De la Politeia à sa contre-image "démocratique représentative" et le faux-esprit du temps.


"La démocratie est la victoire des 11 imbéciles sur les 10 philosophes"- Socrate

« La République de Platon est devenue proverbiale, comme exemple prétendu frappant d’une perfection imaginaire qui ne peut avoir son siège que dans le cerveau d’un penseur oisif. »
Emmanuel KANT, Critique de la raison pure,

La Respublica, c’est la « chose publique ». Cette traduction latine du titre du dialogue de Platon par Cicéron ne rend pas compte de toute la richesse du mot grec politeia. La « chose publique », la « constitution », sont des traductions qui font perdre une bonne partie de ce que pouvait suggérer politeia à un Grec du temps de Platon. Selon Bernard Suzanne, le problème est qu’aucun mot français ne couvre tout le champ défini par politeia. En effet, politeia ne désigne pas seulement l’organisation politique de la cité, sa « constitution », ou même un « régime politique » particulier, mais elle recouvre le mode de vie publique et privée, du politès (le « citoyen » vivant dans la polis), ou encore les droits et devoirs qui le constituent en tant que citoyen, par opposition par exemple aux simples esclaves. Politeia peut aussi désigner l’ensemble des citoyens constituant la cité, ou encore l’implication d’un gouvernant dans la gestion de la cité. En un mot, la politeia de Platon entendue comme République désigne aussi bien le « régime » (dans un sens très large) de « mode de vie » de chaque citoyen, dans sa vie publique comme dans sa vie privée, que le « régime » de la cité.
Cet ordre politique platonicien, fondé sur le droit et instituant le droit, est qualifié de proverbial dans cet extrait de la Critique de la raison pure.

Contrairement à Platon, Aristote ne conçoit pas l'Etat idéal mais plutôt les conditions de possibilité de l'Etat. Réalisme d'Aristote : « On doit en effet examiner non seulement le régime politique le meilleur mais encore celui qui est simplement possible ».
L'autorité politique se distingue des autres formes d'autorité (père/enfant, maître /esclave) en ce qu'elle s'exerce sur des hommes libres, des citoyens. Celui qui gouverne doit apprendre en pratiquant lui-même l'obéissance car ce sont les lois qui doivent faire autorité, des lois justes. Le but de l'État n'est pas seulement d'assurer la survie mais de vivre dans une communauté qui doit s'entendre sur l'utile, le bon et le juste. Le but de l'Etat est l'accomplissement éthique des citoyens. Or cet accomplissement consiste en une vie heureuse des hommes (eudémonisme d'Aristote, le but est le bonheur qui pour tout être réside dans la réalisation de sa nature). Mais il n'est pas de bonheur sans vertu. Le citoyen ne doit pas mener une vie mercantile (sans noblesse) ni agricole (la vertu suppose le loisir). Si l'homme et un animal politique, la politique n'est sa fin que s'il est vertueux et c'est à la vertu du gouvernement qu'on juge la valeur d'un régime. Le citoyen se définit par son droit au suffrage et sa participation à l'exercice de la puissance publique.

L'Etat se forme à partir d'une suite de communautés qui va en s'agrandissant.
Seule la polis réalise l'autarcie Existence de trois formes de communautés justes avec leur forme pervertie.

GouvernementForme justeForme pervertie
Un seul homme RoyautéTyrannie (le plus mauvais régime)
Un petit nombre (une minorité)AristocratieOligarchie
La majoritéRépublique (politeia)Démocratie (moins mauvaise)

