jeudi 12 avril 2018

Fulcanelli, l'adepte du feu secret et Frère d'Héliopolis


"Nul ne peut transmuter la matière s'il ne s'est transmuté lui même." Paracelse

"Qualifiée d'être un art INITIATIQUE,une science,une philosophie hermétique,avant de déboucher sur de la chimie, l'alchimie est d'abord une biologie" Cédric Mannu

Combien de centaines d'articles, de dizaines de livres d'érudits ou de profanes ont-ils été écrits sur ce personnage énigmatique derrière ce pseudonyme ? Cet étrange et singulier personnage familier d'Eugène Canseliet ou de Julien Champagne. Franck Zappa l'admirait à tel point qu'il en laissera un titre instrumental "but who was Fulcanelli?". Deux excellents ouvrages feront date dans la littérature alchimique sérieuse et traditionnelle et un troisième synopsis inachevé que détiendra un temps Eugène Canseliet avant de lui être retiré par l'auteur !
Connus comme "Le Mystère des cathédrales" puis les "Demeures philosophales" et l'inachevé, l'énigmatique synopsis : "De Finis Gloriae Mundi". Mais ne perdons jamais de vue que c'est avant tout l'Oeuvre elle-même qui doit prévaloir ! A ce jour, personne ne peut affirmer avec certitude l'identité profane du (ou des auteurs) qui se cachent derrière le pseudonyme. Une deuxième partie traitera de la fraternité d'Héliopolis à laquelle Eugène Canseliet et J.J Champagne se réclamèrent. Société invisible rattachée aux véritables Rose-Croix...


blason de Fulcanelli

Pour tenter de cheminer tel Dédale dans cette enquête identitaire ,tentons de suivre le fil d'Ariane des hypothèses reconnues les plus sérieuses par les chercheurs qui ont pignon sur rue. Débutons par celle tirée des archives de l'INA à travers cette émission fameuse "Radioscopie" entre Eugène Canseliet et Jacques Chancel datée de 1978 :



  Les Fulcanellisables ?


Jules Violle (1841-1923) ?

Albert de Lapparent (1839-1928) ?
                            
Paul Decoeur (1839-1923) ?

                               
 En 1926 parait chez un éditeur parisien, Jean Schemit, un livre d’alchimie devenu célèbre, Le Mystère des Cathédrales, suivi en 1930 par Les Demeures Philosophales. Eugène Canseliet signe la préface ; Julien Champagne réalise les illustrations des deux livres (36 et 40 planches d’une grande qualité). L’ensemble est signé Fulcanelli.

 Pour certains auteurs, Fucanelli n’existe pas. Le pseudonyme cacherait un collectif composé de Julien Champagne, l’illustrateur, Eugène Canseliet et peut-être Pierre Dujols, libraire érudit féru d’hermétisme, ami de Champagne. C’est la thèse de Geneviève Dubois et son « Fulcanelli Dévoilé » (Dervy, 1992). Cependant, de nombreux éléments contredisent cette assertion : le style de Fulcanelli, tout d’abord, n’est pas celui de Champagne (La Vie Minérale) ou de Canseliet, dont les écrits sont aujourd’hui largement diffusés. L’érudition, évidente à la lecture du Mystère et des Demeures, est fort peu compatible avec l’âge du préfacier, comme il le déclare lui-même avec beaucoup de modestie. Quant bien même, par amusement il dédicacera son premier ouvrage à Schwaller de Lubicz,par les initiales F.C.H (frère chevalier d'Héliopolis ) ! Le point le plus important reste les déclarations d’Eugène Canseliet, qui jamais n’est pris en défaut au fil des nombreuses années de son enseignement : aucun mensonge n’est avéré, ni contradiction majeure malgré des interventions en tout genre sur une large échelle de temps. Si Eugène Canseliet ne ment pas, et c’est notre conviction, de nombreux éléments biographiques sont connus, qui touchent la personnalité sociale réelle de l’adepte. Nous les collectons au fil des préfaces, des ouvrages signés Canseliet, des interviews – nombreuses ; Radioscopie, le Feu du Soleil -, des articles signés par le « maître de Savignies » (Alchimiques mémoires dans la Tourbe des Philosophes, revue Atlantis), enfin des confidences de proches ou de parents d’Eugène Canseliet.

Fulcanelli, nous dit Canseliet, est un homme considérable ayant côtoyé les plus grands esprits de son temps. Ami intime de Pierre et Marie Curie ou de Grasset d'Orcet ; il appartient au monde scientifique : dans les Alchimiques Mémoires (La Tourbe des Philosophes n°11), son préfacier nous confie : « Trois ans après la malheureuse insurrection de la Commune, Fulcanelli, jeune ingénieur qui avait participé à la défense de Paris, sous les ordres de Monsieur Viollet-le-Duc, rendit visite à son lieutenant-colonel ». En 1874, trois ans après la Commune, Fulcanelli est un jeune ingénieur. Mais quand est-il né ?
En 1919, Canseliet croise Fulcanelli chez les Lesseps, avenue Montaigne (Le Feu du Soleil, page 67). Fulcanelli lui dit alors avoir juste 80 ans, dévoilant ainsi son année de naissance, que le disciple confirmera à maintes reprises. Nous voici en présence d’un ingénieur qui, au moment des événements de la Commune en 1871, a 32 ans. Fulcanelli évoque lui-même sa formation scientifique dans les Demeures Philosophales. Ajoutons à cela qu’il s’efface totalement de la vie publique et sociale à un moment de son histoire. En effet, en octobre 1925, Canseliet précise dans son introduction au Mystère des Cathédrales : « L’Auteur de ce livre n’est plus, depuis longtemps déjà, parmi nous », ajoutant plus loin : « Fulcanelli n’est plus. Toutefois, et c’est là notre consolation, sa pensée demeure, ardente et vive, enfermée à jamais dans ces pages comme en un sanctuaire ». Pourtant, la même année, Fulcanelli corrige les épreuves du livre et, en 1929 – date le plus fréquemment retenue, certains auteurs disent 1927 - décide de retirer le manuscrit du troisième livre, Finis Gloriae Mundi (jamais paru). A cette époque, Eugène Canseliet ne voyait plus Fulcanelli, mais correspondait avec lui via Gaston Deveaux, le beau-frère de Julien Champagne. Fulcanelli disparait socialement « longtemps avant » 1925, mais qu’il vit encore une existence secrète, rencontrant le préfacier et l’illustrateur du Mystère assez régulièrement.

