dimanche 31 mai 2020

L'Alchimie - une odeur de soufre




Cet article est révélateur de la confusion qui a toujours existé entre l'archimie et la chimie contemporaine, l'alchimie, la spagyrie... Et qui fera l'objet prochainement d'un article sur le sujet et de ce que RS a pu en dire tout au long de ses conférences.


I. Survol des idées


POURQUOI nous entretenir aujourd'hui d'alchimie alors que des milliers d'ouvrages ont traité de cet art ? Sans doute parce qu'une longue et patiente compilation des textes antérieurs au xvme siècle, ainsi qu'un contrôle de l'œuvre au laboratoire, m'ont permis de faire la part des escroqueries savamment conduites et celle des recherches fondées sur une étonnante observation des phénomènes naturels. Un hommage particulier doit être rendu aux alchimistes qui, par un labeur opiniâtre et souvent dangereux, nous ont procuré les premiers éléments de la recherche médico-pharmaceutique, n'en déplaise à ceux qui, n'ayant effectué aucune opération en laboratoire, s'en tiennent à une connaissance mystérieusement transmise, à ce jour pratiquement perdue, une connaissance diabolique bien supérieure à celle de notre temps. Pour ces fervents du mystère et de l'intervention de rites magiques, l'alchimie dégage une odeur de soufre.

On ne saurait aussi bien dire, mais je me garderai d'anticiper sur le contenu de la seconde partie de cet exposé, où le suspens concernant la nature de la Pierre philosophale et des poudres de projection sera levé.

Présentement, en tentant de résumer, oh combien !, un manuscrit de deux cent pages consacré à la compilation de textes alchimiques *, je vais m'efforçer de situer le problème, avant d'enlever le voile qui dissimule encore aujourd'hui les mystères du Grand Œuvre et de donner ainsi un apport inédit à la littérature hermétique.

Motivation des alchimistes


Il est indéniable que les alchimistes n'ont pas fait de recherche fondamentale ; la quasi- totalité d'entre-eux ont opéré pour une communauté religieuse, ou sous le mécénat intéressé d'un prince. Les purifications étant longues et coûteuses, un investissement important et préalable était indispensable à toute entreprise, avant toute réussite. Et ceci motive déjà de nombreuses escroqueries : avec un compère ou devant une personne particulièrement crédule, un pseudo-artiste (puisque artiste était le nom donné à ces laboureurs, à ces adeptes du Grand-Œuvre) effectuait une substitution qui lui coûtait quelques écus d'or.

Mais ceci ne passait pas inaperçu et lui valait bien vite la faveur du prince ; notre escroc se trouvait ainsi remboursé au centuple car l'installation du laboratoire nécessaire à une opération « en grand » et les manipulations duraient plusieurs années, pendant lesquelles l'artiste se trouvait nourri et logé, jusqu'au jour où il devenait prudent de prendre quelque distance du prince enfin soupçonneux. Certains n'eurent pas le temps de fuir ou furent repris, et terminèrent leur existence en quelque noir cachot. D'autres s'enrichirent mais l'examen attentif de leur situation laisse planer quelque doute sur la réalité des transmutations et fait penser à d'autres causes moins mystérieuses. Ainsi, Richthausen, qui fut nommé baron du Chaos par le roi Ferdinand III (du Chaos alchimique, il s'entend, un des noms de la matière première), fit sa fortune en améliorant le rendement des mines de Chemnitz, dont il avait été nommé directeur 2. Ainsi, Nicolas Flamel, libraire- juré de l'Université de Paris, ayant à sa disposition une somme remarquable de manuscrits, a pu légitimement vendre ses conseils après s'être fait la renommée d'une mutation réussie, dont le seul témoin fut sa femme Pernelle. En d'autres termes, les richesses acquises le sont par une amélioration du rendement d'extraction ou du procédé de purification de tel ou tel métal, ou encore par l'élaboration d'un composé nouveau, coloris de vitrail, imitation de pierre précieuse, et même l'obtention de bijoux en plaqué or ainsi que nous le verrons ultérieurement. N'oublions pas ce geste encore familier à nos grand-parents : mordre la pièce de monnaie douteuse pour s'assurer de sa dureté et donc de son authenticité.

L'enrichissement de quelques maîtres réputés est d'ordre indirect et ne découle pas de transmutations répétées. Bien au contraire, nombreux sont ceux qui se sont inutilement ruinés, car, je le répète, les opérations étaient longues, coûteuses et, j'insiste, fort dangereuses à plusieurs reprises : intoxication mortelle en premier lieu, puis risques d'explosion, avec incendie en surplus lors de la préparation du Grand Elixir et des poudres de projection. Une opération manquée imposait plusieurs mois, sinon une année ou deux, de nouveaux travaux. Ce n'est point sans raison que certains de ceux-ci furent appelés travaux d'Hercule.

Le langage alchimique


Le langage des alchimistes entretient le mystère : souvent poétique, il demeure d'autant plus sibyllin qu'un même élément reçoit des noms différents selon les auteurs, et parfois chez un même auteur. Pourtant, quel plaisir suscite la lecture de ce vocabulaire impossible lorsqu'on connaît la réaction chimique ou le procédé physique mis en question ! En réalité, le secret est dissimulé sous un manteau de lumière, éblouissant, dissimulant ainsi ce qui est parfaitement mis en évidence et condamnant le curieux à une recherche stérile. Sur une base commune, Soufre et Mercure, les adeptes ont élevé un symbolisme descriptif qui tient compte de leurs observations personnelles ; des exemples en seront donnés dans la seconde partie de cet exposé.

Pourquoi un tel secret ? La justification coule de source : beaucoup plus que le respect d'un serment initiatique, concept qui se développera à la fin du XVIIIe siècle, doit être retenue la notion d'écran protecteur de techniques que ne protégeait alors aucun brevet. L'attitude des alchimistes est très compréhensible pour autant que l'on considère leurs écrits et dessins en termes de propriété industrielle. Je suspecterais d'ailleurs volontiers les auteurs modernes dont le silence subit se fonde sur le respect d'un serment initiatique de masquer ainsi une ignorance partielle ou totale du Grand Magistère, d'autant qu'ils confondent Pierre philosophale et poudres de projection.

Cette suspicion est-elle valable pour le plus grand auteur alchimique de ce siècle, recherché en 1940 par l'occupant allemand en quête de recettes de mutations nucléaires, j'ai nommé Fulcanelli ? Le choix de son pseudonyme m'incite à penser qu'il connaissait la vérité et qu'il s'est borné à embrouiller les interprétations vraies, pour conduire à une conclusion fausse. On n'associe pas, en effet, impunément Vulcain, le forgeron des enfers souterrains, et Hélios, le Soleil : Vulcain-Hélios, Fulcanelli en prononciation teintée de germanisme comme nous la connaissons en notre région de l'Est.

Fondement de l'Alchimie


L'Alchimie est généralement associée à une mystérieuse connaissance de la structure de la matière. Ce concept de la transformation interne de la matière préexiste-t-il ou résulte-t- il des observations expérimentales ?

La règle d'or est de respecter et d'imiter ce que fait la nature, ce qui justifie la lenteur de certaines opérations... et leur réussite. Ceci laisserait donc penser que l'évolution des idées sur la structure de la matière résulterait de l'observation des faits expérimentaux. Toutefois, dans l'évolution conceptuelle, on est surpris de découvrir des réminiscences de données métaphysiques, naguère exprimées dans les mythologies, ce qui, corollaire, conduit à penser qu'une tradition occulte dirigeait l'adepte dans ses recherches et que nul ne pouvait alors espérer parvenir à un résultat satisfaisant sans les conseils d'un maître. Il faudrait sans doute aussi, au-delà de la solution chimique du Grand Œuvre, envisager une solution physique plus générale, fondée sur des fusions nucléaires douces à partir de trois éléments de base, hydrogène, deuterium et lithium. Mais ceci demeure une hypothèse, d'ordre stoechio- et géométrique, qui n'est point l'objet du présent propos. De même, j'éviterai de discuter de l'origine et de la répartition géographique des concepts alchimiques, renvoyant pour cela à l'excellent exposé de René Alleau 5, et je me bornerai à résumer l'évolution des idées sur la structure de la matière.

Pour Thalès, il existait un principe unique, base de toute substance. Pour Démocrite d'Abdère et Leucippe, la matière possédait une structure granulaire discontinue et, pour obvier au chaos susceptible d'être provoqué par cette discontinuité, Aristote proposa une mise en ordre par formation de combinaisons régulièrement structurées, issues de quatre propriétés appariées, le chaud, le froid, l'humide et le sec, sous lesquelles se dissimulent la turbulence, l'inertie et la stabilisation, la dissociation et enfin homogénéisation.

Leur association mutuelle engendre les quatre éléments primitifs, feu, air, eau et terre, tous les matériaux étant composés de ces quatre éléments en proportions différentes. Concept qu'il me faut compléter et justifier en disant que ces quatre éléments ne sont pas nécessairement contemporains, mais successifs, puisqu'ils représentent en fait quatre expressions physiques d'une même matière : plasma, états gazeux, liquide et solide. Aussi ne faut-il point s'étonner de la conservation de l'idée d'une substance nourricière unique, à structure discontinue, apparaissant non seulement lors de la mutation de ces quatre formes élémentaires entre elles, mais encore, par extension, lors de la mutation d'un élément chimique en un autre. Les néo-platoniciens l'appellent Logos ou Verbe et la théologie chrétienne transmettra une phrase lourde de vérité, que nous sommes seulement en état de comprendre maintenant : « le Verbe se fit chair et habita parmi nous ». Ce principe mystérieux, tenu pour l'essence de toute chose, pour sa quintessence, n'est rien d'autre qu'un rayonnement, qu'une forme vibratoire de l'énergie, présente et nécessaire à toute mutation. "¦

Puis, Epicure tente une synthèse des idées en revenant à la notion de structure granulaire, toujours issue cependant de la combinaison des quatre éléments.

On sait que l'empereur Dioclétien fit brûler les livres de « chimie » d'Alexandrie, pour éviter que les lecteurs ne s'enrichissent par cet art et n'en tirassent les ressources nécessaires à une insurrection contre Rome 6. Cette destruction va provoquer un temps d'arrêt dans la pratique alchimique et l'évolution des idées. Ce sont les Arabes qui vont les faire renaître, sous le nom d'al-chemia, et singulièrement Djabir Ibn Hayan, que nous appelons Geber, et Avicenne. Au premier est attribuée la paternité de la théorie Soufre-Mercure, qui privilégie la dualité en retenant l'existence conjointe d'un principe intransformable et d'un principe transformable ; Geber découvre les acides nitrique et sulfurique. Le second, Avicenne, tient les transmutations pour de simples changements d'aspect, et non de nature intrinsèque et, déjà, certains comprennent que les quatre éléments d'Aristote ne sont en fait que quatre états d'une même substance.

Les opérations se poursuivent, présentant un intérêt économique indéniable lorsqu'elles sont réussies ; elles aboutissent à la découverte et à la préparation de la potasse caustique, de la céruse, du minium (saint Albert le Grand), du bicarbonate de sodium (Raymond Lulle), du Zinc (Paracelse), de l'antimoine, de l'acide chlorhydrique et à la redécouverte de l'acide sulfurique (Basile Valentin). Les œuvres de ce moine bénédictin, maître alchimiste incontesté (son pseudonyme signifie Roi puissant), ne paraîtront que plus tardivement 7, et tout sera dit dans le traité anonyme de Chymie philosophique et hermétique qui lui est attribué et que fait paraître en 1725 Charles-Maurice d'Houry, libraire à Paris, avec l'approbation officielle du professeur royal et censeur royal des livres Andry, docteur régent de la Faculté de médecine de Paris 8.

Les idées ont peu évolué. Sans doute s'est affirmée l'existence de deux contraires, l'un essentiellement volatil et décomposable par le feu, qui se prête à maintes combinaisons et que l'on nomme soufre, l'autre non transformable par le feu, bien que présent dans les vapeurs suscitées par celui-ci, et que l'on nomme mercure.

L'apport nouveau, quasi théologique, est que leur combinaison, leur noce chymique, ne peut trouver de fixité qu'avec l'appoint d'un corps ininflammable et demeurant dans les cendres sous l'action du feu : c'est le sel ou magnésie. Toutefois ce concept ternaire de la matière, dû à Paracelse, ne pouvait expliquer avec satisfaction le métamorphisme des minéraux ; les alchimistes attribuèrent celui-ci à des radiations planétaires régissant un feu secret, ce que concrétise Stahl sous le nom de phlogistique. Cependant, cinquante ans auparavant, van Helmont avait reconnu l'existence des gaz, et c'est tout naturellement en ce sens que les recherches se poursuivent pour expliquer l'action de la Lune et de la Rosée de mai, un des secrets, sinon le plus grand, de l'Art alchimique.

