5 - Emmanuel Kant et les limites de la connaissance humaine



le penseur de Rodin


A nouveau , je me fais le relais d'un article d'un journaliste ( Philippe Jandrok ) sur l'apport de Rudolf Steiner vis -à -vis de l'évolution des sciences. Superbe article qui se veut un avertissement , comme l'explique si bien l'auteur précédent (1) : La science doit non seulement devenir éthique dans ses expérimentations et ses applications pratiques ; mais doit urgemment être élevée par une autre science du spirituel , dont les critères épistémologiques dépassent du cadre étroit de la conception matérialiste , naturaliste et industriellement rentable .Une science appelée de tous leurs voeux par Pic de la Mirandole, Copernic , Malebranche ou Goethe et développée en partie par Rudolf Steiner au début du XX ème siècle (dont les résultats sont bien effectifs , n'en déplaisent aux sceptiques !) et dont ses objectifs cultivés par les antiques écoles des Mystères consistaient à réunifier et harmoniser la Science , la Philosophie , l'Art et la Religion.

Oui , la science de l'esprit s'appuie sur les données sensibles ; elle relie les percepts et expérimentations par des concepts justes élargies à l'action d'entités spirituelles bien vivantes .

http://philippejandrok.blogs.marieclaire.fr/archive/2013/05/14/l-anthroposophie-au-service-de-l-humanite.html

Avec l'article de Christophe Paillard ( et bien que n'étant pas d'accord sur ses conclusions reflétant les présupposés de Kant ) , c'est aussi sur un site belge , que Francesco Giorgi apporte à mon sens une des réponses les plus convaincantes sur les limites présupposées infranchissables de l'épistémologie Kantienne et adoptée plus ou moins consciemment par la communauté scientifique comme religieuse dans sa large majorité :

 


" Que soutient en fait Kant? Que les catégories (les concepts), en tant que leges mentis (ou manifestations de la raison) et non, — comme le jugeait Aristote — leges entis (ou manifestations de l'être), ont une valeur subjective et fonctionnelle et non objective et ontologique. La pensée du sujet, donc, ne pouvant être objective et en accord avec l'essence des choses (avec les “ choses en soi ”), ne peut faire autrement que de se contenter d'être intersubjective: c'est-à-dire, d'être en accord avec la pensée d'autres sujets. On comprend bien, donc, que tandis que l'objectivité est garante de l'intersubjectivité (puisqu'elle la comprend), l'intersubjectivité elle n'est pas garante de l'objectivité (puisqu'elle ne la comprend pas). Comme ce n'est pas le concept, par ailleurs, à naître de la représentation, mais c'est la représentation à naître du concept, ainsi ce n'est pas la science à naître de la méthode, mais c'est la méthode à naître de la science.

Ce n'est donc pas la science à devoir s'appuyer sur la méthode, mais au contraire la méthode à devoir s'appuyer sur la science, puisque celle-ci, en tant que concept, essence ou esprit, est en mesure de s'appuyer (comme le Je ) sur soi.
La science, parce qu'elle est justement concept, essence ou esprit, est forme (en puissance), mais n'a pas de forme; et c'est justement parce qu'elle est forme, mais n'a pas de forme, qu'elle peut en prendre autant qu'il y a de réalités qu'elle entend soumettre à l'investigation. La science est donc une (comme le concept), tandis que ses méthodes (ses formes) peuvent être multiples (comme les représentations). Il serait par suite plus correct de parler de “ pluralisme méthodologique ”, et non — comme quelques-uns le font aujourd'hui — de “ pluralisme scientifique ”. De tout cela, l'on est cependant ignorants (inconscients). Et que fait-on alors? On attribue (projectivement) à une représentation particulière la valeur ou la fonction du concept, en assignant de cette façon une valeur ou fonction universelle à la première et une valeur ou fonction purement nominale au second. Universaliser une méthode (une forme) particulière équivaut cependant à formaliser la science, en la contraignant ainsi à régresser du plan néo-testamentaire de la liberté (ou de l'âme consciente) à celui vétéro-testamentaire (ou de l'âme rationnelle ou affective). Savant, n'est plus alors celui qui est animé d'une esprit scientifique, mais plutôt celui qui respecte et observe (comme ont l'habitude de le faire les “ techniciens ”), les méthodes, les procédures ou les protocoles: en un mot, justement la loi. Ce n'est plus le samedi, ainsi, à être fait par l'homme, mais l'homme à être fait pour le samedi."


