samedi 20 août 2016

Michel Onfray, fossoyeur de la biodynamie ?

En préambule permettra de faire la lumière sur ce qu'est la biodynamie :




Dans son livre Cosmos, Michel Onfray s'interroge sur la vie,le vitalisme cher à Nietzsche et les courants affluents qui auraient une prétention particulière à déborder dans leur essence de l'examen purement matérialiste sur la question.
Lors de l'émission audio qui lui sera consacré sur France Culture au mois d'août 2016, il reviendra sur le chapitre en question consacré à la biodynamie et son penseur : Rudolf Steiner. " Il y a des fumiers spirituels...Je ne songe à personne en particulier..." clame-t-il cyniquement !
Amateur de vins et matérialiste hédoniste, c'est tout naturellement, qu' Onfray va régler ses comptes à sa manière, empreinte d'erreurs caricaturales ,de paralogismes, ou de sophismes avec Rudolf Steiner , l'anthroposophie et la biodynamie. Or, s'il y a bien un courant de pensée qui entend identifier la force vitale et d'en décrire à la fois les processus spirituels et organiques à l'oeuvre tout en relativisant l'approche mécaniste, prenant appui sur la phénoménologie goethéenne, c'est bien l'anthroposophie de Rudolf Steiner. Car, c'est bien sur cette prétention, qu' Onfray dégaine l'épée lorsqu'il déclare que même dans l'étude du vitalisme, il faut se méfier des faux-amis ! Il ne négligera pas non-plus d'attaquer péremptoirement l'homéopathie et Jacques Benveniste, taxé de scientifique entre guillemets sous prétexte qu'il a eut l'audace de maintenir ses thèses rédigées sur la mémoire de l'eau et braver l'intelligentsia scientifique !

Son angle d'attaque sera donc la biodynamie ! Confondant volontairement, procédés techniques naturels d'un amateurisme confondant, avec la technicité qualifiée par de bons vignerons,mais élargissant leurs praxis grâce aux concepts anthroposophiques.

L'Université populaire de Caen dont il est le fondateur, et qui lui sert opportunément de tribune pour exprimer sa doxa, va lui permettre de traiter à nouveau le sujet auprès de son auditoire. La conférence a été enregistrée et diffusée sur France culture le 14 août 2016 avec pour titre non sans arrières-pensées négatives connotées : Théorie du fumier spirituel. Critique de la raison biodynamique.

Cet article me permettra aussi d'achever la question de la scientificité de l'anthroposophie et de sa singularité contestée mais éprouvée plutôt favorablement après bientôt un siècle d'existence.

Ce blog traitant d'anthroposophie, il était légitime d'apporter une analyse à la critique de ce prétendu fumier spirituel qu'est indirectement la biodynamie et plus directement l'anthroposophie dans la pensée d' Onfray de la part d'un chercheur non-encarté à la société anthroposophique. Je m'appuierai très largement sur les caractéristiques fournies par Steiner, et un ancien praticien François Bouchet dont le livre m'a été offert par sa fille, Véronique Cochran en Gironde !
Bien que son jugement est pourtant censé s'appuyer sur l'expérience gustative des vins en question, Onfray porte des représentations non-exemptes de préjugés.

La biodynamie ne serait qu'une religion avec ses croyants, et l'anthroposophie,une pseudo-science basée sur un vocabulaire ésotérique ! Esotérique dès lors que le rationalisme ne permet pas d'emblée et sans efforts de recherches, passer au rasoir d'Occam, des théories anthroposophiques qui demandent de consacrer du temps à leurs compréhensions selon l'angle de vue adopté par les multiples conférences sténographiées,comme c'est souvent le cas chez Steiner !

Par ses propos et ses ouvrages antérieurs , Michel Onfray démontre que ses représentations sont héritières des courants de pensée issus du classicisme gréco-romain hétérodoxe et décadent dont toutes voies ésotériques étaient exclues de fait. Ceux que Socrate désignaient du nom de sophistes et de matérialistes ! D'ailleurs, il regrette que la civilisation occidentale plutôt que d'être bâtie sur les conceptions platoniciennes (et aristotéliciennes), ne se soit pas construite sur celle de Démocrite, le père de l'atomisme ! Influence aussi par les philosophes des Lumières et déconstructivistes post-modernes qui placèrent la raison bornée au monde des sens au-dessus de toute autre forme de connaissance, prétendant évacuer le divin aux superstitions moyenâgeuses !
Se croisent et se nourrissent mutuellement donc chez lui:  

>hédonisme et matérialisme 
>nominalisme et positivisme 
>Et finalement athéisme et nihilisme.