Ainsi, au début du XVIIIè siècle, trois faits sont à associer :

1) la publication de l'œuvre de Basile Valentin, offrant la clé du secret alchimique à qui sait la lire ;

2) la discussion concernant le rôle de l'air, ce qui provoque les expériences de Lavoisier, que l'on peut ainsi tenir comme directement issues des recherches alchimiques ;

3) le transfert du concept de transformation de la matière en transformation spirituelle de l'être.

Alors que l'alchimie devient une science, alors que se développe la chimiatrie ou iatrochimie, que commence l'essor de la chimie pharmaceutique, les fervents du mystère, déplorant sans doute la vulgarisation de certaines techniques, transposent l'alchimie en une mutation des âmes, elles-mêmes quintessence de la matière. Le fossé va rapidement se creuser entre la chimie moderne et sa mère, l'alchimie, dépouillée de son réalisme par un spiritualisme inadéquat. Vers 1856, à Montpellier, Figuier découvrira, ou vulgarisera, le sel qui porte son nom, thiosulfate double d'or et de sodium, ce qui aurait dû mettre les curieux sur la voie des poudres de projection. Au contraire, il va s'attirer les sarcasmes de spiritualistes qui ont la prétention de parler de choses qu'ils n'ont point tenté de vérifier au laboratoire. Et pourtant, comme je le montrerai dans la seconde partie de cet exposé, tout avait été dit dans le livre attribué à Basile Valentin et publié avec l'assentiment du Dr Andry.


II. Le secret du Grand Oeuvre


Dans la première partie de mon exposé *, j'ai résumé l'évolution des concepts concernant la structure de la matière, évolution aboutissant à la notion d'une structure ternaire comprenant deux éléments volatils, dont l'un est transformable par le feu, le Soufre alchimique, et le second non transformable par le feu, le Mercure alchimique, éléments qui trouvent leur fixité par association avec un corps inerte, présent dans les cendres, le Sel ou Magnésie. Je mentionne incidemment que l'on peut déceler en cela l'influence certaine de l'enseignement religieux ou iniatique (enseignement chrétien ou kabbale juive), qui nous invite à considérer trois aspects en Dieu et trois parties en l'homme (corps, âme et esprit) dont deux sont d'essence abstraite et le troisième fixe et concret. Transposition spiritualiste d'une donnée purement physique qui nous est maintenant connue : un élément chimique étant fait de trois parties dont deux sont associées, proton et neutron, pour former le noyau, autour duquel gravite la troisième partie, la couronne d'électrons, ce qui réalise une dualité de charges électriques, avec trois composantes : jamais deux sans trois !

J'ai souligné également le caractère poétique des écrits alchimiques. J'aurais pu ajouter que le Grand Œuvre a donné lieu à une iconographie aussi étonnante que merveilleuse. En France, la plus connue est sans doute celle qui nous fut laissée par Nicolas Flamel et qui orna les voûtes du cimetière des Innocents — je rappelle à ce propos que de nombreuses cathédrales, dont Notre-Dame de Paris, présentent des sculptures directement inspirées par le Grand Œuvre. Nombreux sont les « livres muets », aide-mémoire des adeptes et objets de réflexion pour les néophytes. De bons exemples, issus de précieux manuscrits de la Bibliothèque nationale, du Britich Museum, de la Bibliothèque vaticane, etc., ont été rassemblés par Klossowski de Rola (9). Parfois, on découvre une formule lapidaire, très hermétique, mais suffisante à identifier les composants, ainsi que j'en eus la surprise à la Bibliothèque de Prague.

J'ai dit que cette formulation devait être comprise en termes de brevet, assurant ainsi le secret d'une technique rentable, assurant la réussite financière du promoteur. Mais, premier écueil, le mercure alchimique n'est point le vif-argent, l'hydrargyre. Il est d'ailleurs deux mercures : le mercure philosophique qui donne directement la pierre philosophale, laquelle est, en fait, de l'eau ignée, et le premier mercure qui permet d'accéder au mercure philosophique après une série d'opérations longues et délicates. De même, le soufre alchimique n'est point le soufre S des chimistes.

En outre, il ne faut pas confondre, comme l'ont fait tant d'auteurs qui ont abordé l'alchimie en philosophes, la pierre philosophale et les poudres de projection. Car il est bien dit qu'il faut un germe, une semence, pour que la nature produise une plante et qu'il faut, de même, un germe d'or ou d'argent pour obtenir de l'or ou de l'argent par projection (poudres de projection au blanc ou au rouge selon le cas). Cependant, un texte relativement court, attribué à Geber, et qui porte le nom de Table d'Émeraude, apparaît comme la Table de la Loi hermétique, révélant le secret de la Pierre philosophale ; or ce texte précise que l'on doit user d'une première matière unique. Il n'y a aucune contradiction entre ces recommandations comme nous allons bientôt en juger.

Voici la version française de la Table d'Émeraude, version publiée en 1648 dans le traité intitulé Bibliothèque des Philosophes (in 10).

Il est vrai, sans mensonge, certain et très véritable,

Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut comme ce qui est en bas, pour faire les miracles d'une seule chose.

Et, comme toutes choses ont été et sont venues d'un, par la méditation, d'un, ainsi toutes choses sont nées de cette chose unique, par adaptation.

Le soleil est le père, la lune est sa mère, le vent l'a porté dans son ventre, la terre est sa nourrice ; le père de tout le thélesme de tout le monde est ici ; sa force est entière si elle est convertie en terre.

Tu sépareras la terre du feu, le subtil de l'épais, doucement, avec grande industrie ; il monte de la terre au ciel ; et, derechef, il descend en terre, et il reçoit la force des choses supérieures et inférieures. Tu auras par ce moyen la gloire du monde entier, et, pour cela, toute obscurité s'enfuira de toi.

C'est la force de toute force, car elle vaincra toute chose subtile et pénétrera toute chose solide.

Ainsi le monde a été créé.

De ceci seront et sortiront d'innombrables adaptations dont le moyen est ici.

C'est pourquoi j'ai été appelé Hermès Trismégiste, ayant les trois parties de la philosophie de tout le monde. Ce que j'ai dit de l'opération du Soleil est accompli et parachevé.


Les interprétations spiritualistes n'ont pas manqué d'autant que la similitude entre le haut et le bas semble s'inspirer de la création de l'homme, fait à l'image de Dieu. Il appartenait à M. Chevallier d'en donner la clé en 1948. Cette clé se situe dans la dernière phrase et concerne le mot Soleil, sol en latin, mot que l'on peut également traduire par or, et plus généralement par jaune. Ce corps jaune est en l'occurrence le Soufre S. Ajoutons ce qui est peut-être le plus bel exemple du manteau de lumière dont je parlais dans la première partie, c'est-à-dire l'emploi fréquent, insistant, du terme vitriol dans les écrits hermétiques : « Visita Interiora Terrae Rectificando Inventines Occultum » (Visite les parties intérieures de la terre ; par rectification, tu trouveras la pierre cachée) ! Or, le vitriol est le nom commun de certains sulfates (cuivre, zinc) et l'huile de vitriol celui de l'acide sulfurique. La table smaragdine n'est rien d'autre que la recette de préparation de l'acide sulfurique à partir du vitriol vert, ou couperose verte de Chypre. Voilà la Pierre des Philosophes, l'eau ignée, l'acide fort par excellence, le maître réactif qui permet d'attaquer et de dissocier les substances naturelles. Reconnaissons son rôle dans le développement industriel ; jusqu'en 1940, l'essor industriel d'un pays se chiffrait en tonnes d'acide sulfurique consommé.



 
Heinrich Khunrath (1560-1605) "Amphitheatrum Sapientiae Aeternae". Ed. de 1609
Ed. de 1609
L'image du laboratoire alchimique qu'offre cette gravure est bien loin de la représentation courante d'un antre obscur et encombré. La présence d'instruments de musique révèle que l'Artiste (nom que se donnaient les alchimistes) peut l'être également dans le domaine de la musique, c'est-à-dire dans la science des accords harmonieux. 


Toutefois, la seule préparation de cet acide selon une pratique conservée à Nordhausen ne justifie pas le débordement d'œuvres sybillines dues à tant d'adeptes réputés :
Albert le Grand (1193-1280), R. Lulle (1232-1315), R. Bacon (1214- 1294), Arnaud de Villeneuve (1245-1313), Nicolas Flamel (1330-1418), Jean de La Fontaine (1381- ?), Basile Valentin (1390- ?), Bernard le Trévisan (1406-1490), chanoine Ripley (1450-1490), Bombast de Hohenheim dit Paracelse (1453-1541), Jean Triten dit de Trithème (1462-1516), Arthur Dee (1579-1671), Sethon, dit le Cosmopolite, mort en 1604, van Helmont (1577-1644) et son fils (1618-1699), etc.

Certes, le secret était important, mais ce débordement littéraire procède d'une motivation précise : à défaut de couperose de Chypre, première matière des Philosophes, il fallait obtenir un sulfate analogue à partir d'une autre matière première, si bien qu'au secret de la Table d'Émeraude est venu s'ajouter celui de l'obtention de la première matière à partir de matières premières relativement courantes. Présentement, je ne puis que résumer très brièvement l'orientation suivie, mais, dans ce parcours, nous allons découvrir un emploi extraordinaire des différents dérivés du Soufre chimique S, qui, faut-il le rappeler, n'est pas le Soufre des textes alchimiques.

La préparation du Vitriol


Comment obtenir un sulfate cuproferreux propre à fournir un dégagement maximal d'anhydride sulfurique dont l'hydratation donne l'acide sulfurique, pierre philosophale qui doit aider à purifier les métaux et singulièrement les métaux précieux ? Notons incidemment que cette sublimation suivie d'hydratation réunit les quatre éléments air (gaz), terre (solide sublimé), eau (liquide) et feu (propriété ardente de l'acide obtenu). L'esprit d'observation de nos prédécesseurs les engageait à retenir des minerais contenant déjà des germes de ces métaux précieux, en particulier galène et pyrite. La galène, minéral feuilleté, est d'ailleurs à l'origine de la tradition de la galette des rois, l'or ou l'argent naissant y étant représenté sous forme d'un petit bébé, ou d'une étoile, ou encore d'un sabot, allusion au chabot (le chatbotté de Perrault), qui est un des symboles du Magistère. La galène est souvent figurée par un coq, gallus, perché sur un chêne, à la manière du corbeau du fabuliste Jean de la Fontaine, lequel corbeau tenait en son bec un fromage : inutile de vous préciser ce que symbolisait ce disque doré à la senteur profonde, tenu par le noir corbeau, image symbolique du sulfure soumis au grillage. Par ailleurs, ne pas confondre le fabuliste J. de la Fontaine avec l'alchimiste natif de Valenciennes auquel on doit le poème hermétique intitulé « La fontaine des amoureux de la Science ». Toutefois, la signature du fabuliste révèle qu'il était fort instruit des données hermétistes.

Or, le grillage partiel des sulfures précités, suivi d'une lente oxydation en milieu humide, à l'obscurité, fournit cette rouille des sulfures que sont les sulfates. C'est cette opération lente et mystérieuse que voile, ce que nul n'a révélé à ce jour, l'action conjointe de la Lune et de la Rosée de Mai. Et je plains tel « alchimiste » de notre temps qui s'est astreint à recueillir la rosée du mois de mai, durant plus d'une décennie, avant de poursuivre ses recherches avec ce matériau totalement inutile.

Comme tout bon industriel, l'alchimiste chercha à améliorer le rendement et, pour éviter des purifications fastidieuses exigeant la répétition inlassable des mêmes opérations, solve et coagula, dissous et précipite, il se lance dans la synthèse. S'étant aperçu que la Pierre philosophale « ouvrait » la matière première, c'est-à-dire le sulfure, en dégageant le premier Mercure qui est l'hydrogène sulfuré, il recueille ce dernier soit pour obtenir dans l'eau un soufre naissant, le lait de la Vierge, qui sera utilisé pour la préparation du Grand Elixir et des poudres de projection, soit pour réaliser avec l'aide de Mars et de Vénus, par action directe sur le fer et le cuivre en limailles, un sulfure cuproferreux très pur auquel il fera subir la lente oxydation en atmosphère humide : du vitriol de synthèse ainsi obtenu sera dégagé le second Mercure ou Mercure des Philosophes, qui est l'anhydride sulfurique.

