24 - Comment tout le poids de la responsabilité du déclenchement de la Grande Guerre a été chargé sur les épaules allemandes


En France, aussi, des voix dissidentes se sont faites entendre pour dénoncer la duplicité des politiques français à l'esprit revanchard par la défaite française de 1870 durant cette période trouble et jusqu'à aujourd'hui. Beaucoup d'anciens sympathisants proches des idées de Steiner dont Edouard Schuré , reprises en choeur en France, se sont insurgés contre l' évidence que l' Allemagne a été poussée à la Guerre et par un enchaînement technocratique à agir la première . La réalité est que nos chers républicains et nationalistes ont comploté avec les britanniques et soutenu les russes dans le jeu des alliances pour faire chuter l' Allemagne.... Cet article qui suit tout comme l'ouvrage consultable : " La guerre qui vient "  de Francis Delaisi écrite en 1911 et de façon prémonitoire confirmera la crainte de son auteur ! A bon entendeur.....


À l’enterrement du maréchal Hindenburg, le 7 août 1934, dans le Mausolée de Tannenberg [1], nombreux sont les assistants de la pompeuse cérémonie funèbre qui ont en mémoire les paroles que le défunt président de la République de Weimar avait prononcées sept ans plus tôt : « Nous repoussons, et le peuple allemand unanime repousse avec nous, l’accusation selon laquelle l’Allemagne serait responsable du déclenchement de la plus grande de toutes les guerres », avait déclaré le chef d’État allemand le 18 septembre 1927. Paroles coulées dans le bronze de la Tour des Soldats du Mausolée.
Que, huit ans après la signature du Traité de Versailles (1919), un président de la très démocratique République de Weimar ait remis en question aussi solennellement le fondement le plus important, parce que moral, de ce même traité en dit long sur l’état d’esprit des Allemands dans la première décennie d’après-guerre. Hitler ne pouvait évidemment que reprendre le flambeau de cette mise en cause du « Diktat » de Versailles ; mais justement parce que, sur ce sujet, il se situait dans le droit fil de ce qu’avaient proclamé les plus hautes autorités de Weimar, il a donné l’impression en Allemagne, mais aussi en France, qu’il n’y avait pas de solution de continuité entre la politique extérieure du IIIe Reich et celle de la République allemande. Même l’Anschluss, le 12 mars 1938, qui choquera beaucoup d’esprits parce que réalisée par les nazis, avait été réclamée par le chancelier Brüning en 1931 et applaudi entre autres par Sigmund Freud [2] ! Dès le 29 octobre 1918, il avait été demandé par les autorités de Vienne ! [3]

Comme nous allons le montrer, une partie de l’opinion française était acquise à la cause de ce révisionnisme, et quand Hitler à son tour entonna le péan du « Diktat », il fut compris immédiatement de ce côté-ci du Rhin, et notamment dans les rangs de la gauche française qui avait milité contre le Traité de Versailles. Mais non au niveau gouvernemental où l’on s’entêtait à soutenir la thèse de l’Allemagne coupable.

Lors de la visite de Laval et Briand à Berlin en septembre 1931, un porte-parole officieux du ministère allemand des Affaires étrangères, avait fait comprendre dans le Börsen Courier qu’une entente entre la France et l’Allemagne ne serait possible que moyennant, entre autres choses, l’abandon de la thèse de la culpabilité allemande dans le déclenchement de la Grande Guerre mondiale. Les deux ministres français s’y refusèrent. Lors d’une rencontre à Genève en juin-juillet 1932, Papen, alors chancelier, avait souhaité obtenir d’Edouard Herriot, à l’époque chef du gouvernement français, l’annulation de l’article 231 du Traité de Versailles déclarant l’Allemagne responsable de la guerre. Il affirmait qu’il avait besoin de remporter un succès sur ce plan-là pour pouvoir résister à l’influence grandissante d’Hitler. « Mais, se souvient Georges Bonnet, qui était présent à l’entretien entre les deux hommes d’État, Herriot refusa catégoriquement et je dois dire même avec brutalité. « L’Allemagne est responsable de la guerre. Jamais aucun Français n’acceptera d’effacer du traité de paix une vérité aussi évidente. »
Papen était furieux, il se retira en regardant Herriot dans les yeux et en lui criant à tue-tête : « Eh bien, vous aurez Hitler, vous aurez Hitler ! ». Cette prédiction se réalisa » [4]. Déjà en 1927, Poincaré avait répondu à Stresemann : « Pas de rapprochement franco-allemand si l’on met en doute la responsabilité du gouvernement impérial [allemand] dans le déclenchement de la guerre. [5]»

Le national-socialisme pouvait bien innover sur beaucoup de points en politique intérieure, sur le plan des relations internationales, son programme n’avait pourtant, à première vue, rien de surprenant ni d’original. Au-delà même de la révision du Traité de Versailles, que l’Allemagne disputât le sceptre du monde à une Angleterre sur le déclin était une ligne géostratégique intelligible, que l’on pouvait faire remonter au moins jusqu’à Bismarck, via Guillaume II. Cette ligne, en outre, avait sa légitimité étant donné les performances étonnantes de l’économie germanique, avant comme après la Première guerre mondiale.

Avant 1914, le « miracle économique » allemand a stupéfié le monde. Il a pour origine l’union douanière, le Zollverein, qui a débuté en 1830. Ce miracle, qui est seulement l’effet d’une extension de l’échange libre, semble à l’époque aussi titanesque que celui de la Chine au début du 21ème siècle. De 1880 à 1900, l’Allemagne s’est hissée à la troisième place des nations industrielles, derrière les États-Unis et la Grande-Bretagne. En 1913, elle est deuxième, devant l’Angleterre. La part allemande dans la production industrielle mondiale a été multipliée par quatre, alors que celle de la Grande-Bretagne a baissé d’un tiers.
La qualité du made in Germany est signalée par Paul Valéry dès 1897 [6]. En cette même année, l’Allemagne produit et consomme 20% de plus d’électricité que la Grande-Bretagne, la France et l’Italie réunies. L’énorme extraction de houille allemande – le charbon est l’équivalent géo-économique au XIXe siècle de ce que sera le pétrole au XXe – signale au monde entier la nouvelle puissance germanique : cent millions de tonnes par an en 1906, contre trente millions en 1871 et 1,5 million en 1850 [7].
Déjà, à la fin du XIXe siècle, l’Allemagne avait revendiqué de tenir son rang parmi les grandes puissances de ce monde. Dans un discours prononcé le 6 décembre 1897 devant le Reichstag, le chancelier Bernhard von Bulow avait exprimé ce nouvel état d’esprit : « Le temps où les Allemands laissaient la terre à l’un de leurs voisins, la mer à un autre, et ne gardaient pour eux-mêmes que les cieux où règne la philosophie pure, ce temps est révolu. Nous ne souhaitons faire d’ombre à personne, mais nous aussi nous exigeons d’avoir notre place au soleil » [8].

