15 - La Franc Maçonnerie : héritages et déviances contemporaines . Le Klu-Kux-Klan






Question : Pourriez-vous nous parler de la franc-maçonne­rie et de ses buts ?

Rudolf Steiner: Voyez-vous, Messieurs, la franc-maçonnerie n'est plus aujourd'hui que l'ombre d'elle-­même. Vous vous souvenez que je vous ai dit qu'autrefois, il n'y avait ni écoles, ni églises, ni écoles d'art telles que nous les avons aujourd'hui : tout l'enseignement était réuni dans les mystères qui étaient tout à la fois. La séparation n'est apparue que plus tard. Notre situation actuelle en Europe ne re­monte en fait qu'aux 11e, 12e siècles, auparavant les monastères étaient une réminiscence du passé. Il est de fait qu'autrefois école, église et école d'art étaient une seule et même chose. Ce que l'on faisait dans les mystères revêtait une gravité bien plus profonde, un sérieux bien plus grand, que ce qu'on fait actuelle­ment dans les écoles ou les Églises.
Autrefois il fallait subir une longue préparation avant même de commencer l'apprentissage. La condition décisive aujourd'hui pour entreprendre des études n'a plus rien à faire avec l'apprentissage, car ce qui compte avant tout c'est de réunir l'argent dont on aura besoin pour payer ses études !
C'est évi­demment quelque chose qui n'a rien de commun avec les aptitudes de l'étudiant. C'était vraiment tout différent autrefois. Autrefois on allait à la recherche, dans la population, des jeunes gens montrant des prédispositions aux études et l'on avait alors un meilleur regard pour cela qu'aujourd'hui. Il est évi­dent que c'est tombé partout assez vite en décadence du fait de l'égoïsme de l'être humain. Mais le prin­cipe était à l'origine de choisir les gens capables. Ils avaient le droit alors d'étudier — on ne formait pas les gens comme aujourd'hui par l'exercice et le dressage — ils pouvaient se former spirituellement.
L'apprentissage spirituel est lié à une préparation, à l'acquisition de certaines facultés bien précises. Songez seulement combien les sensations des hom­mes sont aujourd'hui grossières dès qu'ils se saisis­sent d'un objet. Les hommes parviennent au­jourd'hui à distinguer, sous leurs doigts, certains matériaux, mais ils sont bien grossiers — je parle de leur faculté de sensation physique — ils distinguent le chaud du froid. Tout au plus, il arrive que certaines personnes, les aveugles notamment, développent une certaine finesse du toucher. Ils sont capables de re­connaître les signes de l'écriture braille. Ce sont les seules personnes aujourd'hui disposant d'une capa­cité de sensation plus fine. En règle générale on ne développe pas du tout cette capacité tactile, or c'est une faculté, notamment le toucher du bout des doigts, qui pourrait apporter énormément. 
Vous savez que l'être humain est capable aujourd'hui de mesurer le chaud et le froid autrement qu'avec sa sensation. Il a inventé le thermomètre qui lui indique les différences de température les plus ténues, mais c'est une invention récente. Auparavant, les gens ne disposaient que de leur sensation. Dans les mystères on développait tout d'abord les sensations et tout particulièrement celles du bout des doigts. On ap­prenait à toucher avec une grande subtilité.

Demandons-nous qui était dans les mystères celui que l'on préparait d'abord à cette fine perception tactile ? Le reste des hommes ne l'avait pas. Imaginez maintenant qu'il y ait eu quelque part un lieu des mystères. Les gens voyageaient énormément dans l'Antiquité. Vous n'avez aucune idée de ce que les gens voyageaient alors, et à quelle vitesse. Ils n'avaient pas de chemin de fer, mais ils étaient agiles, se fatiguaient peu, savaient mieux marcher, etc. Sur les routes les gens se rencontraient et lorsque deux personnes se donnaient la main, elles percevaient tout de suite si l'autre avait une main sensible, elles se reconnaissaient à leur poignée de main. C'est ce qu'on appelait la poignée de main. Autrefois on se reconnaissait à la sensibilité de la poignée de main.

