L' incarnation d' Ahriman en lien avec le Capitalisme et le Nouvel Ordre Mondial




Le nouvel ordre mondial n'est pas un concept géopolitique de l'immédiat après-guerre froide. Cette formule « nouvel ordre mondial » est parfois mentionnée par son acronyme NOM (ou NWO en anglais). L'expression désigne alors l'alignement idéologique et politique des gouvernements et organismes mondiaux vers une certaine unipolarité, incarnée par les États-Unis. Une gouvernance mondiale pose la question de la démocratie. En effet, dans un tel cas, les dirigeants sont éloignés géographiquement et la technicité des sujets rendant la discussion difficile. De plus, l'usage de la désinformation en démocratie sépare encore plus les dirigeants des dirigés et suscite parfois une méfiance généralisée à l'égard des dirigeants.

Certains partisans de ce concept vont jusqu'à faire valoir que celui-ci tend à transformer progressivement les pays démocratiques en des régimes ipso facto totalitaires de par la prise de contrôle de l'économie mondiale par les élites dirigeantes, notamment de la finance, avec le soutien de la franc-maçonnerie entre autres. The New World Order (« Le Nouvel Ordre Mondial » en anglais) est le titre d'un livre du romancier et journaliste H. G. Wells (1866 - 1946) publié en 1940 qui traite de l'établissement d'un gouvernement mondial unique. Auparavant, dans son livre écrit en 1914, la destruction libératrice, il raconte l'histoire d'une guerre généralisée aboutissant à la création d"un État mondial constitué en 10 blocs. C"est dans ce livre que l'on trouve l'expression « Nouvel ordre mondial ». La suprématie du dollar comme monnaie de réserve rencontre plus d'opposition, et plusieurs acteurs mondiaux envisagent de restreindre son importance dans le commerce international. Enfin l'émergence de la Chine comme nouvelle puissance économique et la montée en puissance de l'Organisation de Coopération de Shanghaï contribuent à rendre caduque l'unilatéralité qui marquait les relations internationales dans les années 1990 . En 1971, Gary Allen publie un livre intitulé None dare call it a conspiracy (« Que personne n'ose appeler cela un complot ») reprenant les thèses de Welch et Caroll Quigley et faisant le lien avec la politique de l'administration Nixon (entre autres la réforme du système éducatif). En ce sens, le « nouvel ordre mondial » se rapproche du livre 1984 de George Orwell ou du Meilleur des mondes d'Aldous Huxley.

En 1958, Aldous Huxley publie Retour au meilleur des mondes (Brave New World Revisited) un essai dans lequel il effectue un rapprochement entre l'évolution du monde et l'univers du Meilleur des Mondes. Aldous Huxley ne donne aucune explication conspirationniste sur cette évolution, mais ses origines et sa famille en font un observateur privilégié des courants de pensées des élites anglaises, notamment en ce qui concerne le darwinisme social et l'eugénisme.Orwell, lui aussi dans son roman 1984, tracera les contours d' une autocratie de type stalino-fasciste avec le sigle INGSOC (ingénierie sociale ?) et la référence au grand frère qui surveille toute la population : Big Brother.

Toujours en 1958, l'industriel américain Robert W. Welch, Jr. fonde la John Birch Society (JBS), un groupement politique anticommuniste, chrétien et patriotique. Lors du discours d'inauguration de la JBS, Robert W. Welch expose le complot qui menacerait selon lui les États-Unis mené par un groupe secret et visant à établir une hégémonie mondiale via la passation progressive de la souveraineté des nations à des organisations internationales. Il fait campagne en 1959, pour obtenir le retrait des États-Unis de l' Organisation des Nations unies, qu'il accuse de vouloir instaurer un gouvernement mondial. En 1971, Robert W. Welch exposera dans un discours l'idée que les communistes ne se trouveraient pas au sommet de la conspiration mais qu'ils ne représentent qu'une de ses branches. Il baptisera les maîtres supposés de cette conspiration « The insiders » (les infiltrés) et les reliera directement aux illuminati de Bavière du XVIIIe siècle. Selon l'historien Carroll Quigley, les élites du capitalisme financier, qu'il situe dans la période de 1850 à 1932, avaient comme ambition de créer un système mondial de contrôle financier dans les mains du secteur privé capable de dominer le système politique de chaque pays et l'économie mondiale d'un seul tenant. Selon Quigley, le pouvoir est ensuite passé des banquiers aux technocrates et aux groupes de pression, faisant usage de la propagande. Son analyse date de 1966, et depuis, un mouvement de dérégulation en faveur de la finance s’est développé, ayant abouti à la crise financière d'après 2007. La dette privée a été transformée en dette publique, et cette dernière est utilisée comme argument pour mener des plans d'austérité.



« Celui que l'anthroposophie nomme Ahriman, quoi qu'en pensent les naïfs, est bel et bien, plus que jamais, le « Prince de ce monde » et l'instigateur de toutes les ignominies, les mensonges et les abominations qui inondent et infectent le mental des hommes à notre époque. Sans sous-estimer le rôle positif majeur de cette entité et celui des esprits des obstacles dont elle est le régent, qui est donc cet être pour la science spirituelle moderne ?
Très exactement, ce que l'on nomme une Archée dans l'ordre des hiérarchies célestes, d'un rang supérieur, par conséquent aux archanges, mais en réalité une Puissance encore supérieure aux archées : un Exousiaï « masqué », en quelque sorte rétrogradé de la seconde Hiérarchie dans la troisième, oeuvrant illégitimement au sein des Archées, des esprits du temps, incitant les hommes à être en contradiction avec l' Esprit de leur époque ( Michaël ). C'est lui l'ennemi du Christ. Son activité étant tout entière définie dans le nom que lui donna Goethe : Méphistophélès, Méphis-Topel, le corrupteur-menteur, que la tradition hébraïque nomme encore Samaël, l'Ange de la mort, dont la demeure est au 5ème Ciel,celui que les égyptiens nommaient Seth-Typhon et les grecs Hadès. »
voir http://home.nordnet.fr/caparisot/html/hierachieceleste.pdf

« Dans la nature qui nous entoure Ahriman est le légitime seigneur de la Mort et, dans ce sens, on ne doit pas le tenir pour une puissance mauvaise, mais comme une Puissance fondée dans l'ordonnance générale du monde […] Mais Ahriman peut outrepasser les limites de son domaine ; il peut en particulier l'outrepasser en s'introduisant dans la pensée humaine. » (R.S., Mystères du Seuil)
Comme Lucifer s’était emparé à son profit des éthers de chaleur et de lumière, Ahriman s’appropria les forces des éthers inférieurs et sous ses efforts le liquide et le solide atteignirent un point de condensation qui les firent tomber au-dessous du degré prévu par les dieux réguliers.



Lucifer, ayant détaché la pensée de son origine cosmique pour en faire son bien propre, avait travaillé pour Ahriman ; celui-ci n’eut qu’à matérialiser la pensée, préalablement vidée de sa réalité spirituelle. Pour avoir attendu que les temps de son intervention soient mûrs, Ahriman gagnait sur les deux tableaux : celui de la pensée abstraite et celui de la science matérialiste. Il rendait les perceptions obscures et la matière opaque.

« L’un des faits qui révèle le plus clairement l’influence d’Ahriman, c’est la croyance que la conception mécaniste et mathématique de l’univers à laquelle on est arrivé à la suite des travaux de Galilée, Copernic et leurs successeurs, peut vraiment permettre de comprendre ce qui se passe dans le cosmos. La science spirituelle d’orientation anthroposophique demande, elle, qu’on ne cherche pas seulement dans le cosmos les phénomènes mécaniques et mathématiques — ce qui pousse à se représenter l’univers comme une grande machine, — mais qu’on y cherche avant tout des phénomènes d’esprit et d’âme. Ce serait obéir aux directives d’Ahriman que de se borner au calcul des mouvements des astres, à l’astrophysique, bien que l’humanité puisse être légitimement fière des résultats obtenus en ce domaine. Mais il serait fâcheux de ne pas opposer aux conceptions mécanistes de l’univers les connaissances qu’on peut avoir sur les actions psychiques et spirituelles de nature cosmique. Ce serait précisément faire tout ce qu’il faut pour préparer au mieux la prochaine incarnation terrestre d’Ahriman. Celui-ci, pourrait-on dire, cherchera à maintenir les hommes dans une léthargie telle qu’ils ne puissent concevoir que l’aspect mathématique de l’astronomie. C’est pour cela qu’il inspire tant qu’il peut aux hommes cette répugnance dont ils font preuve pour admettre la présence d’esprit et d’âme dans le cosmos »

« Ahriman et Lucifer collaborent toujours, mais ils n’ont pas ensemble la haute main sur la conscience des hommes. Ce fut une culture fortement luciférienne que celle qui régna en Chine au cours du troisième millénaire précédant l’ère chrétienne. Il en surgit toutes sortes d’influences dont l’action se prolongea jusque dans les premiers siècles chrétiens et même en certains cas jusqu’à notre époque ». — « Mais, poursuit Rudolf Steiner, depuis qu’Ahriman est au premier plan, ce qui se prépare, c’est son incarnation au cours du troisième millénaire après J.-C. Si bien, que les traces des actions de Lucifer s’effacent maintenant devant les préparatifs d’Ahriman pour son intervention à venir. On pourrait dire qu’Ahriman a conclu avec Lucifer un traité... »


Quels sont les acteurs majeurs de l' accroissement de l'influence d'Ahriman depuis les philosophies des Lumières ?

 

      « Voyez-vous,Ahriman se prépare depuis longtemps déjà : depuis la Réforme et depuis la Renaissance ( 1413 ). C'est à ce moment qu'on a vu surgir, dans la civilisation moderne, le type d'homme que l'on a justement appelé l' homo oeconomicus. Si vous reculez dans des temps anciens, dont je vous ai montré les caractéristiques lucifériennes, vous n'y trouverez pas l'homo oeconomicus. Quels étaient alors les types dominants ? C'étaient les initiés ! Les Pharaons d'Egypte, les suzerains de Babylone, les empereurs de l'Extrême-Orient – tous étaient des initiés. Puis vint la domination du du type sacerdotal, qui dura, en réalité, jusqu'à la Réforme et la Renaissance.Depuis lors, c'est l'homo oeconomicus qui est le maître. Les gouvernants ne sont plus que les hommes de main de l'homme économique.Car il ne faut pas croire que les Chefs d'Etat, aujourd'hui, sont autre chose que des hommes de main de l'homme économique. Les changements qui sont survenus dans la Loi et dans le Droit,n'ont été que les conséquences de la pensée de l'homme économique.
      Au 19ème siècle, apparut une nouvelle variété de cet homme économique : l'homme des Banques, l'homme dont la pensée est essentiellement bancaire . C'est alors que s'institua totalement le système économique actuel, où l'hégémonie de l' argent l'emporte sur tout le reste. Il faut étudier ces choses d'une manière empirique. J'ai exposé tout cela déjà , ici même dans ma deuxième conférence publique . ; on verrait alors après étude, ce que signifie la suprématie absolue de l' économique. Elle est pour Ahriman un nouveau moyen de subjuguer l'humanité. Si les hommes ne voient pas la nécessité de créer, à côté de l'ordre économique et bancaire, un Etat purement juridique et une instance purement spirituelle ( tripartition sociale ), alors Ahriman aura un atout de grande envergure pour assurer le triomphe de son incarnation.
      De même, il existe une autre catégorie d'hommes qui facilitent sa venue. Si étrange que cela puisse paraître, il s'agit de gens qui ne veulent connaître le monde qu'à travers une lecture naïve et littérale de l' Evangile sans rien connaître d'une science spirituelle. C'est ainsi que les confessions religieuses s'éloignent du Christ, de plus en plus. C'est la raison pour laquelle la Théologie moderne est devenue si matérialiste. Les Confessions religieuses et les sectes qui ne veulent s'instruire que par l' Evangile et repousse toute connaissance spirituelle, qui ne veulent rien apprendre, éviter tout effort, constituent dès à présent l'ébauche des hordes innombrables qui se mettront au service d'Ahriman, lorsqu'il apparaîtra sous forme humaine dans la civilisation occidentale. »
       ( Lucifer et Ahriman – 1ère conférence )


      Sur l'influence réelle du haut-jésuitisme et des loges noires et leur alliance depuis 1802: 

      http://lazarides.pagesperso-orange.fr/Steiner-jesuites.pdf

       


      Autre preuve de l'infiltration jésuite au sein des rites maçonniques tiré des paroles d'un Maçon français estimé : Jean-Marie Ragon (1781-1862 )qui appartenait à la loge « Le Phœnix » du Grand Orient de France , au Rite de Misraïm, ainsi qu'à l'Ordre du Temple , qui précisera dans son ouvrage « Orthodoxie maçonnique suivi de la maçonnerie occulte »(1853) s'interrogeant sur l'origine supposée de la Franc-Maçonnerie, l'influence réelle des jésuites :