Après 1918, le même « miracle » est en train de reproduire. L’unité allemande a été finalement consacrée par le Traité de Versailles, comme le reproche Bainville dans son célèbre ouvrage [9]. Cette unité a été renforcée par l’abdication de Guillaume II : l’empereur allemand ne renonce pas au trône impérial en faveur d’un autre monarque, mais du « peuple allemand ». Le maintien de l’unité, œuvre des Hohenzollern, passe avant la forme du régime. Le premier article de la constitution de 1919 fondant la République de Weimar est ainsi rédigé : « Le Reich allemand est une république ». Autrement dit, quel que soit son régime, l’Allemagne demeure un Reich.

Sur le plan militaire, la manifestation de cette unité se traduit par l’intronisation d’une seule armée allemande, qui se substitue aux quatre armées de Prusse, de Bavière, de Saxe et du Wurtemberg de l’époque impériale.

L’unité allemande est encore renforcée par la thèse de la culpabilité inscrite dans le marbre du Traité de Versailles. Si les Allemands, sont tous coupables, comment distinguer les Rhénans des Prussiens, les Bavarois des Saxons, les Wurtembergeois des Saxons ? Le « génie allemand » semble renaitre de ses cendres [10].

Entretenu par toute une partie de la droite française nostalgique des Traités de Westphalie de 1648, « modèle de toute paix sérieuse et durable avec les pays germaniques »[11], Maurras et Bainville [12] en tête, le fantasme d’un possible détricotage de l’unité allemande était encore vivant en 1919 jusqu’à hanter Foch et Poincaré, entre autres. On avait pu observer pendant le conflit, dans les tranchées, des désaccords entre troupes bavaroises et prussiennes, les premières accusant les secondes de les mener à une boucherie absurde [13].
Aux lendemains de l’armistice, il s’était formé un comité partisan de la constitution d’une République rhénane, dont un certain Conrad Adenauer, alors bourgmestre de Cologne, n’était pas très éloigné, au moins durant la révolution spartakiste à Berlin [14]. Ce fantasme avait même un fondement dans l’idée que les Allemands se font de leur propre nation. Encore en septembre 2013, un ancien président de la République fédérale allemande, Richard von Weizsäcker, pouvait déclarer dans une interview : « La Grande-Bretagne et la France ont été des nations plus d’un siècle avant nous. Nous avons certes toujours senti que notre démographie et notre force économique nous assignaient un rôle important, mais nous n’avons pas de tradition en tant que nation. [...] nous n’étions pas une nation. C’est pourquoi nous avons toujours considéré l’Europe d’un autre œil que les Britanniques ou les Français. Je me rappelle une visite avec le président français Mitterrand, à la Wartburg et à Weimar, au cours de laquelle il m’a dit : « Mais enfin vous aviez tout ce qu’il vous fallait ! Vous aviez Luther et Goethe, ce sont des noms sur lesquels peut s’appuyer la fondation d’une nation. Pourquoi n’y êtes-vous pas arrivés ? » De telles questions nous appellent à nous concentrer sur les lignes historiques essentielles. [...] Nous étions des Bavarois, des Wurtembergeois, des Badois, et nous n’étions pas très proches les uns des autres. » [15] Weizsäcker aurait pu ajouter que seuls les juifs étaient de vrais Allemands au moment de la symbiose judéo-allemande [16]. L’ancien président allemand aurait pu évoquer le souvenir que dans toute la région du Rhin la Révolution de 1848 s’était faite au cri de « À bas la Prusse »…

Les propos de Weizsäcker eussent été insupportables non seulement sous la dictature national-socialiste, mais aussi sous la République de Weimar, qui tenait beaucoup à son unité. Aux lendemains de la défaite de 1918, ils auraient été considérés comme autant de trahisons à l’encontre du Vaterland.
Même si la France victorieuse avait vraiment voulu démembrer l’Allemagne, elle se serait heurtée, après l’armistice du 11 novembre 1918, au veto de la Grande-Bretagne et des États-Unis. Veto auquel s’est soumis nolens volens Clemenceau au grand dam de Foch et de Poincaré.

Si l’Allemagne reste intacte à l’Ouest, par contre elle est désintégrée à l’Est, là justement où elle avait été victorieuse. Elle doit abandonner la Posnanie et la Haute Silésie. La Prusse historique est coupée en deux par le Corridor de Dantzig. Pour aller de Berlin à Koenisberg, ville du couronnement des Hohenzollern, il faut traverser un territoire placé maintenant sous souveraineté polonaise. Ce démembrement se fait tout à la fois au détriment de l’Allemagne et de la Russie, cette dernière étant absente des négociations de Versailles.

En 1919, l’union allemande à l’Ouest n’est donc pas défaite, la puissance industrielle est intacte puisque l’Allemagne n’a pas été envahie. Cette puissance, Keynes voudrait en faire la locomotive naturelle de l’Europe [17]. Dès 1921, comme le remarquait Werner Wittig dans Hochland, la revue catholique de la Bavière, l’Allemagne a les moyens de retrouver très vite sa cohésion et sa force, non seulement économique, mais politique : elle reste le grand État de l’Europe centrale, entourée des inoffensives « guirlandes de la Société des Nations » et des « petites puissances immanquablement attirées par le centre germanique » [18].
L’Allemagne de l’après-guerre est économiquement attractive, comme on dirait aujourd’hui : de 1924 à 1930, l’entrée nette des capitaux étrangers de capitaux étrangers sur le sol allemand sera de plus du double que les versements faits au titre des Réparations [19] ! Cet afflux de fonds vers l’Allemagne fait retrouver aux Français leur crainte fantasmatique d’une collusion entre les Allemands et la haute finance internationale. Il est vrai que les milieux bancaires de Hambourg ont pu influencer Keynes quand il rédige les Conséquences économiques de la paix.
Lors des négociations d’armistice à Trier et à Spa auxquelles il participe en tant que délégué du Trésor britannique, ce grand amateur de garçons tombe amoureux de l’un des délégués allemands, Carl Melchior, bras droit de Max Warburg à la Hamburg Bank of M. M. Warburg & Co [20]. C’est la même banque Warburg qui sert de trait d’union financier entre New York et le Reich. Max Warburg et son cousin Paul Warburg sont les plus fermes soutiens du parti allemand aux États-Unis [21]. Mais les placements de capitaux ne sont pas affaires de sentimentalité. Si la finance s’intéresse à l’Allemagne aux lendemains de sa défaite, c’est qu’elle semble offrir de meilleures opportunités de profit que la France victorieuse. C’est vexant mais c’est ainsi et ce n’est pas nouveau.

Comme les Réparations dues par l’Allemagne étaient fondées sur sa culpabilité, ne pas les payer était aussi pour les Allemands un acte patriotique remettant en cause la thèse historique du Traité de Versailles. Du côté français, il était très difficile, et électoralement suicidaire, pour un gouvernement de s’engager sur une voie révisionniste à propos de la Paix de Versailles. 
Renoncer à faire prévaloir la culpabilité allemande, c’était « non seulement jeter le trouble sur la conscience d’un peuple qui avait subi quatre ans de guerre pour le « droit », mais c’était aussi renoncer aux fruits de la paix [...] : si les torts étaient partagés, pourquoi ne pas partager aussi les dommages ? » [22]. « Que de cérémonies autour d’une question qui n’en est pas une, ironisait de son côté L’Écho de Paris dans ses éditions du 9 mars 1919, et qui n’est que de savoir que l’Allemagne doit payer. Pour qu’une telle question soit posée et discutée, il faut que divers théoriciens et orateurs aient égaré le sens commun. Si l’Allemagne doit payer ? Mais autrement, ce sera nous qui paierons ! » Poincaré ne sortira jamais de cette logique imparable : « Si on innocentait les Allemands, pourquoi répareraient-ils les dommages ? »[23].
Il s’ensuivit en France, dans l’immédiat après-guerre, un large consensus politique à ce sujet. Et après tout, ce n’était pas à des politiciens d’écrire ou de réécrire l’histoire, même s’ils s’y étaient exercés aux lendemains de l’armistice du 11 novembre 1918.