Voici un texte décrivant le domicile de Fulcanelli à Paris :

Heureusement, Fulcanelli ne souffrit pas de ce désavantage énorme, parce qu'il occupa toujours de spacieux locaux. Du dernier en date, nous avons donné l'idée, en esquissant la configuration des lieux. C'est là que se trouvait, tout de suite à droite, dès l'entrée dans le cabinet-bibliothèque, le meuble de style Renaissance, que j'ai brièvement décrit dans mes Prolégomènes à Trois anciens Traités d'Alchimie ; cette copie que je fis, voici bien longtemps, et qui fut luxueusement reproduite et semblablement illustrée chez Jean-Jacques Pauvert. À cette époque où florissait le Mouvement Dada, et qui allait continuer, jusqu'en 1930, le XIXe siècle ; à cette époque, par les trois grandes fenêtres de la pièce parquetée à points de Hongrie, on voyait encore les arbres du jardin tout proche. Sous les combles, il y avait une petite porte donnant accès à la terrasse qui recouvrait la cage d'escalier, et qui était entourée d'une fine balustrade en pierre blanche. On y marchait sur un épais tapis de plomb. C'était là le lieu le plus élevé, qui était à l'air libre, et où le Maître soumettait, au rayonnement des étoiles et de la lune, ses cuvettes de rosée déjà fort doucement réduite. Je revois, par la pensée, ces récipients de faïence blanche, rectangulaires, médiocrement profonds, de dimension 18x24, et qui étaient ordinairement employés pour le développement de la photographie. Eugène Canseliet, (Alchimiques Mémoires, in La Tourbe des Philosophes, n°10.)
Nous ne sommes là ni au domicile des Lesseps avenue Montaigne, ni chez Dujols, encore moins dans les chambres de la rue Rochechouart qu’occuperont Champagne et Canseliet. A l’évidence, Fulcanelli dispose d’une certaine aisance matérielle, même si son mode de vie n’en laisse rien paraître. Une aventure passionnante qui n'est pas si éloignée des préoccupations de Rudolf Steiner quand on connaissait ses liens avec Von Bernus autre spagyriste dans la tradition Paracelsienne !

Présentation tirée du site Baglis par Jean Artero et Cédric Mannu sur l'héritage d'Eugène Canseliet,disciple direct du maître !



Qui fut dont cet adepte caché sous le pseudonyme de Fulcanelli après sa disparition sociale, probablement ingénieur polytechnicien,né en 1839 et membre de l’Institut de France ? 


(Clic gauche puis clic droit: "afficher l'image" et enfin clic gauche pour agrandir !)


Chronologie

1839 : naissance de Fulcanelli (selon Canseliet).
1877 : naissance de Julien Champagne
1881-1897 : Rodolphe Salis tient le Cabaret du Char Noir à Paris. Fulcanelli s’en souvient.
1897 : mort d’Antoine d’Abbadie, membre en 1867 de l’académie des sciences, qu’il préside en 1892.
1899 : naissance d’Eugène Canseliet
1905 : Champagne rencontre Fulcanelli (dans sa troisième préface au Mystère des Cathédrales, Canseliet évoque l’excellent artiste qui connut Fulcanelli en 1905, dix ans avant lui). Jean Artero écrit (Julien Champagne, Apôtre de la Science Hermétique, page 50) : « Dès 1906, il nous paraît que l’influence de Fulcanelli sur Julien tend à s’affirmer ».
1908 : Julien Champagne écrit La Vie Minérale, qui se termine par un « Honneur et gloire à jamais aux maîtres disparus ».
1910 : Champagne commence à travailler pour Fulcanelli (Atorène, le laboratoire alchimique, page 333).
1916 : Canseliet fait la connaissance de Fulcanelli, probablement à Marseille (France Inter, Radioscopie avec Canseliet).
1919 : Canseliet croise Fulcanelli chez les Lesseps, avenue Montaigne (Le Feu du Soleil, LFDS, page 67). Fulcanelli lui dit alors avoir juste 80 ans, dévoilant ainsi son année de naissance.
1922 : Fulcanelli n’avait pas encore reçu le « Don de Dieu » (préface à la seconde édition du MDC). Après la transmutation de Sarcelles, le maître va s’effacer (Atorène).
1923 : Fulcanelli remet trois paquets de notes scellés à la cire (LFDS page 72).
Fulcanelli élabore la pierre philosophale cette année-là (lire l’année 1929).
Mort de Paul Decoeur (le 6 mai 1923). Il est né en 1839.
Mort de Jules Violle (le 12 septembre 1923). Il est né en 1841.
Vers 1923, Mort de Charles de Lesseps (selon Walter Grosse). Il est né en 1840.
1924 : mort d’Anatole France (le 12 octobre). Fulcanelli assiste aux obsèques.
Mort de Léon Fould.
1925 : Fulcanelli corrige les épreuves du Mystère des Cathédrales (mise en forme : Eugène Canseliet). LFDS page 71. Canseliet ne voyait plus alors Fulcanelli, et correspondait avec lui via M. Devaux [Gaston Devaux, beau-frère de Julien Champagne]. En octobre, Canseliet signe la préface du Mystère des Cathédrales (parution en 1926) et écrit : « L’Auteur de ce livre n’est plus, depuis longtemps déjà, parmi nous », ajoutant plus loin : « Fulcanelli n’est plus. Toutefois, et c’est là notre consolation, sa pensée demeure, ardente et vive, enfermée à jamais dans ces pages comme en un sanctuaire ».
1926 : Mort de Pierre Dujols (né en 1862). Parution du Mystère des Cathédrales.
1929 : Fulcanelli retire le manuscrit du Finis Gloriae Mundi …/… « A cette époque, il y avait déjà six années que notre vieux Maître avait réussi l’élaboration de la pierre philosophale ». (Seconde préface aux Demeures Philosophales, et Présence de Fulcanelli, Jean Artero, pages 70 et 71). Canseliet écrit à ce propos : « Fulcanelli m’a réclamé le paquet et me l’a retiré. Sans doute y avait-il là des choses très graves. N’oubliez-pas qu’à cette époque il possédait la Pierre.» (LFDS, page 77).
« Il est dit habituellement et on écrit que Fulcanelli aurait retiré son troisième manuscrit, juste après la publication (chez Jean Schemit que j'ai connu personnellement) de la première édition en 1929 des Demeures Philosophales, et que Fulcanelli aurait disparu en 1930. » (Jacques d’Arès, prologue à un « faux » Finis Gloriae Mundi).
1932 : Mort de Julien Champagne. Eugène Canseliet affirme que Fulcanelli aurait, cette année-là, refusé de secourir Julien Champagne, alors à l’agonie, pour des raisons morales qui restent obscures.
1952
: Canseliet affirme avoir revu Fulcanelli cette année-là, en Espagne. L’adepte, à 113 ans, paraissait un homme de l’âge de son disciple – la cinquantaine. Cette anecdote est largement commentée dans l’émission de France-Inter « Radioscopie » avec Jacques Chancel.