Continuons, Messieurs. Lorsqu'on reconnaissait la poignée de main délicate de l'autre, [on continuait d'échanger avec lui] car on apprenait encore autre chose. Autrefois on n'écrivait que fort peu de cho­ses. On ne mettait par écrit que les choses les plus sacrées. Il y avait certes dans l'Antiquité une sorte de correspondance, mais elle n'était aussi, le plus sou­vent, qu'un ensemble de signes. Toutes sortes de signes apparurent alors pour désigner les choses. Les gens qui n'appartenaient pas aux mystères ne voya­geaient que dans un petit périmètre, les érudits en revanche, traversaient des pays entiers. Aussi ne pouvaient-ils pas comprendre les langues et les dia­lectes de tous les pays qu'il traversaient. Il est déjà bien difficile à un Allemand du Nord de comprendre le dialecte suisse. 
Mais les gens qui appartenaient aux mystères avaient également un langage des signes. On mettait par écrit des gestes naturels, par exem­ple: je comprends, ce que tu dis n'est rien, nous comprenons (on dessinait une croix). C'est ainsi qu'apparut un réel langage des signes chez les anciens sages, et on mettait dans ces signes tout ce que l'on savait. Si bien que vous comprendrez faci­lement que les gens qui appartenaient à ces hautes écoles des mystères avaient un langage des signes. Puis ces signes furent fixés par des dessins.

On découvre encore certains écrits aujourd'hui, et c'est très intéressant, qui proviennent clairement de signes. C'est le cas, par exemple, de l'ancienne écriture sanscrite. On voit dans cette écriture que tous ses signes y sont issus de droites et de courbes : les lignes courbes pour dénoter l'insatisfaction, l'antipathie et les lignes droites pour dénoter la sym­pathie. Songez à ceci : quelqu'un connaît cette signi­fication, les courbes pour l'antipathie, les droites pour la sympathie. Je désire lui communiquer quel­que chose et je dispose pour cela également de mes signes. Il veut également me dire quelque chose ; cela peut commencer très bien avec des droites et peut ensuite se gâter avec des lignes serpentines. On avait ainsi certains signes pour toutes choses grâce aux­quels les gens des écoles des mystères pouvaient communiquer entre eux. On avait la poignée de main et on avait les signes.

Il y avait autrefois un contenu dans les mots que l'être humain qui les prononce aujourd'hui ne soup­çonne plus du tout. On peut encore en ressentir quelque chose par leurs sonorités. Il vous sera facile de ressentir qu'une personne qui commence un mot par un A se trouve dans une attitude d'étonnement ou d'émerveillement : la lettre A dénote l'étonnement. Prenez maintenant un R, le R contient le roulement et le rayonnement. Nous avons donc A pour l'étonnement ou l'émerveillement et R pour le roulement ou le rayonnement.

Nous savons maintenant ce que nous avons dit des rayons du Soleil. S'il est vrai que les rayons du Soleil n'ont pas de réalité physique, ils paraissent néanmoins rayonner vers nous. Imaginez maintenant que quelqu'un veuille exprimer que de là-haut me vient, le matin, quelque chose qui m'émerveille. Il exprimera l'émerveillement par un A. Le fait qu'il sent venir à lui quelque chose à partir des hauteurs il l'exprimera par un R, cela donne : RA. Or c'est pré­cisément ainsi que les Égyptiens nommaient leur dieu solaire : RA Il y a dans chaque lettre un res­senti, et nous avons rassemblé les lettres pour en faire des mots. Il y avait dans les mots des ressentis très répandus, ceux-ci ont été oubliés aujourd'hui. Il est cependant possible de ressentir cela à bien des exemples. Prenez la lettre I. Il y a en elle comme une légère joie, c'est ainsi que le rire s'exprime par bibi., 

C'est une légère joie. Chaque lettre contient en elle une particularité. Il est possible, connaissant le contenu des lettres, de créer littéralement des mots.