      « D'autres attribuent la Maçonnerie aux jésuites. Les jésuites ont trouvé la Maçonnerie en trois grades toute faite ; ils l'ont considérée comme moyen excellent pour arriver à leur but, la domination universelle ; ils se sont emparés du système templier ; ils ont inventé la plupart des grades écossais ; ils ont modifié le travail d'Ashmole,favori de Charles Ier,dévoué, comme eux,aux Stuarts. De là,l'imperfection du grade de Maître. Voulant, comme Ramsay, asservir la Maçonnerie au catholicisme, ils ont bien pris soin de dire,dans le premier grade de l'écossisme, que la Maçonnerie est un culte, ce que la véritable initiation se serait bien gardée de faire. Les grades à poignard et leurs travaux nocturnes ont été fabriqués par eux ; on leur doit aussi ce grade à génuflexions,issu mais dévié du rosicrucisme..."
      « C’est tout de même quelque chose de tout à fait différent que le ‘’ britannisme ‘’ veuille faire du monde une sorte de grand magasin. L’américanisme veut faire du monde en fait un appartement physique aménagé autant que possible avec confort, dans lequel on puisse vivre confortablement et richement. Et le fait de pouvoir vivre dans le monde confortablement et en étant riche, c’est cela l’élément politique de l’américanisme (*). Celui qui ne voit pas cela clairement, ne voit pas les choses, mais veut s’étourdir lui-même. Sous l’influence de ce courant cependant, le lien entre l’être humain et le monde spirituel doit dépérir. Dans ces forces d’origine américaine réside ce qui par essence doit amener la terre à sa fin, réside ce qui est de nature destructrice, ce qui doit en dernier lieu amener la terre à la mort, parce que l’esprit doit en être maintenu éloigné. La deuxième force destructrice est non seulement le courant catholique, mais tout le jésuitisme, car celui-ci est pour l’essentiel en parenté avec l’américanisme. Si l’américanisme consiste en le fait de cultiver le courant américain qui veut étendre et construire la peur de l’esprit, le jésuitisme lui, cherche à éveiller la croyance suivante : ne touche pas à l’esprit, duquel nous ne pouvons pas approcher, et laisser donc administrer les biens de l’esprit, les biens spirituels, par ceux qui y ont vocation de par la formation qu’ils ont suivi au sein de l’église catholique. Et ce courant veut laisser s’étioler, laisser dépérir les forces existant dans la nature humaine, qui s’orientent d’elles-mêmes vers le spirituel et les réalités de l’esprit. » (R. Steiner – 30.7.1918 (GA 181))


      La Fabian Society : matrice jésuitique du NWO



      « Karl Marx a appris la pensée dialectique en Allemagne ( Hegel) et l'a transportée en Angleterre. Puis, ce qu'il a développé là-bas est revenu en Allemagne et y a rencontré une profonde adhésion. La pensée hégélienne est ainsi descendue de ses hauteurs abstraites vers une tentative de compréhension des processus économiques, c'est bien compréhensible. Avec Hegel seulement, on n'a rien dans les mains, comme je vous l'ai dit. Mais maintenant, Karl Marx a développé, sous l'influence de l'Empire britannique et de son industrialisme, une pensée qu'il propose au prolétariat : tes pensées ont leur origine dans la vie économique et la pensée saine ne vient pas des études mais du fait d'être prolétaire,car seule la classe des prolétaires a des pensées économiques. De ce fait, tu penses correctement selon les temps modernes ! » (R.S - GA 185a, 6ème conférence )


      symbole  significatif du loup déguisé en agneau qui en dit long sur les intentions !

                                                               

                                                                 
      La société fabienne est un institut qui a vu le jour à Londres en 1884 sous l’impulsion de politiques anglais comme Sydney Webb (1859-1947) et de son épouse, Béatrice Webb, ou encore de l’écrivain irlandais George Bernard Shaw (1856-1950). L’avant-garde de cette société se fit sous l’influence de promoteur du socialisme comme Robert Owen (1771-1858) qui transmit ses idées à John Ruskin (1819-1900, professeur à l’université d’Oxford et qui influença Cecil Rhodes) . D’autres personnes imprégnées d’un idéal socialiste chrétien comme Frederik Derrison Maurice (1805-1872) ont posé les jalons au cours du XIXè siècle ouvrant la voie à la fondation de la société fabienne. Le choix de « fabien » (fabian) s’explique puisqu’il se réfère au général romain de l’époque des guerres puniques (vers – 200 av - JC), Fabius Cunctator (c’est-à-dire le « temporisateur »). Face au général carthaginois Hannibal, le militaire romain pratiquait la politique de guérilla qui consistait à ne pas brusquer les choses afin d’atteindre son but. C’est cette méthode de changement en douceur mais implacable qui est la marque de fabrique de la société fabienne.

      Celle-ci défend le principe d’une société sans classe devant conduire à la synthèse du socialisme (l’Etat providence) et du capitalisme (les lois du marché), le tout devant aboutir à la mise en forme d’une économie monopolistique dans un cadre étatique mondial.

      Afin de répondre aux ambitions de cette société, ses dirigeants estiment qu’il faut y aller pas à pas ou, selon leur expression, par « graduation ». L’influence de cette société est immense car de nombreux politiques anglais ont été membres de la société fabienne . Cependant, cette influence a été d’autant plus importante que cette société a été à l’origine de la création de la London School of Economics (LES) en 1895 sous l’impulsion de Sydney Webb.

      Durant les dernières années trente, les Webb et G.B. Shaw séjournaient fréquemment en URSS, sous la protection du cabinet privé de Staline. Ainsi Sidney Webb entra dans le jeu soviétique jusqu’à devenir le porte-plume d’un colonel de l’armée rouge camouflé dans le ministère que quittait Litvinov pour laisser la place à Molotov. Or, de 1932 à 1936, non seulement les purges décimèrent l’armature du parti communiste, exécutions et déportations à la clef, mais la famine ravageait l’Ukraine. En deux ans, plus de six millions et demi d’hommes, femmes et enfants moururent de faim. Le fait est aujourd’hui connu. Des films sortis clandestinement d’URSS en 1990 le prouvent, mais la télévision française dédaigna à l’époque de les diffuser.Sidney Webb refusait de faire état dans ses écrits des massacres perpétrés en Union soviétique comme de la famine due en Ukraine tant à la volonté de Staline d’exporter la totalité du blé ukrainien qu’à la négligence et l’incompétence des gérants de sovkhozes et de kolkhozes. Il refusait de dénoncer les crimes de la Tchéka. Pire, en 1935, une année électorale en Grande-Bretagne, il retarda de plusieurs mois la parution d’une Encyclopédie afin de remanier tous les passages qui parlaient de la situation en Ukraine. En consultant l’index relatif à cette période, au mot « famine » est accolé le mot « alleged », c’est-à-dire « prétendue »…
      La clef de l’histoire n’a été connue que bien plus tard à l’occasion de la comparution devant la commission judiciaire du sénat américain, le 7 avril 1952, d’un certain colonel I.M. Bogolepov. Il s’agissait d’un transfuge qui, racontant sa vie dans la période 1932-1935, déclara qu’il était l’auteur d’une partie des écrits de Webb, notamment ceux relatifs à la situation en Ukraine. Il précisa même qu’il avait aussi rédigé les passages où était évoquée l’existence des prisonniers politiques : certes, ils existaient, « mais ils étaient humainement traités ».

      Edouard Bernstein, un des théoriciens "déviationnistes" selon le pouvoir stalinien, avait dit un jour que « les fabiens devaient être les jésuites du socialisme ». G.D.H. Cole, président de la Société fabienne de 1939 à 1946, partageait ce point de vue. Il poussait même la Société à devenir le vecteur du socialisme déjà mondialiste. Alors que le monde était ébranlé par le pacte germano-soviétique, il écrivait que les fabiens devaient se montrer favorables « à toutes les formes de socialisme, car tant les partis sociaux-démocrates, les travaillistes et autres en Europe et dans le Nouveau Monde que le communisme en Russie ainsi que divers groupes minoritaires ailleurs n’ont aucune divergence sur les objectifs, mais seulement sur les méthodes pour les atteindre ». Staline réfutait ce point de vue, mais les tchékistes du NKVD et leurs élèves suivaient de près l’évolution fabienne, bien décidés à en exploiter les développements.

      Cette prestigieuse école de formation économique qui s’est diversifiée par la suite a formé, dans un esprit fabien, des générations de dirigeants anglais, mais aussi de nombreux étudiants de part et d’autre de la planète. Ceux-ci sont souvent devenus par la suite des acteurs majeurs de la vie politique et économique de leurs pays. Ainsi, l’ancien président de la Commission européenne, Romano Prodi ; le président John Kennedy ; la reine du Danemark Margarethe II ; Pierre Trudeau (Premier ministre canadien) ; le lobbyiste et membre de plusieurs think tanks Richard Perle (« le prince des ténèbres ») ; le financier George Soros (fondateur des instituts Open Society) ; l’ancien conseiller de François Mitterrand, Erik Orsenna et même le chanteur des Rolling stones, Mike Jagger (il n’a fait qu’un an ! ), ont fréquenté les bancs de cette école. Cette dernière grâce à l’action de la société fabienne a contribué au formatage de nombreux esprits de part le monde. Cependant, l’influence de cette société a été variée, entre autres grâce à l’action d’un de ses membres, l’écrivain Herbert George Wells (1866-1946).



      Imprégné de l’idéal fabien, H.G Wells a su développer ses vues dans de nombreux livres. Auteur à succès comme L’Homme invisible, La Machine à remonter le temps ou encore La Guerre des mondes, cet écrivain anglais a su répandre ses convictions dans un ouvrage paru en 1928, Open conspiracy (« conspiration ouverte ») , prônant un Etat mondial sans classe, contrôlant tout (« une nouvelle communauté humaine » selon son expression), encourageant la réduction drastique de la population mondiale et la pratique de l’eugénisme. En fait, dès le début, H.G Wells a présenté ses théories dans un ouvrage méconnu et dont le titre correspond exactement à la formule maçonnique Ordo ab chaos : La Destruction libératrice. Paru en 1914, cet ouvrage raconte l’histoire d’une guerre généralisée aboutissant à la création d’un Etat mondial constitué en 10 blocs (« 10 circonscriptions » selon la formule de l’auteur ). C’est dans ce livre – rappelons-le paru en 1914 – que l’on retrouve l’expression « Nouvel ordre mondial » . Par la suite, H.G Wells a récidivé en publiant un livre en 1940 au titre sans équivoque : Le Nouvel ordre mondial .

      Tous ses représentants fabiens fréquentaient et collaboraient de près ou de loin avec l’équipe de Cecil Rhodes puis de Lord Milner. Un véritable esprit de corps en faveur d’un but commun, un Etat mondial, animait ces différentes personnes. Ces élites anglo-saxonnes, qui ne sont que la suite logique de ces aristocraties commerciales du Moyen-Âge, ont continué à rassembler leurs forces au sein d’autres clubs comme la Pilgrim Society en 1902 à Londres et à New York . La vitesse supérieure fut atteinte, en 1910, avec la création de la Round Table.

      La création de la Round Table , qui n’est finalement que l’héritière d’un passé multiséculaire de traditions mystiques, financières et élitistes, fut une étape décisive dans les préparatifs devant mener à un Etat mondial. En effet, sous l’impulsion de Lord Milner et de ses proches, cet institut haut de gamme fut créé en liaison avec les élites financières américaines afin d’assurer la prééminence du monde anglo-saxon devant aboutir à la création d’un Etat mondial. D’autres Round Tables furent créées dans tous les dominions de l’Empire britannique mais aussi aux Etats-Unis. Prenant la suite des ambitions de Cecil Rhodes, des financiers de renom encadraient l’équipe de Lord Milner comme Alfred Beit (1853-1906), Sir Abe Bailey (1864-1940) et la famille Astor. D’autres groupes se sont ajoutés au berceau du mondialisme animée par la Round Table : J.P Morgan , la banque Lazard ou encore les familles Rockefeller et Whitney .

      Avant de continuer dans l’étude des « bonnes œuvres » de la Round Table, il s’avère nécessaire de faire le point suivant. Ces grandes familles du mondialisme, même animées par une finalité commune, n’en sont pas moins déchirées par des dissensions internes. On peut en relever essentiellement deux. La première est aussi vieille que le monde ; elle s’appelle rivalités internes. Les rivalités d’ambitions et d’ambitieux cherchant plus de pouvoir, plus d’influence et plus de richesses afin d’occuper les meilleurs places ont émaillées l’histoire de cette aristocratie commerciale. Ce phénomène est aussi vieux que l’histoire humaine. En revanche, le deuxième point est propre à la Round Table. En effet, sous l’apparente unité de vue se cachent deux courants de pensée. Dans les deux cas, ces courants poursuivent le même but : l’Etat mondial. Cependant, dans un cas, un courant défend le principe de la constitution d’un bloc anglo-saxon unifié (Empire britannique associé aux Etats-Unis) ; ce socle anglo-américain représentant la colonne vertébrale permettant au reste du monde de s’y agréger. Dans le deuxième cas, l’autre courant estime qu’il n’est pas nécessaire de privilégier la naissance d’un Empire anglo-saxon comme point d’ancrage à un monde unifié. Il prône plutôt l’émergence d’un monde où aucun pays ne serait en mesure d’imposer sa loi ou sa philosophie politique. Il s’agit pour les tenants de la deuxième voie de créer une sorte de « purée » générale unifiant l’humanité entière en un seul bloc et sans distinction aucune. Nous avons là l’opposition entre les tenants du mondialisme anglo-saxon à celui des partisans du mondialisme planétarien.