Liens utiles

"Qui suis-je ?" Fulcanelli, Ed. Pardès, 2004.
"l'affaire Fulcanelli" de Jacques Grimault 
"En Héliopolis avec Fulcanelli : portrait d'un alchimiste du XXème siècle"-Johan Dreue
http://hermetism.free.fr/personne%20Fulcanelli.htm 
"Présence de Fulcanelli" -Jean Artero
"Le mystère des Cathédrales" et "les demeures philosophales"-Fulcanelli 
http://www.archerjulienchampagne.com/article-2593089.html 

mercredi 11 avril 2018

Les Évangiles, Leur origine et leurs contradictions - Hella Krause-Zimmer



Les Évangiles,
Leur origine et leurs contradictions
Hella Krause-Zimmer


Les contradictions dans les Évangiles peuvent irriter sans cesse le lecteur plein de bonne volonté, même lorsqu'il entreprend encore de considérer la question d'une manière qui ne soit pas tellement « intellectuelle ». Dans ses cycles de conférences consacrés aux Évangiles, et dans d'autres conférences, Rudolf Steiner donne une clef pour la compréhension de ces contradictions. On peut les relever, mais elles ne révèlent vraiment leur sens que lorsqu'elles sont réellement assimilées par l'âme.
Qu'une chose, par exemple un arbre, ne puisse être complètement décrite qu'à condition d'être appréhendée à partir de quatre points de vue différents, cela est facilement compréhensible. Que les Évangiles réalisent ainsi une description de l'oeuvre du Christ, à partir de quatre manières de voir différentes, indique qu'une justification légitime a été accomplie en cela. Mais de quel caractère font à présent preuve les quatre chemins qui s'offrent dans l'approche de cette situation de fait unique – la plus significative de l'histoire du monde – ?
Dans le cycle L'Évangile de saint Matthieu (GA123), il est signalé dès le début: L'Évangile de Jean dirige notre regard « connaissant » sur l'événement christique comme sur le « sommet de l'existence terrestre ». L'homme se sent tout petit à côté, mais il se sent en même temps apparenté à ce qui est grandiose et éternel. – Nous pouvons supposer, même si cela n'est pas encore exprimé ici au commencement, que nous sommes saisis au centre même de notre Je par cet Évangile qui nous laisse contempler la grandeur spirituel de cet événement.
L'Évangile de saint Luc nous touche d'une toute autre manière. L'intériorité la plus profonde en l'âme s'y épanouit. Un sentiment s'éveille en nous et nous ressentons que la plus haute de toutes les qualités liées au sentiment, l'amour, y règne partout. Exprimé avec d'autres mots: notre corps astral est ici directement abordé et ému. Une « sagesse sublime » rayonne de l'Évangile de saint Jean, une « puissance d'amour » de l'Évangile de saint Luc.
L'Évangile de saint Marc tonne, pour ainsi dire, dans notre direction, annonçant la splendeur et la force des puissances de l'univers, si bien que le petit être humain doit ouvrir les yeux et « pourrait alors presque s'effondrer » devant le spectacle qu'il découvre. La force de cet Évangile peut ici atteindre la moelle des os,pénétrant de toute sa puissance jusqu'au niveau du corps de vie (corps éthérique).
L'Évangile de saint Matthieu n'exerce pas une influence aussi unilatérale sur une partie déterminée de notre être. Il est l'humain en général (l'humain universel). Dès le début, il dirige le regard sur les circonstances terrestres de l'hérédité, il montre aussi « l'élément de connaissance qui autorise tous les espoirs » et « le reflet du cosmos dans le coeur de l'être humain ». Il peut carrément être lu comme un « commentaire » des trois autres Évangiles. Ce qui s'y manifeste de grandiose, l'Évangile de saint Matthieu le rend humainement apparenté. Nous en arrivons ici finalement au corps physique et à sa justification légitime, au sein duquel néanmoins, les trois autres sphères prédominent. Ainsi les descriptions proviennent-elles de quatre points de vue différents et se modifient conformément à la
manière selon laquelle elles ont été vécues, selon le cas, par chaque auteur de l'Évangile concerné. Chacun d'eux se place à un niveau qui est le sien, et il ne perçoit uniquement que ce qui ce reflète à son propre niveau,rien d'autre n'apparaît à son regard clairvoyant – car les Évangiles sont les résultats d'expériences clairvoyantes.
La dernière parole du Christ sur la croix constitue l'exemple le plus gravissime pour les quatre niveaux différents et leurs divers rapports avec les quatre membres constitutifs de la nature humaine. Cette parole,prononcée pareillement une fois dans les Évangiles de saint Matthieu et de saint Marc et qui donne l'impression d'être si difficilement compréhensible, est la suivante: «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?»

Comme Rudolf Steiner l'indique dans la dernière conférence de son cycle consacré à l'Évangile de saint Matthieu, on doit se souvenir alors que saint Matthieu est celui qui rend compte de tout ce qui dépend du Jésus-Zoroastre et de ce qui a été transposé à la douzième année dans le corps du Jésus de l'Évangile de saint Luc. Matthieu à toujours devant les yeux les composantes de l'action du Christ qui ont été apportées par le Jésus-Zoroastre – saint Matthieu qui, dès le début, tenait déjà compte de la lignée héréditaire.Au moment où cela s'est produit, le corps de « son » Jésus n'était déjà bientôt plus disponible. Celui-ci mourut peu après la scène de Jésus dans le temple à douze ans. Mais, comme le souligne Rudolf Steiner, les forces divines qui ont oeuvré à l'édification de ce corps particulier et unique, ainsi que les acquisitions qui y avaient été déposées par Zoroastre, alors qu'il y résidait, ces forces donc, se transportèrent avec lui dans le corps de l'Enfant de saint Luc. La divinité de cet autre corps physique pénétra et rehaussa la corporéité du Jésus de saint Luc qui devint ensuite le réceptacle du Christ.