Une des difficultés de lecture des textes alchimiques réside dans le fait que l'on ignore, a priori, si l'auteur traite du cycle opératif en son entier ou, au contraire, d'une simple partie. Cependant, lorsqu'on connaît la tripartition de l'Œuvre en transformation du métal en sulfure, hydratation oxydative lente et sublimation des anhydrides sulfureux et sulfurique, on est étonné de la transparence des récits, car les mots utilisés évoquent soit un aspect, soit une propriété précise du produit décrit : ainsi la terre sainte, la matière première (et non la première matière) est un chaos, car elle est un sulfure composite ; le corbeau s'adresse à un résidu de grillage ; le premier mercure, ou hydrogène sulfuré, est un grand voyageur, un pèlerin ; le fruit vert de l'arbre métallique, l'or des Sages ou première matière, le lion vert sont autant de noms donnés au sulfate cuproferreux. La sublimation des anhydrides qui s'accompagne de fumées blanches, puis rougeâtres, en laissant un dépôt brun grisâtre, est décrite tantôt comme un sole, ou comme une cigogne (allusion à la dualité des couleurs grise et blanche), tantôt comme un cygne majestueux, oiseau d'Hermès, et, le plus souvent, comme des aigles volant bien haut. Ne craignant plus le feu, cette « vapeur ignée » qui vire au rouge devient ainsi une salamandre, un faisan, un lion rouge, un kermès, et comme elle contient les trois principes, Soufre, Mercure et Sel, son meilleur symbole est encore la patte d'oie, la Pédauque, que nous retrouvons dans les contes de la Mère l'Oye de Perrault, déjà cité à propos du chat botté — Perrault qui se révèle ainsi fort curieux de la science hermétique.


 
Heinrich Khunrath (1560-1605) « Amphitheatrum Sapientiae Aeternae ». Ed. de 1609
Ed. de 1609
Le titre complet de l'ouvrage met en évidence l'origine tout à la fois kabbalistique et
chrétienne de la connaissance de l'auteur. A remarquer, en bas de ce frontispice, que
le mercure des philosophes (notre soufre chimique) est dans une minière, entre Soleil
et Lune, les mystérieux agents de l'hydratation oxydative des sulfures.


 
Heinrich Khunrath (1560-1605) "Amphitheatrum Sapientiae Aeternae". Ed. de 1609
Ed. de 1609
Cette gravure donne une représentation complexe du travail de la nature dans les
minières d'origine volcanique, où le Soufre chimique est le grand minéralisateur, sans
omettre à nouveau l'influence extérieure et ultérieure du soleil et celle de l'humidité
figurée par un ciel particulièrement nuageux et obscur. 


Il me faudrait également parler du feu secret ; en réalité, on en compte six qui, sous le même nom, hormis l'exception du feu de roue, se rapportent soit à l'oxydation du sulfure, soit à l'activité dévorante de l'oléum. 

Les poudres de projection et le Grand Elixir


Nombreux sont ceux qui, se prétendant initiés, ont donné la preuve de leur ignorance en confondant Pierre philosophale et poudres de projection. Car, si une seule matière, le vitriol cupro-ferreux, suffit à l'obtention de la « Pierre des philosophes », on ne saurait obtenir de l'or sans un germe d'or, selon les lois présumées de la nature. La poudre de projection contiendra donc de l'argent s'il s'agit de poudre au blanc, ou de l'or s'il s'agit de poudre au rouge. Le souffre chimique S s'est révélé comme le grand minéralisateur au sein de la terre, particulièrement abondant dans les cratères volcaniques où la mythologie situait Vulcain. L'existence de l'oxygène n'étant point connue, la transformation des sulfures en sulfates, due à l'air humide, fut donc attribuée non seulement à la Lune, d'où la prescription de l'obscurité nocturne et de la présence de rosée, mais encore, assez paradoxalement d'ailleurs, au Soleil, sans doute parce que celui- ci était considéré comme le maître de cet éther mystérieux que nous nommons atmosphère.

Mais les alchimistes ne s'arrêtèrent point en ce si beau parcours qu'est la chimie du Soufre S, comme s'ils avaient pressenti le rôle vital de ce métalloïde. C'est ainsi qu'ils obtiennent le foie de soufre par chauffage du Soufre S, en l'occurrence le lait de la Vierge, avec du carbonate de potasse, l' éther sulfurique par « adoucissement » de l'acide sulfurique au moyen d'alcool éthylique ou esprit de vin, et cela en encourrant le risque de dangereuses explosions incendiaires. Ils obtinrent également les thiosulfates par chauffage du soufre naissant, ou lait de la Vierge, avec une solution d'anhydride sulfureux, ou directement en présence d'acide sulfurique. Mais, dans ce dernier cas, ayez la patience de tenir la réaction durant plusieurs mois en vase clos, avec une légère tiédeur entretenue, sinon vous n'obtiendrez qu'une infâme bouillie sans utilité. Il fut écrit que les produits chimiques actuels ne se prêtaient plus à ces opérations, étant trop purifiés, ayant ainsi perdu le germe inclus de quintessence. En vérité, il convient d'incriminer notre manque de patience, comme j'en ai eu la preuve en préparant la poudre au rouge, bien proche du sel de Figuier.

Le Grand Elixir était une solution désensibilisante de thiosulfate aurique ; quant aux poudres de projection, la recommandation d'entourer le catalyseur dans de la cire avait pour but d'éviter une dégradation prématurée, avant l'entrée dans le plomb en fusion. Quant au résultat final, dispersion superficielle de l'or, il ne saurait concurrencer les bimbeloteries dorées que l'industrie fabrique actuellement à vil prix.


Bibliographie sommaire


(1) Ardry (A.R.) : La Pierre philosophale, une odeur de soufre. A paraître, 214 p.

(2) Husson (B.) : Transmutations alchimiques, 1974, « J'ai lu », n° 313.

(3) Fulcanelli : Le mystère des cathédrales. Rééd. 1957, Omnium littér.

(4) Fulcanelli : Les demeures philosophâtes. Rééd. 1960, Omnium littér.

(5) Alleau (R.) : Alchimie, in Encyclopedia universalis, 1968.

(6) Ranque (R.) : La Pierre philosophale, R. Laffont, 1972.

(7) Basile Valentin : Les 12 clefs de philosophie, t. III de la Bibliothèque des Philosophes, Paris, Cailleau,

dimanche 12 avril 2020

L'éthérisation du sang du Christ et sa réapparition dans le monde éthérique





Partout où nous, en tant qu'êtres humains, avons lutté pour la connaissance, que ce soit en tant que mystiques ou réalistes ou de quelque manière que ce soit, l'acquisition de la connaissance de soi a été exigée de nous. Cependant, comme cela a été souligné à plusieurs reprises à d'autres occasions, cette connaissance de l'âme humaine n'est en aucun cas aussi facile à réaliser que le croient de nombreuses personnes - parfois des anthroposophes. L'anthroposophe doit être constamment conscient des obstacles qu'il rencontrera dans ses efforts.
L'acquisition de la connaissance de soi est cependant absolument essentielle si nous voulons atteindre un objectif valable dans l'existence mondiale et si nos actions doivent être dignes de nous en tant que membres de l'humanité. Demandons-nous pourquoi la connaissance de soi doit être si difficile pour nous. L'homme est vraiment un être compliqué, et si nous parlons de sa vie intérieure, de sa vie d'âme, nous ne devrions pas commencer par la considérer comme quelque chose de simple et élémentaire. Nous devrions plutôt avoir la patience et la persévérance, la volonté de pénétrer toujours plus profondément dans cette merveilleuse structure, cette organisation des pouvoirs divins-spirituels du monde, qui peut apparaître comme homme.

Avant d'étudier la nature de cette connaissance de soi, deux aspects de la vie de l'âme humaine peuvent se présenter à nous. Tout comme l'aimant a des pôles nord et sud, tout comme la lumière et les ténèbres sont présentes dans le monde en tant que pôles principaux de la lumière, il y a donc deux pôles dans la vie de l'âme de l'homme. Ces deux pôles peuvent apparaître lorsque nous observons une personne placée dans deux situations contrastées de la vie.
Supposons que nous regardions quelqu'un debout dans la rue qui est entièrement perdu dans la contemplation d'un phénomène naturel d'une beauté et d'une impressionnante beauté. Nous voyons combien il est toujours debout, ne bougeant ni la main ni le pied, ne détournant jamais les yeux du spectacle qui lui est présenté, et nous sommes conscients qu'il est engagé à faire une image intérieure de ce qu'il voit. Nous disons qu'il est absorbé dans la contemplation de ce qui l'entoure. C'est une situation; en voici un autre. Un homme marche dans la rue et sent que quelqu'un l'a insulté, blessé. Sans trop réfléchir, il est éveillé à la colère et la laisse échapper en frappant la personne qui l'a insulté. Nous assistons là à une manifestation de forces nées de la colère, une manifestation d'impulsions de volonté, et nous pouvons facilement imaginer que si l'action avait été précédée par la pensée, aucun coup n'aurait dû être porté.
Nous avons maintenant imaginé deux actes extrêmement différents. Dans l'un il n'y a que la formation d'une image mentale, un processus dont toute volonté consciente est absente; dans l'autre il n'y a pas de pensée, pas de formation d'image mentale, et l'expression immédiate est donnée à une impulsion de volonté. Ces deux choses nous présentent les deux pôles extrêmes de l'âme humaine. Un pôle est la soumission à la contemplation, à la formation d'images mentales, à la pensée, dans lesquelles la volonté n'a pas de part; le deuxième pôle est la force motrice de la volonté sans pensée. Nous sommes arrivés à ces faits simplement par l'observation exotérique de la vie extérieure.

Nous pouvons approfondir ces choses, et nous entrons alors dans ces sphères dans lesquelles nous ne pouvons trouver nos repères qu'en invoquant les résultats de la recherche ésotérique à notre aide. Ici, une autre polarité nous confronte - celle du sommeil et du réveil. Nous connaissons la signification ésotérique de la relation entre le sommeil et le réveil. Des concepts élémentaires de l'anthroposophie, nous savons que dans la vie éveillée, les quatre membres de l'être humain - le corps physique, le corps éthérique, le corps astral et moi - sont entrelacés organiquement et activement, mais que pendant le sommeil, les corps physique et éthérique restent au lit pendant le corps astral et moi sommes déversés dans le grand monde entier en bordure directe de notre existence physique. Nous pourrions également aborder ces faits d'un point de vue différent. Nous pourrions nous demander ce qu'il y a à dire sur la contemplation du monde, la formation d'images mentales, la pensée et la volonté et ses impulsions pendant la vie éveillée d'une part et pendant le sommeil de l'autre.

Vous voyez que si l'on pénètre plus profondément dans cette question, il devient évident que dans son existence physique actuelle, l'homme est, dans un certain sens, essentiellement toujours endormi. Il dort différemment pendant la nuit, cependant, de la façon dont il dort pendant la journée. Vous pouvez en être convaincu d'une manière purement extérieure, car vous savez que l'on peut se réveiller au sens ésotérique pendant la journée, c'est-à-dire qu'on peut devenir clairvoyant et voir dans le monde spirituel. Le corps physique ordinaire est endormi à cette observation, et on peut dire à juste titre que c'est un réveil quand l'homme apprend à utiliser ses sens spirituels. La nuit, bien sûr, nous dormons normalement. On peut donc dire que le sommeil ordinaire est le sommeil par rapport au monde physique extérieur; la conscience diurne à l'heure actuelle est le sommeil par rapport au monde spirituel.


