jeudi 12 avril 2018

Fulcanelli, l'adepte du feu secret et Frère d'Héliopolis


"Nul ne peut transmuter la matière s'il ne s'est transmuté lui même." Paracelse

"Qualifiée d'être un art INITIATIQUE,une science,une philosophie hermétique,avant de déboucher sur de la chimie, l'alchimie est d'abord une biologie" Cédric Mannu

Combien de centaines d'articles, de dizaines de livres d'érudits ou de profanes ont-ils été écrits sur ce personnage énigmatique derrière ce pseudonyme ? Cet étrange et singulier personnage familier d'Eugène Canseliet ou de Julien Champagne. Franck Zappa l'admirait à tel point qu'il en laissera un titre instrumental "but who was Fulcanelli?". Deux excellents ouvrages feront date dans la littérature alchimique sérieuse et traditionnelle et un troisième synopsis inachevé que détiendra un temps Eugène Canseliet avant de lui être retiré par l'auteur !
Connus comme "Le Mystère des cathédrales" puis les "Demeures philosophales" et l'inachevé, l'énigmatique synopsis : "De Finis Gloriae Mundi". Mais ne perdons jamais de vue que c'est avant tout l'Oeuvre elle-même qui doit prévaloir ! A ce jour, personne ne peut affirmer avec certitude l'identité profane du (ou des auteurs) qui se cachent derrière le pseudonyme. Une deuxième partie traitera de la fraternité d'Héliopolis à laquelle Eugène Canseliet et J.J Champagne se réclamèrent. Société invisible rattachée aux véritables Rose-Croix...


blason de Fulcanelli

Pour tenter de cheminer tel Dédale dans cette enquête identitaire ,tentons de suivre le fil d'Ariane des hypothèses reconnues les plus sérieuses par les chercheurs qui ont pignon sur rue. Débutons par celle tirée des archives de l'INA à travers cette émission fameuse "Radioscopie" entre Eugène Canseliet et Jacques Chancel datée de 1978 :



  Les Fulcanellisables ?


Jules Violle (1841-1923) ?

Albert de Lapparent (1839-1928) ?
                            
Paul Decoeur (1839-1923) ?

                               
 En 1926 parait chez un éditeur parisien, Jean Schemit, un livre d’alchimie devenu célèbre, Le Mystère des Cathédrales, suivi en 1930 par Les Demeures Philosophales. Eugène Canseliet signe la préface ; Julien Champagne réalise les illustrations des deux livres (36 et 40 planches d’une grande qualité). L’ensemble est signé Fulcanelli.

 Pour certains auteurs, Fucanelli n’existe pas. Le pseudonyme cacherait un collectif composé de Julien Champagne, l’illustrateur, Eugène Canseliet et peut-être Pierre Dujols, libraire érudit féru d’hermétisme, ami de Champagne. C’est la thèse de Geneviève Dubois et son « Fulcanelli Dévoilé » (Dervy, 1992). Cependant, de nombreux éléments contredisent cette assertion : le style de Fulcanelli, tout d’abord, n’est pas celui de Champagne (La Vie Minérale) ou de Canseliet, dont les écrits sont aujourd’hui largement diffusés. L’érudition, évidente à la lecture du Mystère et des Demeures, est fort peu compatible avec l’âge du préfacier, comme il le déclare lui-même avec beaucoup de modestie. Quant bien même, par amusement il dédicacera son premier ouvrage à Schwaller de Lubicz,par les initiales F.C.H (frère chevalier d'Héliopolis ) ! Le point le plus important reste les déclarations d’Eugène Canseliet, qui jamais n’est pris en défaut au fil des nombreuses années de son enseignement : aucun mensonge n’est avéré, ni contradiction majeure malgré des interventions en tout genre sur une large échelle de temps. Si Eugène Canseliet ne ment pas, et c’est notre conviction, de nombreux éléments biographiques sont connus, qui touchent la personnalité sociale réelle de l’adepte. Nous les collectons au fil des préfaces, des ouvrages signés Canseliet, des interviews – nombreuses ; Radioscopie, le Feu du Soleil -, des articles signés par le « maître de Savignies » (Alchimiques mémoires dans la Tourbe des Philosophes, revue Atlantis), enfin des confidences de proches ou de parents d’Eugène Canseliet.

