10 - Les récits du Graal et de l'héritage antique sublimés en musique par Richard Wagner


A travers les cycles de conférences de 1905 à 1907 touchant aux mythes et légendes et à leurs fonds ésotériques, Rudolf Steiner s'astreint à signifier la portée universelle christocentrique pour l'homme contemporain.
Richard Wagner, a toujours reçu la plus grande estime de Rudolf Steiner pour sa profonde intuition des Mystères chrétiens médiévaux et la mythologie germano-nordique. Malheureusement , tout comme il a été fait un procès d'intention à la néo-théosophie du XIXème siècle à cause de la récupération racialiste de théoriciens nazis, Richard Wagner, du fait de l'intérêt et de la récupération pan-germaniste que lui portait Hitler s'est vu ostracisé par certains milieux juifs :

http://www.franceculture.fr/emission-revue-de-presse-culturelle-d-antoine-guillot-pas-de-prescription-pour-wagner-en-israel-2012



Courageusement , Daniel Barenboïm appuyé par d'autres musiciens intègres réhabilitera ce compositeur de génie !

     

                                                                     

" Le chaos qui nous entoure aujourd'hui à plus d'un égard , la vie actuelle des couches de la population les plus démunies, qui ressemble plus à un croupissement qu'à une existence digne de ce nom, la misère des masses populaires européennes, privées de toute éducation, dont la vie spirituelle reste dans l'obscurité, tout cela, personne ne l'a ressenti plus vivement que Richard Wagner, c'est pourquoi il est devenu, en 1848, révolutionnaire. Il ne faut pas nous représenter Richard Wagner comme un révolutionnaire ordinaire : nous devons comprendre qu'une pensée oppressait son âme : nous sommes responsables d'agir ou bien dans le sens du déclin, de la descente à l'abîme, que nous pouvons accélérer, ou dans celui de la remontée.La révolution de 1848 n'a été pour lui qu'une manifestation extérieure. Si nous saisissons les choses sous ce jour, nous comprendrons comment Richard Wagner est parvenu à ses idées sur les races, telles qu'il les exprime dans son livre Religion et Art. Il dit en substance : En Asie, nous trouvons dans le peuple indien un peu de la force originelle de la race aryenne. Ce peuple est animé par la force supérieure de la vie spirituelle, mais seulement dans son élite : les brahmanes.(...)
Si nous tournons alors nos regards vers le Nord, se dit Richard Wagner, nous avons là une race naïve, qui a traversé elle-même quatre phases d'évolution; un peuple qui aime la chasse et qui éprouvait de la joie à tuer ses ennemis !

La joie de tuer le vivant est pour Wagner un symptôme de décadence !

C'est une vérité occulte profonde ; la vie et la mort sont liées de façon étonnante à la marche de l'être humain vers une sphère plus haute, plus pure, spirituelle.Toutes les tortures, les destructions de la vie que l'homme perpétue provoquent le retrait de forces spirituelles.C'est pourquoi celui qui s'est engagé sur le chemin noir doit précisément anéantir la vie !
(...) Ce sentiment d'une nouvelle impulsion inspira les exposés de Wagner relatifs à l'influence du judaïsme sur la civilisation actuelle. Wagner n'était pas antisémite dans le sens aberrant, haineux qui a cours à l'heure actuelle, mais il sentait que le rôle du judaïsme était achevé, que les influences sémitiques sur notre culture devaient s'effacer et que quelque chose de nouveau devait venir les remplacer. Il se disait nous devons faire une différence entre évolution d'une race et évolution de l'âme. Et en effet , il faut faire cette différence si on veut comprendre l'évolution.(...)

Un esprit comme Wagner qui distingue évolution de l'âme et évolution de la race, ne peut absolument pas être antisémite. Il sait que ce ne sont pas les âmes qui sont au terme de leur développement, mais les races qui ont rempli leur mission, au cours de la grande évolution universelle. Wagner ressent le déclin des races et la nécessité de l'ascension des âmes !"

Mythes et Légendes - Rudolf Steiner (4ème conf.19mai 1905 )

 



Attardons-nous à présent sur la figure de Perceval ou Parsifal dont Wagner voyait le représentant du nouveau christianisme. Je laisse donc au lecteur des extraits de la conférence donnée par Steiner à Berlin le 19 mai 1905 .Bonne lecture !

" (...) Quel est le fondement de l'histoire de Parsifal ? Que signifie le St Graal ?

La légende originelle que nous voyons émerger du Moyen-Âge, nous raconte que le St Graal est la coupe dont se servit le Christ au cours de la Cène, et dans laquelle Joseph d'Arimathie recueillit le sang qui coulait de la blessure du Christ Jésus. Cette coupe et la lance qui a provoqué la blessure sont emportées vers les hauteurs par les anges et maintenues dans les airs, où elles flottent, jusqu'à l'arrivée de Titurel : il construisit sur la montagne de Montsalvat- la montagne du salut- un château, sanctuaire de la chevalerie spirituelle où fut conservée cette coupe.Douze chevaliers sont réunis pour servir le St Graal. Celui-ci possède le pouvoir de détourner la mort de ces chevaliers et de leur donner ce dont ils ont besoin pour élever leurs âmes vers le monde de l'esprit.Quant ils le contemplent, ils reçoivent toujours une force spirituelle.
Nous pouvons nous pencher maintenant vers la forme que Richard Wagner a donné à la légende de Parsifal.C'est pour l'essentiel la même que nous avions chez Wolfram Von Eschenbach.
Nous avons là d'un côté le temple du Graal avec sa chevalerie, et de l'autre le château enchanté de Klingsor avec ses chevaliers, qui sont les ennemis de ceux du Graal. Deux types de christianisme s'opposent ici : l'un est représenté par la chevalerie du Graal, l'autre par Klingsor et ses chevaliers.Klingsor est celui qui s'est mutilé pour échapper au piège des sens. Mais il n'a pas dominé son désir, il s'est juste privé de la possibilité de le contenter. Il vit donc encore dans le royaume des choses sensibles. Des magiciennes le servent. Kundry est celle qui séduit les êtres pour les faire entrer dans ce royaume.