      La Première Guerre mondiale fut une bascule d’un monde à un autre. Même s’il n’est pas possible d’évoquer dans le détail le rôle essentiel des élites anglo-américaines durant ce conflit , nous pouvons relever la mission déterminante du suédois Olof Aschberg (1877-1960) à la tête de la banque Nya Banken de Stockholm. Il fut le grand financier servant d’intermédiaire entre les élites de Wall Street et de la City d’un côté et les dirigeants bolcheviques de l’autre. Son surnom était le « banquier de la Révolution mondiale ». Comme le rappelle Antony Sutton, la banque d’Olof Aschberg avait une filiale à Londres, la Bank of North Commerce, dont le président Earl Grey appartenait tout simplement à l’équipe de Cecil Rhodes et de Lord Milner . Ce dernier joua aussi un rôle capital au sein de l’oligarchie anglo-saxonne. En effet, outre son activité susmentionnée, c’est Lord Milner qui sut convaincre le Premier ministre Lloyd George de soutenir fermement la révolution bolchevique. Cette évolution capitale pour l’avenir du monde s’est faite suite à la visite à Londres, à la fin de l’année 1917, de William Boyce Thompson (1869-1930) accompagné d’un représentant de JP Morgan, Thomas W. Lamont (1870-1948) . Membre du comité directeur de la Banque fédérale US (la Fed), W.B Thompson fut un agent au service de l’oligarchie au sein de la Croix-Rouge états-unienne présente à Petrograd en 1917. Cette couverture lui permit de fournir entre autres la somme énorme pour l’époque d’un million de dollars aux bolcheviques . Sur le chemin du retour vers New York, il fit une halte à Londres pour soumettre un mémorandum à Lloyd George appelant au soutien de la révolution bolchevique. Lord Milner, grand admirateur de Karl Marx, ne fit qu’appuyer William Boyce Thompson dans sa démarche afin de faire plier Lloyd George. La révolution bolchevique n’aurait pas pu voir le jour sans l’action déterminante de l’oligarchie commerciale anglo-américaine .

      La fin de la Première Guerre mondiale s’ouvrit sous les auspices des puissances commerciales anglo-saxonnes victorieuses et d’une France humainement et financièrement exsangue. Le Traité de Versailles n’assura pas la sécurité de la France face à une Allemagne amoindrie et dépendante largement des prêts anglo-saxons accordés à son économie. La paralysie de la France face aux grands argentiers anglo-saxons s’aggrava lorsque ces derniers accordèrent des prêts via les plans Dawes (1924) et Young (1928) qui, tout en plaçant l’économie allemande sous la dépendance des banques londoniennes et new-yorkaises , furent déterminants dans le renforcement de la puissance industrielle germanique. En effet, de gigantesques combinats de l’acier et de la chimie, indispensables pour faire la guerre, virent le jour (IG Farben et Vereinigte Stahlwerke) au cours de la décennie 1920. La défaite française en 1940 trouve son origine en partie à l’action des financiers anglo-saxons en faveur du redressement économique et technique de l’Allemagne (en particulier l’acier, l’essence synthétique et le caoutchouc) .

      Parallèlement à cette politique, les élites anglo-américaines décidèrent de préparer dès les années 1918-1919 une mutation de la Round Table. En effet, pour des raisons de plus grande efficacité, il fut décidé de créer deux think tanks de part et d’autre des rives de l’Atlantique chargés d’être les moteurs de la politique étrangère des deux pays. Côté anglais, ce fut la création en 1919 sous l’égide de Lionel Curtis et collaborateur de Lord Milner du Royal Institute of International Affairs (RIIA, appelé aussi Chatham House) . C’est ce même Lionel Curtis qui prônait un Commonwealth fédératif capable peu à peu d’intégrer différents pays du globe . Ces objectifs étaient défendus aux Etats-Unis par Clarence Streit (1896-1986) , correspondant du New York Times auprès de la Société des Nations (bourse d’études Cecil Rhodes, promotion 1920) et le représentant états-unien du « groupe Milner », Frank Aydelotte .

      Côté américain, il fut créé le Council on Foreign Relations (CFR) en 1921 sous l’égide d’un personnage central, le colonel Edward Mandell House (1854-1938). Conseiller intime du président Wilson , ce personnage fut la plaque tournante entre le groupe Milner et les « grands » de Wall Street (JP Morgan, Vanderlip, Rockefeller, Warburg, …). Dans cette liste incomplète, nous pouvons relever le nom important de Paul Warburg qui fut à la tête de la réserve fédérale US (la Fed) dès sa création en 1913. Cette banque privée, indépendante du pouvoir central et responsable de l’émission monétaire , est un Etat dans l’Etat. Or, c’est le même Paul Warburg qui dirigea le CFR dès sa création. Nous avons affaire à un enchevêtrement de responsabilités de premier ordre au sein de l’oligarchie anglo-saxonne d’autant plus que nous serons obligé d’évoquer encore Paul Warburg dans le paragraphe suivant consacré à la Paneurope.

      L’action du colonel House est à compléter en citant une œuvre maîtresse dans la mystique mondialiste, son livre intitulé Philip Dru, administrator . Ecrit en 1912, cet ouvrage évoque un coup d’Etat par un officier de West Point (Philip Dru) qui impose une dictature aux Etats-Unis tout en supprimant la constitution du pays. A l’instar de Lord Milner, le colonel House n’hésite pas à évoquer ses convictions profondes en affirmant que son héros met en place « un socialisme tel que l’aurait rêvé Karl Marx ». Il évoque même dans le chapitre 52 l’idéal d’unification de tout le bloc Nord-américain. C’est chose acquise depuis le lancement officiel du projet à Waco au Texas en mars 2005 comme nous le présentions au début de ce texte. Force est de constater que ces élites ont annoncé la couleur des événements il y a plus de cent ans. La toile mondialiste a su renforcer son influence grâce à la naissance d’un institut appelé à jouer un rôle de premier plan dans la construction européenne : la Paneurope.

      On peut mieux comprendre l’impact de la Paneurope en s’intéressant au nerf de la guerre : l’argent. Les sources de financement de cet institut expliquent les profondes connivences de son dirigeant avec les autres acteurs du mondialisme. En effet, outre des mécènes industriels et financiers, R. de Coudenhove-Kalergi bénéficia du soutien du banquier Max Warburg, représentant de la banque allemande à Hambourg. Comme nous l’avons vu ci-dessus, son frère Paul (la branche états-unienne) était à la tête de la Fed et du CFR. On comprend tout de suite que R. de Coudenhove-Kalergi eut carte blanche pour coopérer avec les milieux financiers de Wall Street et leurs homologues londoniens. Cette connivence entre le fondateur de la Paneurope et les autres milieux mondialistes était d’autant plus grande que Max Warburg était membre du comité directeur d’IG Farben Allemagne tandis que son frère, Paul Warburg, était membre de la branche US d’IG Farben .

      L’arrivée d’Adolf Hitler au pouvoir, comme l’explique Antony Sutton, s’explique par les nombreux soutiens des industriels et financiers anglo-saxons via leurs homologues allemands. Dans cette affaire, le directeur de la Reichsbank, Hjalmar Schacht (1877-1970), fut un intermédiaire de première main. Son action fut d’autant plus profonde qu’il fut le ministre de l’Economie du IIIè Reich de 1934 à 1939. Le relèvement économique de l’Allemagne dû à son action permit à Hitler de poursuivre une politique qu’il n’aurait jamais pu exercer sans la remise à niveau du pays. De tels méfaits auraient dû le conduire à la peine de mort lors du procès de Nuremberg. Il n’en fut rien puisqu’il fut acquitté. En fait, Hjalmar Schacht était lié fortement à l’aristocratie commerciale anglo-saxonne. Son père, l’Etats-unien William Schacht, avait travaillé 30 ans au sein de la filiale d’Equitable Life Assurance de Berlin . Son fils était donc dès sa naissance dans le sérail du système mondialiste. Ceci est encore plus renforcé lorsqu’on sait que Hjalmar Schacht était depuis 1918 au comité directeur de la Nationalbank für Deutschland (« Banque nationale d’Allemagne »), au côté du banquier Emil Wittenberg qui était en même temps membre du comité directeur de la première banque soviétique créée en 1922, la Ruskombank . Celle-ci était dirigée par le banquier suédois … Olof Aschberg précédemment vu. Pour continuer dans le tournis, nous pouvons préciser que le directeur de la section étrangère Ruskombank, l’Etats-unien Max May , était le vice-président de Guaranty Trust Company, une filiale d’un des piliers de Wall Street, JP Morgan . Dans cette affaire, un haut représentant américain de Wall Street travaillait donc au sein de l’élite bancaire soviétique. Pour compléter le tout, la collaboration d’Hjalmar Schacht avec ce milieu était renforcée par ses liens d’amitié avec le patron de la banque d’Angleterre Norman Montagu. On comprend mieux qu’Hjalmar Schacht n’ait pas été vraiment inquiété au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

      Le soutien apporté par cette aristocratie commerciale et apatride anglo-saxonne au communisme, au nazisme ainsi qu’à la prise du pouvoir par Franklin Delano Roosevelt , relaté dans la trilogie Wall Street d’Antony Sutton, était aussi des formes d’expériences de laboratoires agissant dans un cadre local (Union soviétique, Allemagne nazie et Etats-Unis ).

      Sous une appellation différente, Antony Sutton en conclut que ces idéologies, appelées diversement « socialisme soviétique », « socialisme collectif » (pour le national-socialisme) et « socialisme de la nouvelle donne » (New Deal), n’étaient que des mises en forme d’un socialisme monopolistique ; idéal d’organisation qui doit désormais voir le jour à l’échelle planétaire dans le cadre du « nouvel ordre mondial ». La guerre de 1939-1945 résultant de tout ce travail d’arrière-fond permit le basculement vers un autre monde ; l’instauration de deux blocs apparemment antagonistes obéissant parfaitement au principe hégélien de la thèse et de l’antithèse. Cependant, ces deux mondes étant irrigués par les mêmes sources financières, il était possible de poser les jalons devant permettre la réalisation de l’Etat mondial. 

      Les dernières déclarations du Guardian sont sans équivoques et emboitent le pas aux allégations d'Anthony Sutton concernant les liens entre le MI-5 anglais et Mussolini :
      http://www.nouvelordremondial.cc/2011/02/09/mussolini-etait-un-agent-des-services-secrets-britanniques/
      https://www.contrepoints.org/2013/02/19/115302-la-peur-de-rappeler-les-racines-socialistes-du-fascisme

      Le « groupe Milner » et les fabiens ont toujours été favorables à l’unification de l’Europe à condition que cela se fasse sous direction anglo-saxonne. Au cours des deux guerres mondiales, les tentatives d’unité européenne sous direction allemande, puissance terrestre, ne pouvaient pas être acceptées par Londres et par Washington car la thalassocratie anglo-saxonne se retrouvait exclue des affaires du vieux continent. (Pierre Hillard)

      Sur les liens entre la société Fabienne et le Vatican http://www.virgo-maria.org/articles_HTML/2007/009_2007/VM-2007-09-11/VM-2007-09-11-A-00-Mgr_Williamson_Muggeridge.htm


      Le néo-impérialisme américain

       

      (par le Dr Clifford Kiracofe, ancien responsable des recherches à la Commission du Sénat américain sur les Affaires étrangères. Texte de sa présentation au séminaire de l’EIR le 28 juin 2005 à Berlin.)

      Je vais tenter de donner un meilleur éclairage sur le « nouvel impérialisme américain » et de fournir le contexte historique de ce problème. A la lumière de la débâcle en Irak et d’une éventuelle guerre contre l’Iran, je vais me concentrer sur les origines et la politique de la faction impériale aux Etats-Unis.

      Le président Abraham Lincoln avait mis en garde contre l’« intronisation » des intérêts financiers et des grandes entreprises. Le président Franklin Roosevelt mit en garde à son tour contre l’influence des « Tories américains » et le président Dwight Eisenhower, de son côté, contre la montée du « complexe militaro-industriel ». Ces trois Présidents américains s’inquiétaient de la possibilité que des intérêts financiers et commerciaux bien ancrés puissent renverser la forme républicaine de gouvernement en Amérique. L’avertissement était aussi dirigé, implicitement, contre le type de politique étrangère impériale que ces intérêts aimeraient poursuivre pour des raisons de profit personnel.

      Mes remarques aujourd’hui ont trait à trois points principaux. Premièrement, étant donné que la politique impériale actuelle des Etats-Unis est modelée, dans une large mesure, sur l’impérialisme britannique du XIXème siècle, je présenterai la stratégie de Lord Palmerston pour l’Empire britannique de l’époque. Deuxièmement, je commenterai l’assimilation, aux Etats-Unis, de cette politique impériale britannique surannée et pernicieuse, par des figures contemporaines, dont l’influent Zbigniew Brzezinski ou encore le réseau d’experts politiques néo-conservateurs qui dirigent l’administration Bush actuelle. Troisièmement, je présenterai les racines historiques du problème dans l’Angleterre des XVIème et XVIIème siècles où, en gros, une faction d’intérêts commerciaux et de courtiers corrompus s’opposait à une autre prônant, elle, la vertu dans l’art de gouverner. Ce conflit de courants, parfois surnommés le « parti de la cour » et le « parti du pays », fut transféré aux colonies américaines suite à l’implantation en Virginie et en Nouvelle Angleterre, et se poursuit encore à ce jour de notre côté de l’Atlantique. On peut dire que la politique extérieure et intérieure de Bush, y compris la guerre d’Irak, représente la continuité des opérations du « parti de la cour » en Amérique.


      I. Palmerston et la stratégie impériale britannique du XIXème siècle




      La politique impériale britannique du XIXème siècle a été fortement influencée par Lord Palmerston (Henry John Temple, 1784-1865), qui inventa le concept de « Grand Jeu », à savoir la lutte entre l’empire Britannique et l’empire Russe, avec le Moyen-Orient et l’Asie centrale pour champ de bataille. Ce concept général fut remis au goût du jour par Halford Mackinder (1861-1947), qui défendait le concept du heartland eurasiatique (cœur ou zone pivot de l’Eurasie), entouré de rimlands (Etats périphériques). Celui qui contrôlait le heartland devait dominer le monde.