L'intériorité la plus élevée de l'essence christique prit alors congé de ces forces divines présentes dans le corps physique. «C'est donc sur cette séparation, entre l'intériorité de l'essence du Christ-Jésus et cette divinité présente dans la nature physique, que l'auteur de L'Évangile de saint Matthieu tourne son regard. Et cette très ancienne parole des Mystères: « Mon Dieu, mon dieu, comme tu m'as glorifié ! », qui résonnait toujours lorsque la nature spirituelle de l'être humain sortait du corps physique pour contempler le monde spirituel, saint Matthieu la modifie ainsi, en considérant le corps physique: « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » Tu m'as quitté, tu m'abandonnes à cet instant. – Et l'auteur de l'Évangile de saint Matthieu avait principalement en vue cet instant de « l'abandon ».»
L'éthérique fait naturellement aussi partie du corps physique, ainsi que le courant de la vie formatrice, mais l'accent principal de saint Marc porte sur l'éthérique – et non pas sur le physique – . Lui, qui fit l'expérience de la force solaire du Christ, comme une puissance cosmique universelle, vit au moment de la mort du Christ-Jésus, comment les forces extérieures de l'aura solaire affluaient vers Lui et se liaient avec le corps éthérique du Crucifié. «Le corps éthérique est dans une situation identique à celle de notre corps éthérique pendant le sommeil. Comme pour nous dans l'état de sommeil, les forces extérieures se répandent avec lui dans le monde,ainsi sortirent-elles de la même manière à la mort du Christ-Jésus.
C'est pourquoi la même parole retentit dans l'Évangile de saint Marc.» (Nous pouvons comprendre par notre pensée, que ce processus eut lieu à l'instant de l'éclipse physique, lors de la crucifixion – Le Christ venu du soleil s'unit alors au sein de son corps éthérique avec l'aura solaire qui le suivait en trombe.)Saint Luc, l'Évangéliste qui se meut totalement dans l'élément psychique, a affaire avec le déploiement de l'amour de l'être du Christ, et par conséquent avec le corps astral. Ainsi ressent-il, à l'instant de la mort,l'inépuisable miséricorde du Christ se sacrifiant, dans ces paroles: « Père pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font. » «C'est une parole d'amour qui peut venir seule du corps astral, sur lequel l'auteur de l'Évangile de Luc a attiré notre attention dès le début
Saint Jean décrit finalement « le sens de l'ordre terrestre, qui repose dans le verbe solaire ». Nous n'avons pas affaire ici avec l'aura solaire, avec l'enveloppe, l'habit, mais avec le verbe lui-même qui s'insère, en y mettant del'ordre, dans l'évolution de l'humanité et instaure une nouvelle communauté qui ne repose plus sur les liens du sang, mais sur l'esprit.
Ainsi unit-il Jean avec sa propre mère. «Ce qui doit s'unir d'âme à âme, cela est arrangé par le Christ.» Une nouvelle communauté est précisément créée dans l'Évangile de saint Jean, dont l'auteur est celui qui dépeint l'essence du Je. – «En ce qui concerne le corps astral, l'homme n'a pas d'emblée l'aptitude à fonder la communauté..., c'est pourquoi Luc n'a aucune occasion de parler d'une communauté quelconque à fonder, et celui qui décrit l'essence du Je, l'auteur de l'Évangile de saint Jean, encore moins.»

La force formant la communauté, qui met en relation les êtres humains entre eux, se trouve dans le corps éthérique. Et pourtant, ce n'est pas Marc qui a en vue l'instauration d'une nouvelle communauté, mais Jean. Issue du Je, et se propageant bien au-delà du Je individuel dans le Christ, la force est trouvée pour la nouvelle communauté libre de l'avenir. Considérons plus précisément maintenant l'apparition des Évangiles. Rudolf Steiner en dit qu'elle est double: ce sont des écrits initiatiques dans le sens que les auteurs appartenaient à des traditions définies des Mystères.

Dans tous les courants des Mystères, était déjà préfigurée la vie typique du Fils de Dieu. Ainsi, «les bouddhistes racontent la vie de leur être humain divin presque exactement comme les Évangélistes le font pour le leur».
L'extraordinaire personnalité de Jésus témoigne, qu'il a été reconnu comme faisant partie de quatre courants différents des traditions des Mystères, comme celui qui correspond au type même de leur initié de la manière la plus accomplie. Les faits, qui ont été communiqués dans ses écrits, ont un sens allégorique plus élevé. Dans un tel contexte, rien d'autre n'est aussi digne d'être communiqué. La vérité de tels récits repose dans le champ de la mystique, c'est-à-dire que leur sens sera plus profond que leur apparence extérieure ne le laisse supposer.
Les auteurs racontent sur le Christ comme un myste raconte sur un initié. Il ne s'agit pas seulement d'un initié unique et particulier, et le salut dépend justement le plus qu'on le suive. Au sein du Judaïsme, les Mystères, qui existaient en dehors de la religion populaire là aussi, avaient pris une tournure qui incluait le peuple tout entier. On se ressentait alors comme un groupe lié par le sang. Ce qui était l'affaire d'un individu unique, dut ici être donné en partage au peuple entier. Ainsi le peuple entier attendait-il un messie. Par cela, la sagesse des Mystères avait pris un forme qu'«elle devait accepter si elle voulait devenir une religion universelle» (Le christianisme comme fait mystique).

En ce qui concerne l'Évangile de Matthieu, il se tient ainsi nettement dans la tradition de Mathai et se fonde par là sur la doctrine secrète des Esséniens. Environ cent ans avant le Tournant des âges, vivait le grand maître Jeschu ben Pandira. «Il avait préparé quelques-uns au moins, à l'événement qui, après l'accomplissement d'un temps déterminé – c'est-à-dire 42 générations après Abraham – au moment où le peuple hébreu serait devenu si grand, pour ainsi dire, que l'individualité de Zoroastre pourrait s'incarner.» Matthieu savait justement cela, lui qui remonte la généalogie de Jésus sur 42 générations. «C'était ainsi déjà un enseignement qui avait été délivré pendant environ cent ans et plus dans les écoles esséniennes, l'enseignement de la venue du Jésus de l'Évangile de Matthieu.»
Parmi les cinq élèves de Jeschu ben Pandira, il y avait Mathai qui implanta en particulier l'enseignement de la«préparation du sang pour le Jésus de Matthieu qui devait apparaître.» Levi, Le percepteur d'impôt prit ensuite son nom – C'est ainsi qu'il était nommé de Luc et de Marc – à l'appel
du Christ. Matthieu vint de Levi et pu achever l'oeuvre de Mathai.


