russe”, mais ne mentionnant à aucun moment l’impérialisme allemand. Ces conférences présentaient l’Allemagne et l’Autriche comme des victimes innocentes de l’Occident et de l’Est, rejetant avec indignation toute critique du nationalisme et du militarisme allemands. Elles recyclaient en outre le vieux mythe de la Mitteleuropa, familier aux étudiants en droit allemand. Steiner a développé ce mythe en détails dans ses écrits d’après-guerre. On peut par exemple se référer au cycle de conférences intitulé “Notwendigkeiten für Gegenwart und Zukunft” (GA 181 non traduit en français, ndt.), où Steiner reprend à son compte la vieille conception nationaliste traditionnelle de « la mission spirituelle du peuple allemand ». Il avertissait que cette essence “allemande” unique était “aliénée” par l’américanisme d’une part et le russianisme d’autre part. Steiner ajoutait que “la crainte de l’existence du spirituel est l’élément caractéristique de l’américanisme”, tout en décrivant la menace de “l’Est” comme étant le “socialisme” et le “bolchevisme”. Fardée de considérations spiritualistes, le propos de Steiner ne faisait ainsi que reprendre les thèses nationalistes réactionnaires allemandes de l’époque et leur peur paranoïaque que l’Allemagne ne se retrouve coincée entre un Occident sans âme et un Orient collectiviste. Cette paranoïa constituait un élément fondamental du fascisme allemand.
Waage fait remarquer que Steiner était un fervent opposant à l’autodétermination wilsonienne. Mais cette position n’indique en aucune façon une hostilité fondamentale au nationalisme. En effet, plusieurs hauts dirigeants du mouvement nationaliste allemand d’extrême droite, comme le Comte Reventlow et Adolf Bartels, partageaient l’avis négatif de Steiner au sujet des propositions de Wilson. Waage ne parvient d’ailleurs pas à comprendre pourquoi Steiner a adopté cette position puisque, selon l’Anthroposophie, la doctrine de l’autodétermination nationale est en effet censée être « opposée au plan divin de l’évolution” (Steiner, From Symptom to Reality in Modern History, London 1976, p. 12 —Steiner, Symptômes dans l’histoire, GA 185). Steiner reprochait pourtant à la doctrine de Wilson d’être corresponsable, avec le triomphe de “l’impérialisme britannique, français et russe” lors de la Première Guerre mondiale, du démantèlement de l’Empire des Habsbourg, lequel représentait manifestement pour lui une grande perte pour la civilisation européenne. Steiner faisait valoir que, contrairement à d’autres caractères nationaux, coincés dans leurs particularismes, le caractère national allemand tendait vers l’universalisme. A ses yeux, cela légitimait la prétention allemande à dominer l’Europe centrale. Pour lui, le degré d’avancement spirituel de l’Allemagne était l’excuse parfaite pour justifier l’expansion impérialiste :
“Si une civilisation nationale se répand plus facilement et a une plus grande fécondité spirituelle qu’une autre, alors il est tout à fait juste qu’elle se répande”. 

Judéocriticisme et assimilationnisme
Waage rappelle aux lecteurs du journal l’Humaniste que Steiner “a participé à l’Association contre l’antisémitisme à la fin du siècle”. En effet, Steiner était un ami de Ludwig Jacobowski, un employé de la “Verein zur Abwehr des Antisemitismus” (Société pour la protection contre l’antisémitisme). Toutefois, sa relation personnelle avec Jacobowski ne change rien à ce que fût son attitude ambiguë envers l’antisémitisme. En réalité, on s’aperçoit en lisant les écrits de Jacobowski concernant la question juive que sa position etait celle d’un appel classique au nationalisme allemand. Et c’est précisément ce qui avait séduit Steiner. Jacobowski préconisait “l’assimilation totale” des Juifs dans ce qu’il appelait “l’esprit allemand”. Son œuvre la plus connue, Werther der Jude, peut être qualifiée comme “un texte antisémite”. (Ritchie Robertson, The Jewish Question in German Literature 1749-1939, Oxford 1999, p. 279). Dans un pamphlet très controversé, attaquant un agitateur antisémite connu, Hermann Ahlwardt, Jacobowski accusait en effet ce dernier d’être « anti-allemand” (et aussi d’être un social démocrate). Le même pamphlet parlait d’un “antisémitisme honorable”, en opposition à celui d’Ahlwardt. Dans un style assimilationniste-patriotique, il déclarait :
“Une jeune génération juive se prépare. Elle est allemande et se sent allemande.” (Toutes les citations sont issue du livre de Sanford Ragins, Jewish Responses to Anti-Semitism in Germany, 1870-1914, Cincinnati 1980, pp. 43-44)
Jacobowski reprends également à son compte certains arguments antisémites, considérés par les antisémites pangermanistes comme « importants et corrects » (Jacobowski cité dans Fred Stern, Ludwig Jacobowski, Darmstadt 1966, p. 159). Un des plus grands spécialistes du sujet, Ismar Schorsch, décrit la position de Jacobowski ainsi :
“L’antisémitisme est en effet basé sur des faits et ne peut être surmonté que par une reforme éthique drastique de l’ensemble de la communauté juive.”
Commentaire de Schorsch : “La réponse à l’antisémitisme de ce Juif aliéné [Jacobowski] se caractérise par une extrême hésitation entre la critique de ses coreligionnaires et une réaffirmation provocante du judaïsme.” (Schorsch, Jewish Reactions to German Anti-Semitism, 1870-1914, New York 1972, pp. 47 et 95).
Steiner lui-même a souligné l’engagement exclusif de Jacobowski envers la culture allemande et le fait qu’il pensait que son ami avait dépassé depuis longtemps sa propre judéité. Cela ne témoigne guère en faveur de sympathies pro-juives qu’aurait eu Steiner.
Waage ne mentionne pas non plus que, tout au long de sa vie, Steiner a fréquenté des antisémites notoires et endurcis, ni qu’il entretenait, de son propre aveu, des liens amicaux avec eux. Les passages de Mein Lebensgang (Autobiographie, GA 28) évoquant sa relation avec Heinrich von Treitschke, par exemple, sont sans conteste admiratifs de cette figure de proue de la droite allemande, qui était avant tout l’allié intellectuel de l’antisémitisme militant. (Treitschke a inventé le slogan nazi : “Les Juifs sont notre malheur”). Steiner ne condamne d’ailleurs pas les positions infâmes de Treitsschke sur la question juive. Il en va de même des appréciations de Steiner concernant d’autres personages controversés, comme Haeckel et Karl Lueger. Il ressort clairement des écrits de Steiner que ce dernier adhérait à une conception extrêmement primaire de l’antisémitisme et qu’il a été lui-même responsable de la diffusion parmi ses disciples d’une grande variété de stéréotypes antisémites. À plus d’une occasion, il a exprimé le souhait “que les Juifs en tant que peuple devrait simplement cesser d’exister” (Steiner, Geschichte der Menschheit, Dornach 1968, p. 189 et ailleurs — Steiner, Histoire de l’Humanité, GA 353). Ce souhait coïncidait avec son refus catégorique du droit à l’existence du peuple juif :
“La communauté juive en tant que telle a depuis longtemps dépassé son temps. Elle n’a plus aucune justification dans la vie moderne des peuples. Le fait qu’elle continue d’exister est une erreur de l’histoire mondiale, dont les conséquences sont inévitables. Nous ne parlons pas seulement des formes de la religion juive, mais avant tout de l’esprit de la communauté juive, de la manière juive de penser.» (Gesammelte Aufsätze zur Literatur, GA 32, p. 152, Recueil de textes sur la littérature, 1884-1902, non traduit).
Il semble donc que Waage dresse le portrait d’un Steiner adversaire du nationalisme et de l’antisémitisme qui est en contradiction avec les faits.