Comment donc était née cette idée – nouvelle à l’époque – de réparation ?

Prenant la parole à l’ouverture de la Conférence des préliminaires de paix, le 19 janvier 1919, Raymond Poincaré déclara d’emblée : « Besoin n’est pas d’informations complémentaires ou d’enquêtes exceptionnelles pour connaître les origines du drame qui vient d’agiter le monde. La vérité, toute couverte de sang, s’est déjà évadée des archives impériales. La préméditation du guet-apens est aujourd’hui clairement démontrée. Dans l’espoir de conquérir d’abord l’hégémonie européenne, et bientôt la maîtrise du globe, les Empires du centre, rivés l’un à l’autre par une secrète complicité, ont inventé les prétextes les plus odieux pour tâcher de passer sur le corps de la Serbie et se frayer un chemin vers l’Orient. En même temps, ils ont renié les engagements les plus solennels pour pouvoir passer sur le corps de la Belgique et se frayer un chemin vers le cœur de la France. Voilà les deux inoubliables forfaits qui ont ouvert la voie à l’agression. Les efforts combinés de l’Angleterre, de la France et de la Russie, se sont brisés contre cette folie d’orgueil. Si, après de longues vicissitudes, ceux qui voulaient régner par le fer ont péri par le fer, ils n’ont à s’en prendre qu’à eux. C’est leur aveuglement qui les a perdus ».

« Cette victoire est totale, ajouta-t-il, il vous appartient aujourd’hui d’en tirer, dans l’intérêt de la justice et de la paix, les conséquences totales [24] » [25]. Pourquoi était-il si important de traiter l’Allemagne en « criminelle de guerre » pour reprendre une expression de Poincaré ? C’était pour aller au-devant du moralisme du président des États-Unis Woodrow Wilson, historien de formation. Pour justifier les revendications françaises, il fallait plus que des raisons de sécurité, il fallait de la morale.

La conférence de la Paix à Versailles a débuté en effet dans une atmosphère de bons sentiments – de ceux qui pavent les enfers. À quelques semaines de sa mort en 1929, Clemenceau, dans son dernier livre, se montrera encore et toujours fidèle à l’idéalisme wilsonien, qu’il partageait, et au personnage qui l’incarnait. Fidélité étonnante si l’on songe que très vite (le fatal 19 novembre 1919), il s’était avéré que le Sénat américain refusait de ratifier le Traité de Versailles, et que du même coup tombait la garantie que la Grande-Bretagne avait donnée. Clemenceau avait lâché la proie – la main mise sur la rive gauche du Rhin – pour l’ombre : le soutien de nos alliés. Poincaré et Foch, pendant [26] et après la signature du Traité de Versailles, n’ont eu de cesse de reprocher à Clemenceau sa soumission aux vouloirs du prophète-président américain et de ses féaux. Ces reproches empoisonnèrent les dernières années, les derniers mois du Père-la-Victoire. Mais il n’en persistait pas moins dans un wilsonisme qu’il avait chevillé au cœur.
« Le président de la République française s’est mis délibérément à la remorque du panslavisme tsariste pour permettre à la France de déclencher une guerre de revanche qui lui permettrait de recouvrer les provinces perdues d’Alsace-Lorraine. »

« M. Wilson, se souvient Le Tigre, avait réalisé le plus bel effort d’idéologie en proposant de résoudre systématiquement dans un ordre d’interdépendances, un ensemble de problèmes européens qui causaient, depuis longtemps l’agitation du monde civilisé. À la voix du président sauveur, les injustices allaient être réparées. Que d’espérances au-devant des réalisations prochaines ! [27]»
Le tableau qu’il fait des participants à la conférence de Versailles : outre Wilson, voici « l’excellent » général Bliss, qui le secondait, l’italien Orlando, le grec Venizélos, « fils d’Ulysse et de Calypso, loyalement imprégné d’une astuce hellénique », le belge Hymans, Benès, le champion de la Tchécoslovaquie, «qui a conquis l’estime et la confiance générale par la droiture de sa parole et l’élévation de son intelligence », le polonais Paderewski [28], « grande âme harmonieuse », Wellington Koo, « jeune chat chinois », le baron Matsui, « bloc massif d’esprit nippon, Hugues, le « noble délégué d’Australie », le grand maharajah de Bikaneer « qui prit bravement la parole pour s’opposer à ce qu’on levât le voile féminin de l’islam [29]» etc. ] qui, hier encore, ne s’étaient jamais rencontrés, et qui, sans circonlocutions de protocoles, entrèrent tête haute dans le palais de Louis XIV pour délibérer sur les problèmes de sociétés humaines, et même se mirent d’accord – toutes parties entendues – sans trop de difficultés. C’est que le mot d’ordre du Traité de Versailles c’est la libération des peuples (italiques dans le texte), l’indépendance des nationalités, tandis que le mot d’ordre de la politique du maréchal Foch et de M. Poincaré, c’était l’annexion (idem) d’un territoire [la rive gauche du Rhin] par la force des armes, contre la volonté de ses habitants. »

Donc, on nageait dans la moralité, dans la bonne volonté, dans le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Après les guerres précédentes, le vaincu payait une indemnité de guerre. Ainsi des cinq milliards de francs exigés de la France par Bismarck en 1871. Et c’est encore ce terme qui fut employé par Le Temps, le 12 novembre 1918, le lendemain même de la signature de l’armistice. Mais la philosophie wilsonienne ne pouvait tolérer un tel concept : indemniser, c’était donner une prime à la force. Tout ce que l’on pouvait faire, c’était réparer une injustice, non exiger une somme au nom du droit du plus fort. Pour qu’il y ait indemnité, ou mieux dit « réparation », il fallait qu’il y eût un coupable.
D’où l’article 231 du Traité de Versailles ainsi rédigé : « Les gouvernements alliés et associés déclarent et l’Allemagne reconnaît que l’Allemagne et ses alliés sont responsables, pour les avoir causés, de toutes les pertes et de tous les dommages subis par les gouvernements alliés et associés et leurs nationaux en conséquence de la guerre qui leur a été imposée par l’agression de l’Allemagne et de ses alliés ». La délégation allemande à Versailles, qui avait bien compris ce qui était en jeu dans cette accusation morale, demanda plusieurs fois que le problème de la culpabilité soit soumis à une instance neutre et impartiale et qu’au moins il ne soit point tranché sans que tous les documents soient connus. Il leur fut répondu que la culpabilité allemande était un « fait acquis et indiscutable ». Et la somme réclamée était à la hauteur de cette culpabilité : 132 milliards de marks, soit presque trois fois le revenu national allemand de 1919.