tiré du site : http://users.skynet.be/etc/Art_Science/Souhfg04.html



Liens et articles sur le sujet :

Kant et le problème de l'irrationnel

(Christophe Paillard)


Que Kant critique le surnaturel ne présente rien de surprenant : l'esprit des Lumières n'est-il pas par excellence celui qui réduit le surnaturel (Übernatürlich) à la superstition (Aberglaube) ? En 1790, la Critique de la faculté de juger célébrait l'Aufklärung comme le processus qui consiste à se libérer des superstitions par l'usage autonome de la raison. Or, qu'est-ce que la superstition en général sinon la croyance au surnaturel (Kant, t. 2, pp. 1073-1074) ? Kant la définit comme "la propension à placer une plus grande confiance dans ce qu'on pense arriver d'une façon non naturelle qu'en ce qui se laisse expliquer selon les lois de la nature, que ce soit physiquement ou moralement". La superstition désigne plus particulièrement la croyance aux manifestations externes du surnaturel par opposition à l'exaltation (Schwärmerei), qui est la croyance en ses manifestations internes. Kant distingue ainsi quatre types de rapport au surnaturel : l'exaltation (croyance aux effets de la grâce), la superstition (croyance aux miracles), l'illuminisme (croyance en la connaissance du mystère par des voies initiatiques) et la thaumaturgie (croyance en la maîtrise des moyens de la grâce par des voies occultes : t. 3, pp. 70 et 874).

Sous toutes ses formes, l'hypothèse du surnaturel invalide la rationalité en infirmant ses principes avérés : elle contredit la raison théorique (la connaissance scientifique) et la raison pratique (l'exigence morale). Aussi constitue-t-elle la forme suprême du préjugé, le plus radical obstacle à l'avènement d'une pensée autonome. Après avoir condamné la magie dans les Rêves d'un visionnaire expliqués par des Rêves métaphysiques (1766), Kant questionne le surnaturel chrétien dans La religion dans les limites de la simple raison (1793) et dans Le conflit des facultés (1798), oeuvres majeures de sa philosophie de la religion. S'il ne conteste pas absolument la possibilité du surnaturel, son originalité est de la critiquer d'après l'idée d'une religion morale. En affirmant les limites de la raison théorique, le criticisme stimule l'activité de la raison pratique. La science rencontre des limites infranchissables : elle ne peut connaître que les objets d'une expérience possible. Le suprasensible est inconnaissable. Kant récuse le dogmatisme de la métaphysique : rêveurs de la raison, les métaphysiciens précritiques ont fondé des systèmes grandioses sur la base d'hypothèses transcendantales, par nature invérifiables. Il récuse de même la prétention de la théologie à démontrer l'existence de Dieu : Dieu est objet de foi et non de savoir.