Conceptions des races-racines et ethnicisme
Waage croit que Steiner « ne peut pas être désigné comme raciste » et que la doctrine de l’anthroposophie concernant les races-racines constitue “une saine conception antiraciste.” Pour appuyer ses dires, Waage indique que “déjà en 1909” Steiner avait “cessé d’utiliser” les termes de “race-racine” et d’“aryen”. La chronologie de Waage est complètement erronée : 1909 est l’année où Steiner a publié le recueil Aus der Akasha-Chronik (Chronique de l’Akasha, GA 11), où l’on trouve sa présentation la plus complète de la doctrine des races-racines, avec tous ses détails fantastiques. Cet ouvrage, publié en anglais sous le titre Cosmic Memory (Mémoire cosmique), reste aujourd’hui encore la principale référence de la conception du monde selon l’anthroposophie, sans que ne soit intervenue la moindre distanciation envers ses contenus racistes. La préface de l’édition actuelle du livre, publiée à Dornach, n’évoque pas davantage le contenu raciste du livre, et tente encore moins de l’expliquer, ni de le contextualiser ou de le minimiser. La Société Anthroposophique Universelle continue de considérer officiellement ce livre comme l’un des “textes anthroposophiques fondamentaux”. Steiner lui-même n’y a jamais renoncé. Au contraire, en 1925, il qualifia Aus der Akasha-Cronik de “base de la cosmologie anthroposophique” (Autobiographie). Aujourd’hui, le livre est encore officiellement recommandé par les enseignants Waldorf.
En 1910 – c’est-à-dire, après la date à laquelle Waage prétend que Steiner aurait “cessé d’utiliser” la terminologie des races-racines et des Aryens — Steiner a donné à Oslo des conférences qui ont se constituent une introduction à l’anthroposophie et à l’écofascisme. En effet, le cycle de conférences donné en Norvège sur les “Âmes des Peuples” a été revu et édité par Steiner en 1918 sous forme de livre. Le terme race-racine est utilisé tout du long de l’ouvrage en question. Le cinquième chapitre, c’est-a-dire la conférence donnée par Steiner à Oslo le 12 juin 1910, s’intitule “Les cinq races racines de l’humanité” et fait référence à la supériorité raciale des “Aryens”. (Steiner, The Mission of the Individual Folk Souls in Relation to Teutonic Mythology, London 1970, p. 106 — Steiner, la mission des âmes de quelques peuples en rapport avec la mythologie germano-nordique, GA 121).
Mais Waage se plaindrait sans doute que nous ayons sortis les propos de Steiner de leur contexte. Pourtant, le livre contient des phrases très explicites :
“Etant donné que tous les hommes dans leurs différentes incarnations passent au travers des différentes races, l’affirmation que la race européenne est supérieure aux races noire et jaune n’a aucune valeur réelle. Dans de tels cas, la vérité est parfois voilée, mais vous voyez qu’avec l’aide de la science spirituelle nous pouvons faire toute la lumière sur des vérités remarquables.” (ibid. p. 76).
Même en laissant de côté tout ce que la référence inquiétante à une “vérité voilée” est censée signifier – jaune et noir de peau voileraient une vérité intérieure ? – ce passage ne peut-être interprété comme antiraciste que si l’on accepte la conception anthroposophique de la réincarnation. En outre, l’interprétation antiraciste de ce passage est immédiatement contredite par le contexte. En effet, sur la page qui précède immédiatement la citation, Steiner a dessiné un schéma montrant l’Afrique en bas, l’Asie au centre, et l’Europe au dessus, expliquant que la “race nègre” serait liée à l’enfance de l’humanité. Steiner, insiste ensuite sur le fait que cette hiérarchie des races “est simplement une loi universelle” et serait en réalité le résultat d’un destin inéluctable :
“Les forces qui déterminent le caractère racial de l’homme obéissent à ce modèle cosmique. Les Amérindiens s’éteignirent, non pas à cause des persécutions européennes, mais parce qu’ils étaient destinés à succomber à ces forces qui hâtaient leur extinction.” – ( ibid. p.76 — la même page que celle de la citation qui pour Waage représente “une vue anti-raciste saine”)
Même en passant outre la méconnaissance par Waage de ce texte précis, c’est dans son ensemble qu’il semble avoir mal compris la doctrine raciale de Steiner. Pour des raisons qu’il n’explique jamais, Waage est d’avis que dans la doctrine de la réincarnation de Steiner les races joueraient un rôle secondaire. C’est tout à fait faux. En réalité, Steiner a enseigné que chaque âme individuelle doit, au cours de son évolution spirituelle, gravir l’échelle des races, allant des “races inférieures” aux “races supérieures”. Cette conception raciste est déjà en soi assez malsaine, pourtant Steiner l’a encore accentué en soulignant très explicitement quels groupes feraient partie des “formes raciales inférieures” et des “races restées en arrière” (les Juifs, les Chinois et les Noirs, par exemple), et à quels groupes appartiendraient les “formes raciales supérieures” et “en avance” (au-dessus de tous, les Allemands, puis les peuples nordiques et “la grande race-racine aryenne”. Steiner répète ces notions répugnantes tout au long de son œuvre.
Selon l’Anthroposophie, une âme qui a le malheur de s’incarner dans une race retardataire ne doit s’en prendre qu’à elle-même. Il est facile de trouver des dizaines de passages semblables dans ses écrits.
Waage a donc tort d’affirmer que Steiner avait définitivement rejeté l’idéologie des races-racines et de la suprématie de la race aryenne. Ses propos occasionnels minimisant l’importance spirituelle des races sont soit naïfs, soit hypocrites.
Mais les disciples ont-ils réussi à se libérer des préjugés xénophobes de leur maître ? Notre précèdent article a déjà offert de nombreux exemples de persistance de la pensée raciste au sein de l’anthroposophie contemporaine. Examinons un cas supplémentaire, qui démontre definitivement le caractere indéfendable des positions de Waage. Ernst Uehli fut l’un des premiers et des plus fervents disciples de Steiner. Il fut professeur dans la première école Waldorf et l’un des dirigeants de la Société Anthroposophique Universelle. Dans les milieux anthroposophiques, Uehli est considéré comme un antifasciste éminent. Uwe Werner le désigne tout spécialement comme ayant été “extrêmement critique” vis-à-vis du national-socialisme. En réalité, Uehli a développé une version anthroposophique du racisme, de la suprématie aryenne et de l’antisémitisme, en la teintant d’une idéologie du sol et du sang. En 1926, il a publié un livre sur la “mythologie germano-scandinave”, dédié à Steiner récemment décédé, qu’il cite et auquel il se réferre tout au long de son ouvrage. Uehli y utilise les termes de “races-racines” et de “race aryenne” à plusieurs reprises. Pourquoi un proche disciple de Steiner aurait-il continué à promouvoir les idées auxquels le maître aurait soi-disant renoncé ? Mais Uehli ne se contente pas de répéter l’orthodoxie anthroposophique concernant les races-racines et la supériorité aryenne. Il construit également un grand récit historique de l’évolution des races au sein duquel se confrontent deux forces rivales, séparées au cours des millénaires par leurs constitutions raciales fondamentalement différentes, à savoir “les Sémites et les Aryens”. Selon lui “les premiers Allemands étaient un peuple de la nature”, donc pur et fort, tandis que “les Juifs succombèrent à Ahriman” (“Ahriman” désigne pour les anthroposophes les forces démoniaques qui favorisent le matérialisme). Parallèlement à la lutte historique entre les Aryens, amoureux de la nature, et les Juifs, matérialistes et diaboliques, Uehli mentionne qu’il existe encore quelques “peuples primitifs qui sont en voie de disparition” en raison de la nécessité cosmique, puisqu’ils ne sont rien d’autre que les vestiges “décadents” d’une race-racine antérieure (ibid. 135).
On pourrait croire que les anthroposophes des temps modernes seraient assez avisés pour ignorer de telles absurdités racistes répugnantes. Mais, en l’an 2000, les œuvres de Uehli faisaient toujours partie du programme d’études officiellement recommandé aux enseignants Waldorf en Allemagne et aux Etats-Unis. Au printemps 2000, un scandale a d’ailleurs éclaté quand on s’est aperçu qu’un livre de Uehli sur l’Atlantide, plus virulent encore que celui que nous avons mentionné, figurait parmi ces recommandations. Le Ministère allemand de la Jeunesse a réagit en ajoutant ce livre dans sa liste d’ouvrages de littérature raciste interdits. Si les bureaucrates du gouvernement allemand eux-mêmes n’ont eu aucune difficulté à reconnaître le contenu raciste de l’anthroposophie, pourquoi Waage le nie-t-il obstinément ?
L’héritage raciste de l’Anthroposophie a conduit à des enquêtes publiques, aussi bien aux Pays-Bas qu’en Suisse, en France et en Belgique. Compte tenu du cadre limité de cet article, nous ne pouvons pas développer cet aspect crucial. Mais les lecteurs intéressés peuvent se renseigner sur le cas allemand en consultant l’ouvrage de Pieter Bierl intitulé Wurzelrassen, Erzengel und Volksgeister, Die Anthroposophie Rudolf Steiners und die Waldorfpädagogik (Konkret Literatur Verlag, Hamburg 1999 ; 2nd ed. 2005). Lire aussi l'article de W.H tiré de son blog en appendice(*)