« J’étais au lycée Hoche de Versailles, se souvient Bertrand de Jouvenel, lorsqu’y fut négocié le Traité de Paix, et je pouvais voir, derrière les grilles de l’Hôtel des Réservoirs [30], les envoyés allemands en quelque sorte parqués [...] j’avais été scandalisé que les Allemands n’aient point participé à la discussion des articles de ce traité, ce qui, je crois bien, était sans précédent dans l’histoire des rapports entre puissances européennes. Et c’est donc avec ce sentiment d’injustice envers l’Allemagne que je suis entré dans la période d’après-guerre, où je rencontrais des contemporains ou des aînés qui partageaient cette conviction, et qui regardaient ces erreurs comme non seulement regrettables, mais dangereuses pour l’avenir, et engendrant un esprit de revanche. L’esprit de revanche de l’Allemagne a hanté ma jeunesse [31]. »

La France, aux lendemains du Traité de Versailles, a les apparences d’une superpuissance : son armée est présente à la fois sur le Rhin, en Pologne (c’est la mission Weygand à laquelle participe un certain capitaine de Gaulle), en Asie mineure (mission Pellé, amiral Dumenil, colonel Mougin) et même en Russie (mission Jarnin). Pour ne rien dire de l’Empire colonial, plus flambant que jamais. Le budget militaire est supérieur à tout ce qu’il fut dans les dernières années 1914 [32].

S’il devait y avoir un courant révisionniste en France, ce ne pouvait être en fait que dans l’opposition à des gouvernants qui avaient promis des largesses au peuple financées par les Réparations, qui avaient juré sur les tombes des soldats que l’ère des sacrifices humains et matériels [33], imposés pendant quatre ans par un bourrage de crâne sans précédent, était bel et bien finie, bref que le Boche paierait. Et ce courant apparut très vite.

La première salve est tirée en 1920. Paraît aux Editions Clarté, un opuscule de 160 pages intitulé : Poincaré a-t-il voulu la guerre ?, avec une préface de Henri Barbusse. L’auteur Fernand Gouttenoire de Toury « plus qu’un autre [...] a eu des efforts et des sacrifices à faire pour se créer une croyance sociale », nous dit son préfacier. Et d’expliquer : « Les circonstances de sa destinée n’étaient pas propices aux idées hardies et rénovatrices. Lorsqu’il est revenu mutilé de la grande catastrophe, il lui a fallu un courage civique et une force morale très haute pour aller chercher [...] l’âpre et exigeante certitude » [34]. Et en effet il fallait un certain cran à ce nobliau ancien combattant et grand blessé de guerre pour poser la question qui remettait en cause le fondement moral du Traité de Versailles et des Réparations, alors que le droite dominait la Chambre des députés, dite Chambre Bleue-Horizon. Comment oser soutenir que Poincaré aurait voulu la guerre alors que le Boche [35] coupable devait payer pour ses crimes ? Eh bien ! Oui, on l’ose.

Et on l’ose d’abord au nom de la doctrine socialiste. « La doctrine socialiste, en matière de responsabilités de la guerre, est formelle, lit-on dès la première ligne de l’opuscule : l’organisation capitaliste de la société est la cause profonde et certaine de toute guerre. » Comment dans ces conditions un seul pays pourrait-il être le coupable ? Soit ! Mais alors la France n’est pas plus responsable du déclenchement des hostilités que l’Allemagne ou la Russie ou l’Angleterre. En fait, il s’agit, non point des peuples ou des nations, mais des princes qui les gouvernent. « Les gouvernements, aux mains des puissances financières, avides de matières premières, de débouchés, de moyens de transport, préparent constamment les conflits par l’opposition de leurs convoitises, par l’entretien de leurs armées et un jour vient [...] où les malheureux peuples se trouvent jetés les uns contre les autres dans l’horreur sanglante qu’est la guerre contemporaine. »  
On aura reconnu la thèse de Lénine sur le capitalisme porteur de la guerre comme la nuée l’orage. Dès 1916, L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme essayait de démontrer que la lutte pour un nouveau partage du monde s’était engagée. Que vient faire Poincaré là-dedans ? Réponse de Gouttenoire de Toury à partir d’une étude très minutieuse des dépêches diplomatiques : le président de la République française s’est mis délibérément à la remorque du panslavisme tsariste pour permettre à la France de déclencher une guerre de revanche qui lui permettrait de recouvrer les provinces perdues d’Alsace-Lorraine..

Philippe Simonnot est un économiste libertarien. Il est l’auteur de Chômeurs ou esclaves : Le dilemme français (2013).


[1] Le Mausolée de Tannenberg a été construit entre 1924 et 1927 pour célébrer la victoire complète de l’armée allemande conduite par Hindenburg sur les troupes russes fin août 1914, pendant oriental de la bataille de La Marne , mais aussi en mémoire de l’héroïsme des Chevaliers Teutoniques défaits par le roi de Pologne Ladislas II Jagellon en ce même lieu le 15 juillet 1410.

[2] En date du 6 décembre 1928, Freud écrit à son neveu Samuel Freud, qui vit à Londres : « Vienne est sur la mauvaise pente, elle est peut-être perdue si nous n’obtenons pas le fameux « Anschluss » (l’Union à l’Allemagne) ». Le même Freud avait « offert » toute sa libido à l’Autriche-Hongrie lors de la déclaration de guerre en août 1914 (Jones, 1953-1957, vol. 2, p. 192).


[3] Decherf (2000), p. 170.

[4] Bonnet (1961), p. 110.

[5] Fabre-Luce (1967), p. 86.

[6] Decherf (2000), p. 128.

[7] Trebilcock (1981), p. 22.

[8] Cité par Clark (2013), p. 160.

[9] Bainville (1920). « Si des mouvements de désintégration, toujours possible dans une Allemagne fédérale, viennent à se produire, écrit Bainville le 5 novembre 1918 [l’armistice n’est pas encore signé], les Alliés auront le devoir de les utiliser et, s’il se peut, de les diriger ». Decherf (2000), p. 172.

[10] Watson (2010).

[11] Pour Maritain, les mêmes Traités de Westphalie représentaient les « funérailles du droit chrétien ». Pour Bainville, libre-penseur et voltairien, les Traité de Westphalie sont une démonstration de realpolitik, « un des rares moments où la politique a obtenu ce qu’elle voulait, où elle l’a réalisée dans la mesure où les choses humaines comportent des réalisations ». Decherf (2000), p. 258.

[12] La meilleure et la plus intelligente expression de ce fantasme se trouve dans Les conséquences politiques de la paix, de Bainville (1920) où l’auteur, avec une prescience époustouflante, annonce la Seconde Guerre mondiale et comment et par où elle surviendrait.

[13] Weber (2012).

[14] Le Vatican avait interdit au clergé rhénan toute participation au mouvement « autonomiste » tout en lui ordonnant de briguer des postes à Berlin. Une Rhénanie autonome aurait affaibli l’influence déjà minoritaire des catholiques dans le gouvernement de l’Allemagne. Decherf (2000), p. 285.

[15] Richard von Weizsäcker, « L’Allemagne ne veut pas d’un rôle dirigeant ». Article paru dans l’édition du Monde du 12 septembre 2013.

[16] Simonnot (1999).