Pour marquer les limites de la connaissance, le criticisme n'abolit pas la métaphysique. La raison pratique éprouve le besoin de postuler les objets suprasensibles que sont Dieu, la liberté et l'immortalité. Faute de pouvoir les connaître, elle doit les penser. Ce besoin de la raison motive la foi rationnelle ou croyance morale en Dieu. La foi rationnelle, c'est la religion morale. La religion doit être appréciée d'après la moralité, et non l'inverse. Les Rêves d'un visionnaire réfutent E. Swedenborg, théosophe d'inspiration chrétienne. Auteur de volumineuses Arcana Caelestia qui relèvent de l'illuminisme, Swedenborg s'adonnait à la thaumaturgie : voyance, communication avec les morts et les esprits... La critique de son discours préfigure la Critique de la raison pure : "la métaphysique est une science des limites de l'entendement humain" (t. 1, p. 586). Les objets surnaturels dépassant les bornes de l'expérience, la raison ne peut pas plus en affirmer l'existence que la nier. Criticisme n'est pas dogmatisme. Reconnaissant qu'il est impossible de connaître ou de conclure quoi que ce soit du surnaturel, Kant n'en nie pas la réalité mais il conteste à Swedenborg le droit de l'établir et de fonder un système sur cette hypothèse transcendantale. La raison a pour destin d'ignorer l'inconnaissable. La prétendue science des arcanes célestes est l'oeuvre d'une imagination exaltée. Comme les systèmes des illuminés sont aisés à imaginer ! "Le royaume des ombres est le paradis des esprits à chimères" (p. 527). Les visionnaires n'arguent-ils cependant pas d'expériences pour justifier leurs thèses ? Certes, mais ces expériences qu'ils sont les seuls à faire relèvent de la Schwärmerei. Enfreignant les lois de l'expérience, elles sont sujettes à caution : elles "ne se laissent ramener à aucune loi de la sensation sur laquelle la plupart des hommes soient d'accord" (pp. 590-591). Les visionnaires sont-ils pas sujets à un dérèglement des sens (pathologie cérébrale) ? Leurs visions relèvent d'hallucinations : "c'est pourquoi, écrit malicieusement Kant qui venait de publier un Essai sur les maladies de la tête, je n'en veux pas du tout au lecteur si, au lieu de regarder les visionnaires comme des demi-citoyens de l'autre monde, il les envoie tout bonnement promener comme candidats à l'hôpital et se dispense par là de toute recherche ultérieure" (p. 563)... Ils sont des "rêveurs de la sensation" comme les métaphysiciens précritiques sont des "rêveurs de la raison". Le cas Swedenborg relève des deux pathologies. Ses visions l'apparentent aux hallucinés et son illuminisme aux métaphysiciens dogmatiques. Les écrits sur le surnaturel chrétien expriment la même position : Kant "n'admet pas la croyance aux miracles dans ses maximes (ni de la raison théorique, ni de la raison pratique) sans pourtant en contester la possibilité ou réalité" (t. 3, p. 109). Le fait qu'il n'exclut pas absolument la possibilité du miracle n'est pas une concession à la religion révélée mais la reconnaissance critique des limites de la raison. De ce qui dépasse l'expérience, il n'y a pas de savoir possible. Cependant la théorie et, plus encore, la pratique réduisent le mystère. La raison ne saurait admettre rien "de ce qui est en général du surnaturel, car c'est là précisément que cesse tout usage de la raison" (p. 70). Qu'est-ce que le miracle sinon ce qui survient à l'encontre des lois de la raison ? Les miracles "sont des événements dans le monde dont les causes obéissent à des lois d'action qui nous sont absolument inconnues et doivent le rester". Intimement liée à la connaissance des lois de la nature, "la raison est comme paralysée" par ce qui les contredit : "quand la raison se voit amputée des lois de l'expérience, elle n'est plus utile à rien dans un monde aussi enchanté" (pp. 107-110).