Capital et propriété privée au sein de la Tripartition sociale
L’aspect le plus déroutant de la réponse de Waage est sa thèse selon laquelle Steiner “était un adversaire du droit à la propriété privée”. Waage est en effet catégorique sur ce point, critiquant les passages de notre article à propos des conceptions pro-capitalistes de Steiner en les qualifiant de “au mieux bâclés, au pire mensongers”.
Curieusement, Waage ne propose aucune citation de Steiner appuyant ses dires, ni ne cite aucun autre extrait de la littérature anthroposohique pour appuyer son interprétation. De plus, certaines de ses exégèses des écrits de Steiner contredisent sa propre interprétation.
Les volumineux ouvrages de Steiner sur les questions économiques sont souvent vagues et obscurs. En outre, sa position varie plus d’une fois. Ici comme ailleurs, les contradictions forment le seul élément consistant. Il est néanmoins possible de rendre compte de son positionnement concernant la propriété privée. Ce à quoi Steiner était opposé, c’était l’utilisation abusive de la propriété privée, non l’institution de la propriété privée elle-même. Il prônait un mélange particulier de propriété privée et de conscience sociale, permettant aux capitalistes, en tant qu’individu, et à de petits groupes de dirigeants dotés de talents particuliers, de générer des capitaux privés, comme une sorte de trust oeuvrant soit-disant pour le bien de l’ensemble de la communauté. Les lecteurs familiers avec les thèses économiques décousues du fascisme traditionnel remarqueront le parallèle avec l’idéologie de la Volksgemeinschaft, ou communauté du peuple. Steiner a insisté sur le fait qu’abolir le capitalisme était tout simplement impossible et signifierait l’abolition de la vie sociale elle-même, “le capitalisme étant une composante essentielle de la vie moderne ». L’anthroposophe Walter Kugler, qui travaille pour la Nachlaßverwaltung Rudolf Steiner, à Dornach, (les administrateurs des œuvres complètes de Steiner), décrit la position de Steiner ainsi :
“Chaque entrepreneur, c’est-a-dire tout individu qui veut faire usage de ses talents pour satisfaire le besoin des autres, obtiendra un capital dans la mesure où il est capable d’employer productivement ses talents.” (Kugler, Rudolf Steiner und die Anthroposophie, Cologne 1978, p. 165).
Steiner lui-même écrit :
“La propriété entière du capital doit être disposée de sorte qu’un individu ayant un talent particulier, ou un groupe d’individus particulièrement aptes, puissent posséder le capital d’une manière qui dépendra uniquement de leur propre initiative personnelle.” (ibid.).
Un principe central de la doctrine de la Dreigliederung, ou “triarticulation sociale”, sur lequel Steiner n’a cessé d’insister, consiste dans le fait que la sphère économique ne devrait jamais être organisée ou gérée démocratiquement. Conformément à cela, Steiner critiquait le Socialisme (et pas uniquement ses variantes marxistes) et a rejeté categoriquement la socialisation des biens (pas seulement leur nationalisation). De même, il considérait les syndicats comme inutiles. Selon “la triple organisation du corps social”, l’une des trois parties autonomes de la société, la sphère économique, devait être aux mains d’une méritocratie spirituelle dans laquelle on donnerait aux individus les plus capables un contrôle effectif sur les ressources économiques. Il a rejeté avec véhémence l’idée de tempérer cette disposition par le biais d’une quelconque supervision communautaire. Il a tourné en dérision l’idée de “transfert des moyens de production de la propriété privée vers une propriété commune”. De même, concernant la socialisation de “la gestion concentrée des flux du capital”, il a insisté sur le fait que “la gestion des moyens de production doit être laissée aux mains de l’individu » (Steiner in ibid. 199, 200). Steiner a particulièrement insisté sur ce point :
« Nul ne peut être autorisé à revenir à des formes économiques dans lequel l’individu serait lié ou limité par la communauté. Nous devons bien plutôt nous efforcer à faire tout le contraire.”(ibid. p. 201)
Dans un ouvrage de 1919, Kernpunkte der sozialen Frage, il a expressément rejeté l’idée de propriété commune et de propriétés mises en commun.
L’intérêt de Steiner concernant les questions économiques est issue d’une réaction à la vague de révoltes ouvrières qui ont balayé l’Europe au lendemain de la Première Guerre Mondiale. Au cours de cette période, dans de nombreuses villes, les masses poulaires exigeaient en effet la socialisation des usines. Steiner se moquait ouvertement de ces revendications :
“Comme si l’on pouvait vraiment socialiser les usines !”. (ibid. p. 209)
Ses propositions visaient précisément à contrecarrer cette démocratisation économique venant du bas. L’utopie steinerienne pense que l’économie ne devrait pas être aux mains des “travailleurs manuels”, mais plutôt dans celles des “travailleurs spirituels qui dirigent la production” (Kernpunkte der sozialen Frage — Fondements de l’organisme social, GA 23 ). Et comment au juste ces travailleurs spirituels privilégiés devaient-ils être choisis ? Réponse de Steiner : l’organisation spirituelle de la société reposera sur une base saine d’initiative individuelle, s’exerçant par une libre concurrence des individus adaptés au travail spirituel (ibid. p. 158). Dans ce cadre, “la vie spirituelle doit être rendue libre, en lui donnant un contrôle de l’emploi du capital” — en fait, “une utilisation absolument libre des capitaux” (ibid. pp. 117, 126). Pour Steiner, “la propriété privée est le résultat de la créativité sociale liée aux aptitudes humaines individuelles” (ibid. p. 126). La propriété partagée, en revanche, est un obstacle à ce déploiement créatif des talents individuels :
“L’individu ne peut pas mettre efficacement ses capacités en œuvre dans les affaires, s’il est enchaîné dans son travail et dans ses décisions à la volonté d’une communauté.” (Rudolf Steiner : Essential Readings, ed. Richard Seddon, Wellingborough 1988, p. 106)
Compte tenu de ces présupposés foncièrement capitalistes, la conclusion de Steiner n’est pas surprenante :
“En conséquence, une pensée pratique véritable ne cherchera pas à trouver le remède aux maladies sociales dans une refonte de la vie économique qui pourrait substituer le communautarisme à la gestion privée des moyens de production. L’effort devrait plutôt consister à prévenir les maux qui pourraient advenir par le fait que le capital sera géré par des initiatives individuelles et par la valeur personnelle des individus, sans porter atteinte à cette gestion elle-même.”(ibid.)
Quand les idées économiques de Steiner ont été mises en pratique dans les années 1920, à trois reprises dans le sud-ouest de l’Allemagne, par l’Association pour la Triarticulation de l’Organisme Social (Bund für Dreigliederung des Sozialen Organismus), il fut très clair que Steiner était opposé à une organisation démocratique des usines affiliées — la manufacture de tabac de Waldorf étant la plus connue. L’anthroposophe Hans Kühn a écrit :
“La démocratisation des usines était une chose à laquelle [Steiner] était opposé par principe. Le gestionnaire devait être en mesure de prendre ses propres initiatives sans interférence.” (Hans Kühn, Dreigliederungszeit. Rudolf Steiners Kampf für die Gesellschaftsordnung der Zukunft, Dornach, 1978 p. 52).
Puisque des anthroposophes de premier plan n’ont aucune difficulté à admettre ce point, il est difficile de comprendre comment Waage peut se tromper au point de voir en Steiner un adversaire de la propriété privée et du capitalisme. Le système de Steiner n’était qu’une version “éclairée” de la propriété privée sous le contrôle bienveillant d’une aristocratie spirituelle. Comme telle, elle constitue la contrepartie économique parfaite de sa philosophie, qui est un mélange d’individualisme radical et d’élitisme. Il serait difficile d’expliquer l’attrait des aristocrates et des industriels pour la doctrine économique de Steiner — ce sont ceux qui ont répondu le plus favorablement à ses propositions — si cette doctrine avait contenu quelque chose de menaçant envers les bénéfices des puissants.