      Pour ce qui est du Moyen-Orient, l’approche fondamentale de Palmerston était d’utiliser l’empire Ottoman contre les Russes au nord et pour contrôler les Arabes, notamment l’Egypte. Il reprit aussi, en l’affinant un peu, l’idée utopiste de Napoléon d’installer les Juifs en Terre sainte. Pour s’assurer la coopération de l’empire Ottoman, Palmerston lui faisait miroiter une aide financière de la part des réseaux bancaires juifs de Londres, qui avaient un intérêt philanthropique dans la création d’une entité juive au Moyen-Orient. Ce soutien devait venir en échange de l’acceptation, par la Porte ottomane, de quelques colonies juives en Palestine. Pour ce qui est de l’Asie centrale, la Grande-Bretagne cherchait à pénétrer cette région afin de conforter sa position stratégique vis-à-vis de l’Inde et de la Russie.

      Par contre, à la même époque, l’engagement américain au Moyen-Orient reposait sur une coopération culturelle pacifique en matière d’éducation et de santé, ainsi que sur une activité commerciale mutuellement bénéfique. Depuis la Guerre d’Indépendance américaine, nous avions développé des relations constructives avec, par exemple, le Maroc, la Tunisie, Oman, la Porte ottomane, l’Egypte et la Perse.

      L’Amérique du Nord avait cependant aussi sa place dans la stratégie globale de Palmerston. En effet, son plan prévoyait la destruction de la république américaine, de l’ » Union » des Etats réunis sous la Constitution fédérale, et la division du pays entre confédérations nordiste et sudiste. Dans ce cadre, le Texas devait jouer, le cas échéant, le rôle d’« Etat tampon » à part. Certains milieux puissants au Texas, qui soutiendront plus tard la Confédération sudiste, n’étaient que trop enthousiastes. Ces éléments déloyaux comprenaient le père du fameux « colonel » Edward Mandel House, un proche conseiller du président Woodrow Wilson en politique extérieure ; le père, un Anglais qui s’était installé au Texas, vendait du coton sur le marché britannique et jouissait de liens étroits à Wall Street. Dans l’est de l’Etat, les intérêts commerciaux du coton et autres étaient ligués avec le Sud esclavagiste et alignés sur des cercles financiers londoniens et leurs amis de Wall Street. On retrouve le même phénomène aujourd’hui.

      La stratégie nord-américaine de Palmerston n’était pas nouvelle. Depuis longtemps, les impérialistes britanniques avaient cherché à endiguer et à diviser les colonies américaines, puis, par la suite, la jeune République. C’est ainsi que la « Proclamation Line de 1763 », décrétée à la fin de la Guerre de Sept ans (appelée guerre franco-indienne en Amérique), était destinée à bloquer la colonisation américaine à l’ouest du massif des Appalaches, la cantonnant le long de la côte Atlantique. Deux autres stratagèmes britanniques prévoyaient de faire de l’« Old Northwest » (Michigan, Wisconsin, Illinois, Ohio et Indiana actuels) un « Etat tampon », et de réussir la sécession de plusieurs Etats de la Nouvelle Angleterre. Devant l’échec de ces plans, on opta pour la fomentation d’une guerre civile entre le Nord et le Sud. Dans cette perspective, Palmerston jouissait de l’assistance de Lord John Russell (1792-1878) qui, de concert avec différents aristocrates tories et quelques Whigs actifs dans le commerce, soutenait le Sud sécessionniste. Certains intérêts britanniques avaient encouragé la guerre de Sécession en fournissant un soutien financier clandestin aux extrémistes du Nord et du Sud pendant plusieurs décennies avant l’éclatement du conflit.

      Heureusement, il y avait aussi des dirigeants convenables en Angleterre, comme John Bright (1811-1889), ainsi que les travailleurs anglais plus généralement, qui soutenaient l’Union. Ils contribuèrent à éviter une reconnaissance diplomatique officielle de la Confédération sudiste par la Grande-Bretagne.

      Outre Palmerston, Russell, ainsi que William Gladstone (1809-1898) et d’autres acteurs puissants qui soutenaient la destruction de l’Union, l’empereur français Napoléon III poursuivait un dessein géopolitique similaire. Avec l’approbation de Palmerston, il entendait mettre l’archiduc Maximilien d’Autriche sur le trône du Mexique, puis faire en sorte qu’une partie des Etats du sud des Etats-Unis fassent sécession et s’alignent sur son empire mexicain fantoche. Heureusement, le grand patriote mexicain Benito Juarez déjoua ce complot en vainquant les forces réactionnaires mexicaines qui soutenaient Maximilien.

      Il faut savoir que, dès 1850, grâce au Système américain d’économie politique et à l’industrialisation du Nord, les Etats-Unis étaient devenus la troisième puissance industrielle au monde derrière la Grande-Bretagne et la France. La destruction de l’Union américaine et de sa base manufacturière au Nord aurait permis d’éliminer un rival commercial de plus en plus puissant. L’essence de la stratégie impériale britannique fut esquissée dans un rapport de 1854 au Parlement : « Les importants capitaux de notre pays constituent les grands instruments de guerre contre le capital concurrentiel de pays étrangers, et sont les instruments les plus essentiels encore à notre disposition, par lesquels maintenir notre suprématie manufacturière ; les autres éléments - main-d’œuvre bon marché, abondance de matières premières, moyens de communication et travailleurs qualifiés - sont en voie d’être rapidement rattrapés. »

      Les dirigeants sudistes, naïfs et imprudents, ne voyaient pas venir le développement d’une source alternative de coton dans les Indes britanniques. Pendant des décennies, ces dirigeants décadents et déloyaux avaient soutenu le « libre-échange » afin de pouvoir acheter des produits bon marché auprès de leurs amis britanniques, au lieu de produits de qualité fabriqués par leurs concitoyens américains, bénéficiant de bons salaires dans le cadre du Système américain d’économie politique pratiqué dans le Nord industrialisé. Je ferai d’ailleurs remarquer que le fidèle ami de l’Union américaine et du président Lincoln était la Russie. Et je dirai à nos amis russes qui sont ici aujourd’hui, que bien des Américains se souviennent de l’amitié historique entre nos deux peuples qui remonte même à la fin du XVIIème siècle, lorsque Pierre le Grand autorisa l’importation de tabac de Virginie en Russie.

      Après la chute de Bismarck, un autre ami des Etats-Unis, la Grande-Bretagne modifia sa stratégie impériale. Plutôt que de rechercher le démembrement des Etats-Unis, Londres allait s’efforcer de parvenir à un rapprochement. En effet, la montée en puissance d’un Etat allemand uni posait des défis économiques et éventuellement militaires pour les intérêts impériaux britanniques. Suivant les calculs de Londres, il devait être possible d’utiliser les Etats-Unis comme contrepoids utile dans le jeu impérial britannique.

      Cependant, un rapprochement avec les Etats-Unis constituait un sacré défi, du fait de la rancune éprouvée par bien des Américains, avant tout à cause du soutien britannique au Sud pendant la Guerre de sécession. Toutefois, une partie de l’élite américaine se félicitera d’un tel rapprochement, certains en raison de leurs tendances « anglophiles » basées sur l’idéologie de l’« anglo-saxonisme » à la mode à l’époque, et d’autres par simple calcul stratégique pragmatique. Evidemment, l’Allemagne de son côté commit l’erreur fatale de reprendre une guerre sous-marine sans restriction, sous l’influence d’extrémistes militaires et de milieux pan-germaniques, ce qui conduisit inévitablement à une déclaration de guerre par le Congrès des Etats-Unis


      II. L’impérialisme américain au XXème siècle



      Après la Première Guerre mondiale, les Britanniques poursuivirent habilement leur stratégie de rapprochement, principalement au moyen d’une entente secrète entre certains cercles financiers britanniques et américains. Les intérêts de la famille Harriman et l’institution de la banque Lazard sont représentatifs de cet arrangement, qui sera à l’origine de l’« establishment anglo-américain » du XXème siècle, avec son regroupement d’éléments financiers, commerciaux, politiques, culturels et de renseignement. Au cours de ce processus, le très influent Conseil des relations extérieures (CFR) de New York fut fondé comme émanation du Royal Institute for International Affairs (« Chatham House ») de Londres.
      Certains éléments de cet « establishment anglo-américain » soutenaient le fascisme de Mussolini et d’Hitler. A cet égard, il convient de se rappeler la description donnée par William Dodd, ambassadeur de Franklin Roosevelt en Allemagne, du pan américain de l’oligarchie fasciste transnationale de l’époque :

      « Une clique d’industriels américains est absolument déterminée à créer un Etat fasciste pour supplanter notre gouvernement démocratique, et travaille étroitement avec les régimes fascistes d’Allemagne et d’Italie. J’ai eu maintes fois l’occasion, depuis mon poste à Berlin, de voir à quel point certaines de nos grandes familles américaines sont proches du régime nazi. Elles ont été jusqu’à aider le fascisme à arriver au pouvoir, et l’aident à s’y maintenir. »

      Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, le Pr William Langer, de l’université de Harvard, attira l’attention sur les cercles allemands et français de cette même clique transnationale de financiers et d’hommes d’affaires, dans son histoire officielle de la politique américaine envers la France :

      « Nombre d’entre eux entretenaient depuis longtemps des relations d’affaires extensives et intimes avec des intérêts allemands et rêvaient encore d’un nouveau système de "synarchie", ce qui voulait dire que l’Europe soit gouvernée suivant les principes fascistes par une confrérie internationale de financiers et d’industriels. »

      (...) Comme le montre la guerre actuelle en Irak, c’est chose facile pour l’establishment américain autoproclamé et « autoperpétuant » de taper sur quelques touches et de lancer une guerre injustifiée et inutile dont les conséquences sont immenses. Bien que la Constitution américaine garantisse la liberté de la presse, cette protection se trouve de fait neutralisée par le fait que la presse et les médias électroniques sont concentrés dans les mains d’intérêts financiers au service de la faction impériale.

      La guerre contre l’Irak nous montre que les masses populaires se laissent manipuler relativement facilement par la propagande des médias basée sur les méthodes de « grand mensonge » rendues célèbres par Goebbels. Le Congrès, en raison de sa propre corruption, offre peu de résistance à la politique impériale. Ceci peut cependant changer à mesure que l’opinion publique américaine rejette la guerre en Irak, que la crise financière internationale s’aggrave et que la prise de conscience de la crise constitutionnelle latente aux Etats-Unis s’étend.

      Il se trouve que les conceptions stratégiques impériales des Etats-Unis sont influencées depuis près d’un demi-siècle par deux spécialistes politiques : Henry Kissinger et Zbigniew Brzezinski. Au lieu de représenter une perspective authentiquement américaine, ils affichent une mentalité transnationale pernicieuse et promeuvent une stratégie et une politique étrangère au service d’une oligarchie internationale.

      On comprendra mieux la stratégie impériale suivie par les Etats-Unis depuis un demi-siècle en lisant le livre de Brzezinski intitulé The Grand Chessboard (Le grand échiquier), paru en 1997. Ce livre présente en effet les concepts stratégiques de base de la politique américaine récente - qui n’est, dans le fond, qu’une nouvelle version de celle de Palmerston et de Mackinder - appelant à un encerclement stratégique de la Russie et à la domination de l’Asie centrale.

      Pour Brzezinski, l’endiguement stratégique et même le démembrement de la Russie sont un objectif prioritaire. Il faut se rappeler que, en tant que conseiller à la Sécurité nationale du président Carter, Brzezinski a pu lancer son nouveau Grand Jeu en juillet 1979, aidé de ses collègues Bernard Lewis et Samuel Huntington, après avoir amené un chef d’Etat inexpérimenté à accorder une aide clandestine à la résistance afghane qui s’opposait au régime en place à l’époque. Le monde pâtit aujourd’hui des retours de flamme de cette politique, qui a conduit à la montée du terrorisme international associé en particulier à Oussama ben Laden et à son réseau étendu d’ » anciens combattants d’Afghanistan ».

      Dans son livre, Zbigniew Brzezinski présente une stratégie de « périphérie », rappelant celle de Mackinder, prévoyant une pénétration et une domination américaine en Asie centrale, une politique de tension dans le Caucase et la manipulation de l’évolution politique de l’Ukraine, de la Biélorussie, de la Moldavie et d’autres Etats post-soviétiques.

      Après la fin de la Guerre froide, l’administration Clinton reprit la ligne stratégique de Brzezinski, la faisant appliquer par un de ses anciennes élèves, Madeleine Albright. A cet égard, j’attire tout particulièrement l’attention sur la « géopolitique des oléoducs » mise en œuvre en Asie centrale, en mer Caspienne, en Afghanistan et dans les Balkans. N’oublions pas que c’est l’administration Clinton qui a créé les talibans, avec l’aide d’un Pakistan consentant, soucieux de renforcer son influence en Asie centrale et de développer une « profondeur stratégique » face à l’Inde.

      A cette époque, Brzezinski était consultant de la British Petroleum et du consortium participant au projet d’oléoduc Bakou-Ceyhan, destiné à emprunter une route évitant la Russie et d’autres points. Il est en effet plus que symbolique que Brzezinski ait été au service de ce même consortium pétrolier international pour le compte duquel les Etats-Unis avaient renversé le gouvernement patriotique de Muhammad Mossadegh en Iran.