Fulcanelli, nous dit Canseliet, est un homme considérable ayant côtoyé les plus grands esprits de son temps. Ami intime de Pierre et Marie Curie ou de Grasset d'Orcet ; il appartient au monde scientifique : dans les Alchimiques Mémoires (La Tourbe des Philosophes n°11), son préfacier nous confie : « Trois ans après la malheureuse insurrection de la Commune, Fulcanelli, jeune ingénieur qui avait participé à la défense de Paris, sous les ordres de Monsieur Viollet-le-Duc, rendit visite à son lieutenant-colonel ». En 1874, trois ans après la Commune, Fulcanelli est un jeune ingénieur. Mais quand est-il né ?
En 1919, Canseliet croise Fulcanelli chez les Lesseps, avenue Montaigne (Le Feu du Soleil, page 67). Fulcanelli lui dit alors avoir juste 80 ans, dévoilant ainsi son année de naissance, que le disciple confirmera à maintes reprises. Nous voici en présence d’un ingénieur qui, au moment des événements de la Commune en 1871, a 32 ans. Fulcanelli évoque lui-même sa formation scientifique dans les Demeures Philosophales. Ajoutons à cela qu’il s’efface totalement de la vie publique et sociale à un moment de son histoire. En effet, en octobre 1925, Canseliet précise dans son introduction au Mystère des Cathédrales : « L’Auteur de ce livre n’est plus, depuis longtemps déjà, parmi nous », ajoutant plus loin : « Fulcanelli n’est plus. Toutefois, et c’est là notre consolation, sa pensée demeure, ardente et vive, enfermée à jamais dans ces pages comme en un sanctuaire ». Pourtant, la même année, Fulcanelli corrige les épreuves du livre et, en 1929 – date le plus fréquemment retenue, certains auteurs disent 1927 - décide de retirer le manuscrit du troisième livre, Finis Gloriae Mundi (jamais paru). A cette époque, Eugène Canseliet ne voyait plus Fulcanelli, mais correspondait avec lui via Gaston Deveaux, le beau-frère de Julien Champagne. Fulcanelli disparait socialement « longtemps avant » 1925, mais qu’il vit encore une existence secrète, rencontrant le préfacier et l’illustrateur du Mystère assez régulièrement.

Voici un texte décrivant le domicile de Fulcanelli à Paris :

Heureusement, Fulcanelli ne souffrit pas de ce désavantage énorme, parce qu'il occupa toujours de spacieux locaux. Du dernier en date, nous avons donné l'idée, en esquissant la configuration des lieux. C'est là que se trouvait, tout de suite à droite, dès l'entrée dans le cabinet-bibliothèque, le meuble de style Renaissance, que j'ai brièvement décrit dans mes Prolégomènes à Trois anciens Traités d'Alchimie ; cette copie que je fis, voici bien longtemps, et qui fut luxueusement reproduite et semblablement illustrée chez Jean-Jacques Pauvert. À cette époque où florissait le Mouvement Dada, et qui allait continuer, jusqu'en 1930, le XIXe siècle ; à cette époque, par les trois grandes fenêtres de la pièce parquetée à points de Hongrie, on voyait encore les arbres du jardin tout proche. Sous les combles, il y avait une petite porte donnant accès à la terrasse qui recouvrait la cage d'escalier, et qui était entourée d'une fine balustrade en pierre blanche. On y marchait sur un épais tapis de plomb. C'était là le lieu le plus élevé, qui était à l'air libre, et où le Maître soumettait, au rayonnement des étoiles et de la lune, ses cuvettes de rosée déjà fort doucement réduite. Je revois, par la pensée, ces récipients de faïence blanche, rectangulaires, médiocrement profonds, de dimension 18x24, et qui étaient ordinairement employés pour le développement de la photographie. Eugène Canseliet, (Alchimiques Mémoires, in La Tourbe des Philosophes, n°10.)
Nous ne sommes là ni au domicile des Lesseps avenue Montaigne, ni chez Dujols, encore moins dans les chambres de la rue Rochechouart qu’occuperont Champagne et Canseliet. A l’évidence, Fulcanelli dispose d’une certaine aisance matérielle, même si son mode de vie n’en laisse rien paraître. Une aventure passionnante qui n'est pas si éloignée des préoccupations de Rudolf Steiner quand on connaissait ses liens avec Von Bernus autre spagyriste dans la tradition Paracelsienne !

Présentation tirée du site Baglis par Jean Artero et Cédric Mannu sur l'héritage d'Eugène Canseliet,disciple direct du maître !



Qui fut dont cet adepte caché sous le pseudonyme de Fulcanelli après sa disparition sociale, probablement ingénieur polytechnicien,né en 1839 et membre de l’Institut de France ? 


(Clic gauche puis clic droit: "afficher l'image" et enfin clic gauche pour agrandir !)