Vous me direz, Messieurs, puisqu'il en est ainsi il ne devrait exister qu'une seule langue ! Or il y avait bien une langue unique à l'origine, lorsque les hu­mains ressentaient encore les sonorités des lettres. Les langues se diversifièrent au gré des dispersions de l'humanité. À l'origine les êtres humains ressen­taient les lettres, et dans les écoles des mystères on en faisait un enseignement, on y apprenait à former des mots contenant des significations. 

Il y avait de ce fait une langue commune aux écoles des mystères. Entre eux, les gens appartenant aux mystères ne parlaient pas en différents dialectes mais en une langue commune. 
Tout le monde comprenait que Ra signifiait le Soleil. Le son E, par exemple, exprimait la crainte, le recul, une légère crainte. L, pour pren­dre un autre exemple, exprime un écoulement, une disparition. EL exprime quelque chose qui s'écoule et devant quoi on a une certaine crainte. C'est ainsi que le Dieu à Babylone s'appelait El. C'est sur ce principe que tout était désigné. Prenez la Bible ! 0 exprime un étonnement soudain qui interpelle, tan­dis que A est un émerveillement, un étonnement aimable. Avec 0 on a un recul. H ou Ch, c'est l'haleine, le souffle. Avec 0 on s'étonne et on recule. Avec H on a le souffle. Avec I on indique une chose qui procure une joie légère. Avec M on a le désir de participer, de pénétrer soi-même. Vous sentez qu'en prononçant le M, le souffle entre et sort et que l'on est comme à la poursuite du souffle. M, c'est égale­ment l'approche. Mettons tout cela ensemble. Nous avons vu que El est l'esprit provenant du vent, 0 est l'étonnement qui recule, H est le souffle, un esprit un peu plus subtil qui agit comme le souffle. I est la joie légère. M, c'est l'approche. Nous avons le mot ELOHIM par lequel commence la Bible. Les sono­rités sont dans le mot, si bien que nous savons maintenant ce que sont les Elohim, ce sont des es­prits dans le souffle qui inspirent un peu de peur devant laquelle on recule mais qui par l'haleine ap­portent joie à l'être humain : Elohim. C'est ainsi à l'origine, par les sonorités contenues dans les mots que l'on peut en étudier la véritable signification. L'homme d'aujourd'hui ne ressent plus du tout cela.

Quel est le pluriel en Suisse de « Wagen » (voi­ture) ? N'est-ce pas également comme ailleurs « Wagen » alors que le pluriel devrait être « Wâgen »*. Vous voyez qu'avec le temps les choses s'effacent, on dit bien Bruder, Briider, Holz, Hôlzer (frère, frères, bois, bois). Vous voyez que le pluriel se forme en altérant la voyelle par une inflexion. 

Que signifie cette altération ? Elle introduit une indétermination, avec le pluriel on ne sait pas combien il y a d'éléments. Pour distinguer des frères, par exemple, il faudra préciser l'un ou l'autre. L'altération de la voyelle par l'inflexion introduit partout une indétermination.
Il y a donc dans la langue un élément qui permet de reconnaître l'homme tout entier ; voilà l'homme tout entier. Les gens exprimaient donc ce qui était déjà contenu dans les lettres. A était toujours l'émerveillement. Lorsque l'Hébreu de l'Antiquité écrivait la lettre aleph le, il voulait signifier celui qui
peut s'émerveiller devant le monde, or l'animal ne s'émerveille pas devant le monde ; aleph était donc également le signe pour l'être humain, le A hébraïque signifiait également : être humain.