 Cette «implantation dans la tradition de ce courant essénien de Jeschu ben Pandira / Matthai» peut être comprise si loin que – selon des mentions de Rudolf Steiner – un écrit subsiste encore que l'on peut considérer comme un projet de l'Évangile de saint Matthieu. Dans ce livre, les caractéristiques de la vie du Messie, qui ne se manifesterait qu'une fois, sont brossées à grands traits de manière prophétique. «Le manuscrit est conçu de telle manière que le contenu en fut repris des anciens Mystères jusqu'à lui, ainsi par exemple ce qui ce rapporte à la tentation et d'autres choses (L'ésotérisme chrétien..., GA 130).

Matthieu se trouvait à présent dans la situation de rapporter l'accomplissement, dont il avait connaissance sur le fond de cette tradition initiatique, de Celui qui était attendu. Il pouvait rendre compte de la façon dont tout cela s'est déroulé dans la vie réelle sur le plan physique. La vie de Jésus Christ correspondait aux critères qui étaient connus depuis longtemps au sein des mystères du monde. En second lieu, les Évangiles sont apparus à partir d'états de conscience spirituels différents – les trois écrits synoptiques proviennent d'une conscience imaginative, qui s'exprime en images. L'Évangile de Jean, largement dépourvu d'images, révèle au contraire que son auteur a dû parvenir aux plus hauts degrés, ceux de l'inspiration et de l'intuition.

Il résulte aussi de cela qu'on raconte dans un autre style et sur un autre contenu en partie. Les trois écrits synoptiques, comme on les nomme, s'accordent bien en de nombreux points mais ne sont pas conciliables avec l'Évangile de Jean. L'Évangile de Jean est écrit «du point de vue d'un initié, qui se tenait au sein des Mystères de l'univers et les appréhendait jusqu'au niveau de l'intuition» (L'Évangile de saint Luc, GA 114). Cet auteur possède «le verbe intérieur jusqu'au niveau de l'intuition».
En rapport avec l'Évangile de Marc, Rudolf Steiner signale que les disciples se sont effectivement enfuis au moment de l'arrestation, et n'ont donc pas participé aux événements qui ont suivi – ni aux procédures du jugement, ni à la crucifixion. Il est indiqué clairement par cela que tout rapport circonstancié des faits, au sens courant du terme, s'interrompt. En ce qui concerne les événements après leur fuite, la clairvoyance, utilisée par la suite, doit former la base de cette « ouverture à ces événements » pour tout ce qui s'est produit alors. «Il n'existe qu'un seul cheminement clairvoyant vers le Mystère du Golgotha, quoiqu'il se soit accompli sur le plan physique.»

Les disciples furent enflammés par le déclenchement de la clairvoyance, d'une part par le fait que l'impulsion du Christ avait agi sur eux tandis qu'ils côtoyaient leur maître, et d'autre part à cause de l'action de la résurrection qui s'était produite entre-temps. Par ailleurs, le Ressuscité les avait rendus dignes de son enseignement post mortem et avait ouvert leur âme au supra-sensible. «Si bien que dans une âme comme l'était celle de Pierre, après avoir reçu l'impulsion du Ressuscité, s'illumina le souvenir de tout ce qui s'était produit après la fuite.» Marc était un élève de Pierre. La flamme, l'impulsion qui vivait dans l'âme de Pierre, l'envahit, «si bien que Marc vit resplendir en sa propre âme ce qui s'était accompli au Mystère du Golgotha.» Il a composé l'Évangile de Marc, ainsi nommé. Le destin le conduisit ensuite à Alexandrie en Égypte, où il rencontra d'un côté un immense savoir judéo-théosophique philosophique, et d'un autre côté un reste de l'ancienne Gnose païenne, ce
qui lui donna la compréhension de l'origine cosmique de l'être humain. En même temps, il éprouva la chute dans la décadence et la corruption. Il éprouva combien l'humanité avait sans cesse déchu depuis les hauteurs spirituelles d'autrefois. «Il résulta de cela pour lui une si profonde compréhension que la plus grande impulsion se mit à vivre dans le supra-sensible. Et cela soutint encore ensuite son maître. Ce que Pierre lui avait donné, ce n'était pas quelque chose qui aurait pu provenir d'une révélation sensible du Mystère du Golgotha...

Je vous demande expressément d'envisager cela tout particulièrement, que le mystère du Golgotha est un événement physique sensible, dont la compréhension doit cependant être recherchée en progressant au-delà du physique,au-delà du sensible.»
Pourquoi cela a-t-il été arrangé de manière si compliquée, pourrait-on se demander ? Les disciples n'ont-ils pas pu entendre le récit des autres concernant ce qui se passait ? – puisqu'il existait de tels témoins : Marie, la Mère,et Jean-Lazare qui se tenaient sous la croix. Les trois Marie et d'autres femmes ont assisté à la crucifixion. Mais les femmes ne pouvaient devenir Évangélistes, elles n'ont pu que rapporter oralement ce qu'elles avaient vu aux disciples. Ainsi l'événement vécu par Marie-Madeleine le dimanche de la Pâques ne fut pas transmis par elle,mais par les disciples. Les dires de ces témoins oculaires, comme ceux de Joseph d'Arimathie et ceux de Nicodème et bien d'autres encore, ne pouvaient-ils donc pas parvenir aux disciples ? Possible. Et cependant on pourra ressentir et pressentir à la manière entière des récits des Évangiles, que ce qui était décisif devait être tout autre. Une conviction intérieure personnelle, une expérience personnelle. Il est évident dans les Évangiles que tous les participants à l'événement, pendant qu'il se produisait, ne pouvait pas l'appréhender et le comprendre. L'événement apportait la possibilité de cette compréhension par lui-même. Cela devait d'abord agir. La Résurrection ne pouvait être comprise ni avant, ni simultanément alors qu'elle avait lieu (comme cela se manifestait, pas même de Jean-Lazare), mais seulement après. «Car la clef pour parvenir à la compréhension du Mystère du Golgotha est le Mystère du Golgotha lui-même.»
Le 1er juillet 1909 (dans : L'Évangile de Jean dans ses rapports avec les autres Évangiles, GA 112), Rudolf Steiner considère les auteurs des Évangiles dans la perspective du Tétramorphe. On dit de Matthieu qu'il donne une description des faits selon la manière de ceux qui étaient initiés à « l'Homme-esprit ». C'est-à-dire dans le sens du Tétramorphe, dans les Mystères de l'être humain ou des êtres angéliques. «Cette initiation était chère à la sagesse égyptienne.»