Les sympathisants théosophes et ariosophes au sein du NSDAP
Waage semble avoir compris, à tort, Anthroposophie et écofascisme comme une tentative consistant à désigner des coupables par association avec d’autres : si certains anthroposophes ont été des nazis et si certains nazis ont été anthroposophes, alors les deux groupes doivent être identiques. C’est à ce raisonnement simpliste que Waage tente de réduire notre propos. Il était pourtant évident que l’article traitait d’une frange spécifique du mouvement nazi, à savoir la tendance écofasciste, un groupe qui ne faisait pas l’unanimité au sein du Parti National-Socialiste. La fait que Waage n’ait pas été capable de comprendre cette distinction cruciale détermine le début de sa réponse, où il invente une “citation” qui n’a jamais existé dans l’article. Nulle part dans l’article, il n’a en effet été dit que “Steiner était un nazi”, et encore moins que “l’anthroposophie est une forme de nazisme”, comme il le prétend.
Ensuite, Waage fait plusieurs déclarations intenables au sujet de la relation entre l’Anthroposophie et le National-Socialisme, affirmant qu’il n’y aurait aucun parallèle idéologique important entre ces deux visions du monde, que les Nazis auraient tenté d’assassiner Steiner en 1922 parce qu’il aurait été opposé par principe à leurs projets politiques, et que les collaborateurs anthroposophes du Troisième Reich ont été désavoués par le Mouvement Anthroposophique après la Seconde Guerre Mondiale.
Examinons l’une après l’autre ces affirmations :

1. Idéologies parallèles.
Remarquons tout d’abord les similitudes entre les diatribes anti-françaises de Steiner et celles qu’on peut trouver dans Mein Kampf. Nous encourageons les lecteurs qui partagent le scepticisme de Waage sur ce point à lire les passages de Hitler sur la France en tant qu’ennemie mortelle de l’Allemagne, puis de les comparer avec les passages de Steiner sur ce même thème.
Waage ajoute que notre description des similitudes entre l’Anthroposophie et les mythologies raciales nazies est “manifestement déraisonnable”. Ce point de vue n’est pas partagé par les spécialistes du sujet. Le chercheur antifasciste Volkmar Wölk écrit a ce sujet :
“Le fossé conceptuel est mince entre cette position [la théorie des races-racines de Steiner] et la doctrine raciale des nazis”
Si Waage trouve une telle appréciation trop critique, il peut consulter également le travail de l’historien Nicholas Goodrick-Clarke, qui a pourtant écrit une préface entièrement favorable à Rudolf Steiner, et peut donc difficilement être soupçonné d’une quelconque hostilité envers Steiner. Cet ouvrage unanimement respecté de Goodrick-Clark “Les racines occultes du nazisme”, est l’un des rares livres d’un universitaire sérieux sur un sujet qui est généralement la cour de récréation des théoriciens du complots et des occultistes amateurs. Ce livre est une analyse approfondie de “l’Ariosophie”, une autre branche de la Théosophie viennoise, qui a poussé plus loin que Steiner le mythe aryen. Or l’Ariosophie a exercé une influence directe sur Hitler. Goodrick-Clarke mentionne qu’à la fin du XIXe siècle, Steiner s’est personnellement impliqué dans les cercles théosophiques de Vienne qui sont à l’origine du “genre particulier de théosophie adopté par les ariosophes pour leur mouvement völkish.” (völkish : mouvement nationaliste allemand raciste ndt) (Racines occultes du nazisme, Wellingborough, 1985, p. 29). Il souligne également que “la structure même de la pensée théosophique se prêtait à l’adoption du völkish” (idem p. 31). En 1908, durant la période où Steiner était à la tête de la Société Théosophique Allemande, un théosophe allemand nommé Harald Grävell a publié un article important dans le principal journal ariosophe de Vienne. Grävell y expose une conception entièrement théosophique de la race ainsi qu’un programme pour restaurer l’autorité aryenne dans le monde. Les sources occultes qu’il mentionne sont des textes d’Annie Besant, qui a succédé à Blavatsky en tant que dirigeante de la Société Théosophique Internationale à Londres, et Rudolf Steiner, le Secrétaire Général de la Section allemande, à Berlin (idem. p. 101). Grävell cite en particulier un texte de Steiner, Blut ist ein ganz besonderer Saft qui démontre « l’intérêt théosophique pour les idées racistes” (ibid. p. 242). Ce texte de Steiner est disponible en français sous le titre “Le sang est un suc tout particulier”. Goodrick-Clarke montre également que les ariosophes ont été influencés par le romantisme du XIXe siècle, Haeckel et le Monisme, exactement comme Steiner l’avait été.
Tout cela prouve-t-il que Rudolf Steiner ait été personnellement responsable d’avoir façonné la vision du monde perverse d’Hitler ? Bien sûr que non, et notre article ne contient aucun propos de ce genre. Ce que les recherches minutieuses de Goodrick-Clarke veulent montrer, c’est que les frontières entre l’Anthroposophie proprement dite et d’autres mysticisme de la race et du nationalisme occulte étaient extrêmement poreuses. Bons nombres des groupes ésotéristes d’extrême-droite de l’entre-deux-guerres, attirés par la doctrine des races-racines et par ce corpus d’idées obscures, dont Steiner fit la promotion, ont eu un impact indéniable sur la pensée nazie. Ce point est corroboré par de nombreux spécialistes. James Webb écrit :
“Il ne fait absolument aucun doute qu’Hitler croyait à une de l’évolution occulte de type théosophique.” (Webb, The Occult Establishment, Chicago, 1976, p. 313).
Webb décrit également plusieurs zones importantes de chevauchement — théorie raciale, Atlantide, Aryens, entre autres — entre l’Anthroposophie et la Théosophie d’une part, et les systèmes de croyance de l’appareil nazi, en particulier d’Hitler, Himmler et Rosenberg, d’autre part.
Et si cette étude était encore trop “partiale” pour Waage, il pourrait consulter les travaux d’Eduard Gugenberger et de Roman Schweidlenka, qui nous apprennent beaucoup de choses concernant Steiner. Ils le présentent comme une exception honorable parmi les penseurs ésotéristes qui se sont lamentablement illustrés en politique (voir Gugenberger & Schweidlenka, Erde Mutter-Magie und Politik, Vienne, 1987, pp. 135-145). Mais même ces commentateurs favorables soulignent que “Steiner a postulé une chaîne évolutive strictement hiérarchique”, basée sur le modèle des races-racines, plaçant les peuples germano-nordiques au niveau supérieur (idem. p.144). Ils remarquent que, dans l’Anthroposophie de Steiner, “sa propre race et sa propre culture apparaissent comme le stade actuellement le plus élevé du développement spirituel de l’humanité” (ibid. p.145). Gugenberger et Schweidlenka eux-mêmes soulignent donc un racisme évident et une justification de l’injustice sociale, que l’Anthroposophie propage sous couvert de révélation spirituelle. Il est donc normal que les néo-nazis contemporains s’inspirent considérablement des enseignements de Steiner.
Ignorant toutes ces preuves, Waage nie catégoriquement les parallèles idéologiques entre l’Anthroposophie et le National-Socialisme, particulièrement ses variantes ésotériques et environnementalistes. Les lecteurs de l’Humaniste qui s’inquiéteraient du fait que nous n’ayons pas cité nos sources historiques sur cette question peuvent vérifier notre interprétation contraire à l’historiographie courante sur la vision nazie du monde et sur ses origines idéologiques. Même les œuvres qui ne mentionnent Steiner et l’Anthroposophie qu’en passant, tout comme les nombreux contributeurs de la démagogie autoritariste de droite, seront utiles pour rectifier l’image d’un Steiner “rationel et humaniste », telle que Waage la décrit.