Chaque lettre désignait également une certaine chose ou un certain être. Tout cela était connu dans les écoles des mystères. Les membres de ces écoles se reconnaissaient, lors des voyages, à leur connais­sance partagée, leur langue. On peut donc résumer : les gens qui appartenaient aux mystères se reconnais­saient à leur poignée de main, à leurs signes et à leur parole. C'est, Messieurs, qu'il y avait quelque chose dans cela, il y avait dans cela toute la connaissance ; dans les signes, la poignée de main [le toucher] et la parole. 
Car, en éduquant le toucher, on apprenait à distinguer les choses. En connaissant les signes, on avait une imitation de tous les secrets de la nature. Par la connaissance de la parole, on connaissait l'intériorité de l'être humain. Si bien que l'on peut dire que la poignée apportait la perception, le signe la nature, et la parole l'être humain, c'est-à-dire la nature intérieure de l'être humain faite d'émerveillement, de recul, de joie etc. On avait donc accès à la nature et à l'être humain, et on les décrivait par les signes, la poignée de main [le toucher] et la parole.

Ensuite, au cours du développement de l'humanité, sont apparues d'un côté les universités (plus tard les écoles), de l'autre les églises et enfin l'art. Les trois n'ont bientôt plus rien compris à ce qui existait auparavant, le toucher, les signes et la parole se sont perdus. Seuls le comprirent encore ceux qui se disaient : sapristi, les anciens sages avaient une certaine puissance grâce à leur savoir ! 
C'est une puissance justifiée, car elle met les connais­sances au service des semblables ; si personne n'avait inventé la locomotive, l'humanité n'en aurait pas ! Donc il est bon d'avoir des connaissances, car elles profitent à l'humanité. C'est une puissance justifiée. Mais bientôt les gens s'arrogèrent la puissance pour eux-mêmes simplement par une copie des anciens signes extérieurs. Or tout comme certains signes avaient déjà perdu leur signification par le passé, maintenant c'est le cas de toutes les significations ; elles sont toutes perdues. 
On s'est mis alors, je dirais, à singer les anciens mystères en adoptant toutes sortes de signes de manière purement extérieure.  
Que faisait-on ? Comme on n'avait plus le toucher subtil, on convenait d'un signe permettant de se reconnaître entre membres d'une confrérie. On se donne la main d'une certaine manière pour se recon­naître à la poignée de main. Puis on se faisait encore un signe donné. La poignée et le signe sont deux choses différentes, le signe permet alors de reconnaître le deuxième ou le troisième grade du membre de la confrérie. C'est ainsi que les gens se reconnais­sent.


Mais tout contenu a disparu, ce ne sont plus que des marques de reconnaissance. On instaure également pour chaque grade un mot que l'on peut prononcer à l'occasion de certaines rencontres ma­çonniques. Pour le premier degré on a par exemple le mot « jachim ». On sait alors qu'il a appris ce mot dans la loge maçonnique, il est donc du premier grade. Ce n'est qu'un mot de passe. De même il fait ensuite un certain signe, etc.
Cette forme de maçonnerie ne s'est en fait déve­loppée qu'après que toutes les connaissances des mystères ont été oubliées. On s'est mis à imiter cer­taines choses sans du tout les comprendre. 

Si bien que la franc-maçonnerie le plus souvent ne comprend pas ce qu'elle a repris pour son culte ; elle ne comprend pas davantage la poignée de main ni le signe ni la parole. Les francs-maçons ne savent pas, par exemple, lorsqu'ils prononcent le mot Boas, que le B représente une maison, le 0 un étonnement retenu, le A un étonnement agréable, le S le signe du serpent. Avec le mot Boas on disait : je reconnais le monde comme une maison construite par le grand architecte du monde devant laquelle tout à la fois je recule d'étonnement et je me réjouis, et dans laquelle il y a également le mal, le serpent. Oui, c'était là autrefois une connaissance ; on observait la nature à partir de ces choses, on observait l'être humain à partir de ces choses. Dans certaines confréries ma­çonniques, les membres qui se réclament du deuxième degré prononcent le mot « Boas ». 