      Pendant que Brzezinski se remplissait les poches au service d’intérêts pétroliers étrangers, Richard Cheney, de son côté, manipulait la géopolitique pétrolière à la tête d’Halliburton, au Texas. Par conséquent, l’entrée d’un George W. Bush inexpérimenté et instable à la Maison Blanche ne changea rien de fondamental à la stratégie globale américaine.

      L’équipe de politique étrangère de l’administration Bush, composée essentiellement de néo-conservateurs et protégée par le vice-président Cheney, suit les grandes lignes de la stratégie mise en avant par Brzezinski, dont on peut dire qu’elle représente un certain consensus au sein de l’élite. Cette géopolitique est celle qui domine l’establishment américain, dans lequel les néo-conservateurs représentent un rouage, certes petit mais grinçant, du système plus grand.

      L’actuelle secrétaire d’Etat Condi Rice a étudié auprès du père de Madeleine Albright, Joseph Korbel, un diplomate tchèque opportuniste qui trouvait jadis Staline sympathique. Notons aussi les relations entre Mme Rice, les intérêts pétroliers de Chevron et ceux de la banque Morgan. Sa propre ascension dans l’échelle politique et sociale est redevable au parrainage apparent de l’influent George Shultz qui, avec Richard Cheney, mit sur pied un groupe de conseillers en politique étrangère pour « éduquer » le candidat présidentiel George W. Bush. Ce groupe, baptisé les « Vulcains », était dirigé par Paul Wolfowitz, Mme Rice faisant fonction de principal coordinatrice. Dès avant l’élection présidentielle de 2000, ce groupe avait opté en faveur de l’utilisation de la force contre l’Irak.

      Pour avoir trahi leur pays en le poussant dans une guerre inutile, Wolfowitz a été récemment récompensé par l’obtention d’une bonne planque, à la tête de la Banque mondiale, et Mme Rice a été promue secrétaire d’Etat. Voilà l’état des affaires à Washington aujourd’hui.

      Pour ce qui est de l’Extrême-Orient, Brzezinski défend, à juste titre, une approche pragmatique envers la Chine et une réduction des tensions dans le Pacifique. Par contre, les néo-conservateurs, étroitement liés aux cercles extrémistes taiwanais, promeuvent les tensions avec pour objectif ultime de provoquer une guerre avec la Chine. Dans cette optique, ils semblent favoriser une frappe nucléaire contre la Corée du Nord pour « envoyer un message à la Chine ».

      Quant à la guerre d’Irak, l’obsession du vice-président Cheney pour le contrôle des ressources en hydrocarbures pourrait être considérée comme le motif principal. Cheney, et donc Bush, ont adopté la philosophie de Brzezinski au regard de la politique énergétique globale. Et comme les familles Bush et Cheney ont des intérêts financiers majeurs dans le secteur de l’énergie, cette politique rapporte sur le plan personnel. Comme je l’ai dit, elle reflète une politique consensuelle au sein de l’establishment américain. (...)

      Mais pour vraiment bien comprendre la politique de Bush au Moyen-Orient, ainsi que l’état déplorable de la politique américaine actuelle, il faut savoir que sa base politique est composée essentiellement de fondamentalistes chrétiens illuminés, dont quelque 25 millions sont des « sionistes chrétiens » purs et durs. Karl Rove et les managers politiques de la famille Bush ont parfaitement réussi à les manipuler et à les mobiliser comme troupes de choc lors des élections. Ces pauvres cinglés estiment qu’ils sont en train d’aider Israël à détruire le « Mal de Babylone » (Saddam Hussein) et à contenir sur le plan stratégique « Magog » (la Russie), en prévision de l’« Apocalypse » à venir.

      A l’époque de la présidence Carter, le réseau politique néo-conservateur pro-israélien a réussi à établir des liens avec des dirigeants fondamentalistes chrétiens comme Jerry Falwell et Pat Robertson et, depuis lors, au cours des administrations Reagan, George H.W. Bush, Clinton et George W. Bush, il a inspiré aux fondamentalistes une ligne de conduite pro-sioniste en matière de politique étrangère. La relation étroite entre l’administration Bush et le Likoud israélien, ainsi qu’avec d’autres extrémistes en Israël, est facilitée par les néo-conservateurs et les fondamentalistes. (...)

      Le sionisme chrétien est une idéologie bizarre, créée au cours des années 1840 en Angleterre par plusieurs dirigeants de secte souffrant de profonds troubles mentaux, dont John Nelson Darby (1800-1882) et Edward Irving (1792-1834). Leurs idées se répandirent aux Etats-Unis entre 1859 et 1872, quand Darby vint en Amérique du Nord prêcher ses doctrines aux masses crédules. En Angleterre, le sionisme chrétien fut plus qu’utile à la clique de Palmerston qui cherchait un soutien à sa politique pour le Moyen-Orient et son Grand Jeu contre la Russie.

      Pour simplifier, la politique moyen-orientale des néo-conservateurs est un remake de celle de Palmerston, c’est-à-dire un axe Etats-Unis-Turquie-Israël destiné à dominer la région. Aujourd’hui, bien sûr, le facteur des hydrocarbures est crucial. Pour la Grande-Bretagne de la fin du XIXème et du début du XXème siècle, l’approvisionnement en hydrocarbures fut aussi une considération stratégique clé. La marine britannique était passée du moteur avec le charbon comme combustible, au moteur à pétrole ; alors que les Etats-Unis recelaient d’abondantes ressources en hydrocarbures, l’empire britannique n’en avait pas.

      Les néo-conservateurs sont parvenus à exercer leur influence sur la politique étrangère et de défense américaine en pénétrant les deux principaux partis, par exemple le courant Lieberman dans le Parti démocrate et celui de McCain et de Bush dans le Parti républicain. L’idéologie néo-conservatrice est devenue dominante à l’intérieur du Parti républicain, encore que l’on voit des signes croissants de résistance aujourd’hui.



      III. Les racines du mal : une oligarchie corrompue contre la vertu



      La lutte actuelle des courants aux Etats-Unis - entre une oligarchie corrompue promouvant l’impérialisme et ceux qui soutiennent les institutions républicaines - remonte en partie à l’Angleterre des XVIème et XVIIème siècles. A partir de l’établissement de colonies britanniques en Amérique du Nord, à Jamestown (Virginie), en 1607, cette lutte de courants fut transposée sur nos rivages et n’a jamais cessé depuis lors.

      Ce sujet, fort complexe, est également obscurci, mais je dirais simplement ici que cette lutte de courants est manifeste dans la London Company, qui fonda la Virginie il y a environ 400 ans et influença la colonisation de la Nouvelle Angleterre, notamment la colonie de Plymouth. J’insiste sur cette colonie car ce groupe de pèlerins avait vécu plusieurs années aux Pays-Bas, notamment à Leiden, où ils avaient pu assimiler des éléments de l’humanisme continental érasmien. En matière religieuse, ils étaient proches des huguenots français et l’on trouve donc des indices de l’influence d’intellectuels comme Jean Bodin, François Hotman et Hubert Lanquet.

      On peut dire que le conflit amer qui opposait à l’époque la faction commerciale oligarchique de Thomas Smith, proche de la Couronne, à celle des patriotes regroupés autour de Sir Edwin Sandys et de son frère, illustre bien l’enjeu, hier comme aujourd’hui. Sandys et ses alliés au Parlement combattaient la tyrannie des Stuart qui s’appuyait sur la dégradation morale et la corruption commerciale organisée autour de monopoles commerciaux et financiers, dont notamment la Compagnie des Indes orientales. Par la suite, la Banque d’Angleterre, monopole privé depuis près de trois siècles, allait venir s’ajouter à ce « système » de gouvernement oligarchique, ou plus précisément, ploutocratique.

      L’ establishment anglo-américain organisé au lendemain de la Première Guerre mondiale représente une continuité, ou une restauration, de ce courant oligarchique-ploutocratique.

      Evidemment, il a toujours été présent à un certain degré en Amérique du Nord, que ce soit à l’époque coloniale ou après l’Indépendance américaine. Et cet intérêt étranger pénétra les deux partis politiques.

      A titre d’exemple, est-il surprenant qu’August Belmont, un agent des Rothschild de Londres, soit devenu le dirigeant du Parti démocrate au cours des années 1860, ou que le Parti démocrate adhérât à la doctrine libre-échangiste, contre le système américain du parti Whig, puis de Lincoln et du parti républicain ? (...)

      Doit-on s’étonner du fait que la faction de Wall Street du Parti démocrate (...) se soit opposée à l’investiture présidentielle de Franklin Roosevelt en 1932 et qu’elle ait cherché à torpiller le New Deal ? Dans ce contexte, il est utile de se rappeler que le président Roosevelt avait délibérément ouvert son gouvernement à des républicains progressistes comme Harold Ickes et Henry Wallace.

      Finalement, est-il surprenant que George W. Bush et sa faction Wall Street-Texas-Londres ait plongé les Etats-Unis et le monde dans une guerre inutile contre l’Irak, au service des intérêts oligarchiques transnationaux ?

      Quand on tient compte du passé de la famille Bush et de ses liens historiques avec les intérêts Harriman et Rockefeller, le pouvoir financier de Wall Street et de Londres, ainsi qu’avec les cartels pétroliers, on ne saurait être vraiment surpris. Pas plus qu’en constatant les liens de longue date entre la famille Bush et un des clubs les plus impériaux de l’élite américaine, l’ésotérique Skull and Bones (Crâne et Os) Society de l’université de Yale.

      Enfin, en examinant les politiques impériales de l’oligarchie transnationale aujourd’hui, aux Etats-Unis et dans le monde, exprimées par des organisations élitistes comme le Groupe de Bilderberg et la Commission trilatérale, on doit se pencher sur d’étranges idéologies datant du XIXème siècle. Un grand idéologue dont il faut tenir compte est l’ancien dirigeant occultiste de l’Ordre martiniste dévié par Papus, Joseph-Alexandre Saint-Yves d’Alveydre (1842-1909), lui-même inspiré par l’ancien conseiller occulte de Napoléon, Fabre d’Olivet, et le tristement célèbre Joseph de Maistre.

      C’est Saint-Yves qui, à la fin du XIXème siècle, créa le concept de « synarchie » en tant qu’ordre mondial fasciste opposé à l’idéal basé sur un système d’Etats souverains, tel qu’énoncé dans les traités de Westphalie.

      Les partis démocrate et républicain des Etats-Unis pourront-ils se libérer de l’influence pernicieuse des cercles oligarchiques transnationaux ? Le peuple américain reviendra-t-il à la raison et appellera-t-il à l’abandon de cette stratégie impériale ? L’avenir nous le dira.


       Sur la synarchie

       


      Annie Lacroix-Riz (née le 18 octobre 1947) historienne française, professeur émérite d'histoire contemporaine à l'université Paris VII . Ancienne élève de l'école normale supérieure (Sèvres), agrégée d'histoire, docteur ès lettres, spécialiste des relations internationales dans la première moitié du XXe siècle. Ses travaux portent sur l'histoire politique, économique et sociale de la Troisième République et de Vichy, sur la période de la Collaboration dans l'Europe occupée par les nazis, sur les relations entre le Vatican et le Reich ainsi que la stratégie des élites politiques et économiques françaises avant et après la Seconde Guerre mondiale. Elle est également connue pour son engagement au sein du Pôle de renaissance communiste en France (PRCF).

      « En 1922, une poignée de financiers français, souvent issus des grands « corps » de la haute fonction publique (inspection des Finances, Conseil d’État, Polytechnique), redonna vie à une société secrète fondée dans les années 1880 par le polytechnicien Saint Yves d’Alveydre, le « Mouvement synarchique d’empire » ou « synarchie ». Les « fondateurs » de cette association comptaient élaborer dans ce cadre étroit le programme qui les doterait de nouvelles institutions idoines. Ainsi seraient-ils débarrassés des obstacles que le régime républicain avait dressés contre leur contrôle exclusif de la politique intérieure et extérieure française. La démocratie parlementaire avait dû concéder à la population certains moyens de défense, créant autant d’entraves à la prise de décisions immédiates sur toutes les questions : le parlement, jugé trop sensible aux desiderata des électeurs, les partis, les syndicats ouvriers, etc. Cléricaux, liés à l’Action française, véritable matrice du fascisme français, ces gens haïssaient la débonnaire république (qu’ils qualifiaient volontiers de « judéo-maçonnique ») presque à l’égal de la révolution bolchevique. Laquelle constituait l’autre obsession majeure de ces milieux financiers qui, en France et ailleurs, avaient perdu en novembre 1917 la tutelle sur l’économie moderne de la Russie que le régime tsariste aux abois leur avait concédée pendant 25 ans.

      Une liste de 1945 des Renseignements généraux de la Sûreté nationale recense onze des douze « fondateurs de la synarchie ». La liste est représentative des piliers de l’économie française, haute banque, Comités des houillères et des forges et grande industrie chimique : 1° banque et finance (frets internationaux et intérêts coloniaux), avec quatre délégués du groupe de Nervo (aussi puissant que méconnu), dont son chef, le baron Léon de Nervo ; deux de la banque Worms, son président, Hippolyte Worms, et son directeur général, Jacques Barnaud ; deux du « groupe Renaudin », puissant au Crédit industriel et commercial, « banque des milieux catholiques ultramontains […] notoirement lié à la finance suisso-allemande » - et « pivot des combinaisons financières du Vatican en France » -, Maxime Renaudin et son gendre Marcel Bourgeois ; 2° le Comité des houillères, avec son président, Henri de Peyerimhoff ; le Comité des Forges, avec « Louis Formery », lié à la fois à « la combinaison Schneider&Cie » et « au groupe [chimique] Kuhlmann » ; 12. inconnu. » . J’ignore si le douzième était un délégué de la haute banque - par exemple la Banque d’Indochine, promise ici à un rôle clé, avec son chef Paul Baudouin - ou du Comité des Forges, mais l’une et l’autre disposèrent ensuite d’une place de choix dans cet aréopage, un peu élargi au fil de l’entre-deux-guerres.

