Les Évangiles, Leur origine et leurs contradictions - Hella Krause-Zimmer



Les Évangiles,
Leur origine et leurs contradictions
Hella Krause-Zimmer




Les contradictions dans les Évangiles peuvent irriter sans cesse le lecteur plein de bonne volonté, même lorsqu'il entreprend encore de considérer la question d'une manière qui ne soit pas tellement « intellectuelle ». Dans ses cycles de conférences consacrés aux Évangiles, et dans d'autres conférences, Rudolf Steiner donne une clef pour la compréhension de ces contradictions. On peut les relever, mais elles ne révèlent vraiment leur sens que lorsqu'elles sont réellement assimilées par l'âme.
Qu'une chose, par exemple un arbre, ne puisse être complètement décrite qu'à condition d'être appréhendée à partir de quatre points de vue différents, cela est facilement compréhensible. Que les Évangiles réalisent ainsi une description de l'oeuvre du Christ, à partir de quatre manières de voir différentes, indique qu'une justification légitime a été accomplie en cela. Mais de quel caractère font à présent preuve les quatre chemins qui s'offrent dans l'approche de cette situation de fait unique – la plus significative de l'histoire du monde – ?
Dans le cycle L'Évangile de saint Matthieu (GA123), il est signalé dès le début: L'Évangile de Jean dirige notre regard « connaissant » sur l'événement christique comme sur le « sommet de l'existence terrestre ». L'homme se sent tout petit à côté, mais il se sent en même temps apparenté à ce qui est grandiose et éternel. – Nous pouvons supposer, même si cela n'est pas encore exprimé ici au commencement, que nous sommes saisis au centre même de notre Je par cet Évangile qui nous laisse contempler la grandeur spirituel de cet événement.
L'Évangile de saint Luc nous touche d'une toute autre manière. L'intériorité la plus profonde en l'âme s'y épanouit. Un sentiment s'éveille en nous et nous ressentons que la plus haute de toutes les qualités liées au sentiment, l'amour, y règne partout. Exprimé avec d'autres mots: notre corps astral est ici directement abordé et ému. Une « sagesse sublime » rayonne de l'Évangile de saint Jean, une « puissance d'amour » de l'Évangile de saint Luc.
L'Évangile de saint Marc tonne, pour ainsi dire, dans notre direction, annonçant la splendeur et la force des puissances de l'univers, si bien que le petit être humain doit ouvrir les yeux et « pourrait alors presque s'effondrer » devant le spectacle qu'il découvre. La force de cet Évangile peut ici atteindre la moelle des os,pénétrant de toute sa puissance jusqu'au niveau du corps de vie (corps éthérique).
L'Évangile de saint Matthieu n'exerce pas une influence aussi unilatérale sur une partie déterminée de notre être. Il est l'humain en général (l'humain universel). Dès le début, il dirige le regard sur les circonstances terrestres de l'hérédité, il montre aussi « l'élément de connaissance qui autorise tous les espoirs » et « le reflet du cosmos dans le coeur de l'être humain ». Il peut carrément être lu comme un « commentaire » des trois autres Évangiles. Ce qui s'y manifeste de grandiose, l'Évangile de saint Matthieu le rend humainement apparenté. Nous en arrivons ici finalement au corps physique et à sa justification légitime, au sein duquel néanmoins, les trois autres sphères prédominent. Ainsi les descriptions proviennent-elles de quatre points de vue différents et se modifient conformément à la
manière selon laquelle elles ont été vécues, selon le cas, par chaque auteur de l'Évangile concerné. Chacun d'eux se place à un niveau qui est le sien, et il ne perçoit uniquement que ce qui ce reflète à son propre niveau,rien d'autre n'apparaît à son regard clairvoyant – car les Évangiles sont les résultats d'expériences clairvoyantes.
La dernière parole du Christ sur la croix constitue l'exemple le plus gravissime pour les quatre niveaux différents et leurs divers rapports avec les quatre membres constitutifs de la nature humaine. Cette parole,prononcée pareillement une fois dans les Évangiles de saint Matthieu et de saint Marc et qui donne l'impression d'être si difficilement compréhensible, est la suivante: «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?»