Quant à la personne du troisième grade, elle posera son doigt délicatement sur l'artère du poignet. Cela témoignait autrefois de la sensibilité du toucher. Mais c'est de­venu un geste purement extérieur pour reconnaître le troisième grade chez un franc-maçon. Il y avait au­trefois dans ces choses de la dignité, de la grandeur témoignant de la connaissance, tandis que cela n'est plus aujourd'hui que du formel sans consistance. La confrérie franc-maçonnique cultive ainsi ce genre de choses mais elle a également des cultes, des cérémo­nies copiées sur les anciennes formes. Autrefois les cultes et les cérémonies étaient des éléments destinés à imprégner plus fortement les gens de certains en­seignements. L'ordre de la franc-maçonnerie n'a en fait plus aucune signification concernant les rapports intérieurs.

Dans les confréries ainsi établies, les gens s'ennuyaient cependant affreusement, cela dégénéra en une sorte d'amusement. Il fallait que quelque chose vint animer la franc-maçonnerie. Ces confré­ries prirent donc des aspect politiques et parfois également plus ou moins religieux, répandant quel­que enseignement éclairé. L'enseignement dogmati­que (non-éclairé) étant assuré par Rome, la franc-maçonnerie, au contraire, dispensait un enseigne­ment éclairé. C'est pourquoi le culte romain et le culte franc-maçon sont les pires ennemis. Cela n'est plus du tout lié au culte ni au toucher, aux signes ou aux paroles, cela s'est installé ultérieurement. En France, la confrérie maçonnique portait le nom de « Grand Orient de France ». Signes, toucher et paroles ne servaient plus qu'a se reconnaître et à s'unir entre membres. Le culte commun est l'endroit où ils se retrouvent lors de circonstances festives particulières. Tandis que les autres se réunissent dans des églises pour célébrer leur culte, eux se retrouvent
lors des cérémonies maçonniques inspirées des anciens mystères. C'est ce qui tient les membres ensemble.

En Italie, il y eut une période où se formèrent des groupements politiques secrets. Ce fut alors égale­ment l'usage de se reconnaître entre membres par des signes ou par la poignée de main, et de se réunir autour de certaines cérémonies. Les groupements politiques se sont toujours rattachés aux anciennes sagesses des mystères. On assiste aujourd'hui à quel­que chose de remarquable. Dans certaines régions de Pologne et d'Autriche vous trouvez des affiches couvertes de signes bizarres et de lettres qui forment des mots qui tout d'abord vous laissent assez per­plexes. Ces affiches sont les signes extérieurs de certains groupements politiques de jeunes nationa­listes. On utilise des signes. C'est en fait un usage extrêmement répandu. Les gens savent très bien que ces signes ont une force particulière.


Certains re­groupements nationalistes allemands, par exemple, utilisent le signe des deux serpents entrecroisés, ou d'une roue transformée en croix gammée. C'est leur emblème. Vous entendrez maintenant partout que l'on considère la croix gammée comme le signe d'un certain chauvinisme nationaliste. Cela provient de ce qu'il y a bien une forte tradition : on sait que les anciens exprimaient leur domination par de tels si­gnes. Et ce fut toujours le cas, mais en grand, dans les confréries maçonniques. Les confréries maçonni­ques servent aujourd'hui à réunir certaines personnes par des cérémonies et par des signes, des poignées de main et des paroles. Elles poursuivent des buts gar­dés secrets par ceux qui se retrouvent ainsi lors des cérémonies. On ne peut évidemment poursuivre des buts secrets que pour autant que ces buts ne soient pas connus de tout le monde. Les confréries maçon­niques poursuivent ainsi souvent de tels buts politi­ques, culturels ou autres. 
Il faut ajouter, Messieurs, voyez-vous, qu'il n'y a aucune raison d'attaquer la franc-maçonnerie pour cela, car elle a parfois également de très bonnes, voire de très nobles intentions. Seulement, elle est persuadée que la seule manière de gagner des hom­mes à sa cause, c'est par des confréries, par le compromis, mais elle exerce la bienfaisance dans l'humanité. C'est louable. Il faut souligner que la franc-maçonnerie exerce la bienfaisance, et elle le fait savoir. Mais sa méthode n'est plus du tout adaptée à notre temps. 