2. L’incident de 1922.
Waage écrit que “Steiner lui-même a été victime d’une tentative d’assassinat par le mouvement nazi en 1922”. Il entend prouver ainsi que Steiner était totalement opposé au Nazisme. Avant d’examiner cet événement de 1922, il nous faut remarquer la logique particulière invoquée ici. Si Waage pense que l’identité de l’assassin d’un personnage public nous apprend quelque chose sur l’identité de la victime, il devrait aussi en conclure que Trotsky n’était pas bolchevique et que Rabin n’était pas Juif, et que les dirigeants nazis Ernst Röhm et Gregor Strasser etaient des anti-nazis, puisque Hitler les a fait exécuter en 1934.
Mais c’est surtout l’événement lui-même qui est discutable. Pour rapporter cet incident de 1922, Waage évoque en effet des détails erronés. Ce qui s’est réellement passé à Munich en mai 1922, c’est qu’un groupe de voyous d’extrême-droite ont perturbé une conférence grand-public de Steiner et ont semble-t-il essayé de l’agresser physiquement après qu’il eut fini de parler. Mais ils ont été repoussés par les partisans de Steiner. Appeler cette bagarre dans une salle de conférence une “tentative d’assassinat” est une exagération infondée. ll n’existe aucune preuve que les assaillants de Steiner auraient eu l’intention de le tuer. De plus, il n’y avait aucune implication directe du “mouvement nazi” dans cette affaire. Les sources anthroposophiques indiquent même plutôt que les assaillants de Steiner appartenaient à une faction d’extrême-droite rivale. Ces faits sont aisément vérifiables dans les descriptions anthroposophiques de l’incident. L’interprétation exagérée que fait Waage de l’événement est catégoriquement contredite par des témoins oculaires anthroposophes.
Quoique les anthroposophes essaient fréquemment de transformer Steiner en un martyr de l’anti-hitlérisme en soulignant l’incident de 1922, l’analyse de l’événement ne supporte pas cette interprétation. L’affrontement a eu lieu à l’hôtel Vier Jahreszeiten de Munich, où Steiner avait choisi de donner sa conférence . Depuis 1919, cet hôtel était un point de rassemblement notoire de l’extrême droite nationaliste de Munich. Il avait abrité le siège social de la Société de Thulé – l’un des groupes völkisch le plus extrémiste – et était la propriété de membres de cette organisation. Certains anthroposophes affirment même que les agresseurs de Steiner appartenaient à la Société de Thulé. Ce qui importe n’est pas de savoir qui étaient les responsables de cette perturbation de la conférence de Steiner, mais plutôt d’expliquer le choix de ce dernier de venir s’exprimer à cet endroit, si l’on considère Steiner comme un anti-nationaliste qui a abjuré la politique d’extrême-droite. En outre, plusieurs membres éminents de la Société Thulé avaient des liens avec Steiner et l’Anthroposophie, y compris Rudolf Hess, le principal allié de l’Anthroposophie durant le Troisième Reich.
Comment nous faut-il comprendre cette situation alambiquée ? Comme nous l’avons déjà indiqué, dans la période de l’entre-deux-guerres les frontières entre les organisations du spectre occulte nationaliste réactionnaire étaient tout à fait poreuses, avec des groupes concurrents se chevauchant dans leurs compositions et dans leurs idéologies. L’Anthroposophie faisait partie de ce spectre, de même que plusieurs précurseurs directs des nazis. Goodrick-Clarke fournit un exemple édifiant de ce phénomène. En 1923, immédiatement après sa venue en Allemagne, l’occultiste et théoricien russe d’un complot antisémite, Grégor Schwartz-Bostunitsch “est devenu un anthroposophe enthousiaste” (Occult Roots of Nazism, p. 170). À la fin de la décennie, Schwartz-Bostunitsch avait quitté l’Anthroposophie, la considérant finalement comme un rouage supplémentaire de la conspiration occulte internationale. Il devint plus tard un officier de la SS.
De tels exemples sont loin d’être isolés, comme en attestent les écrits concernant les manifestations ésotérico-politiques allemandes. Le brassage constant des groupes de droite et des groupes ésotériques est un thème majeur du livre Occult Establishment de Webb. Il contient un examen approfondi des interpénétrations et des hostilités mutuelles entre Steiner et ses partisans d’une part, et les militants du mouvement völkish de l’autre. Webb en conclut que “Steiner n’était pas vraiment étranger à la pensée völkisch”. Il montre que la “réaction völkisch [à l’encontre de Steiner] trahissait le fait que les deux camps fonctionnaient sur le même niveau. Et une partie de la rage völkisch contre Steiner s’explique par le fait que les partisans de ce mouvement se sont rendu compte qu’il y avait [dans l’Anthroposophie] une autre vision de l’univers qui prétendait également être “spirituelle”(p.290). Le déclenchement des hostilités entres les groupes völkisch et l’Anthroposophie n’était pas dû à des différences fondamentales entre les deux courants, mais au contraire à leur proximité idéologique marquée. En effet, ce sont ces affinités idéologiques fondamentales qui les ont rendu rivaux. Ainsi, les leçons à tirer de l’incident de 1922 se rapprochent de la thèse de l’influence mutuelle entre le Nazisme naissant et les anthroposophes.
En plus de déformer et de mal comprendre l’incident de 1922, Waage donne encore deux arguments concernant Steiner et les Nazis qu’il pense être la preuve de l’anti-nazisme de Steiner :
– la critique par Steiner, en 1920, de l’utilisation abusive de la croix gammée ;
– sa critique de Hitler, en 1921, affirmant que celui-ci serait sous des influences spirituelles nuisibles.
Ces deux arguments reposent sur une incompréhension profonde du contexte historique. Waage se réfère en effet à une brève remarque, faite en 1920, au sujet de la “bestialité qui s’exerce en Allemagne sous la bannière de la croix gammée.” Waage donne tout d’abord une date erronée : Steiner a prononcé ces paroles le 10 septembre 1923 (voir Rhythmen im Kosmos und in Menschenwesen. Wie kommt man zum Schauen der geistigen Welt ? GA 350, p. 276 — Rythmes dans le cosmos et dans l’être humain. EAR) (même s’il a fait une autre remarque révélatrice à propos de la croix gammée en 1920). Mais même sans mélanger les deux remarques, il est peu probable qu’un quelconque commentaire sur l’utilisation de la croix gammée, en 1920, ait été dirigé contre le Parti Nazi en tant que tel. En effet, ce parti n’a pas été officiellement constitué avant avril 1920, puis est resté minuscule et très peu connu durant un certain temps. En outre, les Nazis n’ont pas adopté l’emblème de la croix gammée avant l’été 1920, et les bannières caractéristiques à croix gammée n’ont été conçues que deux ans plus tard (William Shirer, The Rise and Fall of the Third Reich, New York 1960, 43-44). En fait, après vérification de la citation donnée par Waage, nous avons trouvé ceci : Ce symbole [la svastika] que l’Indien ou l’ancien Égyptien regardaient au moment où il parlait de son Brahman sacré, on le trouve aujourd’hui sur le billet russe de mille roubles ! Ceux qui font de la haute politique là-bas savent comment influencer l’âme humaine. Ils savent que ce que la marche victorieuse de la svastika signifie — cette svastika qu’un grand nombre de personnes portent déjà en Europe. Mais ils ne veulent pas écouter ce qu’il y a à comprendre concernant les symptômes les plus importants, c’est-a-dire les secrets de l’évolution historique actuelle”. (Steiner, Geisteswissenschaft als Erkenntnis der Grundimpulse sozialer Gestaltung, GA 199, p. 161, speech 27.08.1920).
Sur la base de la propre citation de Waage, Steiner s’opposait à l’emploi ostensible de la Svastika par les Bolcheviques : il n’a fait absolument aucune mention des Nazis. Pourtant, ne serait-il pas possible que Steiner ait exprimé une hostilité générale envers la pensée raciste, associée alors à la svastika ? C’est très peu probable. Considérons un autre commentaire de Steiner, tiré d’une conférence faite à Dornach en 1921, critiquant l’utilisation de la croix gammée comme symbole politique :
“L’Asie ne peut pas comprendre des concepts comme ceux que possède l’Europe. Les Asiatiques veulent des images. Ces abstractions, ces concepts que l’Européen possède, l’Asiatique n’en veut pas, ils blessent son cerveau. Un symbole comme la svastika — il s’agit d’un ancien symbole solaire — était présent autrefois dans toute l’Asie. Les vieux Asiatiques s’en souviennent encore. Certains politiciens bolcheviques ont été suffisamment avisés, tout comme les Völkischen allemands, pour utiliser cette ancienne croix gammée comme symbole. Celle-ci produit une beaucoup plus grande impression sur les Asiatiques que ne le ferait n’importe quel concept marxiste. Le marxisme se compose de concepts : cela ne les impressionne guère. Mais un tel symbole, cela fait impression sur ces populations asiatiques.” (Steiner, Geschichte der Menschheit, p. 261)
Il faudrait être bien borné pour interpréter un tel passage comme un avertissement contre les politiques racistes.
Qu’en est-il de la critique initiale qu’a fait Hitler de Steiner ? Waage cite un article de 1921 de Hitler, qui accuse Steiner de “gâter la base spirituelle du peuple”. Tirer profit de cette brève remarque comme étant un rejet de la philosophie de Steiner, c’est bien mal comprendre à la fois la citation et son contexte plus général. La citation tronquée de Waage donne en effet l’impression que le passage serait une dénonciation générale des effets délétères de la doctrine spirituelle de Steiner. En fait, l’article de Hitler du 15 mars 1921 — la seule référence mentionnant Steiner dans les écrits de Hitler durant la vie de Steiner — est dirigée non pas contre Steiner, mais contre le ministre allemand des Affaires étrangères, Walter Simons. (Voir Adolf Hitler, Sämtliche Aufzeichnungen 1905-1924, Stuttgart 1980, 348-353). Hitler mentionne simplement Steiner en tant qu’“ami” de Simons, convaincu que ce dernier a été influencé par Steiner. Comme on peut s’y attendre de la part d’un démagogue chevronné, la critique de Hitler à propos du Ministre des Affaires étrangères – et par extension de Steiner – n’a que peu de rapport avec la politique réelle de l’un ou l’autre. En effet, à ce moment là, les anthroposophes portaient les mêmes accusations qu’Hitler sur Simons. Steiner lui-même avait d’ailleurs condamné sans équivoque Simons en des termes extrêmement forts, tout comme Hitler, pour les mêmes raisons. Si la formule employée par Hitler montre du mépris envers Steiner, elle ne nous dit en revanche rien au sujet des concordances et des discordances de leurs systèmes de croyances respectifs.
Hitler était bien souvent agacé par les prétendus réformateurs spirituels comme Steiner, car il pensait que ceux- détournaient l’attention de la véritable lutte, laquelle se jouait dans le domaine politique et non spirituel. Ceci ne signifiait pas à proprement parler une hostilité philosophique fondamentale envers les enseignements de Steiner. En effet, Hitler faisait souvent des critiques similaires envers certains membres dévoués du Parti Nazi. Si l’on examine un cas analogue, celui d’Artur Dinter, un spiritualiste cosmique comme Steiner, analysé par l’historien George Mosse, on peut lire les conclusions suivantes :
“Déjà dans Mein Kampf, Hitler critiquait sévèrement les “réformateurs religieux” völkisch. Considérant les vues de Hitler sur la nature du mysticisme et de la “science secrète”, cette critique pourrait sembler contradictoire. Cependant, elle se comprends très bien quand on en considère les raisons profondes. En effet, les dirigeants völkisch étaient aux yeux d’Hitler des “membres de sectes”, qui devaient être broyées par le vrai “mouvement”, car ces réformateurs affaiblissaient selon lui la vraie lutte contre l’ennemi commun : la communauté juive. Ils dispersaient les forces nécessaires pour mener ce combat. Fondamentalement, la critique d’Hitler à l’encontre d’hommes comme Dinter consistait à dire qu’ils ne concentraient pas complètement leur critique idéologique sur les Juifs. Cela confirme à nouveau notre thèse selon laquelle Hitler aurait transformé la révolution allemande, dont de nombreux adeptes völkisch rêvaient, en une révolution anti-juive, ayant ainsi concrétisé et objectivé une idéologie qui sinon serait restée trop floue pour devenir un mouvement populaire. Les idées spiritualistes et théosophiques ont donc été reléguées à l’arrière-plan et leurs adhérents réduits au silence, ou ignorés.” (Mosse, The Crisis of German Ideology, New York 1964, pp. 306-307).
Les recherches historiques contredisent donc l’interprétation de Waage au sujet des invectives échangées entre Steiner et Hitler. Cette dernière est en outre tout à fait incompatible avec les déclarations très explicites de Steiner. Replacés dans leur contexte historique, ces échanges parfois virulents entre Steiner et les dirigeants völkisch, loin d’exonérer Steiner, fournissent en réalité une preuve supplémentaire de l’importance de sa contribution à “l’idéologie floue” qu’Hitler a mise en pratique ultérieurement.