Chronologie

1839 : naissance de Fulcanelli (selon Canseliet).
1877 : naissance de Julien Champagne
1881-1897 : Rodolphe Salis tient le Cabaret du Char Noir à Paris. Fulcanelli s’en souvient.
1897 : mort d’Antoine d’Abbadie, membre en 1867 de l’académie des sciences, qu’il préside en 1892.
1899 : naissance d’Eugène Canseliet
1905 : Champagne rencontre Fulcanelli (dans sa troisième préface au Mystère des Cathédrales, Canseliet évoque l’excellent artiste qui connut Fulcanelli en 1905, dix ans avant lui). Jean Artero écrit (Julien Champagne, Apôtre de la Science Hermétique, page 50) : « Dès 1906, il nous paraît que l’influence de Fulcanelli sur Julien tend à s’affirmer ».
1908 : Julien Champagne écrit La Vie Minérale, qui se termine par un « Honneur et gloire à jamais aux maîtres disparus ».
1910 : Champagne commence à travailler pour Fulcanelli (Atorène, le laboratoire alchimique, page 333).
1916 : Canseliet fait la connaissance de Fulcanelli, probablement à Marseille (France Inter, Radioscopie avec Canseliet).
1919 : Canseliet croise Fulcanelli chez les Lesseps, avenue Montaigne (Le Feu du Soleil, LFDS, page 67). Fulcanelli lui dit alors avoir juste 80 ans, dévoilant ainsi son année de naissance.
1922 : Fulcanelli n’avait pas encore reçu le « Don de Dieu » (préface à la seconde édition du MDC). Après la transmutation de Sarcelles, le maître va s’effacer (Atorène).
1923 : Fulcanelli remet trois paquets de notes scellés à la cire (LFDS page 72).
Fulcanelli élabore la pierre philosophale cette année-là (lire l’année 1929).
Mort de Paul Decoeur (le 6 mai 1923). Il est né en 1839.
Mort de Jules Violle (le 12 septembre 1923). Il est né en 1841.
Vers 1923, Mort de Charles de Lesseps (selon Walter Grosse). Il est né en 1840.
1924 : mort d’Anatole France (le 12 octobre). Fulcanelli assiste aux obsèques.
Mort de Léon Fould.
1925 : Fulcanelli corrige les épreuves du Mystère des Cathédrales (mise en forme : Eugène Canseliet). LFDS page 71. Canseliet ne voyait plus alors Fulcanelli, et correspondait avec lui via M. Devaux [Gaston Devaux, beau-frère de Julien Champagne]. En octobre, Canseliet signe la préface du Mystère des Cathédrales (parution en 1926) et écrit : « L’Auteur de ce livre n’est plus, depuis longtemps déjà, parmi nous », ajoutant plus loin : « Fulcanelli n’est plus. Toutefois, et c’est là notre consolation, sa pensée demeure, ardente et vive, enfermée à jamais dans ces pages comme en un sanctuaire ».
1926 : Mort de Pierre Dujols (né en 1862). Parution du Mystère des Cathédrales.
1929 : Fulcanelli retire le manuscrit du Finis Gloriae Mundi …/… « A cette époque, il y avait déjà six années que notre vieux Maître avait réussi l’élaboration de la pierre philosophale ». (Seconde préface aux Demeures Philosophales, et Présence de Fulcanelli, Jean Artero, pages 70 et 71). Canseliet écrit à ce propos : « Fulcanelli m’a réclamé le paquet et me l’a retiré. Sans doute y avait-il là des choses très graves. N’oubliez-pas qu’à cette époque il possédait la Pierre.» (LFDS, page 77).
« Il est dit habituellement et on écrit que Fulcanelli aurait retiré son troisième manuscrit, juste après la publication (chez Jean Schemit que j'ai connu personnellement) de la première édition en 1929 des Demeures Philosophales, et que Fulcanelli aurait disparu en 1930. » (Jacques d’Arès, prologue à un « faux » Finis Gloriae Mundi).
1932 : Mort de Julien Champagne. Eugène Canseliet affirme que Fulcanelli aurait, cette année-là, refusé de secourir Julien Champagne, alors à l’agonie, pour des raisons morales qui restent obscures.
1952
: Canseliet affirme avoir revu Fulcanelli cette année-là, en Espagne. L’adepte, à 113 ans, paraissait un homme de l’âge de son disciple – la cinquantaine. Cette anecdote est largement commentée dans l’émission de France-Inter « Radioscopie » avec Jacques Chancel.

Liens utiles

"Qui suis-je ?" Fulcanelli, Ed. Pardès, 2004.
"l'affaire Fulcanelli" de Jacques Grimault 
"En Héliopolis avec Fulcanelli : portrait d'un alchimiste du XXème siècle"-Johan Dreue
http://hermetism.free.fr/personne%20Fulcanelli.htm 
"Présence de Fulcanelli" -Jean Artero
"Le mystère des Cathédrales" et "les demeures philosophales"-Fulcanelli 
http://www.archerjulienchampagne.com/article-2593089.html 

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