[17] Keynes (1920).

[18] Miquel (1961), p. 414.

[19] Simonnot (2004), p. 292.

[20] Idem, p. 285.

[21] Ferguson.

[22] Miquel (1961), p. 421.

[23] Fabre-Luce (1967), p. 85.

[24] Miquel (1961), p. 387.

[25] Duroselle (1988), p. 764.

[26] « Poincaré, note son biographe, est de plus en plus convaincu que Clemenceau est sujet à des influences, qu’il n’est plus lui-même. » Miquel (1961), p. 392. Rappelons que sous la IIIe République le président de la République a beaucoup moins de pouvoirs que le Président du Conseil des ministres. Aussi bien Poincaré ne peut-il agir que très discrètement sur les délibérations de Traité de Versailles. Il a perdu le rôle prééminent qu’il avait en 1914 parce que Viviani, alors Président du Conseil, était un fantoche. En outre Viviani n’avait pas la confiance du Quai d’Orsay parce qu’il était hostile à la loi qui avait instauré le service militaire de trois ans le 19 juillet 1913, au lieu de deux ans auparavant.

[27] Clemenceau (1929), p. 143.

[28] Ignacy Paderewski était pianiste et compositeur.

[29] « Dans La jungle de Rampura, chez l’excellent maharajah de Gwalior, se souvient Le Tigre, il m’a permis de faire connaissance avec le tigre et de lui manifester mes sentiments » (sic). Clemenceau (1929), p. 127.

[30] L’Hôtel des Réservoirs, que fit construire Mme de Pompadour, communiquait avec le château de Versailles par un tunnel couvert. A-t-il été rouvert pour acheminer les délégués allemands ?

[31] Jouvenel (1979), p. 45.

[32] Decherf (2000), p. 211.

[33] « La France avait perdu 1 364 000 hommes. 740 000 soldats étaient revenus de la guerre. Les pertes matérielles étaient incalculables [...]. Le potentiel économique du pays était fortement amputé. Les réserves financières avaient fondu. Les gouvernements successifs avaient drainé l’or du pays. Des sommes considérables avaient été perdues en Russie, en Autriche-Hongrie. Les épargnants avaient subi la plus grande ponction de l’histoire [...] Il avait fallu emprunter : la France devait aux Etats-Unis et à l’Angleterre quelque 221 milliards » Miquel, p. 384.

[34] Gouttenoire de Toury (1920), p. 6.

[35] Dans le manuel d’histoire de Malet et Isaac de 1922, la civilisation allemande était ainsi appréciée : « Son âme était barbare. Elle visait à l’exploitation et à l’asservissement du monde ». Cité par Fabre-Luce (1967), p. 135.

  Gouttenoire de Toury est pour le moment fort isolé. La Société d’histoire de la guerre occupe le terrain historiographique, avec son organe, La Revue d’histoire de la Guerre mondiale. Le grand-prêtre de cette histoire quasi-officielle est Pierre Renouvin, nommé conservateur du Musée de la Guerre à Vincennes et chargé d’un cours sur l’histoire de la guerre à la Sorbonne. Après des mois, des années de recherches, de travaux, d’articles, de livres, restera ce résultat : l’article 231 ne doit pas être révisé. Et l’on soupçonne le révisionnisme qui bat son plein de l’autre côté du Rhin d’avoir pour raison d’être d’échapper aux réparations, liées comme nous l’avons dit à la culpabilité allemande comme la corde au pendu.

Poincaré prend de très haut cette première attaque : « Si monsieur Gouttenoire de Toury, écrit-il dans Le Temps du 20 décembre 1920, que M. Victor Basch m’a représenté l’autre jour comme un galant homme et qui mérite, par sa conduite aux armées, la déférence de ceux mêmes qu’il attaque, a voulu démontrer qu’en collectionnant des coupures de journaux on pouvait composer pour l’histoire, avec tous ces papiers réunis, un masque qui la rendît méconnaissable, il a parfaitement réussi. »

Une entité rivale s’était tout de même créée dès 1916 : la Société d’études documentaires et critiques de la guerre, dont le but était de regrouper les forces internationalistes et pacifistes. À cette Société participaient Mathias Morhardt, qui venait de la Ligue des Droits de l’homme, Charles Gide, Victor Basch, les syndicalistes Merrheim et Rosmer.

Morhardt soutient le même point de vue que Gouttenoire de Toury : Poincaré avait abandonné le destin de la France entre les mains du gouvernement russe, « le régime le plus corrompu du monde », écrit-il dans une lettre adressée en 1921 à la Ligue des Droits de l’homme. Au même moment, le Comité pour la reprise des relations internationales distribuait un factum où l’on reprenait une accusation de Jaurès contre le gouvernement français qui avait capitulé devant les intérêts tsaristes [36]. En 1926, dans l’Évangile du Quai d’Orsay, Georges Demartial dénonce la collusion entre les gouvernants français et les historiens « officiels ».

La polémique contre « Poincaré-la-guerre » s’aviva avec les questions posées par René Gérin, officier combattant de la Grande Guerre et un pacifiste intégral, auquel l’homme d’État crut devoir répondre. Beaucoup plus radical, Félicien Challaye écrira en 1933 dans Les origines de la Guerre mondiale. Les responsabilités russes et françaises : « Ainsi, par la volonté de Poincaré, la guerre ne fut pas une guerre de défense ayant pour unique objet le maintien de la frontière existant au moment du conflit. Ce fut une guerre de revanche ayant pour objet la reprise de l’Alsace et de la Lorraine. Dans l’esprit de plusieurs dirigeants français et russes, ce fut la même guerre de conquête, ayant pour objet de mettre la main sur la Sarre, sur la rive gauche du Rhin, sur Constantinople [37] et les Détroits [38]. » 
De même, Henri Pozzi publie en 1935 Les Coupables où il prétend que la France a été précipitée dans la guerre par les « bellicistes russes et leurs alliés slaves » au moment où le débat sur le pacte franco-soviétique va redonner une actualité brûlante à la nouvelle alliance que la France conclut avec la Russie contre l’Allemagne. Qu’elle soit tsariste ou soviétique, la Russie occupe dans la stratégie française la même place d’alliée de revers avec comme objectif d’obliger l’Allemagne, qu’elle soit impériale, républicaine ou nazie, à combattre sur deux fronts. Les Germains n’ont pas le monopole de la realpolitik.

Cette littérature n’est pas toute de la même qualité. Il faut faire un sort à part à l’ouvrage d’Alfred Fabre-Luce. La Victoire, ce coup d’essai qui fut un coup de maître, va ouvrir à l’auteur, qui vient d’avoir 25 ans, doué d’une vive intelligence [39] et d’un talent réel, une longue carrière d’essayiste, survivant à toutes les avanies du siècle, notamment les geôles de la Libération après celles de la Gestapo. Encore au début des années 1980 pouvait-on croiser le prolifique essayiste dans différents cercles de réflexion, et notamment aux conférences de l’Institut français des relations internationales, cachant son cou décharné derrière un nœud papillon très vieille France. L’insubmersible avocat du rapprochement franco-allemand méritait-il que Zeev Sternhell le poursuive de sa hargne, ouvrage après ouvrage, l’insubmersible avocat du rapprochement franco-allemand, le qualifiant d’« ignoble » [40] ? Réservons notre jugement.