3. Répudiation de collaborateurs anthroposophes.
Waage nous informe que “qu’un membre dirigeant des écoles Steiner en Allemagne, qui a maintenu les écoles ouvertes jusqu’en 1941 avec l’approbation du régime nazi, a été après la guerre exclu de toutes les écoles Steiner.” Waage ne nomme pas cette personne, mais le contexte indique clairement qu’il doit s’agir de René Maikowski ou Elisabeth Klein, qui ont négocié avec les responsables nazis de l’éducation pour garder les écoles Waldorf en activité aussi longtemps que possible. L’affirmation selon laquelle Klein ou Maikovski auraient été expulsés du mouvement Waldorf après la guerre est sans fondements. Maikovski fut l’un des personnages qui a joué un rôle important dans le rétablissement de l’école Waldorf de Hanovre après la guerre. Et Klein a enseigné dans une école Waldorf de 1950 à 1965. Tous deux furent donc très actifs dans le mouvement Waldorf après 1945, publiant des articles dans ses revues, aidant à mettre sur pied de nouvelles écoles, à former d’autres professeurs, etc. Tous deux ont reçu un soutien énergique du siège de la Société Anthroposophique Universelle à Dornach.
Waage voudrait faire croire à ses lecteurs que les collaborateurs nazis n’étaient plus les bienvenus au sein des organisations anthroposophiques après la guerre. C’est le contraire qui s’est produit. Günther Wachsmuth a continué sans interruption à occuper la plus haute fonction au sein de l’Anthroposophie internationale, malgré le fait qu’il ait exprimé son admiration pour les Nazis. Il n’y a aucune trace non plus de mesures qui auraient été prises à l’encontre de Ehrard Bartsch, principal promoteur de l’agriculture biodynamique, collaborateur SS et admirateur de Hitler. De nombreux anciens nazis ont fait carrière au sein du mouvement anthroposophique après 1945, y compris Friedrich Benesch, Ernst Harmstorf, Heimo Rau, Gotthold Hegele, Werner Voigt, and Udo Renzenbrink. Même Uwe Werner, ayant accès aux documents internes, pourtant très empressé d’inclure tous les détails imaginables à décharge, concède que les anthroposophes n’ont effectué aucune introspection collective après 1945 :
“Curieusement, les anthroposophes n’ont ni discuté ni décrit en détail leur comportement durant la période nazie après l’année 1945.” (Werner, Anthroposophen in der Zeit des Nationalsozialismus, p. 2)
En effet il souligne qu’après la guerre, les anthroposophes “plus ou moins consciemment, ont refusé de raviver les controverses au sujet du comportement de certains anthroposophes durant la pédiode nazie » (ibid.). Werner ne mentionne pas une seule exception à cette politique. Il précise que les seules critiques survenues après-guerre “ont à peine exprimé quelques réserves au sujet de certains individus” (ibid. p. 364).
Au lieu de faire leur auto-critique de ce que furent leurs rapports avec les Nazis, les anthroposophes d’après-guerre sont simplement retournés à leurs affaires habituelles et ont étouffé toute discussion sur les aspects les plus sombres de leur passé. À ce jour, la grande majorité des anthroposophes nient totalement le volumineux dossier de leur collusion avec les Nazis. Ce dossier ne se résume pas, comme Waage le suggère, à quelques cas isolés, comme Maikowski ou Klein. Le travail de Werner — en dépit des intentions de son auteur — fournit des preuves abondantes de ce qu’était l’ampleur de cette collusion. En effet, tout au long de son ouvrage, Werner énumère des cas précis d’individus qui étaient à la fois des anthroposophes actifs et des membres du Parti Nazi. Il montre aussi que l’ampleur des imbrications, au niveau des organisations et des personnes, entre la Société Anthroposophique et le Parti Nazi étaient suffisamment importantes pour préoccuper la faction anti-ésotérique des Nazis. Il révèle enfin que les responsables anthroposophes étaient près à aller très loin pour protéger les membres du Parti dans ses rangs (voir, par exemple, Werner p.72).
Il est loin d’être insignifiant que certains anthroposophes aient voulu rester Nazis en bonne et due forme tout en appartenant au milieu anthroposophique. En outre, la loyauté des anthroposophes à l’égard de leurs camarades nazis a persisté même après la défaite du Troisième Reich. Ainsi, l’avocat de Walter Darré à Nuremberg était l’anthroposophe Hans Merkel. Jusqu’à la fin de sa vie de son client, Merkel est resté un proche confident de Darre, théoricien notoire des races et ancien ministre au sein du cabinet de Hitler. Il a également défendu le criminel de guerre nazi Otto Ohlendorf. Après qu’Ohlendorf ait été condamné et pendu pour l’assassinat de 90.000 Juifs, c’est le pasteur anthroposophe Haverbeck a officié lors de ses funérailles. Ni repentis, ni désabusés, les anthroposophes d’après-guerre furent cohérents vis-a-vis de leurs allégeances politiques antérieures.
Hélas, ce n’est pas le seul contresens que Waage ait commis dans sa réponse à notre article. Car ce dernier n’est manifestement pas familier des aspects les plus connus de l’histoire du mouvement anthroposophique durant le Troisième Reich. Waage écrit qu’un « prétendu jardin biodynamique aurait existé” au camp de concentration de Dachau. Prétendu ? Aurait existé ? Nous espérons que Waage n’est pas un de ces anthroposophes qui croit que les chambres à gaz d’Auschwitz auraient prétendument existées. Le jardin biodynamique de Dachau n’était nullement prétendu, mais bien réel. Il était supervisé par un anthroposophe : Franz Lippert. Son existence a été attestée par un grand nombre de sources, à la fois anthroposophiques et savantes. En effet, ce jardin est décrit en détail par l’une des sources dont Waage se gargarise.
L’ignorance complète de toute cette information pourtant aisément accessible n’est nullement étonnante, puisque Waage a voulu se convaincre que Anthroposophie et écofascisme ne contient qu’une version “simpliste” de l’histoire de l’imbrication de l’Anthroposophie et du Nazisme. Cette incompréhension est basée sur sa conception singulièrement simpliste et étonnement ignorante de l’Histoire. En réalité, le récit relaté dans notre article est celui d’une histoire très complexe. Les anthroposophes feraient bien de reconnaître enfin ce que furent les complexités et les contradictions de leur propre passé.