 Considérons cela ensemble avec ce qui a été dit précédemment, et nous avons ainsi en Matthieu, d'une part, un ancien initié dans un lieu de Mystères qui était sous l'influence de l'ésotérisme égyptien, et d'autre part ensuite au moment du Tournant des âges, quelqu'un qui se tenait en relation si étroite avec les Esséniens qu'il put devenir le successeur de Mathai. Lucas, par contre, avait atteint des initiations, lors de ses précédentes incarnations, qui le menèrent à l'esprit cosmique du Taureau. «Il était l'un de ceux qui avaient vécus autrefois principalement au sein des Mystères égyptiens.» – Ici ce sont directement les Mystères égyptiens qui furent traversés, et effectivement lors de On dit de Marc qu'il a traversé, lors d'incarnations antérieures, une initiation, «qui ressemble beaucoup à celles du Proche-Orient, oui aux initiations grecques, et si nous voulons le dire ainsi, aux initiations européo-asiatico-païennes...
Il était courant dans ces initiations précisément de ne pas trop se soucier particulièrement de la vie
antérieure de l'être humain concerné, mais d'avoir en vue le moment où la personne concernée deviendrait ce dont il est si souvent fait mention dans les Évangiles : un fils des dieux, un Fils de Dieu.» Ainsi par exemple,ses plus nobles admirateurs ont dépeint Platon comme fils d'Apollon.
Marc aussi ne s'occupe pas du tout de la vie de Jésus, mais il commence son récit au baptême. L'ancienne initiation de Marc le mena à l'esprit cosmique du Lion. Jean, qui fut initié par le christ lui-même, put donner un peu de ce qui prévaudra dans le futur le plus lointain. Il survole la situation normale pour l'époque d'alors (à laquelle s'en tient Marc) et annonce l'action du Christ dans
le futur lointain.

Que ces relations des Évangiles avec la sagesse qui est si secrète pour nous, et dont l'ésotérisme nous semble si ardu, étaient connues, l'art nous les a conservées sous la forme de témoignages innombrables. Il disposa chaque Évangéliste en le mettant en rapport avec la nature correspondante (et juste) du Tétramorphe, et il montra sans cesse que les Évangélistes se plaçaient sous l'inspiration de l'esprit (la colombe) tandis qu'ils écrivaient. Parfois ils étaient aussi dépeints comme puissamment élevés dans le monde de l'esprit.

Ainsi l'art ancien porte tout naturellement témoignage : Les Évangiles sont nés d'une conscience supérieure, ils sont les fruits d'une vision imaginative, d'une écoute spirituelle, et d'une participation intuitive aux événements qui s'y déroulent.

Das Goetheanum N°6, 6 février 1994
(Traduction Daniel Kmiecik)

Hella Krause-Zimmer est également l'auteure du livre : Christian Rose-Croix (editions Triades)


lundi 9 avril 2018

Des 4 éléments primordiaux et des Deux Lumières du point de vue de l'alchimie et de l'anthroposophie



Henri La Croix-Haute...

Des Deux Lumières

 

La planète Terre est une sphère,légèrement aplatie aux pôles,dont le rayon est de 6400 km. A sa surface,un large anneau d'une épaisseur d'environ 10kms (profondeur des océans,altitude des montagnes) est le lieu constitué de Terre,d'Eau, d'Air et de Feu où il est imparti à l'homme de vivre ; pour toute créature,il est le lieu de la vie,des combats et de la mort.

De ces quatre éléments fondamentaux (Terre,Eau,Air,Feu),l'homme dut chercher le Feu qui lui fut indiqué par les explosions volcaniques,les éclairs et la foudre des orages ; il lui fut donné d'apprendre à faire le feu et à l'entretenir : ainsi la flamme qui réchauffe fut à l'origine du foyer dans les cavernes,et sous les huttes,lieu qui sauvegarde les êtres humains,les protège des animaux sauvages et de la peur de la solitude. Ce Feu fut leur premier trésor,ils se firent la guerre afin de le ravir ou de le défendre ; il leur permit d'élargir l'aire de subsistance dans la forêt, de féconder le sol par les cendres des arbres,de purifier les cadavres,de forger les premiers outils,puis hélas ! de fabriquer des engins de mort qui crachent le feu.

Très tôt, ils remarquèrent que la flamme est lumière et ascension droite vers le ciel ; ils s'en servirent pour l'offrande envers les forces invisibles,la firent luire vers les autels,le feu des torches dans la nuit suppléant la lumière du soleil. Ainsi,ils prirent conscience que le Feu est aussi Lumière et imaginèrent l'astre du jour comme une boule de feu. Ce qui nous reste de la Tradition Primordiale permet d'évoquer cet enseignement initial,décelé dans toute religion et sous tous climats,la Prisca Sapientia à laquelle se référait Newton.

A la suite des premiers intercesseurs avec la divinité,sorciers,prêtres et philosophes,Héraclite d'Ephèse plaça le Feu en tête de leur connaissance du monde,lui donnant deux natures : Feu et Lumière,feu cosmique et feu de l'âme. Le Feu est un des principes d'explication universelle ; c'est le signe de la passion et le symbole de la purification : il brûle en enfer et brille au paradis,il est torture ou lumière...

Le Cosmos,empli de ténèbres,est pénétré de la lumière d'origine,divine,spirituelle,lueur intense et ineffable relatée par les mystiques et qui,plus tard,fut symbolisée par une auréole encadrant le visage des saints. Comment cette lumière première,"agent de la vie universelle", est-elle conciliable avec les Ténèbres ? Les Ténèbres paraissent refuser la Lumière qui s'y diffuse quand même,mais y reste sans rayonnement. La Lumière est le mode d'expression de Dieu pour diriger le monde ; nous le pressentons par l'Amour et l'Energie spirituelle.