Plus que la théorie, c'est la pratique qui commande la critique du miracle chez Kant. Si la raison pratique n'a pas le droit d'établir le surnaturel, elle a le devoir de récuser les miracles qui la contredisent. Ce principe motive la critique du miracle en général. C'est supposer en l'homme un "degré punissable d'incroyance morale" que de croire qu'il ne puisse se convertir à la religion sans un signe surnaturel. Que des miracles se soient produits dans le passé n'est pas impossible mais n'est jamais qu'un dogme de la foi historique, indifférent au salut et auquel l'on n'est pas tenu de croire. La religion morale doit se passer du miracle en tant qu'elle suppose la conversion libre, sincère et raisonnée de l'homme à ses principes : "Si une religion morale - qu'il ne faut pas rechercher dans des dogmes et des observations mais dans l'intention cordiale de remplir tous les devoirs de l'homme comme des commandements divins - doit être fondée, alors tous les miracles que l'histoire rattache à son introduction doivent à la fin rendre superflue la croyance au miracle en général" (pp. 104-105).

La raison pratique critique plus particulièrement la Grâce, l'Incarnation et la Révélation.

1/ Il est scandaleux d'attendre son perfectionnement moral de l'intercession de Dieu plutôt que du libre arbitre. Si "l'impossibilité de la grâce (...) ne se laisse nullement prouver", "le concept d'une assistance surnaturelle à notre faculté morale" est dangereux : "ce qui doit être imputé comme opération éthique bonne ne doit pas voir le jour par une influence étrangère, mais seulement par l'usage le meilleur possible de nos forces propres" (pp. 229-230). Admettre les effets de la grâce conduit au fatalisme et à l'exaltation, ennemis de la raison critique.

2/ Hormis une exception, Kant n'écrit jamais le nom de "Christ", témoignant de son refus de l'Incarnation. Jésus n'incarne l'idéal moral qu'en tant qu'il est homme. Il perdrait sa valeur d'exemple s'il était Christ : on ne peut exiger de nous que nous agissions comme un dieu. Son exemplarité requiert l'humanité. N'ayant "rien de pratique à tirer" de l'Incarnation, la raison doit l'interpréter dans le seul sens qui lui est conforme : Jésus incarne l'idéal de perfection morale agréable à Dieu, et non "la divinité séjournant corporellement dans un homme réel et agissant en lui comme une seconde nature" (pp. 840-842). Tenir pour nécessaire au salut la croyance à ce miracle et à tout ce qui a trait au surnaturel est superstition (p. 874).

3/ Une révélation surnaturelle est inconcevable : comment l'infini pourrait-il s'exprimer dans le fini ? A supposer que cela se puisse, la raison ne pourrait certifier l'origine divine d'une expérience qui transgresse les lois de l'expérience. Si la théorie est ici comme paralysée, la pratique établit avec une absolue certitude le caractère non-divin de la révélation qui contredit la loi morale, quand bien même elle s'accompagnerait des signes les plus extraordinaires. La raison pratique s'érige en juge du surnaturel : "si Dieu parlait vraiment à l'homme, celui-ci cependant ne pourrait jamais savoir que c'est Dieu qui lui parle. Il est absolument impossible que l'homme puisse saisir par ses sens l'infini, le différencier des êtres sensibles et par là le reconnaître. Mais que ce puisse ne pas être Dieu, dont il croit entendre la voix, il peut s'en persuader fort bien dans quelques cas ; car si ce qui lui est proposé par l'intermédiaire de cette voix, est contraire à la loi morale, le phénomène peut bien lui sembler aussi majestueux que possible et dépassant la nature tout entière : il lui faut pourtant le tenir pour une illusion". Et Kant de citer "le mythe du sacrifice qu'Abraham, sur ordre divin, voulut offrir en immolant et en brûlant son fils unique (le pauvre enfant apporta même à cette fin, sans le savoir, le bois). Abraham aurait dû répondre à cette prétendue voix divine : <<Que je ne doive pas tuer mon bon fils, c'est parfaitement sûr ; mais que toi qui m'apparais, tu sois Dieu, je n'en suis pas sûr et je ne peux non plus le devenir, quand bien même cette voix tomberait, retentissante du ciel (visible) >>" (t. 3, pp. 871-872 : cf. p. 108). Confrontée au choix d'Abraham, la raison pratique eût rejeté, avec l'injonction sacrificielle de Dieu, la promesse de son alliance...