Ces faits peuvent être examinés sous un autre jour. En y regardant de plus près, on se rend compte que dans l'état de veille ordinaire de la vie physique, l'homme a, en règle générale, peu de pouvoir ou de contrôle sur sa volonté. La volonté se détache bien de la vie quotidienne. Observez attentivement ce que nous appelons la volonté humaine, et vous verrez à quel point l'homme a peu de contrôle sur sa vie quotidienne concernant l'impulsion de la volonté. Considérez seulement combien peu de tout ce que vous faites du matin au soir est vraiment le résultat de votre propre réflexion et formation d'images mentales, de vos décisions personnelles et individuelles.
Quand quelqu'un frappe à la porte et que vous dites «Entrez!» cela ne peut pas être appelé une vraie décision de votre propre façon de penser et de vouloir. Si vous avez faim et vous asseyez pour un repas, cela ne peut pas être appelé une décision prise par la volonté, car elle est occasionnée par votre état, par les besoins de votre organisme.
Essayez d'imaginer votre vie quotidienne et vous verrez à quel point la volonté est directement influencée par le centre humain. pourquoi est-ce le cas? Les enseignements ésotériques nous montrent qu'en ce qui concerne sa volonté, l'homme dort réellement le jour; c'est-à-dire qu'il ne vit pas du tout selon ses pulsions de volonté. Nous pouvons faire évoluer de mieux en mieux des concepts et des images mentales, ou nous pouvons devenir des individus plus hautement moraux, plus raffinés, mais nous ne pouvons rien faire concernant la volonté. Si nous cultivons de meilleures pensées, nous pouvons travailler indirectement sur la volonté, mais nous ne pouvons rien faire directement à la volonté qui concerne la vie. En effet, dans notre vie quotidienne, notre volonté n'est influencée que de manière indirecte, à savoir par le sommeil.

Quand vous dormez, vous ne pensez pas; vous ne formez pas d'images mentales. La volonté, cependant, s'éveille, imprègne notre organisme de l'extérieur et le revigore. Nous nous sentons renforcés le matin parce que ce qui a pénétré dans notre organisme est de la nature de la volonté. Que nous ne percevions pas cette activité de la volonté, que nous n'en sachions rien, devient compréhensible si nous considérons que toute activité conceptuelle dort quand nous dormons. Pour commencer, par conséquent, nous proposerons cette suggestion pour davantage de contemplation, de méditation. Vous verrez que plus vous progressez dans la connaissance de vous-même, plus vous trouverez la confirmation de la vérité des mots que l'homme dort dans sa volonté quand il est éveillé et dort dans sa vie conceptuelle quand il dort. La vie de la volonté dort le jour; la vie de la pensée dort la nuit.

Si l'homme ignore que la volonté ne dort pas pendant la nuit, c'est parce qu'il ne comprend que comment être éveillé dans sa vie de pensée. La volonté ne dort pas pendant la nuit, mais elle agit alors dans un élément ardent, agit sur son corps afin de restituer ce qui a été utilisé le jour. Il y a donc deux pôles chez l'être humain, la vie d'observation et de formation d'images mentales et les impulsions de volonté, et l'être humain est lié de manière totalement opposée à ces deux pôles. Ce ne sont cependant que les deux pôles. La vie entière de l'âme se situe dans diverses nuances entre ces deux pôles, et nous nous rapprocherons de la compréhension de cette vie d'âme en mettant la vie microcosmique de l'âme en relation avec ce que nous connaissons comme les mondes supérieurs.

D'après ce qui a été dit, nous avons vu que la vie de formation d'images mentales est l'un des pôles de la vie de l'âme. Cette vie de formation d'images mentales est quelque chose qui semble irréel pour les gens à l'esprit extérieur et matérialiste. Nous entendons souvent la pensée exprimée, "Oh, les images et les pensées mentales ne sont que des images et des pensées mentales!" Cela veut dire que si l'on prend un morceau de pain ou de viande entre les mains, c'est une réalité, mais une pensée n'est qu'une pensée. On entend par là qu'on ne peut pas manger une pensée, et donc une pensée n'est pas réelle mais «seulement» une pensée. Mais pourquoi? Fondamentalement, parce que ce que l'homme appelle ses pensées est lié à ce que les pensées sont vraiment comme une image d'ombre d'un objet est à la chose elle-même L'image d'ombre d'une fleur vous pointe vers la fleur elle-même, vers la réalité. Il en va de même pour les pensées.

La pensée humaine est l'image d'ombre d'images mentales et d'êtres appartenant à un monde supérieur, le monde appelé le plan astral. Vous représentez la pensée à juste titre lorsque vous imaginez ainsi la tête humaine (ce n'est pas absolument correct mais simplement esquissé schématiquement). Dans cette tête sont des pensées, que je représenterai avec ces tirets. Ces pensées qui sont dans la tête, cependant, doivent être représentées comme des êtres vivants sur le plan astral. Des êtres des genres les plus variés y sont à l'œuvre sous la forme d'images et d'actions mentales grouillantes qui projettent leurs images d'ombre sur les êtres humains, et ces processus se reflètent dans la tête humaine en tant que pensée. Des courants continus se déplacent de votre tête vers le plan astral, et ce sont les ombres qui établissent la vie de la pensée dans votre tête.





En plus de ce que nous pouvons appeler la vie de la pensée, il y a encore une autre vie dans l'âme humaine. Dans la vie ordinaire on distingue (ce n'est pas tout à fait correct, mais je le dis pour qu'on puisse recevoir un concept de la vie ordinaire) entre une vie de pensée et une vie de sentiment. Les sentiments se divisent en deux catégories: ceux de plaisir et de sympathie et ceux de mécontentement et d'antipathie. Les premiers sont suscités par de bonnes actions bienveillantes; l'antipathie est suscitée par des actes mauvais et malveillants. Ici, il y a quelque chose de plus et de différent de la simple formation d'images mentales. Nous formons des images mentales des choses indépendamment de tout autre facteur.
Notre âme, cependant, ne ressent de sympathie ou d'antipathie que pour ce qui est beau et bon ou ce qui est laid et mauvais. Tout comme tout ce qui se passe dans l'être humain en tant que pensées pointe vers le plan astral, tout ce qui est lié à la sympathie ou à l'antipathie pointe vers le royaume que nous appelons le Dévachan inférieur. Tout comme j'ai pu tracer des lignes plus tôt entre les images mentales et le monde astral, maintenant, par rapport aux sentiments, je peux pointer vers le haut vers Devachan ou le monde céleste. Les processus dans le monde céleste, ou Devachan, sont projetés, principalement dans notre sein, comme des sentiments de sympathie ou d'antipathie pour ce qui est beau ou laid, pour ce qui est bien ou mal. Dans ce que nous pouvons appeler notre expérience du monde moral-esthétique, nous portons dans nos âmes les nuances du monde céleste ou du Dévachan inférieur.

Il y a encore une troisième province dans la vie de l'âme humaine que nous devons strictement distinguer de la simple préférence pour les bonnes actions. Il y a une différence entre se tenir prêt et prendre plaisir à témoigner d'une action bienveillante et à mettre la volonté en action et à réaliser soi-même une telle action. J'appellerai le plaisir dans les bonnes et belles actions ou le mécontentement dans les actions mauvaises et laides l'élément esthétique, par opposition à l'élément moral qui pousse une personne à faire le bien. L'élément moral est à un niveau supérieur à celui purement esthétique; le simple plaisir ou le déplaisir est à un niveau inférieur à la volonté de faire quelque chose de bien ou de mal.
Dans la mesure où notre âme se sent contrainte de donner une expression à des impulsions morales, ces impulsions sont les images d'ombre du Dévachan supérieur, du monde céleste supérieur. Nous pouvons facilement imaginer ces trois étapes distinctes de l'activité de l'âme humaine - purement intellectuelle (pensées, images mentales, observation), esthétique (plaisir ou mécontentement) et morale (révélée par des impulsions pour faire le bien ou le mal) - comme des images microcosmiques dans l'expérience humaine des trois royaumes qui, dans le macrocosme, le grand monde, se trouvent l'un au-dessus de l'autre. Le monde astral est ombragé dans le monde de la pensée, le monde intellectuel; le monde dévachanique est ombragé dans la sphère esthétique du plaisir et du mécontentement; et le monde Dévachanique Supérieur est ombragé comme moralité.


Pensées: Images de l'ombre des êtres du plan astral (Veille)

Sympathie et antipathie: Images d'ombres des êtres du Dévachan inférieur (Rêver)

Impulsions morales: Images d'ombres des êtres du Dévachan supérieur (En train de dormir)


Si nous connectons cela avec ce qui a été dit précédemment concernant les deux pôles de l'âme humaine, nous devons expérimenter le pôle de l'intellect comme celui qui domine la vie éveillée, la vie dans laquelle l'homme est intellectuellement éveillé. Pendant la journée, l'homme est éveillé en ce qui concerne son intellect; pendant le sommeil, il est éveillé quant à sa volonté. Parce que la nuit, il dort sur son intellect, il devient inconscient de ce qu'il entreprend avec sa volonté.
Ce que nous appelons les principes moraux et les impulsions travaillent indirectement dans la volonté. En fait, l'homme a besoin de la vie du sommeil pour que les impulsions morales qu'il absorbe à travers la vie de la pensée puissent entrer en activité effective. Aujourd'hui, dans sa vie ordinaire, l'homme n'est capable d'accomplir ce qui est juste que sur le plan intellectuel; il est moins capable d'accomplir quoi que ce soit sur le plan moral, car il dépend là de l'aide venant du macrocosme.

Ce qui est déjà en nous peut entraîner le développement ultérieur de l'intellectualité, mais les dieux doivent nous venir en aide si nous voulons acquérir une plus grande force morale. Nous nous endormons pour pouvoir plonger dans la volonté divine où l'intellect n'intervient pas et où les forces divines transforment en puissance de volonté les principes moraux que nous recevons, où ils inculquent à notre volonté ce que nous ne pourrions autrement recevoir que dans notre pensées.

Entre ces deux pôles, celui de la volonté qui s'éveille la nuit et celui de l'intellect éveillé le jour, se trouve la sphère d'appréciation esthétique qui est présente en permanence chez l'homme. Pendant la journée, l'homme n'est pas complètement éveillé; seuls les individus les plus prosaïques et pédantes sont toujours pleinement éveillés dans la vie éveillée. Les êtres humains doivent essentiellement rêver le jour, ils doivent toujours pouvoir rêver un peu lorsqu'ils sont éveillés; ils doivent pouvoir s'abandonner à l'art, à la poésie ou à toute autre activité qui ne concerne pas entièrement la réalité grossière. Ceux qui peuvent s'abandonner ainsi forment un lien qui peut animer et revigorer toute l'existence. S'abandonner à de telles pensées est dans une certaine mesure comme un rêve pénétrant dans la vie éveillée.
Vous savez bien que les rêves entrent dans la vie du sommeil; ce sont de vrais rêves, des rêves qui imprègnent l'autre conscience dans le sommeil. C'est aussi quelque chose dont les êtres humains ont besoin le jour s'ils ne souhaitent pas mener une vie éveillée aride, vide et malsaine. Les rêves viennent pendant le sommeil la nuit en tout cas, et aucune preuve de cela n'est requise. À mi-chemin entre les deux pôles du rêve nocturne et du rêve diurne se trouve la condition qui peut vivre dans la fantaisie.

Donc, là encore, il y a une triple vie d'âme. L'élément intellectuel dans lequel nous sommes vraiment éveillés nous apporte des images d'ombre du plan astral lorsque nous nous abandonnons le jour à une pensée, d'où naissent les idées les plus fécondes pour la vie quotidienne et les grandes inventions. Puis pendant le sommeil, lorsque nous rêvons, ces rêves jouent dans notre vie de sommeil et des images du Dévachan inférieur sont ombragées en nous. Lorsque nous travaillons pendant le sommeil, en imprimant la morale dans notre volonté - nous ne pouvons pas percevoir cela directement, mais nous pouvons certainement en percevoir les effets - lorsque nous sommes capables d'imprégner notre pensée pendant la nuit avec l'influence des pouvoirs divins spirituels, puis les impulsions que nous perçoivent des ombres du Dévachan supérieur, le monde céleste supérieur. Ce sont les impulsions morales et les sentiments qui vivent en nous et nous conduisent à dire que la vie humaine n'est fondamentalement justifiée que lorsque nous mettons nos pensées au service du bien et du beau, lorsque nous permettons au sang du cœur même de la vie spirituelle divine à travers nos activités intellectuelles, les imprégnant d'impulsions morales.


Ce que nous présentons ici comme la vie de l'âme humaine, d'abord à partir d'une observation extérieure et exotérique, puis à partir de l'observation d'un caractère plus mystique, est révélé par une recherche ésotérique plus approfondie. Les processus qui ont été décrits dans leur aspect le plus extérieur peuvent également être perçus chez l'homme à travers la voyance. Quand un homme se tient devant nous aujourd'hui dans son état de veille et que nous l'observons avec l'œil clairvoyant, certains rayons de lumière sont continuellement vus du cœur vers la tête. Si nous voulons schématiser cela, nous devons dessiner ici la région du cœur et montrer les flux continus de là vers le cerveau, coulant dans la tête autour de l'organe connu en anatomie comme la glande pinéale.