La vie en toutes ses formes est la manifestation d'une énergie semblable à la Lumière. La nature de cette énergie est identique dans tout ce qui vit,mais diffère d'intensité selon le degré d'évolution des réceptacles ou des "vases d'élection" : une flamme placée sous un boisseau éclaire moins qu'elle ne rayonne d'un globe de cristal,le soleil caché par des nuages réchauffe moins que par un ciel d'été.

Henri Coton avait constaté que la science qui cherche à connaître,n'a enregistré aucune avancée sur l'origine de la vie et des choses,que le nombre de théories reconnues fausses par la suite est déconcertant,que l'argument du progrès matériel n'a aucune valeur en ce qui touche à la Connaissance. En résumé, quand la science scrute la lumière, son mystère apparaît sous deux formes,mouvement ou substance. En fait,il faut se rendre à l'évidence qu'il existe pour l'homme deux sortes de lumière : la Lumière créée par Dieu ou Lumière d'origine(spirituelle) et la lumière sortant d'une matière ou lumière libérée.

La Lumière ou le Feu,attribut de Dieu-Ahura-Mazda selon l'Avesta,est la première émanation de l'Esprit divin. Tout esprit offre toujours des potentialités diverses,voire opposées : création ou destruction,activité ou réaction,droiture ou déviation,énergie ou inertie. Notre monde n'existe que par la lutte permanente entre l'énergie sous ses formes multiples et l'inertie qui l'annihile ou la fait dévier. Ce ferment d'opposition a été appelé Ahriman,puis Satan et Lucifer. Il refuse de laisser pénétrer la Lumière divine en certains lieux fortifiés par l'esprit de négation : c'est la matière qui est de la non-lumière; la matière est faite de ténèbres entourées de Lumière. Au début de son Evangile,Jean déclare : La Lumière a lui dans les ténèbres,et les ténèbres ne l'ont point reçue. La matière est à la fois vide (de Lumière) et inertie(opposition à l'énergie).


 La Lumière emplit l'espace exceptée en quelques lieux,elle est l'énergie,la substance tandis que la matière est le koïlon,le déchet,le vide,le néant.
La gravitation est la conséquence logique de cette opposition ; elle n'est pas une attraction de la matière par la matière,elle est la conséquence de la Lumière pour pénétrer les koïlons. Il s'agit d'éliminer ces koïlons, ce que les hermétistes nomment "la séparation du pur et de l'impur",c'est-à-dire l'extraction alchimique de la substance d'avec la matière grossière et pesante qui forme les koïlons (les déchets). Ce principe de sélection naturelle est visible chez le végétal : l'arbuste faible succombe aux intempéries ; chez l'animal ou l'espèce atteinte de maladie est condamnée à disparaître ; dans l'humanité qui par le mépris orgueilleux des lois naturelles veut donner à tous le même destin; or, quand l'individu refuse de s'ouvrir à l'Esprit,il perd son énergie propre et s'agglutine à la collectivité de ceux qui lui ressemblent et le font déchoir. A cet exemple,"la gravitation ressemble à un balayage qui rassemble la poussière en petit tas et les pousse vers la boîte à ordures". Il y a erreur lourde à penser que la masse a une importance métaphysique ; au contraire, elle est entrave au rayonnement de la Lumière,de l'Esprit. Des mystiques ont pressenti le triomphe de la Lumière lorsque tous les koïlons(les déchets) seront rassemblés en une seule masse ; l'évangile de Philippe (IIe s.) cite cette précision que retiendra la Pistis-Sophia (IIIe s.) : les parcelles de divin dispersées à travers le monde doivent être réunies et arrachées à l'influence de la matière. A la multiplication actuelle des éléments diaboliques succédera leur massification dans la déchéance du Diabolos, et Dieu, qui selon Asclépius avait quitté la Terre y reviendra dans le règne de Lumière et de gloire.

Car la Lumière est vecteur de l'Esprit divin,elle émane de son Créateur et abonde vers l'objet crée (corpus),elle lui apporte vie (animus) et mouvement par sa substance,elle permet à l'âme de donner forme et recevoir l'Esprit (spiritus) à l'être animé. Le Moi spirituel n'a pas d'autre pouvoir sur ce monde car il vit dans la Lumière, appartient à la sphère spirituelle. Le médiateur entre l'Esprit et l'objet (corpus),est l'énergie (animus); or,l'énergie est dans tous les cas une forme de la Lumière.

Il faut ajouter qu'il peut y avoir corps sans qu'il y ait matière. Un corps parfait est constitué de la substance de la Lumière,animé par l'Esprit : ce corps glorieux ou subtil dont l'archétype fut apporté par Jésus-Christ, est sans koïlon, donc libéré de toute masse et de la gravitation. Le corps humain contient les mêmes éléments constitutifs mais il est infecté de la présence du koïlon, de l'esprit d'opposition (Ahriman) qui lui donne masse et soumission à la gravitation. Cette distinction fait comprendre la différence entre le commun des mortels et les mystiques ou clairvoyants, êtres qui tendent à s'affranchir du koïlon et qui par leur spiritualité s'élèvent vers la Lumière. Tous les clairvoyants qui ont perçu cette Lumière d'origine, en ont décrits l'effusion de couleurs forts vives et surnaturelles,puissantes et transparentes,impalpables, sans contours. Si le contemplatif a la volonté et reçoit la grâce de se libérer du koïlon,son corps glorieux lui permet en échappant à la gravitation d'utiliser la lévitation,la bilocation, la télépathie,la vision de l'avenir ou du passé...Mais la condition humaine n'autorise de tels efforts que rarement et momentanément. Sainte Thérèse d'Avila a insisté dans son journal sur le caractère fortuit et épuisant de ses extases en recommandant à ses moniales de les éviter tant est requise une force d'âme exceptionnelle.

Tout dans l'univers fonctionne par couple,les végétaux, les animaux,le bien et le mal, l'achevé et l'inachevé. La chimie est tributaire de cette dualité : si la chimie minérale a donné des résultats appréciables, la chimie organique ou biologique reste stérile et incapable d'expliquer "l'extinction du feu qui laisse un corps mort"; elle acquiert actuellement la capacité de déplacer les gènes, prétention d'apprenti sorcier...Dans les expériences chimiques, il n'est tenu compte que du poids des éléments sans prendre en considération la notion de chaleur,substance rayonnante,impondérable, exempte de koïlon, et de nature comparable à la Lumière. Ainsi, il y a deux chimies : la chimie de la vie dont l'agent est la Lumière d'origine et la chimie ordinaire dont l'agent est la lumière libérée et qui n'évolue que par des artifices humains.