Les gouvernements sont nécessairement bons quand ils visent l'intérêt commun. Le critère de distinction des bons et des mauvais régimes n'est pas le nombre. Tant qu'on vise le bien être général, tout va bien. Les formes perverties sont celles où on ne poursuit que l'intérêt de ceux qui commandent. Pas de préférence entre les trois formes justes mais le régime le plus stable et le plus réalisable reste la politeia. La République est en fait un mélange parfait d'oligarchie et de démocratie sans que paraissent l'une et l'autre. cf. Ethique à Nicomaque : « La communauté politique la meilleure est celle que constitue la classe moyenne (…) son apport fait pencher la balance et empêche l'apparition des excès contraires »Or, dans une politeia tout le monde gouverne. Elle suppose donc un peuple vertueux c'est-à-dire un peuple qui n'existe pas dans la pratique. Le peuple n'étant pas vertueux conduit à une malversation politique, la demokratia. La meilleure forme politique est donc bien la politeia mais son impossibilité fait qu'elle ne peut exister que sous la forme pervertie de demokratia, de sorte que monarchie et aristocratie la surpassent.

 http://sos.philosophie.free.fr/antique.htm


Pour illustrer notre propos, il faut se replonger à la fois dans une conférence donnée par Steiner en 1911 et mettre en exergue le travail d'un universitaire professeur en sciences politiques Francis Dupuis-Deri en 1999. Comme solution au précipice, la parole du Christ rapportée par Jean l'Evangéliste : une ouverture vers un monde meilleur doit être possible que Steiner appelait par une tripartition sociale pour sortir de cette impasse où les individus lobotomisés et répondant à des affects que lui inspirent des fausses représentations par la société du spectacle pour maintenir un système corrompu faussement représentatif , mais franchement schizophrène et qui mène l'Homme vers un abîme...

" Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples; 32vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira." (Jean 8:32 )