Ces rayons de lumière coulent du cœur vers la tête et circulent autour de la glande pinéale. Ces ruissellements surviennent parce que le sang humain, qui est une substance physique, se dissout continuellement en substance éthérique. Dans la région du cœur, il y a une transformation continue du sang en cette délicate substance éthérique qui coule vers le haut vers la tête et coule scintillant autour de la glande pinéale. Ce processus, l'éthérisation du sang, peut être montré chez l'être humain tout au long de sa vie éveillée. Cependant, c'est différent maintenant pour l'être humain endormi. Lorsqu'un être humain dort, l'observateur occulte peut voir un flux continu de l'extérieur vers le cerveau et également dans le sens inverse, du cerveau au cœur. Cependant, ces courants qui, chez l'homme endormi, viennent de l'extérieur, de l'espace cosmique, du macrocosme et se jettent dans la constitution intérieure des corps physiques et éthériques couchés dans le lit, révèlent quelque chose de remarquable lorsqu'ils sont étudiés. Ces rayons varient considérablement d'un individu à l'autre. Les êtres humains endormis diffèrent grandement les uns des autres, et si ceux qui sont un peu vains savaient à quel point ils se livrent à l'observation ésotérique lorsqu'ils s'endorment lors de rassemblements publics, ils feraient de leur mieux pour ne pas laisser cela se produire !

Les qualités morales se révèlent distinctement dans la coloration particulière des ruisseaux qui se jettent dans les êtres humains pendant le sommeil; chez une personne de principes moraux inférieurs, les courants sont très différents de ce qui est observable chez une personne de principes supérieurs. Les efforts pour déguiser sa nature de jour sont inutiles. Face aux pouvoirs cosmiques supérieurs, aucun déguisement n'est possible.
Dans le cas d'un homme qui n'a qu'une légère inclinaison vers les principes moraux, les rayons qui le traversent sont de couleur rouge brunâtre - diverses nuances tendant vers le rouge brunâtre. Chez un homme aux idéaux moraux élevés, les rayons sont violet lilas. Au moment de se réveiller ou de s'endormir, une sorte de lutte a lieu dans la région de la glande pinéale entre ce qui coule d'en haut et ce qui monte vers le bas d'en bas. Lorsqu'un homme est éveillé, l'élément intellectuel coule vers le haut par le bas sous la forme de courants de lumière, et ce qui est de nature morale-esthétique coule vers le bas par le haut.

Au moment de se réveiller ou de s'endormir, ces deux courants se rencontrent, et chez l'homme de basse moralité une violente lutte entre les deux ruisseaux a lieu dans la région de la glande pinéale. Chez l'homme de haute moralité et à l'intellectualité extérieure, une expansion pacifique de lumière scintillante apparaît dans la région de la glande pinéale. Cette glande est presque entourée d'une petite mer de lumière entre le réveil et le sommeil. La noblesse morale est révélée lorsqu'une lueur calme entoure la glande pinéale à ces moments. De cette façon, le caractère moral d'un homme se reflète en lui, et cette lueur calme de lumière s'étend souvent jusqu'à la région du cœur. Deux courants peuvent donc être perçus chez l'homme - l'un du macrocosme, l'autre du microcosme.

Pour estimer la pleine signification de la façon dont ces deux courants se rencontrent chez l'homme, nous devons d'abord considérer ce qui a été dit précédemment d'une manière plus externe sur la vie de l'âme et comment cette vie révèle la triple polarité de l'intellectuel, de l'esthétique et de la des éléments moraux qui descendent d'en haut, du cerveau vers le cœur; nous devons également saisir toute la signification de ce qui a été dit au sujet de notre attention au phénomène correspondant dans le macrocosme. Ce phénomène correspondant peut être décrit aujourd'hui comme le résultat des recherches ésotériques les plus scrupuleusement minutieuses de ces dernières années, entreprises par des individus parmi les véritables rosicruciens. (voir note 7) Ces recherches ont montré que quelque chose correspondant à ce qui a été décrit en relation avec le microcosme se produit également dans le macrocosme. Vous comprendrez cela plus à mesure que le temps passe.

Tout comme dans la région du cœur humain, le sang est continuellement transformé en substance éthérique, de même un processus similaire se déroule dans le macrocosme. Nous le comprenons lorsque nous tournons nos yeux vers le Mystère du Golgotha, au moment où le sang jaillit des blessures de Jésus-Christ. Ce sang ne doit pas être considéré simplement comme une substance chimique, mais en raison de tout ce qui a été décrit comme la nature de Jésus de Nazareth, il doit être reconnu comme quelque chose de tout à fait unique. 

Quand elle coulait de ses blessures et dans la terre, une substance était transmise à notre terre qui, en s'unissant à elle, constituait un événement de la plus grande signification possible pour tous les âges futurs de la terre, et elle ne pouvait avoir lieu qu'une seule fois. Que s'est-il passé avec ce sang dans les âges qui ont suivi? Rien de différent de ce qui se passe autrement dans le cœur de l'homme. Au cours de l'évolution terrestre, ce sang a traversé un processus «d'éthérisation». Tout comme notre sang coule vers le haut depuis le cœur sous forme d'éther, de même, depuis le Mystère du Golgotha, le sang éthéré du Christ Jésus a vécu dans l'éther de la terre. Le corps éthérique de la terre est imprégné de ce que le sang qui a coulé sur le Golgotha ​​est devenu. C'est important. Si ce qui s'était ainsi passé par Jésus-Christ n'avait pas eu lieu, la condition de l'homme sur la terre n'aurait pu être que celle décrite précédemment. Depuis le Mystère du Golgotha, cependant, il existe une possibilité continue pour que l'activité du sang éthérique du Christ coule avec les ruisseaux de bas en haut, de cœur à tête.

Parce que le sang éthérisé de Jésus de Nazareth est présent dans le corps éthérique de la terre, il accompagne le sang humain éthérisé qui coule du cœur vers le cerveau, de sorte que non seulement ces courants que j'ai décrits précédemment se rencontrent chez l'homme, mais le la circulation sanguine humaine s'unit à la circulation sanguine du Christ Jésus. Une union de ces deux courants ne peut cependant se produire que si l'homme est capable de déployer une véritable compréhension de ce qui est contenu dans l'impulsion du Christ. Sinon, il ne peut pas y avoir d'union; les deux courants se repoussent alors mutuellement, se repoussent. À chaque époque de l'évolution terrestre, nous devons acquérir une compréhension sous la forme appropriée à cette époque. 

À l'époque où Jésus-Christ vivait sur terre, les événements précédents pouvaient être correctement compris par ceux qui étaient venus à Son précurseur, Jean, et qui avaient été baptisés par lui selon le rite décrit dans les Évangiles. Ils ont fait l'expérience du baptême afin que leur péché, c'est-à-dire le karma de leurs vies antérieures, le karma, qui avait pris fin, puisse être changé, et afin qu'ils réalisent que l'impulsion la plus puissante de l'évolution terrestre était sur le point de descendre dans un corps physique. L'évolution de l'humanité progresse, cependant, et à notre époque actuelle, il est important que l'homme apprenne à comprendre que les connaissances contenues dans la science spirituelle doivent être reçues et être capables de tirer progressivement les courants qui coulent du cœur au cerveau que l'anthroposophie peut être compris. Si cela se produit, les individus pourront comprendre l'événement qui a commencé au XXe siècle: l'apparition du Christ éthérique en opposition avec le Christ physique de Palestine.

Nous avons maintenant atteint le moment où le Christ éthérique entre dans la vie de la terre et deviendra visible, au début pour un petit nombre de personnes, par une clairvoyance naturelle. Puis au cours des 3000 prochaines années, il deviendra visible pour un nombre de plus en plus grand de personnes. Cela arrivera inévitablement; c'est un événement de la nature. Que cela se produise est aussi vrai que l'étaient les réalisations de l'électricité au XIXe siècle.

Un certain nombre d'individus verront le Christ éthérique et vivront eux-mêmes l'événement qui a eu lieu à Damas. Cela dépendra, cependant, de ces êtres humains qui apprennent à observer le moment où le Christ s'approche d'eux. Dans quelques décennies seulement, il arrivera, en particulier à ceux qui sont jeunes dans les années - déjà une préparation est en cours - qu'une personne ici ou là a certaines expériences. Si seulement il a vraiment affiné sa vision en s'engageant dans l'anthroposophie, il peut prendre conscience que tout à coup quelqu'un s'est approché pour l'aider, pour le rendre attentif à ceci ou à cela.

La vérité est que Christ est venu à lui, même s'il croit que ce qu'il voit est un homme physique. Cependant, il se rendra compte qu'il s'agit d'un être super sensible, car il disparaît immédiatement. Beaucoup d'êtres humains vivront cette expérience lorsqu'ils seront assis silencieusement dans sa chambre, au cœur lourd et opprimés, ne sachant pas dans quel sens se tourner. La porte s'ouvrira et le Christ éthérique apparaîtra et lui dira des paroles de consolation. Le Christ deviendra un consolateur vivant pour les hommes. Aussi étrange que cela puisse paraître, il est vrai néanmoins que bien des fois où des gens, même en nombre considérable, sont assis ensemble sans savoir quoi faire et attendent, ils verront le Christ éthérique. Lui-même sera là, s'entretiendra avec eux, répandra sa parole dans de telles réunions. Nous approchons maintenant de cette époque et l'élément positif et constructif que nous venons de décrire prendra possession de l'évolution de l'humanité.

Aucun mot ne sera dit ici contre les grandes avancées de la culture à notre époque; ces réalisations sont essentielles pour le bien-être et la liberté des êtres humains. Quoi que l'on puisse gagner dans la voie du progrès extérieur, cependant, en maîtrisant les forces de la nature, c'est quelque chose de petit et insignifiant par rapport à la bénédiction accordée à la personne qui expérimente l'éveil de son âme à travers le Christ, qui va maintenant s'emparer de l'homme la culture et ses préoccupations. Ce qui s'éveillera ainsi chez les êtres humains sera des forces positives unificatrices. Le Christ apporte des forces constructives dans la civilisation humaine. Si nous nous penchions sur les premiers temps post-atlantes, nous constaterions que les êtres humains ont construit leurs habitations par des méthodes très différentes de celles utilisées aujourd'hui. À cette époque, ils utilisaient toutes sortes de choses en croissance. Même lorsqu'ils construisaient des palais, ils invoquaient la nature à leur aide en faisant entrelacer des plantes et des branches d'arbres, etc. Aujourd'hui, les êtres humains doivent construire avec des fragments brisés. Nous faisons toute la culture du monde extérieur avec les produits de la fragmentation. Au cours des prochaines années, vous comprendrez encore mieux combien dans notre culture est le produit de la destruction.

La lumière se détruit au sein de nos processus terrestres post-atlantes. Jusqu'à l'époque de l'Atlantide, le processus terrestre était un processus progressif, mais depuis lors, il a été un processus de décomposition.

Qu'est-ce que la lumière?
La lumière se désintègre, et la lumière en décomposition est l'électricité. Ce que nous savons comme électricité, c'est la lumière qui se détruit dans la matière. La force chimique qui subit une transformation dans l'évolution terrestre est le magnétisme. Pourtant, une troisième force deviendra active, et si l'électricité semble faire des merveilles aujourd'hui, cette troisième force affectera la civilisation d'une manière encore plus miraculeuse. Plus nous utilisons cette force, plus vite la terre aura tendance à devenir un cadavre et sa partie spirituelle se préparera à l'incarnation de Jupiter.

Des forces doivent être appliquées pour détruire la terre afin que l'homme puisse se libérer de la terre et que le corps terrestre puisse tomber. Tant que la terre était impliquée dans un processus progressif, cela n'a pas été fait, car seule la terre en décomposition peut utiliser les grandes réalisations de l'électricité. Aussi étrange que cela puisse paraître, cela doit progressivement devenir connu. Nous devons comprendre le processus d'évolution pour évaluer notre culture de la bonne manière. Nous apprendrons ainsi qu'il est nécessaire que la terre soit détruite; sinon, l'esprit ne deviendra pas libre. Nous apprendrons également à apprécier ce qui est positif, à savoir la pénétration des forces spirituelles dans notre existence sur terre.