Car que faut-il tout particulièrement refuser dans la franc-maçonnerie ? C'est le sépara­tisme. Cela conduit à l'apparition d'une aristocratie spirituelle qui ne doit plus être aujourd'hui. 
Le prin­cipe démocratique qui doit se répandre s'oppose, en effet, à la forme fermée des confréries maçonniques, tout comme à celle de tout clergé. On peut donc affirmer que celui qui est capable de comprendre aujourd'hui encore ce que signifient les premier, deuxième et troisième degrés des cérémonies ma­çonniques, peut y reconnaître la survivance d'antiques sagesses que les francs-maçons eux-mê­mes ne comprennent souvent plus du tout. Mais cela est sans grande importance.

Ce qui compte, c'est que nombre de ces confréries poursuivent des buts ho­norables de bienfaisance tant sur le plan politique que social. Mais elles sont à couteaux tirés avec l'Église catholique. Cette lutte mortelle entre les deux n'est apparue qu'au cours du temps.

Il est également facile de se tromper. Les francs-maçons ont l'habitude de se vêtir de manière parti­culière pour leurs cérémonies. Ils portent, par exem­ple, le tablier en cuir de mouton, et on les accuse pour cela de s'amuser. Mais ce n'est pas le cas. Le tablier, à l'origine toujours en peau de mouton, est là pour signifier que celui qui entre dans une telle confrérie est un homme d'honneur qui ne se laisse pas aller à toutes sortes de passions, c'est pourquoi le tablier doit couvrir le bas-ventre. Il s'agit donc de nouveau d'un symbole destiné à rappeler le caractère humain. Il en va ainsi de nombreux symboles, éga­lement de l'habillement.
Les grades plus élevés portaient également une tenue de prêtre, tout y avait une signification. Pour signifier le corps éthérique, car l'être humain n'a pas qu'un corps physique, comme je vous le disais, l'officiant portait une espèce de toge blanche en lin, les officiants d'un grade plus élevé portaient, par­dessus, une toge de couleur pour signifier le corps astral. Le manteau relié à un casque, porté encore par-dessus, devait signifier la puissance du moi.
Toutes ces choses se rapportent à de vieux usages pleins de sens mais dont la signification a été perdue aujourd'hui. Celui qui aime la franc-maçonnerie ne devrait pas considérer ce qui est dit ici comme péjo­ratif. Je ne voulais que montrer ce qui est. Les confréries maçonniques peuvent parfaitement réunit des hommes de qualité extraordinaire etc. C'est une chose qui peut gagner en importance à notre époque. Car ce que le médecin ou le juriste apprend aujourd'hui ne touche pas son cœur, le plus souvent C'est pourquoi ils rejoignent la franc-maçonnerie, car on y trouve du moins un cérémonial qui ne requiert pas la pensée, ce qui est tout de même quelque chose : signes, toucher, paroles indiquent que l'être humain ne vit pas uniquement dans le monde maté­riel.
Voilà ce que je voulais vous dire. Avez-vous d'autres questions ?

 
Question: Il y a en Amérique ce qu'on appelle le Ku­-Klux-Klan. Pourriez-vous nous dire en quoi cela consiste ?