L’Anthroposophie aujourd’hui
Waage consacre une grande partie de sa réponse à des questions que notre article n’avait pourtant pas abordées, comme les activités bénévoles caritatives des écoles Waldorf dans divers pays du monde. Bien qu’il soit difficile de voir en quoi ces sujets ont à voir avec la question de la relation entre l’Anthroposophie et l’écofascisme, Waage semble penser qu’elles entrent en ligne de compte pour réfuter l’article.
Il affirme notamment que ces “accusations perfides” contre l’Anthroposophie nuisent aux “enseignants, aux élèves et aux parents” des écoles Waldorf. Nous ne comprenons pas pourquoi s’interroger à propos de l’idéologie sous-jacente d’une école pourrait être néfaste à qui que ce soit. Nous pensons au contraire qu’il est bien plus néfaste de laisser cette idéologie dans l’ ombre. Nous espérons que la leçon que Waage a apprise lors de sa scolarité dans une école Waldorf n’est pas que les anthroposophes ont toujours raison et leurs détracteurs toujours tort. Si c’est le cas, notre propre expérience est assez différente.
Waage fait grand cas du récent rapport des anthroposophes néerlandais visant à exonérer Steiner de l’accusation de racisme. De manière incroyable, il considère ce rapport comme une preuve de ce que les anthroposophes se confrontent honnêtement avec leur propre passé de compromissions. Waage lui-même admet que Steiner a dit un certain nombre de choses “ridiculement grotesques et insultantes” à propos des Noirs, des Asiatiques, et autres peuples, etc. Mais il minimise ces propos en arguant du fait qu’ils seraient soi-disant “marginaux” parmi les croyances principales de Steiner. Waage ne semble pas avoir réfléchi à la différence fondamentale qui existe entre sa propre position, qui est éthiquement incohérente, et celle du rapport néerlandais, qui contredit les faits eux-mêmes. On aurait en effet pu comprendre que la commission conclue que l’Anthroposophie n’est pas fondamentalement une doctrine raciste. Mais ce n’est pas la conclusion à laquelle la commission néerlandaise à aboutie. Au contraire, leur rapport conclu qu’ « aucune théorie raciale et nulle opinion raciste ne peut être attribuée à Steiner”. Nous répétons : selon l’avis de la commission, que Waage semble approuver, Rudolf Steiner ne soutenait aucune opinion raciste quelle qu’elle soit, et ses écrits ne contiennent aucune théorie raciale.
Notons, tout d’abord, que cette conclusion renverse complètement la thèse des anthroposophes eux-mêmes, qui prétendent que le racisme de Steiner serait pardonnable car il était un “produit de son époque” — argument qui soit dit en passant pourrait être utilisé pour justifier un grand nombre d’atrocités commises au XXe siècle.
Jusqu’à présent, l’attitude des anthroposophes envers le racisme de Steiner à consisté à dire : ignorez-le et bientôt on n’en parlera plus. Mais, avec le rapport néerlandais, cette attitude de complicité silencieuse a cédé la place à un déni pur et absolu. Rudolf Steiner, nous dit-on maintenant, n’a jamais tenu de propos raciste de sa vie. Nous sommes consternés que des gens qui se prétendent humanistes puissent déployer un argumentaire aussi spécieux. Prétendre que Steiner ne soutenait aucune opinion raciste n’est rien moins qu’un signe de malhonnêteté, d’ignorance ou de mauvaise foi. Une personne dénuée d’opinions racistes n’aurait pas pu dire :
“La race des Nègres ne fait pas partie de l’Europe. (…) La transplantation des Noirs en Europe est une chose horrible. (…) La race blanche est la race spirituellement créatrice. (…) Les concepts endommagent le cerveau des Asiatiques”
Sans oublier qu’il a qualifié les peuples aborigènes de “dégénérés”, de “décadents” et de “retardés”. Ces déclarations n’admettent aucune interprétation non raciste. Steiner a bel et bien fait chacune de ces déclarations. Puis il a exprimé des convictions similaires, encore et encore, alors qu’il enseignait en tant qu’autorité morale. Absoudre une telle pratique est incompatible avec les valeurs humanistes.
Cette lamentable ignorance délibérée du contexte historique est donc aggravée par la croyance selon laquelle les écrits de Steiner ne contiendraient aucune théorie raciale. Ne serait-ce que pour apprécier à quel point cette attitude est intellectuellement fallacieuse, récapitulons brièvement les faits :
Durant plus d’une décennie, Steiner a été le principal représentant public d’une des plus grandes branches de la Théosophie. Or, l’une des principales contributions de la Théosophie à l’occultisme consistait en la doctrine des races-racines. Steiner a repris dans ses grandes lignes cette doctrine des races-racines et l’a réintroduite dans l’Anthroposophie. Cette doctrine divise la famille humaine en cinq races-racines (« Wurzelrassen », appelées aussi parfois « Hauptrassen » ou « Grundrassen », races principales ou races-primordiales), plus deux races supplémentaires devant apparaître dans un futur lointain. Chaque race-racine est subdivisée en sous-races (« Unterrassen »). Ces catégories sont biologiques (Steiner les qualifie de races “héréditaires”) aussi bien que spirituelles. Or les classifications raciales ne sont pas neutres chez Steiner : elles sont disposées dans l’ordre croissant du développement spirituel. La cinquième race-racine, la “race aryenne” – et au sein de celle-ci la “sous-race germanique et nordique” – se trouvent au sommet de la hiérarchie. Cette hiérarchie, à son tour, est une composante intégrante de l’ordre cosmique. Ces idées sont explicitement énoncées et répétées dans de nombreux livres, brochures, articles et conférences écrites et publiées par Rudolf Steiner. Et cependant, nous assure Waage, elles ne constituraient pas une théorie raciale ?!
Toute personne qui entame un dialogue critique avec les anthroposophes et leurs défenseurs ne peut que s’apercevoir du caractère douteux de tels propos. Un nombre croissant de voix s’élèvent désormais pour poser des questions au sujet de l’héritage politique de l’Anthroposophie(...)
(*)Rudolf Steiner et la question nationale et raciale (citations à charge):

« Une race et un peuple sont d’autant plus hauts [um so höher], d’autant plus parfaits que leurs membres réalisent mieux le type d’humanité pure et idéale. » (L’Initiation, Paris, 1909, p.313).