Comme Rudolf Steiner l'indique dans la dernière conférence de son cycle consacré à l'Évangile de saint Matthieu, on doit se souvenir alors que saint Matthieu est celui qui rend compte de tout ce qui dépend du Jésus-Zoroastre et de ce qui a été transposé à la douzième année dans le corps du Jésus de l'Évangile de saint Luc. Matthieu à toujours devant les yeux les composantes de l'action du Christ qui ont été apportées par le Jésus-Zoroastre – saint Matthieu qui, dès le début, tenait déjà compte de la lignée héréditaire.Au moment où cela s'est produit, le corps de « son » Jésus n'était déjà bientôt plus disponible. Celui-ci mourut peu après la scène de Jésus dans le temple à douze ans. Mais, comme le souligne Rudolf Steiner, les forces divines qui ont oeuvré à l'édification de ce corps particulier et unique, ainsi que les acquisitions qui y avaient été déposées par Zoroastre, alors qu'il y résidait, ces forces donc, se transportèrent avec lui dans le corps de l'Enfant de saint Luc. La divinité de cet autre corps physique pénétra et rehaussa la corporéité du Jésus de saint Luc qui devint ensuite le réceptacle du Christ.

L'intériorité la plus élevée de l'essence christique prit alors congé de ces forces divines présentes dans le corps physique. «C'est donc sur cette séparation, entre l'intériorité de l'essence du Christ-Jésus et cette divinité présente dans la nature physique, que l'auteur de L'Évangile de saint Matthieu tourne son regard. Et cette très ancienne parole des Mystères: « Mon Dieu, mon dieu, comme tu m'as glorifié ! », qui résonnait toujours lorsque la nature spirituelle de l'être humain sortait du corps physique pour contempler le monde spirituel, saint Matthieu la modifie ainsi, en considérant le corps physique: « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » Tu m'as quitté, tu m'abandonnes à cet instant. – Et l'auteur de l'Évangile de saint Matthieu avait principalement en vue cet instant de « l'abandon ».»
L'éthérique fait naturellement aussi partie du corps physique, ainsi que le courant de la vie formatrice, mais l'accent principal de saint Marc porte sur l'éthérique – et non pas sur le physique – . Lui, qui fit l'expérience de la force solaire du Christ, comme une puissance cosmique universelle, vit au moment de la mort du Christ-Jésus, comment les forces extérieures de l'aura solaire affluaient vers Lui et se liaient avec le corps éthérique du Crucifié. «Le corps éthérique est dans une situation identique à celle de notre corps éthérique pendant le sommeil. Comme pour nous dans l'état de sommeil, les forces extérieures se répandent avec lui dans le monde,ainsi sortirent-elles de la même manière à la mort du Christ-Jésus.
C'est pourquoi la même parole retentit dans l'Évangile de saint Marc.» (Nous pouvons comprendre par notre pensée, que ce processus eut lieu à l'instant de l'éclipse physique, lors de la crucifixion – Le Christ venu du soleil s'unit alors au sein de son corps éthérique avec l'aura solaire qui le suivait en trombe.)Saint Luc, l'Évangéliste qui se meut totalement dans l'élément psychique, a affaire avec le déploiement de l'amour de l'être du Christ, et par conséquent avec le corps astral. Ainsi ressent-il, à l'instant de la mort,l'inépuisable miséricorde du Christ se sacrifiant, dans ces paroles: « Père pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font. » «C'est une parole d'amour qui peut venir seule du corps astral, sur lequel l'auteur de l'Évangile de Luc a attiré notre attention dès le début
Saint Jean décrit finalement « le sens de l'ordre terrestre, qui repose dans le verbe solaire ». Nous n'avons pas affaire ici avec l'aura solaire, avec l'enveloppe, l'habit, mais avec le verbe lui-même qui s'insère, en y mettant del'ordre, dans l'évolution de l'humanité et instaure une nouvelle communauté qui ne repose plus sur les liens du sang, mais sur l'esprit.
Ainsi unit-il Jean avec sa propre mère. «Ce qui doit s'unir d'âme à âme, cela est arrangé par le Christ.» Une nouvelle communauté est précisément créée dans l'Évangile de saint Jean, dont l'auteur est celui qui dépeint l'essence du Je. – «En ce qui concerne le corps astral, l'homme n'a pas d'emblée l'aptitude à fonder la communauté..., c'est pourquoi Luc n'a aucune occasion de parler d'une communauté quelconque à fonder, et celui qui décrit l'essence du Je, l'auteur de l'Évangile de saint Jean, encore moins.»