Paradoxalement, dans ce monde sensible, où il ne voit que le néant comme seule issue métaphysique, il nous parle d'une sagesse paysanne ( et hédoniste ) sans morale (judéo-chrétienne), véritable hérésie qui détache la tête du coeur à l'instar d'un Luc ferry ou Comte-Sponville mais cohérent avec la pensée morte de la civilisation actuelle. Pour ces derniers, la philosophie présenterait deux aspects distincts : la sagesse qui se définirait comme la recherche d'une vie bonne : épicurienne, hédoniste régie par  l'individualisme cher aux  libéraux, et d'autre part une éthique possible toute personnelle et subjective.
Une spiritualité laïque détachée de l'autoritarisme religieux certes, mais empreinte d' agnosticisme pour autant qu'elle s'inscrit dans le relativisme généralisé du matérialisme civilisationnel.

Autre confusion stylistique relevée au cours de l'émission, est l'utilisation ( peut-être pour s'éviter des procès !) constante du pronom impersonnel "ON" comme attaque ad non-hominem et argutie d'autorité afin d'étayer son discours. " On m'a présenté ce vin ", " On m'a répondu que " etc,  etc ! Car jamais, il ne nommera directement ceux qu'il prétend dénoncer ! Pas très sérieux tout ça pour quelqu'un qui place la démarche scientifique sur un piédestal ! Rudolf Steiner faisait régulièrement référence à l'éthérique comme à l'astral  auprès d'un auditoire habituel, qui en maitrisaient les concepts, plus qu' Onfray qui tronque la quadruple constitution occulte de l' homme, en négligeant, mais est-ce bien un hasard ,ce qui en fait sa singularité : le Moi, le Je. Plus loin, il ironisera aussi sur la numérologie steinerienne taxée de fantaisiste.

Il faut préciser que Cosmos dans la bouche d' Onfray n'a pas la même signification autre que naturaliste, confrontée à celle des mythologues grecs. Etymologiquement, le cosmos est la demeure visible des dieux où règne l'ordre, l'harmonie et un équilibre fragile mais qui fait sens, et qui a un sens. Tout le contraire de chaos , synonyme de désordre par la volonté des Titans de faire obstacle aux Dieux bons. Personne n'a vu d'horloge sans horloger, même si l'horloger se fait discret ! Et on peut supposer que derrière tout ordre suppose une intention et par conséquent de la conscience !

Pour bien caractériser l'héritage philosophique idéaliste et critique allemand de Steiner, Onfray insiste de façon gratuite , sans preuves sérieuses, d'une filiation entre le romantisme allemand , la philosophie de la nature et les thèses crasses du national-socialisme ! Schiller - Novalis - Fichte - Hegel - Steiner - Himmler, même combat ! La nausée me reprend !

" Le vin fabriqué bio-dynamiquement serait donc un vin idéologique, où le concept devrait prendre le pas sur l'émotion et la dégustation, où la croyance magique devrait prendre le pas sur la raison ! " dit-il.

Dans la préface de l'ouvrage de François Bouchet , l'anthroposophie - et donc la biodynamie - qui n'est rien d'autre que son prolongement viticole, étudie le lien qui unit l'homme,les plantes, la terre, les planètes et le cosmos tout entier. Intuitive, analogique, proche de la magie, de l'alchimie et de l'observation des astres, et donc pré-scientifique à bien des égards, la pensée sur laquelle repose la biodynamie l'est indéniablement, et elle le revendique pleinement. Mais ce serait une grave erreur que de l'assimiler à une forme de superstition. Dans la pratique agricole qui nous est décrite ici, l'observation et l'expérience règnent en souveraines,et pas plus qu'aucun de ses semblables, le paysan biodynamiste n'est un fantaisiste, prêt à se laisser bercer par des élucubrations. Rappelons à cet égard que la biodynamie s'est constituée sur une double fondation : d'une part la philosophie de Rudolf Steiner, qui constitue une sorte de pont entre des savoirs ancestraux et la démarche scientifique moderne,et de l'autre, des traditions paysannes aujourd'hui en voie de disparition mais issues d'une expérience séculaire que les fondateurs de la biodynamie ont toujours eu à coeur d'intégrer dans leurs recherches.

En témoigne entre autres, le soucis des résultats - mesurés en l'occurrence en termes de qualité des produits et de pérennité de l'environnement.