      Le choix, pour l’Italie, de la solution fasciste par les milieux financiers, italiens et internationaux (ce pays, très endetté à l’égard de l’Entente, dépendait étroitement de leur bon vouloir) traçait la route. Bailleur de fonds internationaux et grand patronat italien considéraient, avec le soutien du Vatican , depuis 1920-1921 Mussolini, fondateur des « faisceaux de combat », comme seul apte à faire payer au peuple italien les conséquences de la crise de reconversion ravageuse de l’après-guerre, aux effets financiers spectaculaires, tant du point de vue de l’énorme « dette » (extérieure et intérieure) que du budget .
      Nul ne s’en étonnera à l’heure - où les media dominants, en France et dans le reste de l’Union européenne, présentent à nouveau comme « technique » la dictature de gouvernements dirigés, officiellement ou non, par des financiers ès qualités (souvent banquiers), comme dans les cas italien en 1922, puis portugais, avec Salazar, « professeur d’économie » chéri du grand patronat, propulsé en 1928 au ministère des Finances, etc.- et où un ex-ministre socialiste, ancien leader d’un courant de la gauche ressemblant comme deux gouttes d’eau à la « gauche » synarchique des années 1930, déclare, le 3 mars 2012, qu’« il ne peut y avoir d’issue en Grèce qu’avec un pouvoir militaire » car « il n’est pas possible de gouverner ce peuple en lui disant qu’il va perdre 25% de son revenu dans les dix ans si on tient à payer toutes les dettes ». Tout recours au scrutin populaire menace la survie d’un programme d’austérité ayant en trois ans déjà privé la masse de la population de 40 à 50% de son salaire réel. Cette fraction de la gauche, qui le déplore, se sent donc désormais en mesure, comme elle l’a fait au cours de la précédente crise systémique du capitalisme, de clamer qu’il convient de se passer d’élections. Je renvoie le lecteur à l’exemple de la république gérée par le parti radical, soutenu officiellement ou non par la SFIO (parti socialiste), entre Chautemps et Daladier (1937-1940) ; sans oublier la contribution directe à cette orientation de l’équipe gouvernementale de Blum, en particulier via son ami Spinasse, éminent synarque évoqué plus loin .

      La synarchie se constitua donc en France au moment où la haute finance planifiait une « réforme de l’État » dont les apparentes formules « modernistes » séduisirent jusqu’à la gauche non-communiste, et fortement - Léon Blum en tête [6]. Cette jolie formule masquait la réduction à néant des capacités d’intervention du parlement, élu au suffrage universel et devenu insupportable, si bridé qu’il fût par les détenteurs du véritable pouvoir, économique. »

      Quel fut le niveau d’implication du patronat français dans cette organisation ?


      « La synarchie, créée en 1922, forme le cœur du grand patronat que le financier et ministre Étienne Clémentel, mentor financier et politique de Laval, avait doté en 1919 d’une organisation nationale de combat (la Confédération générale de la Production française - CGPF) puis en 1920 d’une organisation internationale, la « chambre de commerce internationale ». C’est au sein de cette « Société des Nations des hommes d’affaires » , où les grands patrons allemands demeurèrent quand leur gouvernement quitta la SDN (octobre 1933), que se nouèrent les alliances atlantique et « continentale » (allemande) de l’entre-deux-guerres.

      Au cours des années de crise, les synarques intensifièrent le recrutement dans leur milieu d’origine, les grandes écoles dont les élèves partageraient leur carrière entre haute fonction publique et grands postes privés, industriels et bancaires. En juin 1941, le rapport le plus célèbre sur la synarchie, celui du secrétaire général à la police (poste qu’occuperait Bousquet d’avril 1942 à décembre 1943) et directeur général de la Sûreté nationale, Henri Chavin , classa ainsi les grands « affiliés » en fonction de leur vivier : « 1° Anciens élèves de l’École Polytechnique (c’est la grande majorité) appartenant à l’administration, à la banque et à l’industrie. 2° Anciens élèves de l’École centrale (quelques clients). 3° Anciens élèves de Sciences politiques (notamment de nombreux inspecteurs des Finances). 4° Conseil d’État (assez nombreux éléments). 5° École normale supérieure (quelques éléments). 6°. Enfin quelques médecins et personnalités diverses » .

      La synarchie s’était étoffée depuis 1922 mais son noyau dirigeant restait étroit : en octobre 1937, « les milieux cagoulards » confièrent aux Renseignements généraux que c’était « un Comité secret économique, composé de 30 membres », dont Lemaigre-Dubreuil (maître du groupe Lesieur et autres huiles, dont la Société générale des huiles de pétrole), qui avait chargé certains sicaires de leur propre organisation d’exécuter (le 25 janvier précédent) le (petit) synarque russe Navachine [. La liste Chavin des « 46 affiliés les plus importants », déjà mentionnée, souligna l’importance du noyau fondateur de la banque Worms : dirigeants de banques ou d’entreprises et chefs d’administrations, alors ministres ou secrétaires généraux (grande institution étatique vichyste), ils étaient tous, sauf Du Moulin de Labarthète, homme-lige des De Nervo, liés aux banques Worms, Lehideux et d’Indochine. À l’exception de deux recrues « idéologiques » - l’ancien syndicaliste des Postes René Belin, premier lieutenant et successeur présumé de Jouhaux, et le publiciste de droite Jacques Benoist-Méchin -, on n’y trouvait que des hauts fonctionnaires et des cadres dirigeants du groupe Worms : il s’agissait des « animateurs de 1e classe, des hommes qui ne sont pas considérables dans la hiérarchie capitaliste, comme Jean Coutrot, Gabriel Le Roy Ladurie [fondé de pouvoir de la banque Worms] et tant d’autres », beaucoup plus que des « chefs héréditaires de l’économie française, qui ont toujours voulu demeurer dans l’ombre. »

      Le noyau des « Deux Cents Familles » (les 200 plus gros actionnaires de la Banque de France) formant la synarchie, club de grands banquiers et industriels , régnait sur la Confédération générale de la Production française. Celle-ci avait changé de nom en juillet 1936, devenant Confédération générale du patronat français pour rendre plus efficace la guerre de classes, après la sérieuse alerte de mai-juin. Elle avait changé de président, débarquant officiellement l’« animateur de 1e classe » René Duchemin, roi de la chimie lourde (président de Kuhlmann), membre du Comité des experts initiateur en 1926 du programme déflationniste (des salaires) de Poincaré, fondateur du cartel international de la chimie en 1927 et devenu à cette date membre du petit groupe qu’avaient créé en septembre 1926 à Luxembourg les fondateurs (dont la dynastie Wendel) du cartel international de l’acier, le « comité franco-allemand d’information et de documentation » (CFAID) - ancêtre inconnu mais incontestable du Comité France-Allemagne de Ribbentrop de novembre1935 -, régent de la Banque de France depuis janvier 1933, etc. Duchemin fut maintenu au sommet réel de la CGPF, mais, son nom étant officiellement lié à la signature des accords Matignon (8 juin 1936) qu’il fallait rejeter au plus tôt, il fut publiquement remplacé par un « animateur » de moindre rang, l’idéologue Claude-Joseph Gignoux. Gignoux était (comme André François-Poncet dans la décennie antérieure) un salarié du Comité des Forges, qui l’avait depuis 1925 affecté à la direction de son quotidien La Journée Industrielle et l’avait en outre, en septembre 1931, chargé de mission dans les structures de collaboration économique avec le Reich mises en place avec la bénédiction l’État, sous une présidence du Conseil de Laval . Ce cagoulard avéré avait été appelé à ce poste pour inciter « les patrons à être des patrons » , c’est à dire déclarer la guerre de classe et, entre autres, casser le syndicalisme renforcé par le mouvement de 1936. Sa promotion, je l’ai dit, maintenait intacte la réalité du pouvoir dans la CGPF.

      L’autorité suprême y demeurait détenue par le trio Banque de France, Comité des Forges et Comité des houillères, noyau initial de la synarchie auquel s’était agrégé tout ce qui comptait dans l’économie française : d’Ernest Mercier, magnat de l’électricité et chef d’une des ligues fascistes des années 1920, le Redressement français, à Jacques Lemaigre-Dubreuil, chef d’une des ligues fascistes des années 1930, celle dite des Contribuables, nommé le 15 octobre 1936 délégué des actionnaires de la Banque de France, pour succéder aux « régents » en apparence évincés par la réforme purement cosmétique du 24 juillet. Ces synarques étaient les plus gros bailleurs de fonds, et souvent les adhérents, des ligues fascistes groupées (sans disparaître individuellement) depuis1935-1936 en Cagoule.

      Ils dirigeaient non seulement la politique intérieure du pays, mais aussi sa politique extérieure. Le grand historien des relations internationales Jean-Baptiste Duroselle croyait que « la politique avait devancé l’économie » dans le choix de la politique d’Apaisement envers le Reich . Or, « l’économie », loin de se laisser guider par les hommes politiques, dont elle contrôlait la quasi-totalité, avait elle-même fixé cette ligne depuis 1923-1924.

      C’est ce grand capital qui avait tramé toutes « les intrigues menées chez nous de 1933 à 1939 en faveur de l’Axe Rome-Berlin pour lui livrer la domination de l’Europe en détruisant de nos propres mains tout l’édifice de nos alliances et de nos amitiés. »

      Marc Bloch, qui dénonça, en mars 1944 cette stratégie, jugeait « les responsabilités des militaires français » plus graves que « celles des politiciens comme Laval, des journalistes comme Brinon, des hommes d’affaires comme ceux du Creusot, des hommes de main comme les agitateurs du 6 février » .
      De fait, le groupe qui chapeautait le tout était celui « des hommes d’affaires comme ceux du Creusot » - allusion à Eugène Schneider, chef de Skoda et maître de la Tchécoslovaquie depuis sa fondation sous l’égide de la France victorieuse, puis guide de son abandon consacré par les accords de Munich du 29 septembre 1938. La banque Worms y prédominait, disposant de l’énorme poids bancaire et industriel décrit par le long rapport de juin 1941 rédigé par des confrères et rivaux : « sur les 36 comités d’organisation concernant l’industrie lourde française et les industries de transports[,…] 25 […] sont, par la personne de leur directeur responsable ou par la composition de leur comité, sous l’influence directe de la banque Worms » (et peut-être indirecte dans « les 11 autres »). J’ai résumé dans Le choix de la défaite ce rapport qui dresse la banque Worms en pieuvre et son directeur général Jacques Barnaud en délégué suprême de la synarchie : Barnaud, grimé en chef de cabinet de René Belin, le ministre de la production industrielle et du travail nommé en juillet 1940, guidait l’ancien syndicaliste. C’est lui qui fut l’auteur des deux décrets, signés Belin, créant les comités d’organisation (CO, 16 août 1940) et l’Office central de répartition des produits industriels (OCRPI, 1er septembre 1940) : c’est à dire les mesures phares de « l’économie dirigée » mise au service du Reich jusqu’à l’été 1944 . Darlan, dont le cabinet était un club synarchique quasi pur, nomma en février-mars 1941 Barnaud délégué général aux relations économiques franco-allemandes. L’équipe des synarques avait depuis l’été 1940 investi Vichy, et trusté tous les postes économiques (Pucheu, Lehideux, Bouthillier, Bichelonne, Berthelot, Barnaud, etc.).

      « En résumé, commenta une note d’octobre 1941 agréée en mars 1945 par les Renseignements généraux, une véritable mafia d’anciens polytechniciens et d’inspecteurs des Finances, groupés au sein d’une société secrète à ramifications internationales, a mis la main sur la quasi-totalité des leviers de commande de l’État, à la faveur de la défaite militaire de mai-juin 40 (sic). Elle organise la mise en coupe réglée de l’économie de notre pays, au profit de puissants intérêts financiers et y associant habilement certains groupes allemands au moyen d’une armature législative et réglementaire nouvelle créée à cette seule fin [CO et OCRPI] et par laquelle les organismes administratifs du Nouvel État français ne sont plus que les services extérieurs de la banque Worms. »

      La politique occulte qui est derrière l'idée de synarchie est à chercher du côté de la cité Vaticane. Pour preuve à nos allégations portées par Osterreider un anthroposophe qui souligne que l'Eglise aida St Yves d' Alveydre à son ascension sociale. Le détacha de son activité jusqu'alors en tant que fonctionnaire auxiliaire du ministère français de l'intérieur et lui procura en 1880,depuis Rome,avec la bénédiction papale, le rang d'anoblissement d'un Marquis d' Alveydre.