Nous réalisons ainsi quelle énorme avancée a été signifiée par le fait que le Christ a nécessairement vécu pendant trois ans sur la terre dans un corps humain spécialement préparé afin qu'il soit visible aux yeux physiques. À travers ce qui s'est passé pendant ces trois années, les êtres humains sont devenus mûrs pour voir le Christ qui se déplacera parmi eux dans un corps éthérique, qui entrera dans la vie terrestre aussi véritablement et efficacement que le Christ physique en Palestine. 

Si les êtres humains observent de tels événements avec des sens intacts, ils sauront qu'il existe un corps éthérique qui se déplacera dans le monde physique, mais ils sauront que c'est le seul corps éthérique capable de travailler dans le monde physique en tant que corps physique humain travaux. Il ne différera d'un corps physique à cet égard que s'il peut être en deux, trois, voire en cent, mille endroits en même temps. Cela n'est possible que pour une forme éthérique, pas pour une forme physique.

Ce qui sera accompli dans l'humanité à travers cette nouvelle avancée, c'est que les deux pôles que j'ai mentionnés, l'intellectuel et le moral, deviendront de plus en plus un; ils fusionneront dans l'unité. Cela se produira parce qu'au cours des prochains millénaires, les êtres humains apprendront de plus en plus à observer le Christ éthérique dans le monde; de plus en plus, ils seront également imprégnés de la vie éveillée par l'action directe du bien du monde spirituel. Alors que maintenant la volonté dort de jour et que l'homme ne peut l'influencer indirectement que par la pensée, au cours des prochains millénaires, par ce qui, à partir de notre époque, travaille en nous sous l'égide du Christ, il arrivera que le les actes d'êtres humains en état de veille peuvent également être directement productifs de bien.

Le rêve de Socrate, que la vertu puisse être enseignée, se réalisera; de plus en plus il sera possible sur terre non seulement que notre intellect soit stimulé et énergisé par cet enseignement mais, à travers cet enseignement, que des impulsions morales se propagent à l'étranger. Schopenhauer a dit: «Prêcher la morale est facile; il est très difficile de l’établir. » Pourquoi est-ce? Parce qu'aucune morale n'a encore été propagée par la prédication. Il est tout à fait possible de reconnaître des principes moraux et pourtant de ne pas les respecter. Pour la plupart des gens, le dicton paulinien tient bon, que l'esprit est disposé mais la chair est faible. Cela va changer, à travers le feu moral qui jaillit de la figure du Christ.
Grâce à cela, le besoin d'impulsions morales sur terre sera de plus en plus clair pour l'homme. L'homme transformera la terre dans la mesure où il sent avec une force toujours croissante que la moralité est une partie essentielle de la terre. À l'avenir, être immoral ne sera possible que pour les personnes qui reçoivent une aide immorale, qui sont aiguillonnées dans cette direction, qui sont possédées par des démons maléfiques, par des puissances ahrimaniques et asuriques, et qui luttent pour cette possession. Telle est la condition future de la terre: il y aura un nombre suffisant de personnes qui enseigneront de plus en plus la morale et offriront en même temps un fondement moral, mais il y aura aussi ceux qui, par leur propre décision libre, se soumettront aux pouvoirs maléfiques et permettre ainsi à un excès de mal d'être opposé à une bonne humanité. Personne ne sera obligé de le faire; il appartiendra au libre arbitre de chaque individu.

Puis viendra le temps où la terre passera dans des conditions qui, comme dans bien d'autres, ne sont décrites que dans les grandes définitions de l'occultisme oriental, du mysticisme oriental. L'atmosphère morale aura alors acquis une force considérable. Pendant des milliers d'années, le mysticisme oriental a parlé de ce moment dans le temps, et depuis la venue du Bouddha Gautama, il a parlé particulièrement fortement de cette condition future où la terre sera baignée dans une "atmosphère d'éther moral".

Depuis l'époque des anciens Rishis, le grand espoir du mysticisme oriental était que cette impulsion morale vienne sur terre de VishvaKarman ou, comme le proclamait Zarathoustra, d'Ahura Mazdao. Le mysticisme oriental prévoyait ainsi que cette impulsion morale, cette atmosphère morale, viendrait sur terre de l'être que nous appelons le Christ. C'est sur lui, sur le Christ, que les espoirs du mysticisme oriental ont été mis. Les mystiques orientaux ont pu imaginer les conséquences de cet événement mais pas la forme réelle qu'il prendrait. Ils pouvaient imaginer que dans une période de 5000 ans après que le grand Bouddha eut atteint l'illumination, de pures formes akashiques, baignées de feu, éclairées par le soleil, apparaîtraient dans le sillage de Celui qui ne pouvait pas être reconnu par le mysticisme oriental. Une image merveilleuse en vérité: que quelque chose viendrait pour permettre aux Fils du Feu et de la Lumière de se déplacer dans l'atmosphère morale de la terre, non pas sous une forme physiquement incarnée mais comme de pures formes akashiques dans l'atmosphère morale de la terre.  
Cinq mille ans après l'illumination de Gautama Buddha, ainsi a-t-on dit, le professeur sera également là pour faire connaître aux êtres humains ce que sont ces formes merveilleuses, ces formes pures de Feu et de Lumière. Ce professeur - le Bouddha Maitreya - apparaîtra 3 000 ans après notre époque et pourra enseigner aux gens l'impulsion du Christ.

Le mysticisme oriental s'unit ainsi à la connaissance chrétienne de l'Occident pour former une belle unité. Il sera également révélé que celui qui apparaîtra 3000 ans après notre époque en tant que Bouddha Maitreya se sera incarné encore et encore sur la terre en tant que Bodhisattva, en tant que successeur du Bouddha Gautama.
L'une de ses incarnations a été celle de Jeshu ben Pandira, qui a vécu cent ans avant le début de notre ère. L'être qui s'est incarné à Jeshu ben Pandira est le même qui deviendra un jour le Bouddha Maitreya et qui, de siècle en siècle, revient de plus en plus dans un corps de chair, pas encore comme Bouddha lui-même mais comme Bodhisattva. Même à notre époque, il procède de lui qui plus tard sera le Bouddha Maitreya, les enseignements les plus importants concernant le Christ et les Fils de Feu - les Agnishvattas - du mysticisme indien. Ces choses par lesquelles l'homme peut reconnaître l'être qui doit devenir le Bouddha Maitreya sont communes à tout mysticisme oriental authentique et à la sagesse chrétienne.

Le Bouddha Maitreya qui, contrairement aux Fils de Feu, apparaîtra dans un corps physique comme Bodhisattva, peut être reconnu par le fait que dans sa jeunesse, son développement ne donne aucune indication sur la nature de l'individualité en lui. Seuls ceux qui possèdent la compréhension reconnaîtront la présence d'un Bodhisattva dans un tel être humain, se manifestant entre trente et trente-trois ans et pas avant. Il se produit alors quelque chose qui s'apparente à un échange de personnalité. Le Bouddha Maitreya révélera son identité à l'humanité au cours de la trente-troisième année de sa vie. Alors que le Christ Jésus a commencé son œuvre de vie dans sa trentième année, les Bodhisattvas, qui continueront à proclamer les impulsions du Christ, se révèlent dans la trente-troisième année de leur vie.

Le Bouddha Maitreya lui-même, en tant que Bodhisattva transformé, parlant avec des mots puissants dont aucune idée adéquate ne peut être donnée à l'heure actuelle, proclamera les grands secrets de l'existence. Il parlera dans une langue qui doit d'abord être créée, car aucun être humain aujourd'hui ne pourrait trouver les mots avec lesquels le Bouddha Maitreya s'adressera à l'humanité. La raison pour laquelle les êtres humains ne peuvent pas encore être abordés de cette manière est que l'instrument physique pour cette forme de parole n'existe pas encore. L'enseignement de l'Éveillé ne se répandra pas dans les êtres humains uniquement comme des enseignements, mais répandra des impulsions morales dans leur âme. De tels mots ne peuvent pas encore être prononcés par un larynx physique; à notre époque, ils ne peuvent être présents que dans les mondes spirituels.

L'anthroposophie est la préparation de tout ce qui arrivera dans le futur. Ceux qui prennent au sérieux le processus de l'évolution de l'homme décident de ne pas permettre au développement de l'âme de s'arrêter mais de s'assurer que son développement finira par permettre à la partie spirituelle de la terre de se libérer, laissant la partie la plus grossière tomber comme un cadavre - car les êtres humains pourraient frustrer tout le processus. Ceux qui désirent que l'évolution réussisse doivent acquérir une compréhension de la vie spirituelle à travers ce que nous appelons aujourd'hui l'anthroposophie. La culture de l'anthroposophie devient ainsi un devoir; la connaissance devient quelque chose que nous expérimentons réellement, quelque chose dont nous avons la responsabilité. Lorsque nous sommes intérieurement conscients de cette responsabilité et que nous avons cette détermination, lorsque nous expérimentons les mystères du monde afin de susciter en nous le désir de devenir anthroposophes, alors notre expérience est juste. L'anthroposophie ne doit cependant pas être quelque chose qui ne fait que satisfaire notre curiosité; ce doit plutôt être quelque chose sans lequel nous ne pouvons pas vivre. Ce n'est que lorsque c'est le cas que nous faisons l'expérience dans le bon sens; c'est seulement alors que nous vivons comme des pierres de construction vivantes dans cette grande construction qui doit être réalisée dans les âmes humaines et qui peut embrasser toute l'humanité.

L'anthroposophie est ainsi une révélation de véritables phénomènes mondiaux qui confronteront les gens du futur et confronteront nos propres âmes, que ce soit encore dans un corps physique ou dans la vie entre la mort et une nouvelle naissance. Le bouleversement à venir nous concernera, que nous vivions encore dans le corps physique ou que nous l'ayons mis de côté. Les gens doivent acquérir une compréhension de la terre dans le corps physique si elle veut prendre effet entre la mort et une nouvelle naissance.

Pour ceux qui acquièrent une certaine compréhension de Christ maintenant dans le corps physique, cela ne fera aucune différence, quand le moment sera venu de voir Christ, qu'ils aient déjà franchi ou non le portail de la mort. Mais si ceux qui rejettent maintenant la compréhension du Christ sont déjà passés par le portail de la mort lorsque ce moment arrive, ils doivent attendre leur prochaine incarnation, car une telle compréhension ne peut pas être acquise entre la mort et une nouvelle naissance. Cependant, une fois la fondation acquise, elle perdure, puis le Christ devient également visible pendant la période entre la mort et la nouvelle naissance.

L'anthroposophie n'est donc pas seulement quelque chose que nous apprenons pour notre vie physique, mais elle a également une valeur lorsque nous avons mis de côté le corps physique à la mort. C'est ce que je souhaitais vous transmettre aujourd'hui en tant que compréhension de l'humanité et une manière de répondre à de nombreuses questions. La connaissance de soi est difficile car l'homme est un être si complexe. La raison de cette complexité est qu'il est connecté à tous les mondes et êtres supérieurs. Nous avons en nous des images d'ombre du grand monde, et tous les membres de notre constitution - les corps physique, éthérique et astral et le moi - sont des mondes pour les êtres divins. Nos corps physique, éthérique et astral et moi formons un seul monde; l'autre est le monde supérieur, le monde du ciel. Pour les êtres divins-spirituels, les mondes supérieurs sont les membres corporels des mondes supérieurs, divins-spirituels.

L'homme est si complexe parce qu'il est vraiment une image miroir du monde spirituel. La réalisation de cela devrait lui faire prendre conscience de sa valeur intrinsèque. De cette connaissance, cependant, bien que nous soyons des images du monde spirituel, nous sommes néanmoins loin de ce que nous devrions être - de cette connaissance nous acquérons également, en plus de la conscience de notre valeur en tant qu'êtres humains, la bonne attitude de modestie et l'humilité envers le macrocosme et ses dieux.


Réponses de Rudolf Steiner aux questions à la fin de la conférence 


Question: Comment comprendre les mots utilisés par saint Paul, «parler en langues» (I Cor. 12:10) ?

Réponse: Chez des êtres humains exceptionnels, il peut arriver que non seulement le phénomène de la parole à l'état de veille soit présent, mais que quelque chose autrement présent uniquement dans la conscience du sommeil se jette dans cette parole. C'est le phénomène dont parlait saint Paul. Goethe en a parlé dans le même sens; il a écrit deux traités des plus intéressants sur ce phénomène.

Question: Comment comprendre les paroles de consolation du Christ ?

Réponse: Les êtres humains ressentiront ces paroles de consolation comme si elles surgissaient dans leur propre cœur. Ils peuvent également être reçus par audition physique.

Question: Quelle est la relation des forces et substances chimiques avec le monde spirituel ?