La publication de La Victoire en 1924 intervient au moment où le consensus politique français sur le problème franco-allemand s’est fissuré. Cela fait deux ans que Poincaré est revenu au pouvoir. Pour la première fois, un ancien président de la République est devenu Président du Conseil – un événement suffisamment marquant pour qu’Aragon en fasse état dans son roman Aurélien, écrit en 1943-1944. En fait, Poincaré suit le chemin inverse de celui qui l’avait conduit en 1913 de la présidence du Conseil à la présidence de la République.

Depuis plus d’un an maintenant, les troupes franco-belges occupent la Ruhr en punition des retards allemands à payer les Réparations. Les socialistes et beaucoup de radicaux sont violemment opposés à la politique des sanctions envers l’Allemagne. Les radicaux veulent donner à la Société des Nations toutes ses chances. Les socialistes estiment que le poincarisme trompe le peuple en évitant par une politique étrangère dure et agressive de procéder à la réforme fiscale qu’ils jugent nécessaire.

Quant aux communistes, ils se sont lancés dans une campagne de grand style contre les « fauteurs de guerre », au premier rang desquels Poincaré. Les communistes s’inspirent du Livre noir sur les origines de la Guerre que les Soviets viennent de publier. L’Humanité commente quotidiennement des documents cités par le libelle soviétique mettant en cause Poincaré présenté comme complice d’Isvolsky, l’ambassadeur belliciste de la Russie tsariste de 1910 à la chute du régime. « La Russie et l’Allemagne, se souvient Georges Bonnet, étaient liées par une commune aspiration : l’annulation du Traité de Versailles [41].»

 De fait, la Russie n’était pas partie prenante au Traité. On peut même dire que le Traité reposait sur la condition préalable de la non-réapparition de la Russie sur l’échiquier international [42] pour cause de bolchevisme et sur le démantèlement des marches occidentales de l’ancien empire tsariste pour créer notamment la Pologne.

On oublie de dire que cette commune aspiration des Russes et des Allemands, qui s’est incarnée le 16 avril 1922 dans le traité germano-soviétique de Rapallo, avait aussi des raisons financières : ne pas payer les Réparations du côté allemand, ne pas rembourser les dettes énormes contractées par le régime tsariste pour financer notamment l’armement et la construction de chemins de fer stratégiques. Il y a là un chiasme intéressant. Les Allemands plaident non coupables pour ne pas payer les Réparations ; les Soviétiques plaident la culpabilité du tsar pour répudier ses dettes ! Les deux « nations-parias », l’une parce qu’elle était criminelle de guerre, l’autre parce qu’elle s’était soumise au bolchévisme, conjuguaient leur destin – et leur « révisionnisme » du Traité de Versailles.

Poincaré, qui cumule la présidence du Conseil et le ministère des Affaires étrangères, est devenu la cible d’attaques très violentes des communistes. Le 4 juillet 1922 à la Chambre des députés, il doit subir une philippique brutale de Paul Vaillant-Couturier : « Si, aujourd’hui, nous venons à cette tribune, déclare le député communiste, ce n’est pas seulement parce que nous reconnaissons certaines responsabilité à M. Poincaré dans les origines de la guerre, mais c’est parce que nous considérons qu’à cette heure sa présence à la tête de l’État n’est pas une garantie de paix pour l’Europe [...] Entre l’avenir paisible et nous se dresse la paix de Versailles que vous condamnez tous plus ou moins, bien que vous l’applaudissiez ici parce que votre paresse financière s’accroche à cette paix mort-née basée sur la reconnaissance de responsabilités unilatérales. Pour nous, M. Poincaré représente tout ce que le nationalisme a pu produire de funeste avant, pendant et après la guerre [...] vous portez une responsabilité terrible, Poincaré-la-guerre. » La controverse historique s’est invité dans le débat politique.

Poincaré était-il donc un revanchard ? Il avait dix ans quand les Allemands ont envahi sa Lorraine natale, forçant sa famille à fuir. Bar-le-Duc, sa ville d’origine, a été occupée pendant trois ans avant d’être libérée à la suite du paiement des indemnités de guerre. Ce passé douloureux ne plaide pas en faveur d’un éventuel pacifisme de l’homme d’État français. Mais de là à en faire un belliciste acharné ?



« L’homme qui rit »

Le 5 juillet 1922, au lendemain du discours de Vaillant-Couturier, L’Humanité titre sur toute une page : « La politique de M. Poincaré de 1912 à 1914 menait à la guerre, démontre Vaillant-Couturier. » Avec comme illustration la reproduction d’une carte postale montrant Poincaré rigolant en train de visiter un cimetière militaire, qui avait été tirée à des milliers d’exemplaires avec cette légende : « Poincaré visitant ses morts, Verdun, 4 juin 1922 ». Un ouvrier de Clermon-Ferrand écrira à son député son indignation : « Cette ignoble gravure est distribuée dans notre ville à qui le désire et même à qui ne le désire pas ? Elle est colportée dans nos campagnes et est distribuée à nos braves paysans ». Aujourd’hui, ce genre de montage circulerait sur la Toile…

Le visage de Poincaré, explique Miquel, « sous un rayon de soleil trop vif, était contracté par un rictus [43] ». Ce n’est pas la raison que donnait L’Humanité à ses lecteurs : « L’Homme Qui Rit [44]. Comme l’assassin retourne toujours au lieu de son crime, Poincaré-la-guerre dès qu’il le peut gagne les régions mortes où reposent les victimes de sa cruelle ambition. Au milieu des croix, il redresse sa taille de nabot, et, comme on le voit, à contempler ce champ de désastres, il sent soudain la joie monter de son cœur à sa bouche, et l’homme qui ne rit jamais SE MET A RIRE » (en majuscules dans le texte).

Comment un fils de la très grande bourgeoisie, le petit-fils d’Henri Germain [45], fondateur du Crédit Lyonnais, la plus grande banque au monde à la fin du XIXe siècle, qui a joué un rôle de premier plan dans le placement des emprunts russes auprès des épargnants français, comment le rejeton du banquier Edmond Fabre-Luce, qui épousera bientôt un nom du gotha en la personne de Charlotte de Faucigny-Lucinge, bref comment Alfred Fabre-Luce a-t-il pu prendre des positions qui le plaçaient sur le même front que la gauche communiste ou communisante ?
Il confie d’emblée que pour écrire ce livre il a dû se livrer à un « travail de libération intellectuelle [46]», et on le croit bien volontiers. Cinquante ans après la parution de La Victoire, il indiquera : « En fait, quand j’ai mis en cause les responsabilités françaises dans la Première guerre mondiale, je n’avais guère que les communistes avec moi [47]. » Comme cet héritier de la grande banque française avait certainement dans son héritage des monceaux de papiers russes, cette collusion objective avec ceux qui prenaient leurs ordres à Moscou a quelque chose sinon d’héroïque, sinon de sympathique.

Beaucoup plus tard, Fabre-Luce donnera une des clefs de cette trahison de classe caractérisée.