      Qu'exactement à l'inverse de Steiner, Saint Yves attribue à la vie économique l'élément de la liberté et à la vie de l'esprit, celui de la fraternité. D'une manière conséquente,les trois domaines chez Saint Yves ne sont pas totalement au même niveau de droit, mais il existe bien plus au contraire une sorte de hiérarchisation : « l'enseignement », à l'inclusion de la théorie du droit et de l'économie, incorpore la justice, l'autorité ou le pouvoir total, l'exécutif avec inclusion de l'armée et de la police, la diplomatie et les finances, le « pouvoir extérieur ». Précisément parce que la vie spirituelle ne repose plus sur la liberté ( comme chez Steiner) mais sur la fraternité, on utilise la formulation d'une croyance générale ! C'est pourquoi, dans la représentation de Saint-Yves, le temple synarchique de couronne comme autorité spirituelle – laquelle est représentée, dans le cas idéal, par celle du Pape à Rome en tant que souverain pontife ( le Pontifex le plus haut), en tant que Père cosmogonique des frères humains : « Ainsi la synarchie peut s'accomplir pleinement ex cathédra sous la protection du pontificat le plus élevé,de nouveau accessible à tous les judéo-chrétiens sans exclusions de cultes,d'universités ou de peuples. Cette organisation supranationale est la possible clef de voûte de l'ensemble de l'Etat social européen »-(Mission de l'Inde,p.161)

      Dans tout cela,il n'est pas étonnant que les idées de Saint Yves renferment des éléments de la doctrine sociale de l' Eglise romaine et avant tout de Joseph de Maistre. Ce n'est pas pour rien que Saint Yves reçut, à la requête de son épouse polonaise au Vatican, en 1880,un titre romain et fut autorisé dès lors à se nommer Marquis.

      A la tête du nouvel ordre social ainsi crée, avec l'aide de la synarchie, était censé se trouver le Souverain pontif à Rome,auquel Saint Yves consacra quatre ouvrages traitant de ses missions synarchiques. Le biographe de Saint Yves,Jean Saunier s'est vu poliment refusé l'accès aux archives vaticanes concernant le titre décerné de Marquis par les autorités. Il devint évident que Saint-Yves voyait le rapprochement franco-anglo-russe comme une pierre de fondation du règne de Dieu, sous la forme de la synarchie. Saint Paul, l'Âpotre de la liberté, y est alors le guide spirituel de l'Angleterre ; Saint Jean,Âpotre de la fraternité,celui de la Russie et saint Pierre,Âpotre de l'égalité devant la loi sociale évangélique, celui de la France et du reste des pays latins. Sous le pape léon XIII, le Vatican agit comme un troisième élément renforcé, à partir du début de l'année 1888, dans les relations bilatérales franco-russes,avec l'objectif principal de restaurer le pouvoir temporel du pape perdu au cours du risorgimento.(Annie Lacroiz-Riz)


      Autres liens occultes entre la finance internationale et la géopolitique ( Source Pierre de Villemarest , de 1915 à 1948 )



      « Complicités et financements soviéto-nazis », de Pierre de Villemarest, nous introduit dans un des champs de lecture parallèle de l’histoire du XX° siècle : la piste de la haute finance comme moteur secret des évènements historiques visibles.

      1915 : les services anglais bourrent de matériel de guerre les cales du Lusitania, et laissent filtrer l’information jusqu’à Berlin. Objectif : pousser les Allemands à torpiller le paquebot, pour faciliter, plus tard, l’entrée en guerre des USA contre l’Allemagne.
      1916 : Guillaume II, secrètement, propose la paix à la Russie. Le Tsar demande l’aval des Français et des Britanniques. Londres refuse, Paris est obligé de suivre.

      Quelle force a secrètement préparé le torpillage du Lusitania ? Quelle force a décidé, en 1916, que des millions d’hommes devaient encore mourir ? Villemarest répond : la haute finance anglo-américaine, basée principalement à Londres.
      En 1916, quand Paris veut emprunter aux USA pour financer son effort de guerre, Wilson met au prêt une condition surprenante : le gouvernement français doit faire du banquier JP Morgan son représentant unique en Amérique. Paris s’étonne. Londres soutient Wilson. Et JP Morgan peut imposer « son » négociateur à la France : un certain Jean Monnet.

      Derrière cette anecdote, l’histoire réelle des deux guerres mondiales.

      Chronologie…


      1891 : Le transsibérien est inauguré. La Russie jette un pont transcontinental entre l’Europe et la Chine. Ce développement a été rendu possible par des capitaux allemands. Intolérable pour la Grande Bretagne, qui risque de voir la source de son Empire, la domination des mers, perdre beaucoup de sa valeur. La Grande-Bretagne tolère en 1893 l’alliance franco-russe, et prépare l’encerclement de l’Allemagne. L’emprunt russe est lancé en France. La guerre financière a commencé entre Londres et Berlin. La Russie tsariste est financée par la haute banque anglo-saxonne, qui s’adosse à l’épargne française.
      1900 : Les groupes JP Morgan (Londres) et Rockefeller (New York) sont de facto devenus les maîtres de tout le capitalisme occidental. Parfois concurrents, parfois adossés l’un à l’autre, ils forment un complexe d’une puissance financière et économique sans précédent dans l’Histoire. A travers leurs liens indissolubles, les USA et l’Empire Britannique deviennent consanguins.
      1903 : Une révolution sépare Panama de la Colombie. Financement : JP Morgan, Rockefeller.
      1905 : Première révolution en Russie. Maître à penser : Trotski. Financement : JP Morgan, Rothschild. A partir de ce moment, la haute banque anglo-saxonne (en l’occurrence : essentiellement juive) finance donc à la fois le Tsar et la révolution.
      1912 : Révolution de Sun-Yat-Sen, en Chine. Financement : JP Morgan, Rockefeller.
      1914 : La Grande Guerre éclate. La haute finance anglo-saxonne est liée par des accords complexes à la haute finance allemande. Le banquier Warburg, associé au trust JP Morgan Rockefeller, devient ainsi un des financiers de l’Allemagne en guerre.
      1915 : Un ancien compagnon de Trotski, Helphand, qui se trouve aussi être un patriote allemand, vient proposer à l’Etat-major de Guillaume II le « rachat » d’une partie des réseaux mis en place par Trotski en 1905.
      1915-1917 : L’Etat-major allemand fait verser environ 50 millions de marks-or aux bolcheviks, via Halphand. Un agitateur russe peu contrôlable, un certain Vladimir Illitch Oulianov, dit Lénine, est d’abord tenu à l’écart, puis progressivement intégré dans les réseaux Halphand.
      1916 : Comme vu plus haut, JP Morgan devient le représentant de l’Etat français aux USA, sur le plan financier. A cette date, la haute finance anglo-américaine finance donc simultanément la France et l’Allemagne sur le plan de l’effort de guerre, le Tsar et la révolution en Russie. Elle doit cependant compter avec le financement parallèle de la révolution russe, par les Allemands, qui entretiennent avec la haute finance anglo-saxonne des relations extrêmement complexes. A l’intérieur même du haut commandement allemand, certains hommes sont en réalité au service de New York, d’autres jouent une partition purement germanique.
      1916 encore : tandis que le général Hoffman, stratège du front de l’Est dans l’armée allemande, poursuit et intensifie le financement accordé aux bolcheviks, l’empereur Guillaume II, sans doute conseillé par la haute aristocratie allemande, envoie une mission secrète en Russie. Objectif : préparer des négociations de paix, alerter le Tsar sur le fait que des éléments, au sein du pouvoir allemand, semblent avoir perdu de vue les risques que ferait courir au monde une véritable révolution communiste en Russie.
      1917 : Lénine rentre en Russie en wagon plombé. Le train a traversé l’Allemagne. Il tente un coup d’Etat, et échoue. Mais son audace a plu à Berlin. Désormais, l’argent ne lui sera pas compté. Et en octobre, bien pourvu en moyens, il réussit.
      1917 encore : Quelques mois plus tard, après le coup d’Etat, Lénine propose une « paix sans annexion ». Personne ne prête attention à lui (à ce moment-là, les bolcheviks contrôlent 1 % de l’Empire Russe). Personne ? Pas tout à fait : Berlin accepte la discussion. Et pour cause : constamment, d’octobre 17 à novembre 18, l’Allemagne soutient le pouvoir léniniste. Sans elle, il se serait écroulé.
      1917 toujours : Trotski aussi est revenu en Russie. Lui, il l’a fait depuis les USA, et muni d’un financement important de la famille Rothschild (jusque là plutôt pro-allemande, mais qui vient de négocier la déclaration Balfour avec Londres, en échange de son soutien pour entraîner les USA dans la guerre). A Pétrograd, il a été confronté à la supériorité de moyens des léninistes, et s’est rallié à eux pour ne pas être exclu du processus révolutionnaire. On a donc, en décembre 1917, à Pétrograd, un homme lié à l’Etat-major allemand (Lénine) et un homme lié à la haute finance anglo-américaine (Trotski). Leurs relations sont à l’image de celles de leurs mentors : consanguines et conflictuelles à la fois. Trotski, de son côté, a pris langue avec les Allemands (sans doute via des éléments qui, à Berlin, sont eux-mêmes liés à la haute finance anglo-saxonne).
      1918 : Le directeur de la FED, William Boyce Thompson, publie un livre soutenant Lénine, et prônant l’utilisation de l’URSS naissante pour constituer un « système socialiste de dimension mondiale ».
      1918 encore : à l’initiative de Trotski, la révolution bolchevik tente de s’exporter en Europe. La banque JP Morgan, via des filiales discrètes, soutient financièrement le spartakisme naissant en Allemagne.
      1918 toujours : à Berlin, un grand bourgeois, Hjalmar Schacht, se joint au mouvement spartakiste. Ce n’est pas n’importe qui : c’est le fils d’un germano-américain, ancien directeur des assurances Equitable Life, société liée financièrement au trust JP Morgan.
      1918 une fois de plus : Les USA autorisent l’ouverture à New York d’une ambassade soviétique officieuse. L’ambassadeur officieux s’appelle Ludwig Martens. Sa société, Weinberg and Posner, est liée à JP Morgan.
      1919 : Neuf firmes américaines de première ampleur signent des contrats d’équipement avec la Russie soviétique. Le gros du pactole revient à une filiale du groupe JP Morgan. Les intérêts Rockefeller semblent pour l’instant mis de côté.
      1919-1920 : Aucune intervention sérieuse des puissances occidentales contre l’URSS. Les USA aident discrètement Trotski en Sibérie, l’Allemagne soutient tout aussi discrètement Lénine. Les syndicats marxistes bloquent les tentations interventionnistes d’une fraction de l’oligarchie britannique, la haute banque « socialiste fabienne » achevant de rendre impossible toute attaque contre l’URSS.
      1920 : L’Armée Rouge menace Varsovie. L’armée allemande, discrètement, soutient l’avance russe (livraisons de stocks de matériel, non détruits mais cachés). La Pologne est protégée par la France. Trotski n’insiste pas, alors que Berlin avait fait savoir qu’il n’était pas opposé à un nouveau partage de la Pologne. Le peu d’insistance de Trotski n’a jamais été clairement expliqué.
      1919-1922 : Radek, envoyé du Komintern à Berlin, est parvenu à sortir du jeu Rosa Luxembourg (assassinée). Officiellement incarcéré, il possède la cellule la mieux fréquentée du monde. S’y croiseront à peu près tous les grands patrons de la haute banque allemande et anglo-américaine (qui prennent le thé avec le bolchevik, en cellule). Parmi eux, un personnage clef : Walter Rathenau. Juif converti, à la fois antisémite et pro-sioniste, il a ses entrées au sein des grandes entreprises allemandes, en particulier AEG, IG Farben, Vereinigte Stahlwerke. C’est aussi un des principaux correspondants en Allemagne de la société britannique fabienne « Golden Dawn ».
      1922 : traité de Rapallo. L’Allemagne de Weimar et l’URSS s’engagent dans une collaboration discrète mais approfondie. C’est de là que viendront une bonne partie des technologies soviétiques des années 30/40. Et les cadres de la future Wehrmacht seront formés en Russie soviétique, avec la bénédiction du Bureau Politique du PCUS.
      1922-1930 : dans le capitalisme américain, Henri Ford est un cas à part. Installé à Detroit, il a publié « Le Juif international », violent pamphlet antisémite. Il commence à financer un agitateur allemand qui fait parler de lui à Münich : Adolf Hitler. Une partie du groupe Rockefeller le rejoint ensuite, suivie par la Royal Dutch britannique, qui confie les financements à un proche de Winston Churchill, un certain Deterding. Ces capitalistes anglo-américains joignent leur financement à trois entreprises allemandes en pointe dans le financement du national-socialisme : AEG, IG Farben, Vereinigte Stahlwerke. Il est à noter que le banquier Warburg, figure centrale de la haute finance juive, fait partie alors du directoire d’IG Farben, et ne s’oppose nullement à ces financements. On lui connaît des liens avec Rathenau, le juif converti antisémite ultrasioniste, qui finit assassiné dans des circonstances troubles.
      1923 : L’URSS se dote d’une banque internationale : la RusKomBank. Un des codirecteurs est un monsieur Max May. Egalement associé de Morgan Guaranty Trust, au cœur de JP Morgan.
      1923 encore : parmi les spéculateurs anglo-saxons qui s’enrichissent énormément sur l’inflation allemande, on remarque de nombreux Juifs, mais pas seulement. Un des plus actifs est un homme politique et businessman américain : F.D. Roosevelt. Sa société d’investissement en Allemagne, United European Investors, est liée à une fondation, la Warm Spring Foundation. Celle-ci est logée dans l’immeuble de JP Morgan.
      1923 encore : le directeur de la Reichsbank est Hajlmar Schacht (qui est passé sans transition du spartakisme au capitalisme globalisé). Il bénéficie du soutien des réseaux Rathenau pour redresser la finance allemande.
      1923 toujours : les chefs de la révolution conservatrice allemande entrent en discussion avec les nazis, les communistes et le haut patronat, sans se douter qu’en réalité, ces trois « camps » sont tous partagés par d’invisibles lignes internes, qui opposent souterrainement les vraies forces en présence : les intérêts des divers groupes capitalistes. Ils prônent un éloignement de l’Allemagne à l’égard de l’Occident, et une négociation avec Moscou pour un « grand empire germano-slave ». La plupart de ces chefs de parti et intellectuels (Moeller van den Bruck, par exemple) sont marginalisés, au profit du NSDAP.
      1923 – 1930 : les premières bases de l’industrialisation soviétique sont jetées. 63 milliards de dollars sont injectés par Wall Street dans l’économie de l’URSS.
      1923 – 1928 : en URSS, progressivement, Staline évince Trotski.
      1924 : Sous l’égide de Walter Rathenau, début de la restructuration de la dette de guerre allemande et éviction du capital français (le haut patronat français souhaitait un échange de participation avec son homologue allemand : l’intervention des anglo-américains fait capoter le projet). On saura par la suite que des plans sont tracés, à ce moment, pour utiliser l’Allemagne (que les anglo-américains croient avoir matée) comme tête de pont en Europe contre la France, jugée trop nationaliste.
      1925-1930 : Contacts approfondis entre Berlin et Moscou. Staline conseille aux dirigeants de Weimar de soutenir Hitler, qui pourra réarmer l’Allemagne et briser l’Ouest. Hitler bénéficie donc, sur la période, du soutien simultané d’une partie du capital anglo-saxon et, en sous-main, de l’aide de Staline contre les communistes allemands. Pendant ce temps, des milliers de techniciens allemands travaillent en URSS, pour préparer l’industrialisation du pays. Ils sont souvent employés par des firmes qui dépendent, plus ou moins directement, de la haute finance anglo-américaine.
      1928 : L’Allemagne envoie en URSS, dans le cadre d’un programme d’armement conjoint secret, le docteur Speich, spécialiste des gaz toxiques, et le capitaine Nolte, spécialiste des armes chimiques.
      1930 : Hajlmar Schacht, désormais le docteur Schacht, crée la Banque des Règlements Internationaux. Elle siègera sans discontinuer, y compris de 1939 à 1945. Son directeur est un Américain, employé par le groupe Rockefeller. Il a été agréé, sans discontinuer, par les autorités nazies. La BRI a veillé, pendant toute la période 1933-1945, à préserver à la fois les intérêts des grands groupes américains en Allemagne et les intérêts des grands groupes allemands aux USA.
      1930-1940 : plus de 1 000 firmes occidentales investissent en URSS. Selon Staline lui-même, les deux tiers de l’industrie soviétique proviennent de ce financement massif (le tiers restant étant dû au soutien du patronat allemand, en particulier via les transferts de technologie négociés à Rapallo). Au sein des investissements occidentaux, la part de Rockefeller augmente, celle de JP Morgan semble diminuer. On remarque, en étudiant la liste des entreprises qui travaillent alors le plus avec l’URSS, que les plus importantes seront toutes, trente ans plus tard, au board de la commission trilatérale, organisée par Rockefeller.
      1929 : La haute finance juive rejoint directement Ford dans le financement d’Hitler. Le banquier Warburg avouera, par la suite, qu’il s’agissait d’intimider la France, dans laquelle les banquiers mondialistes voyaient le principal danger pour leur projet d’Europe unifiée sous tutelle du capital anglo-saxon. Il est à noter que l’antisémitisme d’Hitler ne posa apparemment aucun problème à cette haute finance juive, elle-même étroitement imbriquée avec la haute finance protestante, et souvent pro-sioniste (donc a priori peu favorable au maintien des populations juives en Europe).
      27 janvier 1932 : l’industriel Thyssen présente Hitler au Club des Industriels, haut- lieu du patronat allemand.
      1932 : Environ 50 % des SA de Berlin sont d’anciens communistes, directement venu du Rotfront.
      1932 toujours : le complexe militaro-industriel soviétique est en pleine expansion. Travaillent directement dans les usines qui armeront l’Armée Rouge : 300 Allemands et 700 Américains (tous ou presque, d’excellents ingénieurs).
      1933 : les nazis arrivent au pouvoir. Très vite, le parti communiste allemand est interdit et ses membres pourchassés. Mais ce qu’on oublie de dire, c’est que depuis des années, nazis et communistes mêlaient leur bulletin au Reichstag, et que cette persécution anticommuniste est tolérée sans difficulté par le Kremlin. Tout s’est passé comme si Staline avait indirectement soutenu les hitlériens contre Weimar, et jusqu’à sacrifier délibérément le parti communiste allemand. Il aurait déclaré, en apprenant l’arrivée au pouvoir des nazis : « Hitler sera le brise-glace de la révolution ».
      1933-1939 : Malgré la politique du régime nazi, il n’y a aucune rupture réelle des accords économiques entre la haute finance anglo-américaine et son homologue allemande. Sous l’égide des banques de Wall Street, Standard Oil et IG Farben établissent des consortiums en vue d’échanges de technologie (les Allemands sont en avance en chimie de transformation). Ironiquement, parmi les « bénéfices » de cette coopération étroite, on comptera le gaz Zyklon-B et les caoutchoucs synthétiques qui permettront à l’Allemagne de poursuivre la guerre après 1942, malgré le blocus. Autre exemple : le trust américain ITT (qui continuera à travailler avec l’industrie allemande jusqu’en… 1944).
      1937 : Aux USA, le New Deal est un échec. Après avoir temporairement permis de relancer la machine productive, il ne peut empêcher une rechute dans la crise. A cette date, il semble donc que seule une guerre permettra de sortir de la crise.
      1938 : Fritz Thissen, un proche de Deterding qui a dû fuir l’Allemagne nazie en catastrophe, confie lors d’un entretien semi-confidentiel : « Nous avons perdu le contrôle d’Hitler ». Il semble qu’à cette date, une partie des financements occidentaux d’Hitler soient coupée. On est mal renseigné sur ce qui se passe à ce moment-là.
      1939 : Pacte germano-soviétique. Déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale.
      1940-1944 : Dans Paris occupée, la Chase Manhattan Bank du groupe Rockefeller conserve des bureaux actifs et publics, tout comme JP Morgan, son concurrent/partenaire principal.
      1942 : Henri Ford écrit à Maurice Dolfuss, directeur de Ford France, pour le féliciter. Malgré des difficultés d’approvisionnement énormes, ses usines de Poissy parviennent à accroître leurs livraisons de matériel de transport à la Wehrmacht. Simultanément, les usines Ford livrent à l’URSS des camions, produits aux USA.
      Fin 1942 : Depuis un an, la Standard Oil of New Jersey livre du pétrole à l’Allemagne, malgré l’embargo. Son patron est un proche de F.D. Roosevelt.
      1943 : L’US Air Force perd lors d’un raid 60 bombardiers, car une fuite a prévenu l’Etat-major allemand de l’imminence d’un bombardement. La cible : une usine SKF, spécialisée dans le roulement à billes équipant les panzers (et le même, sur le même brevet, que celui équipant les chars soviétiques). SKF est une filiale du groupe américain ITT.
      1945-1946 : le docteur Schacht, ancien grand financier d’Hitler (et de Weimar avant lui) est incarcéré pendant deux ans en zone américaine. Il bénéficie, pendant son incarcération, des services d’une secrétaire aimablement fournie par l’US Army.
      1948 : Le docteur Schacht est mandaté par les autorités d’occupation américaines pour organiser la réforme du système monétaire allemand. Il crée le Deutschmark.