« Notre âme chemine de degré en degré, c'est-à-dire de race en race et nous découvrons la signification de l'humanité quand nous observons ces races. » (Les énigmes du monde & l'anthroposophie, R.S. 9 nov. 1905 à Berlin, in E.A.R. p. 147)

« Il est entièrement vrai de dire que l’âme d’une nation se sert de chacun des individus appartenant à un pays pour accomplir un certain travail. L’âme nationale ne saurait descendre jusqu’à la matérialisation sensible, elle évolue dans les mondes supérieurs et les individus sont les agents physiques par lesquels elle agit dans notre monde. Elle tient, au sens le plus élevé, le rôle d’un maître d’œuvre. » (Ibid. p.301).

« Beaucoup d’hommes prétendront, il est vrai, s’être affranchis de toute solidarité nationale ou raciale et diront : "Je veux être homme et seulement homme", mais on pourrait leur répondre: "À qui devez-vous votre liberté ? N’est-ce pas votre famille qui vous a fait ce que vous êtes dans le monde, n’est-ce pas votre nation ou votre race ? " (ibid. p.302).

Dans le même contexte encore, "il appartient au clairvoyant, sitôt sa confrontation avec le monde spirituel de « collaborer consciemment à l’œuvre de son peuple et de sa race. » (ibid.).

Ailleurs, parlant de la technologie japonaise: « On entend dire souvent, de nos jours, que les Japonais évoluent de manière frappante et transforment actuellement les caractéristiques de leur race. Mais c’est une illusion (...) Ce n’est pas une évolution pour un peuple que d’adopter ce qui est issu d’un peuple étranger. Évoluer, c’est développer des germes latents dans sa propre nature. » (L’Univers, la Terre et l’Homme, Paris, 1977, p. 203-4).

« La terrible banalité culturelle de la transplantation des Noirs vers l'Europe constitue un épouvantable forfait de la part des Français envers les autres [peuples européens] dont les conséquences seront encore plus terribles pour la France elle-même. Cela se répercutera de manière incroyablement forte sur le sang et la race. Cela va précipiter la décadence française jusque dans son essence. Le peuple français s'en trouvera refoulé. » (R. Steiner, Konferenzen mit den Lehrern der Freien Waldorfschule, 1921-1923, p. 282, non-traduit).

Plus explicite encore : "Die Negerrasse gehört nicht zu Europa, und es ist natürlich ein Unfug, daß sie jetzt in Europa eine so große Rolle spielt." (Über das Wesen des Christentums, GA 349, S. 53). [= La race nègre n'appartient pas à l'Europe, et c'est bien entendu une absurdité qu'elle tienne aujourd'hui un aussi grand rôle en Europe].

« Je ne considère pas les antisémites comme des gens dangereux. Les meilleurs d'entre eux sont comme des enfants. Ils cherchent à attribuer à d'autres la faute de ce dont ils souffrent. Bien plus dangereux que les antisémites sont les chefs au cœur sec des Juifs lassés de l'Europe tels que ces messieurs Herzl et Nordau. Ils font d'un embarrassant enfantillage un mouvement historique mondial ; ils transforment une banale discorde en un terrifiante roulement de canons. Ils sont les suborneurs, les tentateurs de leur peuple. » (R. Steiner, Magazin für Literatur, Nr. 38, 66 Jahrgang)

Mais surtout: « On peut anéantir le caractère original d’un peuple si, en le colonisant, on impose à son sang ce que celui-ci ne peut supporter  [seinem Blute zumutet, was dieses Blut nicht ertragen kann]. (le 11/1/1907 à Leipzig, G.A. n°55).

« Les destructeurs de peuples, ce sont les mages noirs qui ne travaillent qu’à leur profit personnel, détruisent les communautés et engloutissent tout ce qui fait la vie d’un peuple. » (L’Apocalypse, Paris, 1978, p.59).
On le voit, pour le maître à penser d’un des mouvements culturels les plus politiquement alignés de cette fin de XXème siècle, Steiner ne manie pas vraiment la langue de bois et l’on peut vraiment se demander si ces fervents adeptes de la soft ideology que sont les (actuels) "anthroposophes" ont bien lu leur maître ou si quelque cécité subite ne s’emparait pas d’eux de temps en temps. Mais là où l’affaire se corse, c’est lorsque celui-ci aborde de plain-pied l’évolution humaine dans sa discrimination raciale précise en cinq groupes primordiaux (Univers, Terre, Homme, op.cit. p.120-125) :
Amérindiens au système osseux prématurément durci dans le physique et partant « race en dégénérescence », inadaptée aux conditions de vie post-atlantéennes actuelles. [SATURNE].
Noirs au système, non seulement osseux, mais aussi nutritif prématurément sclérosé dans l’éthérique et comme tels « demeurés en retrait [zurückgeblieben]. [MERCURE].
Malais au système nerveux prématurément sclérosé sous le corps astral et trop durci « pour servir d’outil convenable à l’expression de la pensée, de ce fait enclins à certaines pulsions sensuelles particulières ». [VENUS].
Mongols à l’égoïté durcie dans son support extérieur sanguin. [MARS].
Européens/Aryens, pour finir, au point d’évolution le plus avancé – encore que non terminal (espérons-le) – de l’espèce humaine. [JUPITER]. A propos du métissage aussi, Steiner était fort explicite, considérant différemment ce dernier selon qu’il se réalisait entre Asiatique et Européen, ou entre Noir et Européen, le fruit en étant, selon le cas, faste ou néfaste, propice à la spiritualisation de l’individu dans le premier cas, “regression” (Rückschlag) dans le second.
Et comme il convient que ces choses-là soient dites, il n’hésite pas, en plus, à mettre les trois grands types esthétiques de la sculpture grecque en regard des trois grandes races actuelles :
le type "Zeus" à la race blanche, le type "Hermès" à la jaune et le type "Faune" à la noire ; ce qui, avouons-le, ne manque pas de sel, mais que le docteur Steiner s’empresse cependant d’approfondir derechef en rattachant systématiquement chacun des trois grands types ci-dessus :
1°) À la conformation du cerveau antérieur et au développement de la pensée qui en résulte, l’Européen, 2°) à celle du cerveau médian ainsi qu’à une certaine qualité du sentiment, l’Asiate, 3°) au cerveau postérieur ainsi qu’à ses pulsions volontaires, le Noir.

Pour approfondir davantage le problème écologique et de la relation de l'homme avec la croissance exponentielle de l'économie de Marché et les possiblités limitées de la planète : Les auteurs peuvent toujours s'inspirer en France de l'excellent travail de Serge Latouche : "Ecofascisme ou Ecodémocratie ?
 https://www.cairn.info/revue-du-mauss-2005-2-page-279.htm
Et celui tiré du site Solidarité et progrès : http://www.solidariteetprogres.org/margaret-mead-invente-rechauffement-climat.html

L' anthroposophie comme chemin d' étude du spirituel ancré dans l'univers sensible

    Mon âme sait qu'elle est immortelle. Mais vous taillez en pièces un cadavre et triomphalement vous clamez : "Où donc est ...