La quintessence recèle la vie ; par la Lumière qu'elle porte elle constitue la substance alimentaire qui doit obligatoirement provenir d'un être vivant et comporter les 4 éléments de base : (oxygène,hydrogène,azote,carbone) ou transmués en sodium,potassium,calcium et magnésium. Au cas où l'on voudrait nourrir un vivant avec des corps de synthèse non-porteurs de la quintessence, on le condamnerait à mort. Exceptionnellement, certains êtres simples (algues,lychens,minéraux) ont la faculté de se nourrir directement de la quintessence sans sacrifier d'autres êtres vivants : ils réalisent l'autotrophie.


"Les images apparaissent à l'homme,mais la lumière qui est en elles est cachée" (parole de Jésus dans l'Evangile de Thomas)

 

Selon la Tradition,la première expression de la Parole divine fut la Lumière primordiale se diffusant dans l'Hylè ( matière première de notre univers,substance de la vie) et donnant forme aux 4 éléments : Feu,Terre,Air,Eau. Ces éléments, convertibles l'un en l'autre, comportent quatre qualités assemblées deux à deux : le chaud et le sec (Feu); le froid et le sec (Terre); le chaud et l'humide (Air) ; le froid et l'humide (Eau). La Lumière donne la qualité positive,le chaud ; son absence donne la qualité négative, le froid. La Lumière rayonnant dans l'hylè donne le chaud et l'humide (Air) ; si la Lumière est affaiblie, l'hylè reste froide et humide (Eau) ; en l'absence d'hylè, son rayonnement donne le chaud et le sec (Feu), son rayonnement faible donne le froid et le sec (Terre). La Terre est bien le néant, le koïlon vide de substance, d'énergie, une masse inerte et pesante, formée de déchets(...) Toute la vie, la chimie et la physique de la nature tiennent dans les mutations et les mouvements des quatre éléments. Depuis la découverte des quantas, le phénomène humain est un échange d'intéractions et réactions de particules qui sont des énergies dont certaines sont sans masse (énergie pure hors de l'espace-temps).



Le mouvement préexiste à l'espace et au temps ; sans mouvement, il n'y a ni temps ni espace. Or, le mouvement provient de la Lumière (cf lampe de Crookes). Il n'est que trois formes fondamentales de mouvement : circulaire ( qui utilise le temps), rectiligne ( qui utilise l'espace),hélicoïdal (temps et espace). Hélicoïdal est le mouvement de la croissance du végétal,du système solaire, du rayon de lumière, de l'Esprit. Un rayon de lumière libérée est une émission de substance ; le corps irradié qui absorbe la lumière modifie sa nature : ainsi la plante meurt si elle ne peut recevoir de lumière ! La lumière est absorbée par tous les corps sans exception avec plus ou moins de facilité (absorption, réflexion,réfraction,diffraction).
Dans les douze signes du zodiaque,les 4 éléments se succèdent selon un certain ordre et se transforment selon leur nature. Lorsque la résistance y est plus forte que l'activité, le signe est dit "fixe"; si l'activité l'emporte sur l'inertie, c'est le signe"cardinal" ; au cas d'égalité entre activité et résistance,le signe est appelé "double". Ces trois qualificatifs se rapportent au couple fondamental inertie-énergie.
Toute substance vivante est constituée des quatre substances (C,N,O,H) correspondant aux quatre éléments.Les quatre grandes lignées du carbone/silicium ; de l'azote/phosphore ; de l'oxygène/soufre ; et de l'hydrogène/métaux alcalins,-lignées qui constituent la substance du corps du monde,soit minéral, soit organique-,dépendent évidemment dans le zodiaque des quatre signes cardinaux : le carbone du Capricorne,l'azote du Bélier,l'hydrogène du Cancer et l'oxygène de la Balance.
On retrouve une correspondance en anthroposophie entre les quatre éthers et les 4 éléments primordiaux qui servent en médecine anthroposophique et pour comprendre aussi les humeurs corporelles d'Hippocrate repris par Aristote: la prima materia qui s'associe aux quatre qualités (sec,froid, humide et chaud) et donne ainsi forme aux 4 éléments.L'éther unique des Grecs lui apparut quadruple, sous forme d'éther de chaleur, de lumière, de son et de vie. Il expliqua leur nature, leurs liens avec le monde et leur origine.

Mais qu'est-ce que l'éther ? Il est encore totalement différent de terre, eau, air et feu, mais lié à eux par des lois. R. Steiner a perçu et décrit la naissance des éléments et des éthers à partir de la chaleur de l'ancien Saturne.Ils apparaissent par couples. A chaque étape évolutive de la Terre se forme un couple nouveau : avec Saturne éther de chaleur et chaleur (feu), sur l'ancien Soleil lumière et air, sur l'ancienne Lune éther de son et eau, sur la Terre l'élément terre et l'éther de vie.Un autre lien pas des moindres qu'il met en évidence et la relation des éléments avec les quatre constituants en l'homme: corps physique/Terre ; corps éthérique/Eau ; corps psychique-astral/Air ; Moi-Esprit/Feu.

Autre lien et correspondance en anglais ( thanks to Danica Wolkiser ) :
https://kimgraaemunch.wordpress.com/2018/04/09/elemental-beings-karma-ceremonial-magic/ 

Enfin, d'après une loi pythagoricienne,le spectre entier des possibilités de ce monde serait contenu dans le chiffre quatre qui représente le multiple sacré des quatre premiers nombres : la Tétraktys ! " "Va de l'unité au quadruple et tu as le dix, la source et la racine de toutes choses" disait-il. Le texte grec traitant d'alchimie le plus ancien qu'on connaisse : le physikai kai mystica (Des choses naturelles et des choses cachées) distingue déjà,dans l'opus magnum,4 phases d'après les couleurs qu'il prend :
-l'oeuvre au noir (nigredo)
-l'oeuvre au blanc (albedo)
-l'oeuvre au jaune (citrinitas)
-l'oeuvre au rouge (rubedo)

http://www.medecine-integree.com/la-pensee-anthroposophique/

http://wn.rsarchive.org/Lectures/GA093a/English/RSP1982/19051030p01.html 

à lire : Alchimie et mystique (Taschen) D'Alexander Roob et Science de l'occulte de Rudolf Steiner ; Lumière et matière (EAR)