Réponse: Il existe dans le monde un certain nombre de substances qui peuvent se combiner ou se séparer. Ce que nous appelons l'action chimique est projeté dans le monde physique à partir du monde de Devachan - le domaine de l'harmonie des sphères. Dans l'union de deux substances en fonction de leurs poids atomiques, nous avons une ombre de deux tons de l'harmonie des sphères. L'affinité chimique entre deux substances dans le monde physique est comme une ombre sur le monde de l'harmonie des sphères. Les rapports numériques en chimie sont vraiment l'expression des rapports numériques de l'harmonie des sphères, devenue muette et silencieuse du fait de la densification de la matière.

Si l'on pouvait réellement amener la substance matérielle dans la dilution éthérique et percevoir les numéros atomiques comme le principe formateur intérieur, on entendrait l'harmonie des sphères. Nous avons le monde physique, le monde astral, le Dévachan inférieur et le Dévachan supérieur. Si l'on enfonce le corps plus bas que le monde physique, on entre dans le monde sous-physique, le monde astral inférieur, le Dévachan inférieur inférieur ou mauvais, et le Dévachan supérieur inférieur ou mauvais. Le monde astral diabolique est la province d'Ahriman et le diable supérieur Devachan la province des Asuras. Si l'on pousse l'action chimique vers le bas sous le plan physique, dans le monde dévachanique maléfique, le magnétisme apparaît. Si l'on projette de la lumière dans le sous-matériau - c'est-à-dire, une étape plus profonde que le monde matériel - l'électricité apparaît.

Si ce qui vit dans l'harmonie des sphères est enfoncé encore plus loin, dans la province des Asuras, une force encore plus terrible, qu'il ne sera pas possible de garder cachée beaucoup plus longtemps, est générée. On ne peut qu'espérer que lorsque cette force viendra - une force que nous devons concevoir comme étant loin, bien plus forte que la décharge électrique la plus violente - on ne peut qu'espérer qu'avant qu'un découvreur ne remette cette force entre les mains de l'humanité, les êtres humains ne seront plus ont quelque chose d'immoral en eux.

Question: Qu'est-ce que l'électricité?

Réponse: L'électricité est légère à l'état de sous-matériau. La lumière y est compressée au maximum. Une qualité intérieure doit également être attribuée à la lumière; la lumière est elle-même en tout point. La chaleur peut s'étendre dans les trois dimensions de l'espace. À la lumière, nous devons parler d'une quatrième dimension; il peut s'étendre de quatre manières; il a la qualité de l'intériorité comme quatrième dimension.

Question: Qu'arrive-t-il au cadavre de la terre?

Réponse: En tant que résidu de l'évolution de la Lune antique, nous avons notre lune actuelle qui fait le tour de la terre. De même, il y aura un résidu de la terre qui encerclera Jupiter. Ensuite, ces résidus se dissoudront progressivement dans l'éther universel. Sur Vénus, il n'y aura plus de résidu. Vénus se manifestera, pour commencer, sous forme de chaleur pure, puis elle deviendra lumière, puis elle passera dans le monde spirituel. Le résidu laissé par la terre sera comme un cadavre. C'est cependant un chemin sur lequel l'homme ne doit pas accompagner la terre, car il serait ainsi exposé à de terribles tourments. Il y a cependant de nombreux êtres qui accompagneront ce cadavre, car eux-mêmes se développeront par ce moyen à un stade supérieur.


Reflété comme un monde sous-physique:
      Monde Astral ............. la province de Lucifer
      Dévachan inférieur ........... la province d'Ahriman
      Dévachan supérieur .......... la province des Asuras
 
 
 
 https://wn.rsarchive.org/Lectures/ReapChrist/images/Reappearance_of_Christ_in_Etheric3.png
 
 
 
Rudolf Steiner - 1er octobre 1911 

mercredi 25 mars 2020

Le Mystère entourant la Pierre Philosophale







Koberwitz, 11 juin 1924
Digression sur l’activité de la nature
Comment l’esprit agit dans la nature



(...)Les forces de la terre et du cosmos dont je vous ai parlé, ces forces agissent au sein de l’agriculture par l’intermédiaire des substances de la terre. Aussi ne sera-t-il possible de passer dans les jours qui viennent à l’éventail des points de vue pratiques que si nous nous occupons aujourd’hui avec plus de précision encore de la question suivante : comment agissent par l’intermédiaire des substances terrestres les forces dont nous avons parlé ?

L’une des questions primordiales que l’on peut soulever quand il s’agit de la production dans le domaine agricole a déjà été celle de la signification et de l’influence de l’azote sur la production agricole dans son ensemble. Seulement, il règne aujourd’hui précisément une grande confusion sur cette question de la nature même de l’action de l’azote. Partout où l’azote est à l’oeuvre, on ne voit pour ainsi dire que les aboutissants de son action, les phénomènes les plus superficiels dans lesquels il se manifeste.
Mais on ne pénètre pas le contexte naturel au sein duquel agit l’azote et il ne saurait en être autrement si l’on se cantonne dans un domaine de la nature, ce n’est possible que si le regard porte jusqu’aux lointains du domaine de la nature et si l’on se soucie en même temps de savoir comment l’azote est actif dans la nature. On peut même dire – et c’est ce qui ressortira de mon exposé – que si l’azote en tant que tel ne joue pas nécessairement le tout premier rôle dans la vie végétale, il est néanmoins de première nécessité de connaître ce rôle pour comprendre la vie de la plante.

Mais l’azote, quand il agit dans la nature, a, dirais-je, quatre frères dont il faut en même temps apprendre à connaître les effets si l’on veut saisir ses fonctions et son importance dans l’économie de la nature, comme on l’appelle. Et ces quatre frères sont unis à lui d’une façon qui reste un mystère pour la science extérieure d’aujourd’hui, unis à lui dans l’albumine végétale et animale. 
Ces quatre frères sont : 
le carbone, l’oxygène, l’hydrogène et le soufre
Si l’on veut connaître à fond la signification de l’albumine, il ne suffit pas de citer parmi les éléments significatifs qui la composent l’hydrogène, l’oxygène et le carbone, il faut y ajouter le corps dont l’action est pour l’albumine d’une importance primordiale, le soufre. Car le soufre est précisément, dans l’albumine, le médiateur entre l’esprit partout répandu dans le monde, entre la force formatrice du spirituel et le physique.
Et l’on est fondé à dire que si l’on veut suivre dans le monde matériel les traces qu’y dessine l’esprit, il faut suivre l’activité du soufre. Bien que cette activité du soufre ne soit pas aussi manifeste que celle d’autres corps, elle est cependant d’une extrême importance parce que c’est par le détour du soufre que l’esprit agit sur le physique dans la nature, le soufre est positivement le porteur du spirituel. On l’appelait autrefois « sulphur », d’un nom qui s’apparente à celui du phosphore ; ce nom ancien, il le porte parce qu’autrefois on voyait aussi dans la lumière, la lumière qui se répand, la lumière de nature solaire, le spirituel qui se répand. Et c’est pourquoi on nommait ces corps, comme le soufre et le phosphore, qui ont à voir avec l’action de la lumière pénétrant dans la matière, les porteurs de lumière.

Maintenant, et précisément parce que l’activité du soufre dans l’économie de la nature est si subtile, c’est en considérant et en apprenant à comprendre vraiment les quatre autres frères, carbone, hydrogène, azote, oxygène que nous verrons le mieux apparaître ce que représentent exactement ces corps dans l’ensemble de l’univers. Car le chimiste d’aujourd’hui ne sait pas grand chose de ces corps. Il sait quel est leur aspect extérieur, lorsqu’il les a dans son laboratoire, mais il ignore absolument tout de la signification profonde de ces corps dans l’ensemble des activités universelles. Et la chimie d’aujourd’hui ne nous en apprend guère plus sur ces corps que ne nous en apprend sur une personne la silhouette que l’on a croisée dans la rue, qu’on a prise en photo s’il se trouve et qu’on se rappelle en s’aidant de la photo.
Car la science ne fait pas beaucoup plus que photographier ces corps – dont il faut pourtant connaître la nature profonde – et ce qu’en disent les livres, la façon dont on en parle dans nos cours, tout cela n’a guère plus de contenu qu’une photographie, assurément.

Partons donc pour commencer – nous verrons en son temps les conséquences à en tirer pour le monde végétal – du carbone. Ce carbone, voyez-vous, est aujourd’hui déchu d’une position très aristocratique et Dieu sait que par la suite bien des êtres dans l’univers ont suivi le même chemin, pour tomber à un niveau très, très plébéien. Ne voit-on pas dans le carbone le charbon qui sert à chauffer les poêles ? N’y voit-on pas le graphite qui sert à écrire ? Il subsiste bien une forme modifiée du carbone à laquelle on donne encore une valeur aristocratique, le diamant ; mais on n’a plus tellement loisir de l’apprécier, parce qu’on ne peut pas se le payer. Ainsi ce que l’on sait du carbone, comparé à l’énorme importance qui est la sienne dans l’univers, c’est trois fois rien. Ce gaillard – nous l’appellerons ainsi – ce gaillard de couleur noire, on le tenait jusqu’à une époque relativement très récente, il y a quelques siècles encore, pour ce qu’on désignait d’un terme extrêmement noble : la « pierre philosophale ».

Qu’est-ce que la pierre philosophale ? La question a suscité bien des bavardages dont il n’est pas sorti grand chose. Car lorsque les alchimistes d’antan et leurs pareils ont parlé de la pierre philosophale, ils entendaient par là le carbone sous ses diverses formes. Et s’ils gardaient son nom à ce point secret, c’est que faute de le garder secret, n’importe qui aurait prétendu posséder la pierre philosophale, évidemment. Mais c’est bien du carbone qu’il s’agissait. 
Et pourquoi le carbone ?
Nous pouvons ici donner une réponse qui, tout en faisant appel à une conception ancienne, devrait être connue aujourd’hui. Voyez-vous, si l’on fait abstraction de la forme fragmentée sous laquelle, du fait que le carbone a passé par certains processus, nous le trouvons dans la nature (la houille ou encore le graphite), si nous saisissons le carbone dans son activité vivante, tel qu’il est véhiculé à travers le corps humain, à travers le corps de l’animal, tel qu’à partir de sa propre nature il édifie le corps de la plante, alors la substance amorphe – sans forme – que l’on se représente sous les espèces du carbone n’apparaît plus que l’aboutissement dernier, le cadavre de ce qu’est à proprement parler le charbon, le carbone, dans l’économie de la nature.

Le carbone est en effet le porteur de tous les processus créateurs de formes dans la nature.
Qu’il s’agisse d’une forme ou d’une autre, celle, relativement éphémère, de la plante ou celle, perpétuellement changeante, de l’organisme animal, le grand modeleur qui est là présent, c’est le carbone : c’est lui qui, non seulement porte en lui sa substantialité noire, mais qui,lorsqu’il est en pleine activité, qu’il est intérieurement mobile, est partout le porteur des images cosmiques qui créent les formes, des grandes imaginations cosmiques dont sort nécessairement tout ce qui dans la nature reçoit une forme. Un sculpteur caché est à l’oeuvre dans le carbone et ce sculpteur, en édifiant les formes les plus diverses qui sont élaborées dans la nature, se sert du soufre.
Si bien que si nous voulons nous faire une idée juste du carbone dans la nature, nous devons regarder comment l’activité de l’esprit dans l’univers s’humidifie en quelque sorte avec le soufre, fait oeuvre de sculpteur et édifie à l’aide du carbone la forme plus solide de la plante mais aussi celle qui déjà passe tandis qu’elle naît, la forme de l’être humain qui justement se différencie de la plante en ce qu’il est capable d’anéantir sans cesse la forme en train de naître en éliminant le carbone qui sous forme de gaz carbonique s’est combiné à l’oxygène. C’est justement parce que le carbone dans le corps humain nous donne des formes trop rigides, trop fermes, comme celles du palmier – il se donne pour tâche de nous conférer cette solidité – que la respiration déconstruit aussitôt, arrache le carbone à cet état de solidité, le combine à l’oxygène et l’évacue à l’extérieur ; c’est ainsi que nous sont données les formes mobiles dont, en tant qu’êtres humains, nous avons besoin.