Quelle autre raison d'ailleurs que l'adhésion à l'expérience paysanne et la primauté accordée à l'efficacité pourrait-on avancer pour expliquer la vague actuelle de conversions à la biodynamie de domaines vinicoles parmi les plus prestigieux ?


François Bouchet prend soin de préciser que cette pratique n'est pas celle d'hier ou d'avant-hier mais bien celle de demain ! D'ailleurs, s'il y a quelque chose de dépassé, c'est à l'évidence l'agriculture soi-disant scientifique, autrement dit productiviste, dont les méfaits sont unanimement reconnus, sauf bien sûr par ceux qui en tirent des profits à court terme. Le constat est alarmiste : sols épuisés, et revenant peu à peu à l'état de roche, terroirs en voie de disparition irrémédiable, prolifération des maladies de la vigne...Mais pas désespéré !

La biodynamie peut remédier à tout cela. Son efficacité en termes de régénération des sols ( et donc des terroirs ) et de la santé de la vigne est prodigieux, comme l'a montré Claude Bourguignon avec la fumure. Là est l'avenir, là le bon sens et l'harmonie. Si folie et aberration il y a, elles sont du côté de la lutte prétendument " raisonnée " qui consiste à augmenter la rémanence et la toxicité des produits chimiques pour venir à bout des problèmes qui ont leur origine dans ces produits mêmes.

Le but de la viticulture est-il d'enrichir les laboratoires et de produire en quantité un vin uniformisé, sans talent ni vertu ? N'est-il pas plutôt de s'allier aux rythmes naturels et aux processus biologiques grâce auxquels la vigne enrichit le sol et renouvelle elle-même les terroirs, pour produire un vin original et vivant ? (Luc Boussard)

Tout donne l'impression chez Onfray, qu'il n'a comme étude réelle sur Steiner et l'anthroposophie, que ce que Miviludes ou Wikipédia ont bien voulu lui fournir ! Qu'il ronge donc son os sur les écrits philosophiques de Steiner qui est son domaine, à commencer par Vérité et science, philosophie de la liberté, énigmes de la philosophie, les limites de la connaissance de la nature, Nietzsche, un homme en lutte contre son temps ! Mais quand bien-même, son ultra-présence médiatique qui confine au ridicule, sa cécité spirituelle - tout comme celles et ceux qui attaquent de front toute connaissance spiritualiste, l'empêchera très probablement de revoir son jugement et ses présupposés tenaces !

Qui donc à tout intérêt à abattre la biodynamie ?
L'industrie phytosanitaire ?
L'église catholique et ses tentacules associatives de prévention contre les sectes ? http://charismata.free.fr/?p=5885
La philosophie et la science matérialiste bousculées et agacées de constater le succès croissant des applications issues de l'anthroposophie ?

J'aimerai pour conclure revenir sur ce que je m'étais proposé de déterminer au tout début, en vue de clôturer la question de la scientificité de l'anthroposophie. Michel Onfray, taxe d'oxymore une science prétendument spirituelle . Mais en écartant de la démarche dite scientifique moderne qui étudie selon les critères du nombre, du poids et de la mesure, la matière, celles qui auraient prétention à en élargir le champ de réalité et de compréhension au-delà du domaine sensible et pondérable,selon d'autres méthodologies, celles-ci rentrent de fait dans la croyance et l'anti-science.

Paradoxalement brillant sur beaucoup de sujets de société, Michel Onfray déraille quant à l'anthroposophie et la biodynamie qui en découle....Dommage !


Liens et bibliographie :

http://www.biodyvin.com/
http://www.demeter.fr/
http://www.bio-dynamie-foures.com/
http://www.bio-dynamie.org/wp-content/uploads/2014/02/BIBLIOGRAPHIE-biodynamie.pdf
http://www.larvf.com/,vin-biodynamie-bordeaux-pontet-canet-chateau-alain-moueix-fonroque-biodyvin-thierry-valette,10343,4024808.asp
http://www.editions-triades.com/livres/agriculture-et-alimentation/agriculture-art378.html


2 commentaires:

  1. Juste une remarque : A ce jour Palmer est en conversion vers la Biodynamie et aucun vin certifié n'a encore été commercialisé !

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  2. Je note votre remarque, et vous en remercie. Bien que cet aspect ( non-commercialisation à ce jour sous la certification Demeter ou bioDyvin )ne remette pas en question ni de la motivation de la conversion ni le savoir-faire du Maître de chai et des vins prestigieux que ce très beau château bordelais élabore,contrairement à la caricature qu'en offre péremptoirement Michel Onfray auprès d'un public non-averti.

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