« Pétain, raconte-t-il dans des souvenirs publiés en 1974, est venu dîner chez nous, en famille, à la fin de 1918. Il était dans toute sa gloire, une gloire qu’on imagine difficilement aujourd’hui. Quand le nouveau Maréchal est entré [48] [...] le somptueux salon aux vieilles boiseries chêne et or semblait à peine digne de lui. Le jeune étudiant que j’étais [Fabre-Luce a dix-neuf ans] a cru voir entrer la France et la Victoire. Interrogé sur les causes de celle-ci, Pétain en donna trois, dont la troisième s’est gravée dans mon esprit parce que son nom m’était peu familier : l’ypérite. C’était un gaz que les Allemands avaient employé les premiers à Ypres (d’où son nom) mais que nous avions ensuite retourné contre eux avec succès » [49].

Ce n’est pas un hasard si le tout nouveau maréchal fait cet aveu en privé. L’emploi du gaz par les Français et aussi par les Anglais, et son rôle dans la victoire finale reste à cette époque et restera jusqu’à la fin du 20e siècle, un des secrets militaires les mieux gardés. « Il était clair que les autorités françaises ne souhaitaient pas voir divulguer des informations sur un sujet aussi sensible et si directement lié à la sécurité du pays. En conséquence, les archives françaises demeurèrent inaccessibles [50]», observe Olivier Lepick, un historien expert en armes chimiques qui obtint dans les années 1990 enfin accès à ces documents interdits. En outre, les archives allemandes concernées ont été détruites au cours de la Seconde Guerre mondiale. La censure « presque absolue » pendant le conflit [51] fut prolongée pendant quatre-vingts ans.
« Une fois encore la France était sauvée, mais cette fois grâce au gaz. Maintenant, le chemin de la victoire lui était enfin ouvert. »

Au lendemain de la Guerre de 1914-1918, le secret s’explique aisément : il fallait absolument que l’Allemagne conservât le monopole de la barbarie, et par conséquent, le monopole de cette barbarie dans la barbarie, l’usage du gaz de combat qui laissait derrière lui un paysage d’apocalypse. « Les morts au teint verdâtre côtoyaient les agonisants dont le corps était secoué de spasmes violents et la bouche emplie d’un liquide jaunâtre » [52]. On a le récit des ravages de l’arme chimique à cet endroit par une de ses victimes : « Dans la nuit du 13 au 14 octobre [1918], le tir des obus à gaz des Anglais se déchaîna sur le front sud d’Ypres ; ils y employaient le gaz à croix jaune dont nous ne connaissions pas les effets, tant qu’ils ne se manifestaient pas sur notre propre corps. Je devais les connaître dans cette nuit même. Sur une colline au sud de Wervick, nous nous trouvâmes pris, dès le soir du 13 octobre, durant de longues heures, sous un feu roulant d’obus à gaz. Cela continua toute la nuit avec une plus ou moins grande intensité. Vers minuit, une partie d’entre nous furent évacués, parmi eux quelques-uns disparus pour toujours. Vers le matin, la douleur s’empara de moi, augmentant de quart d’heure en quart d’heure, et, à 7 heures du matin, je revins en trébuchant et en chancelant vers l’arrière, les yeux en feu, emportant avec moi ma dernière affectation de la guerre. Quelques heures plus tard, mes yeux se changèrent en charbons ardents et les ténèbres se firent autour de moi [53]. » L’auteur de ces lignes, Adolf Hitler, avait, lui, tout intérêt à montrer que la barbarie se situait de l’autre côté de la ligne de front.

Que le secret ait perduré du côté français au-delà des lendemains de l’armistice du 11 novembre 1918 – mis à part l’aveu privé de Pétain, révélé seulement en 1974 par Fabre-Luce – s’explique aussi par la persistance du mythe de la barbarie boche.

Pourtant, l’utilisation du gaz était dans la nature des choses. Les belligérants se retrouvaient au bout de quelque mois de combat dans une impasse totale dont seul le gaz de combat, croyait-on, pourrait permettre de sortir.

De part et d’autre, en août 1914, on avait cru refaire la guerre éclair de 1870. Puisque la guerre serait courte [54], le vainqueur serait celui qui parviendrait à envoyer le plus rapidement le plus grande nombre d’hommes sur le front. D’où une espèce de ruée collective vers une boucherie qu’on n’imaginait même pas. La course à la mort est générale. Loin d’être improvisée, cette course avait été savamment préparée par les états-majors. Elle était aussi dans la tête des jeunes officiers. Un certain Cadot enseigne : « Il faut des massacres et on ne va sur le champ de bataille que pour se faire massacrer ». Les théories du colonel de Grandmaison développent des formules du genre : « Dans l’offensive, l’imprudence est la meilleure sûreté. » Un Règlement d’infanterie datant de 1912 édicte : « Seul le mouvement en avant poussé jusqu’au corps à corps est irrésistible [...] Chaque tirailleur doit tenir à honneur de triompher du plus grand nombre d’adversaires et la lutte se poursuit à l’arme blanche. »
Dès les premiers combats, Grandmaison sera tué devant Reims, ainsi qu’un très grand nombre d’officiers qui avaient consigne de rester debout devant le feu. Bien sûr, on trouve du côté allemand et anglais les mêmes discours vantant les avantages tactiques de la furie guerrière. Dans tous les états-majors, le mot d’ordre est à l’offensive. Dès 1912, Joseph Joffre, en France, a préconisé de mener une offensive préemptive en traversant le territoire belge, seul moyen, expliquait-il, de contrebalancer l’infériorité numérique des Français par rapport aux Allemands. Joffre a été nommé en juillet l’année précédente chef d’état-major précisément parce qu’il appartenait à l’« école offensive », alors même que l’opinion publique et la classe politique restent sur une ligne prônant la défensive [55]. D’où la nécessité pour Poincaré et ses conseillers militaires de dissimuler le caractère offensif de la stratégie française même aux autres membres du gouvernement [56]. De l’autre côté du front, Moltke a préparé lui aussi la ruée prévue de longue date par le plan Schlieffen. En Russie, Yakov Jilinski comptait pareillement sur une guerre-éclair [57].

C’est dire que l’enlisement du front dans la boue des tranchées est une déconvenue totale dont on va essayer de sortir d’une manière ou d’une autre. En lançant des « sorties ». Elles se solderont toutes par des échecs sanglants. L’année 1915, la première de la guerre immobile, sera la plus meurtrière du conflit [58]. Alors le gaz, oui le gaz pour retrouver la guerre du mouvement et achever cette guerre. Sans trop le dire. Et même en ne le disant pas du tout. Depuis la plus haute antiquité, le poison est l’arme des lâches ; empoisonner son adversaire, c’est enfreindre un tabou. Qu’on viole très rarement, seulement en cas d’extrême nécessité. Les juristes grecs et romains jugeaient son emploi contraire au ius gentium (droit des gens). Appréciation reprise tout au long des siècles. Par exemple, Grotius, en 1625, dans Le droit de la guerre et de la paix, rappelle que « depuis des temps reculés, la loi des nations, du moins celle des plus avancées d’entre elles, prohibe le fait de tuer un ennemi au moyen d’un poison [59]». De même, Vattel, en 1758, affirme que l’usage de poisons, au cours de guerre, est « contraire aux lois de la guerre, et unanimement condamné par les lois de la nature et la volonté des nations civilisées [60]. »

Le 23 avril 1915, au lendemain de l’attaque d’Ypres où, pour la première fois, les Allemands utilisent le gaz moutarde, comme on l’a dit, le communiqué quotidien de l’OHL [61], très laconique, est muet sur l’emploi de cette arme. Immédiatement du côté français et anglais c’est le branlebas. En quelques mois, on va rattraper le retard sur l’industrie chimique allemande. Français et Anglais parviennent en l’espace de quelques mois à mettre en place les structures scientifiques, administratives, industrielles et militaires susceptibles d’assurer la réplique chimique. Mais « contrairement à ce qui se passa en Grande-Bretagne, il n’y eut pas en France de véritable débat politique au sein des plus hautes instances de la République sur l’opportunité de représailles [62] ».