" Car c’est parce que les hommes dorment vis-à-vis des phénomènes spirituels que les esprits des ténèbres obtiennent le plus facilement ce qu’ils veulent. Ce sommeil leur permet de mettre la main sur ce qui leur échappe quand l’être humain se relie consciemment aux impulsions spirituelles agissant dans l’évolution. Bien des éléments de mensonge sont présents aujourd’hui dans le monde pour bercer les hommes d’illusions, pour les endormir, afin qu’ils ne voient pas la réalité, afin qu’ils soient détournés d’elle, afin que les esprits des ténèbres aient le champ libre vis-à-vis des humains. Dès lors que l’on abuse ceux-ci, ils sont détournés de tout ce qu’ils pourraient et devraient réellement percevoir à l’état de veille pour que l’évolution suive un déroulement fécond. Nous vivons maintenant à l’époque où les hommes doivent prendre eux-mêmes leurs affaires en mains.
Une grave nécessité s’impose ici : il faut que l’on discerne certaines choses, ce qui ne peut se faire que si l’on connaît les forces spirituelles. On peut dire qu’au XIXe siècle il s’est produit tout ce par quoi les humains peuvent être détournés de la vérité. "(...) Chaque fois qu’aujourd’hui vous entendez prononcer un jugement sur ceci ou cela qui doit se former au cours de l’évolution humaine, vous pouvez entendre de belles phrases : l’histoire enseigne ceci et cela. Regardez la littérature publiée sur notre époque, et voyez combien de fois vous rencontrerez la phrase lorsqu’à nouveau quelqu’un va énoncer une sottise sur ce qui se passera après la paix conclue. Voyez combien de fois vous lisez : c’est ce qu’enseigne l’histoire. – Puis on explique : après la guerre de Trente ans, il en était ainsi… etc. Ces vérités sont de même nature que le calcul fait par certains et qui aboutissait à dire que la guerre aujourd’hui ne pouvait pas durer plus de quatre mois. En vérité, l’histoire n’enseigne rien du tout. Car dans le sens de la science matérialiste, n’est une science que ce qui permet de quelque façon, par la répétition des faits, de déduire l’avenir de ce qui a précédé. Lorsque le chimiste fait une expérience, il sait qu’il mélange certaines substances, et que certains processus vont se dérouler ; si les mêmes substances sont à nouveau mélangées, les mêmes processus se répéteront, et une troisième fois encore. Ou bien une certaine combinaison de nuages se produit, qui provoque des éclairs, et si cette combinaison de nuages se répète, les éclairs aussi. Selon les préalables de la pensée
moderne, il ne peut exister de science qui ne soit pas édifiée sur ces répétitions. Réfléchissez bien à la chose. L’histoire ne peut donc être une science pour les humains qui pensent dans une perspective matérialiste, car dans l’histoire, jamais rien ne se répète, ce sont toujours de nouvelles combinaisons qui interviennent.
On ne peut donc jamais faire des déductions selon la méthode appliquée dans les autres sciences. L’histoire est un produit de transition. Auparavant, on décrivait des curiosités. On ne parle pas non plus d’histoire quand quelqu’un écrit ce qu’on appelle la chronique familiale. Le mot « histoire » lui-même n’est pas du tout ancien. Car le mot « historia » a une tout autre origine. Le concept d’« histoire » ne prendra un sens que lorsqu’on appréhendera les impulsions spirituelles. On peut alors parler de ce qui arrive réellement, et dans certaines limites, de ce qui se passe derrière les coulisses. Les limites se dessinent par la comparaison avec ce qui, dans le monde physique extérieur, est aussi « futur », disons la position du soleil l’été prochain, etc., mais non pas les intempéries dans leur détail. Dans le monde spirituel aussi, il arrive des choses qui sont dans le même rapport que les futures intempéries avec la future position du soleil. Mais en général, on saura quelque chose sur la marche de l’évolution humaine à partir des impulsions spirituelles uniquement. L’histoire est donc une science embryonnaire, elle n’est pas encore ce qu’elle doit être, elle le deviendra le jour où elle reliera son acquis centenaire à l’observation de la vie spirituelle qui se déroule derrière les événements extérieurs dans l’humanité. (...)
Vous aurez peut-être déjà entendu dire ce que certains proclament constamment : la démocratie doit régner dans l’ensemble du monde civilisé ; la démocratisation de l’humanité, voilà ce qui nous apportera le salut ; et pour qu’elle se répande dans le monde, il faut tout anéantir. – Oui, si les humains continuent à vivre en rassemblant sous le concept de démocratie tout ce qui leur vient à l’esprit, ils lui auront donné une forme qui rappelle la définition de l’être humain dont j’ai parlé : un homme est un être qui a deux jambes et pas de plumes, un coq plumé. Car les gens qui chantent la gloire de la démocratie aujourd’hui, en savent à peu près ce que connaît de l’homme celui à qui on présente un coq plumé. On prend les concepts pour des réalités. C’est ainsi qu’il devient possible à l’illusion de prendre la place de la réalité lorsqu’il s’agit de la vie humaine : on berce et on endort les gens à l’aide de concepts. Ils croient ensuite que leurs aspirations visent à ce que chacun puisse exprimer ce qu’il veut grâce aux différentes institutions démocratiques ; et ne s’aperçoivent pas que les structures de la démocratie sont de telle nature que toujours quelques-uns tirent les ficelles, et que les autres sont tirés. Et quelques-uns peuvent d’autant mieux tirer que tous les autres croient qu’eux-mêmes tirent également, sans être tirés. – C’est ainsi que par des concepts abstraits on peut très bien endormir les hommes, qui en viennent à croire le contraire de la réalité. Par là même, on laisse aux puissances ténébreuses le champ libre. Et lorsqu’à un moment un homme s’éveille, on le laisse de côté.