Klingsor et Kundry




Elle attire tout ce qui vient vers Klingsor en direction du côté sensible, du côté qui devrait appartenir au passé. Klingsor personnifie le christianisme médiéval, devenu ascétique, qui a certes tué la sensorialité, mais n'a pas éteint conjointement le désir de jouir de ce monde des sens ; il ne permet pas d'échapper à la force séductrice de l'amour sensible, qu'incarne Kundry. On voyait quelque chose de plus élevé dans la force de renonciation de la haute spiritualité, celle qui n'étouffe pas impérieusement les liens avec les choses sensibles, mais qui ennoblit par une connaissance spirituelle supérieure cette sensualité et s'élève ainsi au royaume de l'amour purifié. C'est l'aspiration d'Amfortas et des chevaliers du Graal, mais il ne leur avait pas été possible d'accéder à ce royaume. Ils n'y parvenaient pas. Tant que manque la force spirituelle juste, Amfortas doit succomber aux séductions de Kundry.(...)

La légende de Parsifal nous présente côte à côte, deux phénomènes :

- Le christianisme ascétique qui n'a pu atteindre la connaissance spirituelle supérieure en tuant sa nature liée au monde des sens.
- Les représentants de la chevalerie spirituelle, mais qui succombent toujours aux séductions de Klingsor tant que n'aura pas paru le libérateur qui vaincra Klingsor.

Amfortas est blessé, perd la sainte lance en combattant Klingsor ; roi dans les douleurs, il doit garder le Graal, à l'image du christianisme supérieur, malade et souffrant.(...) Et ce libérateur est Parsifal.
Parsifal doit d'abord apprendre ses leçons, il traverse les épreuves nécessaires; puis il se purifie et s'élève à cette force spirituelle, au sentiment de la grande unité de tous les êtres. D'abord, Parsifal traverse le stade où il apprend la compassion, la compassion avec nos frères aînés les animaux. Il a quitté sa mère Herzéloïde, poussé par un irrésistible appel vers la chevalerie.Elle est morte de chagrin, il a combattu et tue la bête. Dans le regard de l'animal, il a ressenti ce que signifie tuer.

C'est le premier degré de sa purification.

Au deuxième degré, il apprend à dominer le désir ardent, sans devoir tuer extérieurement les organes du désir lié au sens. Il parvient ensuite au Saint Graal, mais ne reconnaît pas encore sa mission. Il la découvre en recevant l'initiation de la vie. Il semble qu'il soit prêt à succomber à la tentation de Kundry , mais il sort victorieux de cette épreuve: au moment où il va céder, il s'arrache à la puissance du désir; un nouvel amour pur rayonne en lui, pareil à un soleil qui se lève. C'est la même aurore lumineuse que nous avons déjà vu paraître dans le Crépuscule des Dieux." Et incarnatus est de spiritu sancto ex Maria virgine", né de l'esprit et né de la Vierge -



c'est la forme supérieure de l'amour, qui naît de l'âme qui ne s'abreuve plus au monde des sens, mais qui purifie toutes les âmes et les rends nobles.(...) Le Christ est né en Parsifal.Une force virginale supérieure se dresse en face de Kundry, la séductrice.Kundry, cet être féminin qui tire le moi de l'homme vers le bas, dans la sphère de la sexualité, doit être vaincue.Kundry incarne toutes ces créatures féminines qui tirent l'être humain vers le bas. Kundry fut aussi Hérodiade, celle qui a exigé la tête de Jean.(1). Kundry comme Ahasvérus est un être qui ne peut trouver le repos, qui cherche partout sa délivrance dans l'amour sensible. Se libérer de l'amour lié aux sens : c'est le message que Richard Wagner a mêlé inconsciemment à son Parsifal."



NOTES :

(1) Dans l'entourage anthroposophique proche de Rudolf Steiner, il apparaîtrait que Klingsor (Landolf II de Capoue évêque de Capoue en 843 puis comte de Capoue de 862 à 879) réapparût , se réincarnant en la personne d' Adolf Hitler avec la même singularité génitale , héritage karmique sans doute de son ancienne incarnation ?

Pour aller plus loin dans la quête du Graal :
http://www.freepdf.info/index.php?post/Steiner-Rudolf-Le-mystere-du-Graal-dans-l-oeuvre-de-Richard-Wagner 

https://www.amazon.fr/Graal-christique-templi%C3%A8re-Chr%C3%A9tien-lEvangile/dp/1024201562

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