En même temps, la guerre change de nature. L’avantage de l’arme chimique, si l’on peut dire, est de rendre de vastes espaces impropres à toute utilisation militaire. Même longtemps après un bombardement au gaz moutarde, une région reste dangereuse. L’objectif de la guerre devient la destruction, l’anéantissement physique de l’ennemi. La guerre devient totale, et totalitaire. Voire une guerre d’extermination. Ce dernier qualificatif avait été employé du côté russe avant même que l’on ouvre le feu. « Ce ne sont pas seulement les soldats, mais le peuple russe tout entier qui doit prendre conscience du fait que nous nous préparons à mener une guerre d’extermination contre les Allemands, et qu’il faut détruire les empires allemands [sic] même si cela doit entraîner le sacrifices de centaines de milliers de vie », pouvait-on lire dans l’éditorial du journal militaire Razviedtchiki, très largement considéré comme un organe de l’état-major impérial russe [63].

Comme le remarquera Foch lui-même à la fin des années 1920, c’est à peu près le même nombre d’hommes qui se font face de part et d’autre du front, mais le matériel « a plus que décuplé [64] ». Bien sûr, il ne dit rien de l’utilisation de l’arme chimique pendant la Grande Guerre dont l’emploi, grâce à ses « appels pressants » [65] s’est multiplié par 16 [66]. Sauf quand il imagine les horreurs des guerres futures. « Songez aussi à la guerre chimique, à l’emploi des gaz. Vous pouvez prendre, à la Société des Nations [67] ou ailleurs, toutes les décisions que vous voudrez, essayer de réglementer cette guerre ou même l’interdire purement et simplement. Comment serez-vous sûr que ces décisions seront exécutées ? Quand un peuple met tout son enjeu dans une guerre, il lui est bien difficile de ne pas se servir des armes qu’il a à sa disposition, de toutes les armes, même celles qui sont interdites, lorsqu’il a l’espoir, en les employant, de remporter la victoire. »
Pour qui sait lire entre les lignes, l’aveu de ce maréchal confirme celui de l’autre. « Quand un peuple met tout son enjeu dans une guerre… », ne s’agit-il pas ici de la France ? Et n’était-elle pas en situation d’extrême péril en juin 1918 quand elle fait face de nouveau à une offensive de l’armée allemande qui a pu transférer sur le front ouest les troupes qu’elle n’avait plus besoin d’utiliser contre les Russes puisque ceux-ci avaient fait défection à la suite de la Révolution soviétique. Le « Miracle de la Marne » de 1914, on l’a assez dit, n’a pu se produire que parce qu’une partie importante de l’armée allemand était mobilisée sur le front oriental pour stopper les armées du tsar [68]. Et voici maintenant que se profile une deuxième bataille de la Marne où l’armée française doit faire face à toute la force allemande. En quelques mois, près d’un million de soldats allemands ont été transférés du front est au front ouest.

Foch le reconnaît lui-même : « En 1914, ce qui a sauvé les Français, ce qui a permis à l’Angleterre de préparer ses armées, c’est uniquement la Russie qui retenait sur son front une notable partie des forces allemandes. [69] » En juin 1918, l’appoint des troupes américaines n’est pas encore suffisant pour rééquilibrer les forces en présence. Quatre années d’efforts surhumains, de sacrifices immenses risquent d’aboutir à une défaite en rase campagne. Paris est sous la menace du canon allemand. Le 29 mars 1918, un obus atteint l’église Saint-Gervais en plein service du Vendredi Saint et fait 88 morts. Des bombardiers allemands sillonnent le ciel de la capitale, lâchant leurs bombes, semant la panique. Pendant ce printemps 1918, la victoire allemande est apparue presque assurée à plusieurs reprises [70].

« Quand un peuple met tout son enjeu dans une guerre » et qu’il risque de la perdre, alors, « il lui est bien difficile de ne pas se de toutes les armes, même celles qui sont interdites ». De fait, « la première attaque alliée à l’ypérite fut l’œuvre des forces françaises, qui bombardèrent entre le 9 et 13 juin 1918, la 11e division bavaroise et la VIIe armée allemande, leur infligeant de lourdes pertes. La panique de l’ennemi fut effroyable et provoqua un repli général [71]. [72] Ludendorf avait raté son offensive. Une fois encore la France était sauvée, mais cette fois grâce au gaz. Maintenant, le chemin de la victoire lui était enfin ouvert.

Pour ceux qui étaient au courant, dont le jeune Fabre-Luce, la Victoire avec un grand V avait fort mauvaise odeur. Ce peut être une raison de sa révolte contre le triomphalisme français. Et même une explication du titre même de son ouvrage.

En tout cas, La Victoire a été mal accueilli. « J’ai rencontré plusieurs fois la censure, se souviendra Fabre-Luce cinquante après la publication de son livre. La première fois, je l’ai rencontrée sous la forme d’un silence organisé [italiques dans le texte]. C’était après la publication de La Victoire en 1924. Poincaré a demandé aux directeurs de journaux de ne pas mentionner le livre, et Maurras l’a stigmatisé dans un article où il ne citait pas mon nom, pour, disait-il, ne pas me faire de réclame. Tout cela était d’ailleurs assez naïf. Les lecteurs de Maurras ont su dénicher le livre, et Poincaré a fini par me répondre lui-même, deux ans plus tard, dans ses Mémoires [73]. »
Cette censure avait au moins une raison économique : il était nécessaire de cultiver le mythe de la culpabilité allemande pour assurer le paiement des réparations. Elle fermait la bouche même aux ministres. Loucheur, ministre de la Reconstruction, a confié à Fabre-Luce après avoir quitté le gouvernement : « Je ne pouvais pas dire la vérité. On m’aurait tué [74]. » A l’intérieur même de la famille, même motus, et Alfred est chassé de table [75].

Examinons maintenant le corps du délit.

D’entrée de jeu l’auteur de La Victoire met le doigt sur la plaie : « D’être affirmée dans le Traité de Versailles, la théorie de la responsabilité se trouvait déjà plus fragile, car elle allait être liée à son sort. La rigueur de ses clauses devait inciter le peuple allemand à se servir contre lui de toutes les armes : et les vainqueurs semblaient lui offrir un moyen de le saper par la base. Nourris, ménagés, nos ennemis pouvaient accepter une culpabilité confortable. Affamés il leur fallait être innocents. » [76]

Philippe Simonnot est un économiste libertarien. Il est l’auteur de Chômeurs ou esclaves : Le dilemme français (2013).

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