Il est intéressant de voir comment, en 1910, on a écrit cette belle phrase : le grand capitalisme a réussi à faire de la démocratie l’instrument le plus merveilleux, le plus souple, le plus efficace, pour exploiter la collectivité. On s’imagine ordinairement que les gens de finances sont les adversaires de la démocratie – écrit ce même auteur – ; c’est une erreur fondamentale. Ils sont plutôt ceux qui la mènent et la favorisent. Car elle – à savoir la démocratie – constitue le paravent derrière lequel ils dissimulent leurs procédés d’exploitation, et ils ont en elle la meilleure protection contre l’éventuelle indignation du peuple. En voilà un qui s’est réveillé, et qui a vu que ce qui importe, ce n’est pas de jurer par la démocratie, mais de pénétrer les profondeurs de la réalité – non pas d’admirer les slogans, mais de voir ce qui se passe en réalité. (...) Le même auteur qui a écrit en 1910 les phrases citées, et qui donc s’est réveillé, a fait dans le même livre un calcul extrêmement désagréable. Il a en effet établi une liste de 55 hommes qui en réalité dominent et exploitent la France. Cette liste se trouve dans la « Démocratie et les financiers », de Francis Delaisi, auteur aussi du livre devenu entre temps célèbre : « La guerre qui vient ». Voilà donc un homme qui s’est réveillé devant la réalité. Son livre : « La Démocratie et les financiers » présente des impulsions qui peuvent mener à discerner ce qu’il faudrait percer à jour aujourd’hui, et réduit à néant beaucoup de choses qui engloutissent dans un brouillard les cervelles des humains. Dans ce domaine aussi, il faut se décider à regarder la réalité. Bien entendu, on n’a pas tenu compte de ce livre. Or, certaines questions y sont posées qui devraient l’être aujourd’hui dans le monde entier ; elles enseigneraient bien des vérités sur la réalité que l’on veut enterrer sous les discours déclamatoires qui parlent de démocratie, d’autocratie, et autres slogans. Vous y trouvez par exemple aussi une très belle description de la situation pénible dans laquelle se trouve en réalité le parlementaire. N’est-ce pas, les gens croient qu’un parlementaire vote selon sa conviction.
Mais si l’on connaissait tous les fils par lesquels il est relié à la réalité, on saurait alors pourquoi il dit oui dans un cas, et non dans un autre. Il faut en effet que certaines questions soient posées, et c’est ce que fait Francis Delaisi. Par exemple, parlant d’un parlementaire, il demande : de quel côté le pauvre homme doit-il se ranger ? Le peuple lui attribue trois mille francs par an d’indemnité, et les actionnaires trente mille francs ! Poser la question, c’est déjà y répondre. Le pauvre homme reçoit donc du peuple une indemnité de trois mille francs, et des actionnaires trente mille. Voilà, n’est-ce pas, une belle preuve, et l’on témoigne de beaucoup de perspicacité quand on dit : qu’il est donc bien qu’un socialiste, un homme du peuple comme Millerand ait trouvé place au Parlement ! C’est une conquête grandiose. – Mais Delaisi pose une autre question : qu’en est-il de l’indépendance de Millerand qui, en tant que représentant de plusieurs compagnies d’assurances, touche trente mille francs par an ? En voilà donc un qui s’est réveillé ; il sait très bien par quels fils les actes d’un tel homme sont liés aux différentes compagnies d’assurances. Mais de ces choses qui sont rapportées à l’état de veille sur la réalité, on ne tient aucun compte. Bien entendu, on peut faire aux gens de très beaux discours sur la démocratie des pays occidentaux. Si l’on voulait leur dire la vérité, il faudrait dire : celui-ci fait telle et telle chose, et celui-là telle autre. – Delaisi a compté 50 hommes bien définis qui ne font pas une démocratie, mais dont il dit qu’ils gouvernent et exploitent la France. Ainsi a-t-on découvert les faits réels, car dans la vie ordinaire aussi il faut que le sens des réalités s’éveille." ( La chute des esprits des ténèbres-dernier chapitre )

Eclairant n'est-ce pas le constat de Delaisi rapporté par Steiner. Plus que jamais d'actualité un siècle plus tard !



le texte complémentaire établissant le constat de Delaisi et Steiner :






Bibliographie sélective :

la chute des esprits des ténèbres ( éditions triades ) R.S
https://blogs.mediapart.fr/jolemanique/blog/241013/annie-lacroix-riz-industriels-et-banquiers-sous-loccupation
le choix de la défaite par Annie Lacroiz-Riz (https://fr.wikipedia.org/wiki/Annie_Lacroix-Riz



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