Rudolf Steiner: Le Ku-Klux-Klan est une inven­tion nouvelle qu'il faudrait prendre davantage au sérieux. Vous savez qu'un certain enthousiasme pour le cosmopolitisme ne date que de quelques dé­cennies. Il est encore présent parmi les ouvriers, évidemment, chez les sociaux-démocrates, qui sont un élément international, mais dans les cercles bour­geois et autres, le nationalisme est en train de pren­dre horriblement le dessus, l'ambiance nationaliste est extrêmement présente. Tous ceux qui soutenaient Woodrow Wilson, qui n'était qu'un homme de paille, comptaient avec le nationalisme. Partout on encou­rageait la création d'États nationaux, partout on exa­cerbait le nationalisme etc. Chacun peut avoir son opinion à ce sujet ! Mais il y a maintenant des gens qui poussent le nationalisme à l'extrême et parmi eux il faut compter ce mouvement américain appelé Ku­-Klux-Klan. Il manipule les signes, comme je l'ai évo­qué tout à l'heure.


Les " Pères " fondateurs du mouvement racialiste

Considérant ce genre de confréries, il faut bien avoir à l'esprit le caractère hypnotisant que peuvent avoir les signes utilisés. Vous connaissez sans doute l'expérience que l'on fait avec une poule. On lui met le bec sur le sol puis on dessine devant elle une ligne à la craie blanche. La poule est alors hypnotisée. Elle suit aveuglément la ligne blanche jusqu'au moment où on lui relève le bec. Tout signe ainsi utilisé a un effet hypnotiseur ou un effet d'endormissement, et pas seulement sur les poules. Les confréries secrètes utilisent précisément ce pouvoir de certains signes pour endormir la faculté de jugement autonome chez les individus. 
Elles en font un usage extrêmement large. Le Ku-Klux-Klan d'Amérique en fait partie. Il est d'autant plus dangereux que son but est d'étendre le principe nationaliste sur la Terre entière. 


L'adepte du Ku-Klux-Klan ne dit pas que le mouvement veut rester américain, il prétend étendre son principe partout. Il veut que le nationalisme s'éveille en Hon­grie, en France, en Allemagne, partout. Bien ! Il ne s'intéresse pas à l'américanisme en particulier, il cherche à introduire le chaos nationaliste sur la Terre entière. C'est en cela que le Ku-Klux-Klan est dange­reux. C'est une force purement destructrice. Lorsqu'un tel mouvement se répandra en Suisse, par exemple, vous ne pourrez pas dire qu'il s'agit d'un mouvement américain, ce sera un mouvement suisse.

Au fond, c'était le cas des confréries maçonni­ques, elles étaient internationales, mais en chaque pays elles étaient nationalistes. Ce n'était pas leur enjeu, elles étaient internationales envers le monde extérieur, elles participaient au monde extérieur. Est-ce que ces gens, peut-on se demander, ne sont pas complètement fous de vouloir éveiller un principe nationaliste absolu, pour tout détruire ? À vrai dire il ne le sont pas non plus ! Bien sûr, tout le monde vous dira qu'il ne participe pas à ce genre de chose. Mais en secret, on se dit aussi que, tout étant corrompu — les dirigeants disent cela des autres, de ceux qui suivent — cela leur est bien égal, il n'y a pas de sens à cultiver les choses qui sont là. Il s'agit d'abord de manipuler l'humanité comme une masse chaotique. Puis les hommes s'éveilleront à quelque chose de plus correct. Ces gens poursuivent donc bien un projet et le Ku-Klux-Klan fait partie de ces mouvements.
Ne pensez-vous pas ?
Si, mais c'est comique !
Rudolf Steiner : Voyez-vous, il y a bien souvent du comique dans la vie culturelle, nous l'avons déjà évoqué plus d'une fois. Mais le comique est parfois très dangereux. Extrêmement dangereux ! Il me faut, Messieurs, m'en aller à Breslau. Je vous ferai connaître l'heure de notre prochaine ren­contre.

                                                  ( extraits de Histoire de l'humanité - EAR - 4 juin 1924 ) 



Liens utiles :

http://www.jlturbet.net/article-11424361.html

Concernant la fameuse lettre qu'aurait adressée Pike à Mazzini , l'authenticité reste peu sûre :
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b69098398.r=Le+diable+au+XIXe+si%C3%A8cle.langFR 





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