Cette singulière exégèse témoigne que "la spécificité de l'expérience religieuse (...) échappe à Kant" : "la solution qu'il propose fait bon marché du contenu de la foi, et ne retient de la religion que l'ordre d'obéir à la seule loi morale, ce qui (...) est la priver de l'essentiel de son sens" (F. Alquié in Kant, t. 3, pp. 4-5). Son rationalisme dissout l'expérience religieuse, qu'on l'appréhende sous le rapport de la foi, de la grâce ou de la présence vécue. Cette dissolution n'est pas inadvertance. La critique de la croyance au surnaturel est la condition d'avènement d'une religion dans les limites de la raison (M. Lequan, pp. 64 sqq. ; cf. pp. 439 sqq.). L'Übernatürlich constitue cette part d'irrationalité qui empêche la foi historique de coïncider avec la foi rationnelle et morale. Sa critique n'implique pas chez Kant la condamnation du christianisme mais le souci de l'harmoniser à la raison. Le postulat du suprasensible suffit à maintenir la religion : théoriquement invérifiable, l'hypothèse du surnaturel est pratiquement dangereuse. Que la conservation du message chrétien s'effectue au prix de la doctrine et du mystère résulte des exigences mêmes du rationalisme kantien.

Quand les lois de l'expérience font défense à la théorie d'admettre les manifestations internes ou externes du surnaturel, la raison pratique réprouve l'exaltation et la superstition, ces fléaux de la pensée autonome. L'avènement de l'Aufklärung supposait que fussent traduites devant le tribunal de la raison les diverses formes de croyance au surnaturel.


J. BOHATEC, Die Religionsphilosophie Kants in der Religion innerhalb der Grenzen der blossen Vernunft, Hildesheim, G. Olms, 1966 (rééd.) ; R. EISLER, Kant-Lexikon, Paris, Gallimard, 1994 ; J. FERRARI éd., L'Année 1793. Kant. Sur la politique et la religion, Paris, Vrin, 1995 ; E. KANT, Oeuvres philosophiques, éd. sous la direction de F. Alquié, Paris, Gallimard, 3 vol., 1980-1986 ; M. LEQUAN, La philosophie morale de Kant, Paris, Seuil, 2001.

Christophe PAILLARD. Tous droits réservés.


L'apport absolument novateur et colossal pour la philosophie occidentale par Rudolf Steiner tient dans la démonstration prodigieuse qu'il fait à travers ses deux écrits " Vérité et science " et " Philosophie de la Liberté ". Il réponds notamment aux attentes épistémologiques entrevues par un autre théosophe allemand Eckarthausen avant lui, que cite un théosophe post-kantien : Thomas Leichleitner :
" Dès l'introduction de son ouvrage, Lechleitner indique les deux sources principales auxquelles il a puisé. Ce sont d'abord les Considérations sur l'univers, de Dalberg ; c'est ensuite la Théorie des Nombres et les Éclaircissements sur la magie d'Eckarthausen, qualifié par Lechleitner d'auteur célèbres à la» pensée profonde » (tiefdenkend). Le livre que Lechleitner présente à ses lecteurs: contient, selon l'auteur, bien des vérités découvertes seulement après Wolff par Kant, Dalberg et Eckartshausen. Si les livres précédents de Lechleitner « fondent tous sur la philosophie de Wolff», explique-t-il lui-même, il conviendra de considérer le présent ouvrage à la fois comme une contribution nécessaire et une introduction à une philosophie nouvelle - et améliorée (verbessert). Karl Theodor Maria* von Dalberg (1744-1817), archevêque et Prince Électeur de Mayence, Statthalter de l'archevêché de Mayence- à Erfurt est l'auteur de Fondements de l' esthétique (1791), Nouveaux essais chimiques (1783), Rapports entre la morale et la politique (1786) et surtout des Considérations sur l'univers, dont la première édition paraît à Erfurt en 1772.