Mais la présence du carbone dans la plante est telle que d’une certaine manière il y est retenu jusqu’à un certain point sous forme solide, même dans les plantes annuelles. Une maxime ancienne dit à propos de l’homme : « Le sang est un suc tout particulier » et on dit avec raison que le moi humain bat dans le sang, qu’il s’y exprime physiquement, mais pour être plus précis, c’est le carbone vivant, agissant, se donnant forme et à nouveau la défaisant, sur les traces duquel, humidifié avec le soufre, se meut dans le sang cet élément spirituel dans l’être humain que nous appelons le Moi ; de même que le Moi humain, qui est à proprement parler l’esprit en l’homme, vit dans le carbone, de même le Moi cosmique vit en quelque sorte dans l’esprit cosmique par le détour du soufre contenu dans le carbone qui se donne des formes et sans cesse les dissout. Il se trouve qu’aux époques antérieures de l’évolution de notre terre, le carbone a été ce qui s’est déposé, somme toute.
C’est seulement plus tard qu’est venu s’ajouter par exemple le calcaire dont l’homme se sert pour donner à son être une assise, une armature plus solides. Afin que puisse être mis en mouvement ce qui vit dans le carbone, l’homme crée dans son armature osseuse calcaire un soubassement solide ; l’animal aussi, du moins l’animal supérieur. Par là, l’être humain, avec la mobilité du carbone qui est en lui, se dégage du minéral pur, de la formation calcaire, solide, qui est celle de la terre et que lui aussi s’incorpore afin d’avoir en lui de la terre ferme.
Dans le calcaire de ses formations osseuses, l’être humain a en lui la terre ferme.

Vous en savez maintenant assez pour vous représenter qu’à la base de tout ce qui est vivant se trouve une armature carbonée plus ou moins solide ou plus ou moins fluctuante qui ouvre la voie au déplacement du spirituel à travers le monde. Permettez-moi de vous dessiner cela très schématiquement, cela suffira pour nous donner une vue tout à fait concrète de la chose. Je dessine ainsi une armature comme l’esprit peut en élaborer n’importe où à l’aide du soufre (voir en bleu sur le croquis). C’est donc soit du carbone en perpétuel changement, qui se meut à dose très fine dans le soufre, soit comme chez les plantes une armature de carbone devenue plus ou moins solide, mêlée à d’autres substances, à d’autres ingrédients qui l’ont rendue plus solide. Voyez maintenant : si nous considérons l’homme, ou en fin de compte un autre être vivant, il faut – nous l’avons souvent souligné depuis que nous sommes ensemble – que l’élément vivant en lui soit parcouru par l’éthérique qui est à proprement parler le porteur de la vie. 


 


Donc ce qui représente ici l’armature carbonée d’un être vivant, il faut que cela soit également pénétré d’éthérique de telle sorte que cet éthérique ou bien se fixe davantage sur les éléments de cette armature, ou bien soit plus ou moins en mouvement. Mais il faut que l’éthérique soit répandu sur toute l’étendue de l’armature (en vert sur le croquis). Nous pouvons donc dire : il faut qu’un élément éthérique soit présent partout où cette armature existe. Mais cet éthérique, s’il restait seul de son côté, ne pourrait pas exister en tant qu’éthérique au sein de notre monde terrestre physique, c’est un premier point. Il passerait partout comme un néant furtif, pour ainsi dire, sans pouvoir se saisir de ce dont il a à se saisir dans le monde terrestre physique, s’il ne disposait d’un support terrestre. Tout ce que nous avons sur terre a ceci de particulier que le spirituel y a toujours besoin d’un support physique.
Les matérialistes, eux, ne tiennent compte que du support physique, ils oublient le spirituel.
Ils ont toujours raison, parce qu’effectivement la première chose qui s’offre à nous, c’est le support physique. Mais justement, ils restent totalement insensibles au fait que partout il faut au spirituel un support physique. Et ce porteur physique du spirituel qui agit dans l’éthérique – nous pouvons dire que dans l’éthérique agit le spirituel à son niveau le plus bas – ce support physique qui est parcouru par l’éthérique, parcouru de telle façon que l’éther s’humidifie en quelque sorte avec le soufre et introduit alors dans le physique ce qui n’est plus une forme à donner, ce qui n’est plus la constitution d’une armature, mais une perpétuelle mobilité, une perpétuelle vitalité à faire passer dans l’être de cette armature, cet élément physique qui, à partir de l’éther et avec l’aide du soufre, introduit la vie agissante, c’est l’oxygène. Si bien que ce que j’ai esquissé ici en vert, vous pouvez aussi vous le représenter, si vous le considérez sous son aspect physique, comme l’image de l’oxygène et par le canal de l’oxygène, de l’entité vivante, vibrante, ondoyante.

C’est par ce détour de l’oxygène que se meut l’éthérique avec l’aide du soufre. Et c’est par là que le processus respiratoire commence à prendre un sens. Nous absorbons l’oxygène par le processus respiratoire. Le matérialiste d’aujourd’hui ne parle que de l’oxygène qu’il a dans sa cornue quand il fait l’électrolyse de l’eau. Mais dans cet oxygène est partout vivant l’éthérique, le suprasensible à son niveau le plus bas, quand il n’en est pas supprimé comme nécessairement il est supprimé dans l’air qui nous entoure. Dans l’air que nous respirons, l’élément vivant de l’oxygène est tué afin que nous ne perdions pas connaissance en inspirant l’oxygène vivant. Car nous perdons connaissance lorsqu’un élément supérieur vivant pénètre en nous. Déjà une banale hypertrophie de croissance qui apparaît dans l’organisme, si elle se développe en un endroit où il ne le faudrait pas, nous fait perdre connaissance, sinon pire.
Donc, si nous étions entourés d’un air vivant, contenant de l’oxygène vivant, nous irions dans
tous les sens complètement abasourdis.

Il faut que l’oxygène autour de nous soit tué. Mais je dirais qu’il est, de naissance, le porteur de la vie, de l’éthérique. De même il devient aussitôt porteur de vie quand il sort de la sphère où il a mission d’agir, du fait qu’il lui faut extérieurement entourer nos organes des sens. Si nous le faisons entrer en nous par notre respiration, où il lui est permis d’être vivant, il redevient vivant. L’oxygène qui circule en nous n’est pas le même que celui qui nous entoure extérieurement. En nous, c’est de l’oxygène vivant et de même il redevient aussitôt oxygène vivant quand il quitte l’air atmosphérique pour pénétrer dans le sol, bien qu’il y vive d’une vie moins intense qu’en nous ou dans les animaux. Mais vivant, il le devient dans le sol.
L’oxygène présent sous la surface de la terre n’est pas le même que celui qui vit au -dessus de
la terre.
Il est certes difficile de tomber d’accord là-dessus avec les physiciens et les chimistes, car selon les méthodes qu’ils appliquent, il faut toujours que l’oxygène soit extrait de l’élément terrestre. Aussi n’ont-ils jamais à leur disposition que de l’oxygène mort. Il ne peut en aucune façon en être autrement. Mais c’est là une situation à laquelle est exposée toute science qui n’a en vue que le physique. Elle ne peut comprendre que des cadavres. En réalité, l’oxygène est le porteur de l’éther vivant et cet éther vivant s’empare de l’oxygène, le domine, en agissant par l’intermédiaire du soufre.

Voilà donc que j’ai maintenant deux éléments qui ne sont encore pour ainsi dire que juxtaposés : d’une part, l’armature carbonée dans laquelle manifeste son activité la forme la plus élevée du spirituel qui nous soit accessible sur terre, le Moi humain ou bien le spirituel cosmique à l’oeuvre dans les plantes. D’autre part, si nous examinons le processus tel qu’il se déroule en l’homme, nous sommes en présence de la respiration, de l’oxygène vivant qui se manifeste en l’homme et qui porte l’éther ; et nous avons encore l’armature de carbone qui est là, à l’arrière-plan, et qui chez l’homme est en mouvement. L’un et l’autre doivent nécessairement se rejoindre. Il faut que l’oxygène puisse emprunter les voies qui sont tracées d’avance par l’armature et il faut qu’il puisse aller là où une ligne, ou quelque chose d’approchant, est dessinée par le carbone, par l’esprit du carbone, et partout dans la nature il faut que l’oxygène porteur de l’éthérique puisse trouver le chemin qui mène vers le carbone porteur du spirituel. Comment s’y prend-il ? Qui sert ici de médiateur ?

Le médiateur, c’est l’azote. L’azote introduit la vie dans les formes incarnées dans le carbone. Partout où l’azote apparaît, il a pour mission de procurer la vie en servant d’intermédiaire au spirituel qui a d’abord trouvé forme dans le carbone. C’est l’azote qui partout, dans le règne végétal comme dans le règne animal et même à l’intérieur de la terre, jette un pont entre l’oxygène et le carbone. Et la spiritualité qui à son tour s’affaire dans l’azote avec l’aide du soufre, c’est celle que nous appelons spiritualité astrale. C’est la spiritualité astrale dans le corps astral de l’homme, c’est la spiritualité astrale dans l’environnement de la terre, où l’astral agit également dans la vie des plantes, des animaux,etc…

Spirituellement parlant, nous avons donc, intercalé entre oxygène et carbone, l’astral, mais cet astral marque le physique de son empreinte en se servant de l’azote pour pouvoir agir sur le plan physique. Partout où il y a de l’azote il se répand de l’astral. Car l’éthérique porteur de vie coulerait partout à flots à la façon d’un nuage, sans tenir le moindre compte de cette armature carbonée, si l’azote n’éprouvait pas une aussi prodigieuse attirance pour l’armature carbonée.
Partout où des lignes et des chemins sont tracés dans le carbone, l’azote entraîne à sa suite l’oxygène, l’astral de l’azote entraîne à sa suite l’éthérique (en jaune sur le croquis). Cet azote est l’entraîneur par excellence, celui qui entraîne le vivant vers le spirituel. C’est pourquoi l’azote en l’homme joue un rôle essentiel dans la vie de l’âme puisque la vie de l’âme sert d’intermédiaire entre la vie tout court et l’esprit.
Cet azote est, à proprement parler, quelque chose de vraiment merveilleux. Lorsque nous suivons le chemin qu’il parcourt dans l’organisme humain, c’est tout un être humain qu’il dessine. Il y a effectivement un homme-azote. Si nous pouvions l’isoler, ce serait le plus beau spectre qui puisse exister. Car il imite point pour point ce qui se trouve dans l’armature osseuse de l’homme. D’un autre côté, il se remet aussitôt à s’écouler dans la vie. Ainsi plonge le regard dans le processus respiratoire.

 Par ce processus, l’homme prend en lui l’oxygène, autrement dit la vie éthérique. Puis intervient l’azote interne qui entraîne l’oxygène partout où il y a du carbone, c’est-à-dire des formes actives et changeantes ; il y amène l’oxygène afin que celui-ci aille chercher la substance charbon et l’évacue.
Mais c’est bien par l’intermédiaire de l’azote que l’oxygène forme du gaz carbonique et que l’oxyde de carbone se trouve expiré. Cet azote nous entoure de tous côtés. Il n’y a autour de nous qu’une faible proportion d’oxygène – porteur de vie, on s’en souvient – alors qu’il y a une importante proportion d’azote de nature astrale et porteur d’esprit. De jour comme de nuit, nous avons un besoin considérable d’oxygène autour de nous. Nous avons peut-être moins de considération pour l’azote, de jour comme de nuit, parce que nous estimons – je parle ici de l’azote contenu dans l’air que nous respirons – en avoir moins besoin. 
Pourtant l’azote est bien ce qui a avec nous une relation spirituelle. Vous pourriez faire l’expérience
suivante :
Vous pourriez tenter l’expérience en plaçant un homme dans un volume d’air déterminé en milieu clos et vous pourriez soustraire à l’air ambiant une petite quantité d’azote de manière que cet homme soit entouré d’un air un peu plus pauvre en azote que dans les conditions habituelles. Vous vous convaincriez, si l’expérience pouvait être menée à terme avec prudence, que l’azote se reconstitue immédiatement, non pas de l’extérieur mais, ainsi qu’il s’avère, de l’intérieur de l’homme. L’homme doit céder son azote de manière à lui restituer la proportion à laquelle il est habitué.
C’est une nécessité pour nous autres hommes que de restaurer la proportion exacte entre notre être intérieur tout entier et l’azote qui nous entoure. La quantité d’azote extérieur ne peut en aucun cas diminuer. Certes, il ne perdrait rien de sa valeur : comme nous n’avons pas besoin d’azote pour respirer, il y en aurait toujours assez. Mais la relation spirituelle qui s’attache à lui exige la quantité d’azote qu’on a l’habitude de trouver dans l’air (...)


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