La force formant la communauté, qui met en relation les êtres humains entre eux, se trouve dans le corps éthérique. Et pourtant, ce n'est pas Marc qui a en vue l'instauration d'une nouvelle communauté, mais Jean. Issue du Je, et se propageant bien au-delà du Je individuel dans le Christ, la force est trouvée pour la nouvelle communauté libre de l'avenir. Considérons plus précisément maintenant l'apparition des Évangiles. Rudolf Steiner en dit qu'elle est double: ce sont des écrits initiatiques dans le sens que les auteurs appartenaient à des traditions définies des Mystères.

Dans tous les courants des Mystères, était déjà préfigurée la vie typique du Fils de Dieu. Ainsi, «les bouddhistes racontent la vie de leur être humain divin presque exactement comme les Évangélistes le font pour le leur».
L'extraordinaire personnalité de Jésus témoigne, qu'il a été reconnu comme faisant partie de quatre courants différents des traditions des Mystères, comme celui qui correspond au type même de leur initié de la manière la plus accomplie. Les faits, qui ont été communiqués dans ses écrits, ont un sens allégorique plus élevé. Dans un tel contexte, rien d'autre n'est aussi digne d'être communiqué. La vérité de tels récits repose dans le champ de la mystique, c'est-à-dire que leur sens sera plus profond que leur apparence extérieure ne le laisse supposer.
Les auteurs racontent sur le Christ comme un myste raconte sur un initié. Il ne s'agit pas seulement d'un initié unique et particulier, et le salut dépend justement le plus qu'on le suive. Au sein du Judaïsme, les Mystères, qui existaient en dehors de la religion populaire là aussi, avaient pris une tournure qui incluait le peuple tout entier. On se ressentait alors comme un groupe lié par le sang. Ce qui était l'affaire d'un individu unique, dut ici être donné en partage au peuple entier. Ainsi le peuple entier attendait-il un messie. Par cela, la sagesse des Mystères avait pris un forme qu'«elle devait accepter si elle voulait devenir une religion universelle» (Le christianisme comme fait mystique).

En ce qui concerne l'Évangile de Matthieu, il se tient ainsi nettement dans la tradition de Mathai et se fonde par là sur la doctrine secrète des Esséniens. Environ cent ans avant le Tournant des âges, vivait le grand maître Jeschu ben Pandira. «Il avait préparé quelques-uns au moins, à l'événement qui, après l'accomplissement d'un temps déterminé – c'est-à-dire 42 générations après Abraham – au moment où le peuple hébreu serait devenu si grand, pour ainsi dire, que l'individualité de Zoroastre pourrait s'incarner.» Matthieu savait justement cela, lui qui remonte la généalogie de Jésus sur 42 générations. «C'était ainsi déjà un enseignement qui avait été délivré pendant environ cent ans et plus dans les écoles esséniennes, l'enseignement de la venue du Jésus de l'Évangile de Matthieu.»
Parmi les cinq élèves de Jeschu ben Pandira, il y avait Mathai qui implanta en particulier l'enseignement de la«préparation du sang pour le Jésus de Matthieu qui devait apparaître.» Levi, Le percepteur d'impôt prit ensuite son nom – C'est ainsi qu'il était nommé de Luc et de Marc – à l'appel
du Christ. Matthieu vint de Levi et pu achever l'oeuvre de Mathai.


 Cette «implantation dans la tradition de ce courant essénien de Jeschu ben Pandira / Matthai» peut être comprise si loin que – selon des mentions de Rudolf Steiner – un écrit subsiste encore que l'on peut considérer comme un projet de l'Évangile de saint Matthieu. Dans ce livre, les caractéristiques de la vie du Messie, qui ne se manifesterait qu'une fois, sont brossées à grands traits de manière prophétique. «Le manuscrit est conçu de telle manière que le contenu en fut repris des anciens Mystères jusqu'à lui, ainsi par exemple ce qui ce rapporte à la tentation et d'autres choses (L'ésotérisme chrétien..., GA 130).