Lavater fait grand cas de ses ouvrages, et Jung-Stilling lui dédie — en même temps qu'à Herder et à Kant — ses Regards dans les : " mystères de la- sagesse naturelle ".



Karl von Eckarthausen (1752-1803), dont je présente ailleurs la vie et l'oeuvre, traduit en plusieurs langues dès cette époque, est l'auteur — entre autres livres théosophiques — de Éclaircissements sur la magie (1788-1792), et d'une Théorie des nombres { 1794) à laquelle fait suite une Probaseologie (1795) qui paraît en même temps que : Introduction à une philosophie nouvelle et améliorée. Lechleitner considère que la philosophie de Kant a servi de développement à celle de Wolff, mais Kant va trop loin; il réclame une vérité absolue, alors que nous ne pouvons atteindre que la vérité relative; certes, le monde n'est qu'apparence, mais les apparences elles-mêmes ne peuvent-t-elles pas avoir la vérité pour fondement ? Ainsi, comment expliquer l'humanité du Christ d'après des concepts kantiens ? Ce serait tomber dans l'erreur des cataphryges, selon lesquels le Christ n'avait pas eu de corps véritable mais un corps fantastique (phantaslisch), et n'aurait pas souffert.

Seule la " Révélation" peut nous enseigner des vérités absolues.

Dans un appendice à la seconde partie de l'ouvrage, Lechleitner expose son attitude vis-à-vis du kantisme en matière de religion et de morale. Si l'on ne peut nier que, dans la raison humaine, est fondé le devoir (Pflicht) de se rendre digne d'une félicité (Gliickseligkeil) c'est que cette félicité existe ; Dieu, omniscient, est seul capable de juger ce qui se rapporte à elle. La loi suprême érigée par Lechleitner en matière de morale est la suivante : « Ne traite jamais une intelligence, ou un être raisonnable, comme un moyen, mais comme un but», car tout être raisonnable est un but en soi ; en ce monde on ne saurait juger de la pure morale : on peut parler seulement de légalité ou d'illégalité de l'action extérieure.

Mais le mérite de Kant est d'avoir beaucoup amélioré (verbesserl) la philosophie de* Wolff, il est d'avoir éclairé ce qui était obscur. Lechleitner se réfère à plusieurs reprises à Dalberg, qui lui fournit- — par ses Considérations sur l'univers — un plan tout tracé pour son étude de la révélation, de la morale et des anges. Il emprunte à Eckartshausen de nombreux passages, et rappelle au lecteur, presque au début de son ouvrage, qu'il faut distinguer avec ce théosophe une vérité absolue, impossible à l'homme; et une vérité relative qui repose sur nos sens . Or, si l'on admet que Locke, Hume et Kant parlent de la vérité absolue, il faut leur donner raison ; mais dans la mesure où la vérité dont ils nous entretiennent veut être relative, оn doit leur donner tort;. En même temps,. Lechleitner souligne l'importance d'une des idées essentielles d'Eckartshausen selon laquelle nos sciences sont seulement sciences d'apparence (Scheinwissenschaflen) liées à l'organisation de nos sens, si bien que ces vérités provisoires cesseraient d'exister si l'on disposait d'une « organisation » différente!(tiré de http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhr_0035-1423_1968_num_174_1_9203)
Cette organisation " nouvelle " n'est-ce pas celle dont Steiner lui-même en a démontré par toute son oeuvre les qualités essentielles a développé en soi premièrement par les forces latentes de l'activité pensante ? Et l'éclosion des potentialités cachées proprement spirituelles en chaque être humain ?


Aller plus loin sur l'apport de Rudolf Steiner pour dépasser les présupposés Kantiens :
http://users.skynet.be/etc/Art_Giorgi/Fg140202.html

Lien vers l'ouvrage majeur d'Eckarthausen :http://www.bnam.fr/spip.php?article293

 
 

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