      Pierre de Villemarest : né à Chalon-sur-Saône le 10 décembre 1922 et mort le 22 février 2001, est un ancien résistant, membre des services de contre-espionnage et écrivain.En septembre 1940, il participe à la création de « la Dernière Colonne », un petit groupe de résistants dont les fondateurs étaient Emmanuel d’Astier de La Vigerie et Édouard Corniglion-Molinier. On y trouve également Lucie Aubrac, Louis Aragon et André Philip. Ce groupe deviendra Libération-Sud. À la suite d’un différend , Villemarest rejoint l’Armée secrète dont il commande en 1943 un groupe franc dans le Vercors. Agent P2 du réseau Kléber, spécialisé dans le renseignement, il participe à la dénazification de l’Allemagne et de l’Autriche, et tisse des liens avec les services américains et anglais dès cette époque.

      Après la guerre, il est décoré de la croix de guerre 1939-1945, de la Croix du combattant volontaire de la Résistance et de la médaille des engagés volontaires


      Guerre russo-japonaise
      Villemarest désigne la banque Kuhn, Loeb & Co comme ayant favorisé la guerre russo-japonaise en assurant aux Japonais qu’ils pouvaient compter sur son financement en cas de conflit avec la Russie16.

      La Triple Entente
      Pour Villemarest, citant l’historien Carroll Quigley17, des cercles bancaires internationaux influents inspirèrent la Triple-Entente en la faisant précéder par la création d’« une multitude de réseaux discrets »18.

      Les emprunts russes
      Selon Villemarest, la banque Rothschild incita le public français à souscrire les emprunts russes puis s'en désintéressa totalement au moment où les bolcheviques commencèrent à recevoir de l’argent de milieux bancaires internationaux de Londres et de Stockholm19.

      La Synarchie
      Suivant le mythe d' « une société secrète [dotée] de gigantesques pouvoirs occultes »20, Pierre de Villemarest considère la nouvelle politique économique (NEP) en URSS, le fascisme en Italie, le nazisme en Allemagne, le New Deal aux États-Unis et la Révolution nationale en France comme des phénomènes à l’identité foncièrement semblable, voulus et provoqués simultanément par la Synarchie, organisation mythique21 qu'il croit liée à des hautes loges de type maçonnique d’obédience martiniste22. [Voir aussi : l’Ordre martiniste synarchique, fondé par Victor Blanchard en 1920, dans l’article Martinisme.] Villemarest a accusé Hjalmar Schacht, Otto Abetz, Ernst Achenbach d’en faire partie. Il se dit persuadé de l’existence de cette organisation et déclara que, pour avoir publié le livre Le 14e complot du 13 Mai, en 1960, qui révélait que cette organisation avait des membres jusque dans l’entourage du général de Gaulle, il avait été interrogé plus de cent heures d’affilée au motif de « complot », sur ordre du ministre de l’Intérieur Roger Frey qui apparemment cherchait à connaître ses sources et les documents en sa possession23. Villemarest a soutenu qu’il avait circulé à Vichy vers le mois de décembre 1943 un fascicule à tirage restreint de 55 pages, divisé en onze chapitres et intitulé L’Impérialisme allemand et les Sociétés secrètes germaniques, décrivant l’action de ces sociétés secrètes du Moyen Âge à 1939 et leurs ramifications jusqu’au niveau d’Adolf Hitler, correspondant à la définition du complot de la Synarchie. Ce fascicule aurait été rédigé à l’inspiration de milieux militaires français24.
      Financement du nazisme
      Villemarest estime que les cotisations des membres du NSDAP, même augmentées des droits d’auteur de Mein Kampf, furent très insuffisantes pour financer la propagande, l’équipe attachée à Hitler et les milliers de permanents, y compris après 1930 où le nombre de cotisants avait franchi les 200 000 membres. Il dénonce comme mensongère l’affirmation de Hjalmar Schacht au Tribunal de Nuremberg selon laquelle Hitler et ses cadres ne vivaient que des cotisations du parti25. Villemarest a évoqué la parution en Hollande d’un opuscule sous le pseudonyme de Sydney Warburg, De Geldbronnen van het nationaal-sozialism: drie gespreken met Hitler (Les ressources du national-socialisme, trois conversations avec Hitler), aux éditions Van Hokelman & Warendorf qui aurait presque aussitôt disparu de librairie car acheté en masse dès sa sortie et traitant des ressources financières du nazisme en 1929, 1931 et 1933, apparemment rédigé par un infiltré26 qui pourrait être George Bell, agent de Henri Deterding, ou les frères Otto Strasser et Gregor Strasser, vicitimes de l'épuration au sein du NSDAP un an après la sortie de l’opuscule27. Il soutient qu’en janvier 1932, Paul Faure intervint vivement à la Chambre des députés en accusant le groupe Creusot-Schneider d’aider au réarmement allemand, via ses implantations en Tchécoslovaquie et en Hongrie, tandis qu’un de ses associés aux Pays-Bas drainait des fonds pour le NSDAP28.

      Du point de vue occulte, les jésuites comme les loges de l'Ouest combattent avant tout le développement libre et conscient du Je humain. En faisant cela,les premiers s'efforcent d'imposer à l'humanité des formes de vie spirituelles qui n'étaient légitimes qu'avant l'avènement de l'âme de conscience ( l'Etat jésuite au Paraguay en fut le témoignage le plus éclatant ), alors que les seconds veulent paralyser tout développement des forces du Je individuel au moyen d'une matérialisation de l'âme de conscience, comme cela se fait de nos jours partout au sein de la civilisation occidentale actuelle.








      VERSION COMPLETE DISPONIBLE GRATUITEMENT SUR SCRIBD VIA CE LIEN :
      http://www.mediafire.com/file/fro9uqo9qqib87g/incarnation_of__Ahriman_and_new_world_order_%28french%29.pdf 

      https://fr.scribd.com/doc/316694185/Incarnation-of-Ahriman-and-New-World-Order-French

      Commentaires

      1. L'ensemble de votre travail est magistral. On se sent moins seul. Merci pour votre œuvre.

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        1. Merci pour vos encouragements ! Mais tout le mérite revient en priorité à tous les chercheurs de vérité, les lanceurs d'alerte, ces "Edward Snowden" de leur temps qui ont permis à ce travail compilatoire de voir le jour.

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