Matthieu se trouvait à présent dans la situation de rapporter l'accomplissement, dont il avait connaissance sur le fond de cette tradition initiatique, de Celui qui était attendu. Il pouvait rendre compte de la façon dont tout cela s'est déroulé dans la vie réelle sur le plan physique. La vie de Jésus Christ correspondait aux critères qui étaient connus depuis longtemps au sein des mystères du monde. En second lieu, les Évangiles sont apparus à partir d'états de conscience spirituels différents – les trois écrits synoptiques proviennent d'une conscience imaginative, qui s'exprime en images. L'Évangile de Jean, largement dépourvu d'images, révèle au contraire que son auteur a dû parvenir aux plus hauts degrés, ceux de l'inspiration et de l'intuition.

Il résulte aussi de cela qu'on raconte dans un autre style et sur un autre contenu en partie. Les trois écrits synoptiques, comme on les nomme, s'accordent bien en de nombreux points mais ne sont pas conciliables avec l'Évangile de Jean. L'Évangile de Jean est écrit «du point de vue d'un initié, qui se tenait au sein des Mystères de l'univers et les appréhendait jusqu'au niveau de l'intuition» (L'Évangile de saint Luc, GA 114). Cet auteur possède «le verbe intérieur jusqu'au niveau de l'intuition».
En rapport avec l'Évangile de Marc, Rudolf Steiner signale que les disciples se sont effectivement enfuis au moment de l'arrestation, et n'ont donc pas participé aux événements qui ont suivi – ni aux procédures du jugement, ni à la crucifixion. Il est indiqué clairement par cela que tout rapport circonstancié des faits, au sens courant du terme, s'interrompt. En ce qui concerne les événements après leur fuite, la clairvoyance, utilisée par la suite, doit former la base de cette « ouverture à ces événements » pour tout ce qui s'est produit alors. «Il n'existe qu'un seul cheminement clairvoyant vers le Mystère du Golgotha, quoiqu'il se soit accompli sur le plan physique.»

Les disciples furent enflammés par le déclenchement de la clairvoyance, d'une part par le fait que l'impulsion du Christ avait agi sur eux tandis qu'ils côtoyaient leur maître, et d'autre part à cause de l'action de la résurrection qui s'était produite entre-temps. Par ailleurs, le Ressuscité les avait rendus dignes de son enseignement post mortem et avait ouvert leur âme au supra-sensible. «Si bien que dans une âme comme l'était celle de Pierre, après avoir reçu l'impulsion du Ressuscité, s'illumina le souvenir de tout ce qui s'était produit après la fuite.» Marc était un élève de Pierre. La flamme, l'impulsion qui vivait dans l'âme de Pierre, l'envahit, «si bien que Marc vit resplendir en sa propre âme ce qui s'était accompli au Mystère du Golgotha.» Il a composé l'Évangile de Marc, ainsi nommé. Le destin le conduisit ensuite à Alexandrie en Égypte, où il rencontra d'un côté un immense savoir judéo-théosophique philosophique, et d'un autre côté un reste de l'ancienne Gnose païenne, ce
qui lui donna la compréhension de l'origine cosmique de l'être humain. En même temps, il éprouva la chute dans la décadence et la corruption. Il éprouva combien l'humanité avait sans cesse déchu depuis les hauteurs spirituelles d'autrefois. «Il résulta de cela pour lui une si profonde compréhension que la plus grande impulsion se mit à vivre dans le supra-sensible. Et cela soutint encore ensuite son maître. Ce que Pierre lui avait donné, ce n'était pas quelque chose qui aurait pu provenir d'une révélation sensible du Mystère du Golgotha...

Je vous demande expressément d'envisager cela tout particulièrement, que le mystère du Golgotha est un événement physique sensible, dont la compréhension doit cependant être recherchée en progressant au-delà du physique,au-delà du sensible.»
Pourquoi cela a-t-il été arrangé de manière si compliquée, pourrait-on se demander ? Les disciples n'ont-ils pas pu entendre le récit des autres concernant ce qui se passait ? – puisqu'il existait de tels témoins : Marie, la Mère,et Jean-Lazare qui se tenaient sous la croix. Les trois Marie et d'autres femmes ont assisté à la crucifixion. Mais les femmes ne pouvaient devenir Évangélistes, elles n'ont pu que rapporter oralement ce qu'elles avaient vu aux disciples. Ainsi l'événement vécu par Marie-Madeleine le dimanche de la Pâques ne fut pas transmis par elle,mais par les disciples. Les dires de ces témoins oculaires, comme ceux de Joseph d'Arimathie et ceux de Nicodème et bien d'autres encore, ne pouvaient-ils donc pas parvenir aux disciples ? Possible. Et cependant on pourra ressentir et pressentir à la manière entière des récits des Évangiles, que ce qui était décisif devait être tout autre. Une conviction intérieure personnelle, une expérience personnelle. Il est évident dans les Évangiles que tous les participants à l'événement, pendant qu'il se produisait, ne pouvait pas l'appréhender et le comprendre. L'événement apportait la possibilité de cette compréhension par lui-même. Cela devait d'abord agir. La Résurrection ne pouvait être comprise ni avant, ni simultanément alors qu'elle avait lieu (comme cela se manifestait, pas même de Jean-Lazare), mais seulement après. «Car la clef pour parvenir à la compréhension du Mystère du Golgotha est le Mystère du Golgotha lui-même.»
Le 1er juillet 1909 (dans : L'Évangile de Jean dans ses rapports avec les autres Évangiles, GA 112), Rudolf Steiner considère les auteurs des Évangiles dans la perspective du Tétramorphe. On dit de Matthieu qu'il donne une description des faits selon la manière de ceux qui étaient initiés à « l'Homme-esprit ». C'est-à-dire dans le sens du Tétramorphe, dans les Mystères de l'être humain ou des êtres angéliques. «Cette initiation était chère à la sagesse égyptienne.»

 Considérons cela ensemble avec ce qui a été dit précédemment, et nous avons ainsi en Matthieu, d'une part, un ancien initié dans un lieu de Mystères qui était sous l'influence de l'ésotérisme égyptien, et d'autre part ensuite au moment du Tournant des âges, quelqu'un qui se tenait en relation si étroite avec les Esséniens qu'il put devenir le successeur de Mathai. Lucas, par contre, avait atteint des initiations, lors de ses précédentes incarnations, qui le menèrent à l'esprit cosmique du Taureau. «Il était l'un de ceux qui avaient vécus autrefois principalement au sein des Mystères égyptiens.» – Ici ce sont directement les Mystères égyptiens qui furent traversés, et effectivement lors de On dit de Marc qu'il a traversé, lors d'incarnations antérieures, une initiation, «qui ressemble beaucoup à celles du Proche-Orient, oui aux initiations grecques, et si nous voulons le dire ainsi, aux initiations européo-asiatico-païennes...
Il était courant dans ces initiations précisément de ne pas trop se soucier particulièrement de la vie
antérieure de l'être humain concerné, mais d'avoir en vue le moment où la personne concernée deviendrait ce dont il est si souvent fait mention dans les Évangiles : un fils des dieux, un Fils de Dieu.» Ainsi par exemple,ses plus nobles admirateurs ont dépeint Platon comme fils d'Apollon.
Marc aussi ne s'occupe pas du tout de la vie de Jésus, mais il commence son récit au baptême. L'ancienne initiation de Marc le mena à l'esprit cosmique du Lion. Jean, qui fut initié par le christ lui-même, put donner un peu de ce qui prévaudra dans le futur le plus lointain. Il survole la situation normale pour l'époque d'alors (à laquelle s'en tient Marc) et annonce l'action du Christ dans
le futur lointain.

Que ces relations des Évangiles avec la sagesse qui est si secrète pour nous, et dont l'ésotérisme nous semble si ardu, étaient connues, l'art nous les a conservées sous la forme de témoignages innombrables. Il disposa chaque Évangéliste en le mettant en rapport avec la nature correspondante (et juste) du Tétramorphe, et il montra sans cesse que les Évangélistes se plaçaient sous l'inspiration de l'esprit (la colombe) tandis qu'ils écrivaient. Parfois ils étaient aussi dépeints comme puissamment élevés dans le monde de l'esprit.

Ainsi l'art ancien porte tout naturellement témoignage : Les Évangiles sont nés d'une conscience supérieure, ils sont les fruits d'une vision imaginative, d'une écoute spirituelle, et d'une participation intuitive aux événements qui s'y déroulent.

Das Goetheanum N°6, 6 février 1994
(Traduction Daniel Kmiecik)

Hella Krause-Zimmer est également l'auteure du livre : Christian Rose-Croix (editions Triades)


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